Chapitre en cours :
Entre Mortels et Immortels, la guerre est déclarée. Trois mois après la chute d'Isanagi et du Golem de Pierre, la tension ne fait qu'accroître. Encore une fois, l'ennemi saura surprendre. Encore une fois, les futures divinités devront se montrer à la hauteur, et les humains, plus unis que jamais.


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Une ronde vaut deux blanches

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Une ronde vaut deux blanches - Lun 17 Avr 2017 - 0:27
Une douce grisaille d'un automne précoce, encore loin des morsures de l'hiver : chaque nuage porteur de frisson ne rend que mieux venue la prochaine éclaircie.

Dans le Temple de Deus, une âme nouvelle s'était ce matin éveillée. Malgré un corps depuis bien des heures libéré des effets d'une drogue mortifère par un trépas salvifique, son esprit demeurait altéré, comme engourdi par un trop long sommeil. Apolutre avait rencontré celui qui s'était brièvement présenté comme le directeur des lieux - l'un d'eux, devait-il encore apprendre - et avait de lui reçu de lapidaires explications sur le cours pris par les événements et son nouveau rôle en cette « Académie ». Il était mort de son plongeon mal tamisé, ramené à une nouvelle forme de vie en ce lieu étranger pour y suivre une formation, morale et plus encore, semblait-il, et y assumer un rôle de surveillance. N'était son état si désorienté, le cocasse de la situation l'aurait amusé : confier la tâche de surveiller autrui à qui n'avait été capable de se surveiller soi-même était d'une pinçante ironie. Mais en la situation, il n'avait été capable que d'acquiescer avec une apathie mêlée d'incrédulité. Il s'était acquitté de quelques détails pratiques et incompréhensibles formalités, avant de prendre quartier et de se retrouver démuni par l'oisiveté. Il avait pourtant longuement pratiqué cette douteuse discipline, en ses années de croissante débauche, et toutefois en ce cadre irréel elle lui semblait la chose la plus vide qu'il aurait pu conserver d'une Terre quitté il y a peu et pourtant déjà si lointaine. N'y tenant plus, il prit à midi le parti de visiter les environs, et s'aventura dans le Parc aux abricots.

Une feuille lui avait été remise, résumant ses devoirs et le fonctionnement général de l’institution où un destin à l'humour piquant l'avait fait échoir. Il ne l’avait que parcourue avant de la glisser dans sa poche, mais il se souvenait y avoir lu que les abricots étaient psychotropes. Sa passion presque pavlovienne pour la décadence avait-elle guidé son choix d'itinéraire ? Du moins le cours de ses pensées prit-il assez l'ascendant pour que son pas soit tranquille, rêverie solitaire de promeneur égaré plutôt qu'empressement de junkie forcené. Il avait pourtant des addictions, au plaisir plus qu'à ses moyens, ayant depuis des mois navigué dans les eaux grises séparant l'usage récréatif du besoin chronique. Mais noyé par une contemplation sourde aux échos de son proche passé, il s'adonnait à des pensées qu'il n'aurait il y a peu pas reconnues comme siennes, et c'est oublieux du fruit hallucinogène qu'il passa devant les charmants abricotiers. La sérénité des lieux lui commandait ce recueillement. Bien sûr, il y avait des parcs dans son ancien itinéraire ; la Londres de ses jours de vice austère en possède de fameux pour toute la vieille Europe, et il s'y était plus d'une fois promené, à toute heure du jour et de la nuit. Mais ce jardin n'y ressemblait pas, et ne leur enviait rien. Il était plus petit, sans aucun doute, et plus modeste en variété florale. En revanche, le silence qu'il y rencontrait était inégalé aussi loin qu'il se projette dans ses souvenirs. Non le silence presque parfait du studio, mais un calme tellement moins stressant et où, loin de s'assourdir par sa propre respiration, on se sent fondre dans un tout organique et accueillant. Les vergers et parterres, eux aussi, faisaient leur effet. Ils étaient travaillés, de toute évidence, et régulièrement entretenus ; pourtant on ne voyait ni arroseur, ni machine d'aucune sorte, et même aucune trace de main d'homme : la végétation semblait s'aligner par une discipline propre qui rendait caduc l'usage de la force ordonnatrice des cohortes de jardiniers que connaissait le paysage urbain.

La promenade durait depuis une heure ou deux. Vigilante observation des lieux, elle était ronde en même temps que découverte : le premier jour de ce qui semblait en passe de devenir sa routine policière convergeait dans ses exigences avec un spontané désir d'explorer le parc magnifique. Il veillait ainsi à ne laisser aucun lieu hors de ses pas et regards, arpentant la demeure des abricots en vigile consciencieux. Il se sentait à ainsi se comporter comme un avorton, comme un chiot minuscule protégeant des voleurs un manoir gigantesque, voire un colosse bien armé, contre des dangers qu'il ne parvenait même pas à se figurer. Cependant, il n'y avait guère autre chose à surveiller, et sa journée se passait jusqu'à présent en l'inhabituelle compagnie de lui-même, nu sans les atours que sont les futilités dont se divertissent pour s'occuper, et s'occupent pour se divertir, les vivants dont il était encore si récemment. Les apprentis, pompeusement qualifiés de divins, dont il était supposé s'occuper, étaient encore introuvables, et par là tout aussi invisibles et hors de portée que les dieux des mortels. Que signifiait donc cette métaphore de formation à la divinité censée dispensée par ces lieux enchantés ? Apolutre en était curieux, et plus encore d'en rencontrer les heureux bénéficiaires. Les surveiller ne s'annonçait pas une mince affaire, et moins encore s'ils étaient aussi difficiles à repérer. Il ne songeait cependant à s'en plaindre : la douceur de sa bucolique aventure rendait la tâche d'autant plus plaisante qu'elle n'était pas interrompue par l'irruption de son objet. Surveillant en patrouille, il se distinguait jusque là dans ses actes très peu du randonneur de plaisance, et cela lui convenait bien.

Un modeste étang entouré de pierres éparses lui fournit un havre bienvenu pour une pause à point nommé. Il s'installa sur l'une d'elles, et étendit lentement ses membres. L'après-midi battait son plein, alors que le soleil revenait sporadiquement arroser de ses rais le marcheur bienheureux, devenu une mobile plante de ces jardins élégants. Il n'avait pas vraiment d'idée précise quant à où il se trouvait, mais devinait qu'il avait fait une boucle qui le rapprochait doucement de son point de départ, le bâtiment administratif. Après de longues minutes à paresser, il profita du retour des nuages et du lever de la brise pour ramener ses pieds sur le sol, prêt à se remettre en route. Il se figea ce faisant, surpris par un bruit venu de derrière un arbre. Un petit sentier de terre y serpentait, et il semblait respirer sous la force de pas en approche. Étonné d'enfin rencontrer quelqu'un ou quelque chose en ces lieux qui semblaient désertés de toute humanité, il eut un délai de réaction, et ne se reprit que lorsque la présence nouvelle venue vint brutalement rompre la palette chromatique de la sage rangée d'abricotiers.


Dernière édition par Apolutre Paislude le Lun 17 Avr 2017 - 20:21, édité 1 fois
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Re: Une ronde vaut deux blanches - Lun 17 Avr 2017 - 20:10




- T’veux un .. fruit ?


Luffy (One Piece) a écrit:
" - Tu ne connais pas le proverbe "quand tu as faim, mange ! " ? "

La dernière notion d’existence que Léo avait en mémoire, fut de faire un geste obscène à l’ensemble d’un convoi de meurtriers dont il appartenait. Puis le trou noir. Mais la sensation de regret restait présente, les paroles de son défunt père rebondissait tellement dans sa tête qu’il avait l’impression d’éclater. Le sentiment d’avoir fais une chose effroyable le submergea, le noya, le retourna, tel un canot en pleine tempête, se rendant peu à peu conscient de l’action qu’il avait fais. Il y avait des survivants ? Peut-être que rien n’a éclaté, juste la grenade ? Peut-être qu’il n’a pas détruit son propre Monde, déjà mourant. Peut-être que…

Puisant dans sa volonté pour supporter cet ouragan de remords, Léo tilta. Entrain de penser à ses gestes, à ses actions et sa culpabilité, il n’avait même pas remarqué qu’il était dans une sorte d’édifice étranger à ses souvenirs. Puis le tsunami s’arrêta, comme si on avait arrêté de secouer son Monde. D’ailleurs, la silhouette qui le dominait le surprit, lui faisant remarquer qu’il était assis. A peine il prit la feuille que lui tendit cette dernière, que le temps de plisser les yeux, il entendit l’accueil et le vit repartir en chantonnant. Domaine des Dieux ? Tel un diaporama, son « tsunami » fut relégué au second plan, par cette réaction. Il était au Paradis ? Cette notion avait été quasiment oubliée dans son ancien Monde mis à part pour ceux qui continuaient à y croire. Lisant rapidement la feuille, il remarqua par ailleurs qu’elle était incroyablement propre, qu’elle était écrite dans sa langue et qu’elle faisait de lui une « divinité » surveillant d’autres « divinité ». Apprentie-divinité.

Son pouls et sa respiration s’accéléra et il dut plaquer une main contre son buste pour se calmer et se rassurer, cela faisait un peu trop d’informations et d’émotions en même temps. Le remord persistait, mais se sentait « vivant », Léo se disait qu’il avait le temps d’y réfléchir.
Là, la première envie instinctive, c’était de courir, de sortir de cet édifice qui avait une belle allure, mais avait beaucoup trop de colonnes à son goût, réduisant la vue du ciel. Sa course se termina rapidement dès qu’il atteignit la grande allée, traversant un jardin immense, rendant le spectacle totalement ahurissant. Pour une personne qui n’avait vécu et connu que des cailloux, de la poussière, des montagnes et du sable, c’était… incompréhensible. Qu’est que c’était que ce truc vert ? Léo s’y approcha pour sentir une fraîcheur et une douceur. Découvrant l’herbe, il la frôla, en prit une brindille et la caressa d’un doigt avant de la poser doucement au sol, comme si c’était le trésor du siècle.

En face de lui, se tenait un monde totalement différent du sien. Les mots de la silhouette avaient une notion de divinité mais il n’aurait jamais cru changer de monde. Une autre planète peut-être ? Des livres, qu’il lisait étant petit, parlait de planètes vertes et bleues, remplies d’eaux et d’arbres, mais c’était comme expliquer de la neige à une personne vivant dans un désert de sable. Dans tous les cas, la vue submergea Léo, tel un océan d’incompréhension. Des statues dominaient l’allée principale, ainsi qu’une autre, tellement imposante qu’il dut lever les yeux sans pour autant discerner son visage, ainsi que d’autres informations arrivant de toute part, ce vert, ces plantes de toutes couleurs, ces arbres à la couleur si flamboyantes, ces...

- Ok. Un par un. Doucement les infos, hein.

Se parler tout seul lui permettait de mieux relativiser la situation et éviter de se mettre à courir sur la moindre information amusante. Même s’il en avait envie. Et c’est ce qu’il fit, cédant à son instinct. Le voila à s’approcher d’un arbre et caresser l’écorce, avant d’y prendre une branche, ses deux mètres de hauteur l’y aidant. Son bonnet posé et son long manteau grisâtre poussiéreux, il passait difficilement pour un jardinier, mais il s’en moquait, son esprit se concentrant déjà sur l’arbre en question, n’ayant rien à voir avec les bouts d’arbres noircis de chez lui. Ses gants usés lui transmettaient des informations nouvelles, n’osant pas les enlever de peur d’abîmer quoique ce soit ici.
Puis il passa à une autre information, cette étrange fleur, assez grande, dont la tige semblait parsemée d’épines, qui lui fit comprendre en lui piquant un doigt. Retirant son gant et suçant la piqûre en pensant que c’était empoisonné, Léo recula face à cette possible menace et continua son exploration.

Mais au lieu de continuer vers l’allée, il rebroussa chemin, ayant vu une autre allée. Ignorant les colonnes du temple, il passa devant un immense bâtiment dont le panneau indiquait « Bâtiment administratif », l’envie d’y rentrer fut présente, si un bruit ne le survint pas aux oreilles. Comme un clapotis d’eau. De l’eau était présente non loin d’ici ? Source rare, il se demandait comment il avait pu en trouver après à peine quelques minutes de batifolages ? Suivant ces arbres portant des fruits à la couleur orange, dont l’envie d’en manger le convainquit d’en prendre aux premières branches, non sans éviter ces étranges insectes rayés. L’homme de deux mètres qui reculait, après avoir pris son fruit, face au monstre de trois centimètres était amusant à regarder. MANGER. Fut le premier mot qui survint dès qu’il fut à l’abri du monstre.

Le goût était sucré, peu juteux et possédait un noyau en son milieu, difficilement croquable. Le goût était tel qu’il voulut en reprendre, mais le monstre rôdant, Léo préféra changer d’arbres et en prit quelques autres, avant de continuer son chemin vers le son aquatique. Tel un enfant dans un magasin de jouets, Léo avalait les informations et finit par le voir. Une étendue d’eau devant lui, elle même entourée de diverses plantes et même quelques animaux amphibiens qui se jetèrent à l’eau à l’approche de la présence nouvelle. D’un côté, voir ce dernier sortir de la série d’abricotiers pour se rapprocher, tel un ours sur du miel, c’était …

Restant debout à contempler l’eau presque limpide, il arrêta de mâcher le fruit et se demanda quelle système avait permis de stocker autant d’eau ? La pluie ? Puis, il remarqua un léger détail. Le genre être humain à deux mètres de lui, qui a dut le vouloir débouler vers l’étang en mode Homme des cro-magnons. Merde, un homme ici. Mais il parlait sa langue au moins ? Il n’allait pas lui piquer ses fruits quand même ? Le zieutant de haut en bas, il n’était clairement pas de son monde. Tous ceux du monde de Léo possédaient des cheveux blancs, lui avait les cheveux bruns, et des yeux d’un bleu, comme le ciel qui les surplombait, rien à voir avec les yeux jaunes de ce dernier. Même notion de pilosité faciale, en revanche, même si, la aussi, la couleur changeait.
Dans tous les cas, un problème survint. Comment l’aborder. Surtout quand on a débarqué comme un ours des montagnes en voyant une si grande étendue d’eau.

- T’es… Salut ! T’es d’ici ?

Commencer par « t’es qui » n’était paaas vraiment une marque de respect, mais cette notion était difficile respectée dans un monde ou la force et la survie prônait. Peut-être qu’il avait faim ? Vu les bâtiments si bien alignés, y devait bien y en avoir un qui comportait de la nourriture, ce n’est sûrement pas ça qui l’amenait ici.

- T’veux un .. fruit ?

Passer pour un clown ne connaissant pas le nom du fruit était totalement indifférent pour Léo, mais avoir de la compagnie le rassurait un peu, être dans un monde qui n’est pas le sien pouvait créer un sentiment d’insécurité. Par contre, si le mec commence à parler une langue inconnue ou se met à l’attaquer, il protégera ses fruits en priorité. Non mais oh. D’ailleurs, il ne lui en restait plus que trois.
Se rapprochant malgré tout, dans le cas où il accepterait sa demande, Léo remarquait que cet homme avait une allure plutôt classe. Des vêtements très propres, peu poussiéreux, mais des vêtements humains. L’idée que ce monde soit similaire au sien lui inspira confiance et espoir. En revanche, s’il parlait sa langue, il risquait de recevoir quarante-deux questions d’un coup d’un Léo affamé d’informations. Et de nourritures.





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Re: Une ronde vaut deux blanches - Jeu 20 Avr 2017 - 0:57
Les animaux des environs, habiles à se dissimuler d'une présence humaine à laquelle ils étaient de toute évidence peu habitués, avaient jusqu'ici échappé à l'attention d'un Apolutre trop concentré sur la flore et l'art des mystérieux architectes à l'origine de l'ordonnancement du parc. Mais soudain et comme un seul corps, tout ce que l'alentour de l'étang comptait de vie avait brusquement décidé d'abandonner toute discrétion pour se précipiter qui à l'abri des eaux, qui des buissons ou des branchages. Ne restait plus en vue qu'une massive forme pâle, sanglier, cerf blanc ou plutôt ours polaire, constellée de tâches orangées. Un monstre prédateur tout aussi étranger aux usages des bêtes autochtones, à moins qu'il ne leur soit une menace trop connue et redoutée. Moins alerte que la faune vigilante, le surveillant resta interdit, son geste de lever encore à moitié esquissé, fixant immobile l'irruption sauvage. Elle-même s'était arrêtée, et avait redressé une tête barbue et chevelue qui surmontait le corps d'un bipède, certes imposant, mais non moins humanoïde. L'indécision de la rencontre avec une bête sauvage fit place à l'inquiétude frénétique que provoque celle avec un homme inconnu en un cadre si peu maîtrisé. Était-ce là un agresseur, une brute de l'espèce de son rancunier assassin ? Avait-il semé d'autres ennemis anonymes prêts à traverser la mer et la mort pour obtenir vengeance ? La panique du traqué et la résignation fatiguée de qui fut déjà pris et liquidé se disputaient la préséance du cours de ses pensées.
Les deux se regardèrent un moment, aussi silencieux que le leur permettait leur commun souffle court. Puis le colosse ursin se fendit d'une hésitante salutation.

- T’es… Salut ! T’es d’ici ?

La bonhomie maladroite avait un charme presque rassurant, et l'ours devint peluche dont l'embarras manifeste était plus sûre garantie de pacifisme que d'éloquentes promesses. Apolutre se détendit et ne contint pas un soupir rieur de soulagement nerveux, encore trop surpris pour prendre la parole à son tour. L'autre confirma la douceur de ses intentions avant de lui avoir laissé le temps de rassembler les idées et les mots qui auraient permis d'articuler une réponse.

- T’veux un .. fruit ?

La proposition était ponctuée d'un timide pas en avant, offrande alimentaire et geste universel d'amitié dans tous les milieux, de la savane à la cour des miracles. Refuser aurait été une insulte que même la carrure imposante et hirsute qui s'approchait de lui ne méritait pas, et Apolutre saisit le fruit, dont les semblables avaient déjà participé à la décoration vestimentaire du nouveau venu. En même temps que ses doigts se refermaient sur l'abricot, il se souvint de ses propriétés réputées, et la scène prit une toute autre allure. Son regard se fixa sur la brute innocente, incapable d'y déceler la connivence et l'amusement blasé coutumiers de la première dose offerte par le fournisseur en devenir. La feuille d'information reçue à son arrivée colportait-elle juste une rumeur, ou l'avait-il mal lue ? Dans le doute, il se contenta pour commencer de jouer aussi élégamment qu'il le pouvait avec le cadeau incertain, en articulant un indistinct « Merci l'ami. »
Le long mutisme de son exécution, résurrection et errance tranquille lui avait presque fait oublier la langue qui était la sienne et que semblait partager l'étranger bourru, jusqu'ici plus disert que lui-même. Comme saisi de honte par cet oubli, il tenta de reprendre contenance, se fendant d'un sourire et d'un discours plus raffiné :

« Oui, merci, et mes excuses, vous m'avez un peu surpris : les lieux sont si beaux qu'on s'y oublie. Vous… mmhh. Es-tu un des apprentis de l'Académie ? Je ne t'ai pas encore vu. »

Les mots, comme une liqueur désaltérante, rafraîchissaient sa gorge et assouplissaient sa faconde, avant de lui faire mieux tenir compte de son interlocuteur. Il regagnait en assurance maintenant que la rencontre avait investi le terrain du discours : s'ils partageaient le langage, il pouvait être chez lui au bout des mondes. Ainsi se reprit-il en tutoyant qui avait fait de même, et en rentrant dans le rôle de surveillant qu'il était censé assumer. Bien sûr n'avait-il jamais vu le blanc colosse ; il n'avait à vrai dire encore vu aucun apprenti, et n'avait pas vraiment d'idée de l'âge de ses protégés. En scrutant la présence dégingandée, il s'aperçut qu'il avait à tort présumé qu'ils seraient humains : les yeux jaunes éclatants rendaient plus étrange sa blancheur capillaire, confirmant qu'en dépit de la langue et de l'apparente naïveté, il n'était pas de l'humanité qu'il avait jusqu'alors fréquentée. Était-ce là un être sorti d'un film de science-fiction, ou une mutation lié à une rare maladie ? Voire encore un traumatisme causé par le trépas ; la réflexion lui vint qu'il n'avait pensé à chercher de miroir depuis sa fatale soirée, et que pour autant qu'il en ait connaissance, il avait peut-être la barbe, les cheveux et les yeux de couleurs aussi improbables que le regard félidé de l'ours aux abricots. Tant pour garder contenance que pour en avoir le cœur net, il demanda d'emblée :

« Je suis Apolutre ; quel est ton nom ? »

Il se mordit la lèvre à sa dénomination, fustigeant son imprudence, mais acheva sa phrase en veillant à n'en rien laisser paraître. Dans ce monde aux règles inconnues, était-il sensé de révéler son nom ? Plus prosaïquement encore, aurait-il été de circonstance de se présenter comme M. Paislude, ou quelque autre titre ronflant signifiant avec plus de formes la fonction qu'il était censé ici remplir ? Pour autant, il maintint son sourire et resta aussi droit que possible, afin d'atteindre au moins la massive épaule. L'assurance même et surtout feinte, avait-il de longue date compris, faisait l'essentiel du charisme et du sentiment de fiabilité, et il n'était pire erreur que de s'écraser, en particulier quand on a toutes les raisons de le faire. Restait à espérer que celui qui semblait sorti d'une saga norroise ne prît pas son flegme de façade pour une provocation malséante, auquel cas ses plus courtes jambes devraient compter sur le secours des arbres pour rester entières.
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Re: Une ronde vaut deux blanches - Sam 22 Avr 2017 - 22:14




- On est vraiment au Paradis ?


Hansi (Shingeki no Kyojin) a écrit:
" -Quand on ne comprends pas quelque chose, il faut y remédier. Ça vaut largement la peine d'y risquer sa vie. "

Le côté positif, c’est que l’humain n’en voulait pas à sa nourriture, c’était déjà ce point de sauf. Le côté négatif, c’est qu’il y en avait pas. Attends ? Il n’avait aucune intention malveillante, ne voulait rien de mal et a même accepté le fruit tendu par Léo ? La plupart des rencontres, à son Monde, ça se terminait en pillage, esclavagisme ou mort dans les trop fortes résistances. Cette surprise surprenante le surprit à son prix, sans mépris. Surprenant !
La différence entre les deux Mondes, fut ce qui empêcha Léo de garder son instinct primaire de « pilleur », et évita ainsi une première altercation. De plus, entendre son interlocuteur parler la même langue, diminua sa méfiance d’une dose.

- Oui, merci, et mes excuses, vous m'avez un peu surpris : les lieux sont si beaux qu'on s'y oublie. Vous… mmhh. Es-tu un des apprentis de l'Académie ? Je ne t'ai pas encore vu.

La bouche pleine d’un abricot qu’il avait goulûment dévoré, il secoua la tête affirmativement, avant de la secouer négativement, embrouillant la réponse qu’il s’était imaginé. Le fruit mâché et avalé, il ressortit un noyau en mauvais état, avant d’articuler :

- C’est complètement différent d’où je viens. La planète Terre n’est que sables, cailloux et trucs morts, comparé à ici. On est vraiment au Paradis ?
Laissant une courte pause en stockant le noyau dans sa poche, comme s’il espérait faire pousser ce dernier, il reprit :
- Et non, je suis… *ressort sa feuille de sa poche, déjà chiffonnée de son escapade* Surveillant. J’dois surveiller ces « apprentis ». M’enfin, s’ils sont des divinités, j’vois pas comment je pourrais les surveiller.

Ponctuant sa phrase d’un léger rire, il s’imaginait se faire électrocuté par une immense divinité rebelle. Tout en répondant, il remarqua tout de même qu’à part la couleur des yeux et des cheveux, son interlocuteur n’avait réellement aucune différence à lui, en terme d’humanité. Il se savait lui même plus grand que nature, mais hormis ce détail, rien ne semblait « tilter ». Et mentalement, il ne semblait pas être hors norme, semblant être lui aussi un peu décalé par cette atmosphère.
Lorsque son compagnon d’abricotueurs se dénomma, Léo en fit de même. Même s’il savait que Snow signifiait « Neige » dans l’une des langues disparus, il n’en n’avait entendu que dans les contes et anciens récits, voir les livres qu’il trouvait, lors de certains pillages. De grandes étendus blanches de fraîcheur et de froid. Quelle étrange phénomène.

Dans tous les cas, le voila avec son dernier fruit en main, qu’il préféra mettre en poche pour plus tard. Se retenant de lui poser toutes les questions diverses de ce monde, Léo préféra ressortir sa feuille et lui demander le contenu « Domaine ».

- Qu’est que c’est qu’ça ? Je contrôle les « vecteurs » ? T’as ça toi aussi ?

La feuille divine contenait beaucoup plus d’informations qu’il ne le pensait, mais néanmoins, en parler à une autre entité était beaucoup plus amusant. De toute façon, la feuille ne risquerait pas de lui répondre. Quoique, vu ce monde paradisiaque.

- Du coup, t’es d'quel domaine toi ?
Avant d’enchaîner.
- Navré, je t’enchaîne un peu trop d’questions, mais ça a l’air tellement... différent ici.

Le fait de s’être excusé, semblait tellement inhabituel et rare qu’il se surprit lui même. Combien d’années ne s’était-il pas excusé ou sentit perdu par de tels situations ou qu’il n’avait pas eu de conversations sans pillages, meurtres ou autres animosités morbides. L’impression que ces notions s’étaient ancrées en lui, comme un goéland dans du pétrole le déboussola un peu, mais Léo resta optimiste. Il devrait pouvoir s’en sortir dans ce Monde, s’il y comprenait les règles et les notions principales, qui n’avaient pas l’air si différentes que ça.
Ressortant un noyau de sa poche, il s’expérimenta de lui même, ignorant complètement l’autorisation ou non de faire un tel acte. Jetant le noyau à quelques centimètres, il se concentra dès que ce dernier retomba sur sa paume, pour le voir rebondir à plusieurs mètres de hauteur, comme propulser. Ce dernier avait réagit à sa propre pensée.

- On a « changé » quand on est arrivé ici… On est vraiment au Paradis ?

La dernière question était plus pour lui même qu’autre chose, comme pour se remettre les idées en place, le surplus d’informations étant trop important. Cette notion oubliée était comme une légende, un récit, un rêve, un souffle. Une notion que l’on s’accroche quand on veut rester en vie, dans un monde d’apocalypse, dont l’intérieur semble déjà mourant.
Secouant la tête nerveusement, comme pour éjecter les doutes, il souriait avant de sortir à son interlocuteur

- Dis, y a d’autres endroits amusants à visiter ? On aura qu’à dire qu’on faisait une « ronde ».

Sourire de malice et gosse complice.





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Re: Une ronde vaut deux blanches - Mer 3 Mai 2017 - 1:21
L'ours blanc dévoreur d'abricots semblait sorti d'un rêve, ou d'un film de genre curieux. Comme un homme des bois élevé par les bêtes, il poursuivait son repas sans trop se soucier d'être dévisagé, et en faisait profiter qui voulait le voir en répondant d'une même déglutition aux questions qui lui étaient adressés. Avec le noyau ressortit une phrase plus longue que ses précédentes interjections, et à leur écoute Apolutre sentit un frisson descendre le long de son échine : peut-être un mutisme grognant aurait-il été plus réconfortant. En entendant évoquer la Terre, il sentait confirmer ses soupçons et les vagues sous-entendus du directeur farfelu : ici n'était pas le berceau des hommes. Le Paradis, vraiment ? Il avait pourtant tout fait pour l'éviter ; le Dieu croupier qui avait eu le mauvais goût d'exister et de lui faire regretter son pari était en plus doté d'un humour douteux et friand d'ironie. Ces beaux bois étaient-ils un piège de purgatoire ? La pensée jaunit son rire quand il répondit affablement :

« Si ce n'est pas un Paradis, cela y ressemble, haha. Chez moi il y a moins de sable, et plus de béton. De quel pays viens-tu ? »

Le teint neigeux seyait mal à un habitant des déserts, et les brusques manières rendaient improbable qu'il s'agisse d'un nomade technocrate. Il ressemblait à un paysan frison ou bavarois, ou peut-être venait-il d'un pays scandinave ? Le surveillant Snowhite se présenta, tout aussi à l'aise que lui-même quant à la tâche de superviser ces étranges apprentis, semblait-il des créatures dotées de pouvoirs extraordinaires. Il semblait par ailleurs encore moins à l'aise d'entretenir la conversation, quoiqu'il ne manquât pas de loquacité, alors qu'il lisait nerveusement une feuille à l'aspect semblable à celle même qui lui avait été remise en matinée.

« Les vecteurs, vraiment ? C'est… intéressant. Cette académie dispense donc des enseignements de mathématiques, ou peut-être de physique. Sans chercher à t'offenser, je dois admettre n'avoir que de très vagues souvenir de ce domaine passionnant, sans doute pourras-tu me l'expliquer… un jour. »

Il ne faut pas accumuler les décennies pour remarquer que plus le domaine de spécialisation ou d'attachement passionné est improbable, précis et d'apparence ennuyeuse, plus il faut s'attendre à ce que ses tenants soient zélés, diserts et enthousiastes à son propos. Tel ne semblait cependant pas être le cas du maître des vecteurs, dont la réaction le poussa à repousser la proposition, afin de poursuivre la discussion sur un terrain plus entraînant. L'autre d'ailleurs se faisait insistant, et Apolutre sortit de sa poche la feuille froissée, pour en parcourir cette fois plus attentivement les renseignements. Le détective chargé d'enquêter sur ses antécédents avait bien fait son travail, remarqua-t-il, avant de trouver l'entrée consacrée à ce « domaine » dont voulait tant parler le sire Léo ; sa lecture lui arracha un sourire plus jaune que l'abricot sur lequel sa main se refermait fébrilement.

« Oh, l'écriture n'est pas très lisible, c'est assez difficile à déchiffrer… On dirait qu'il est question… d'alluvions, mais je ne vois pas ce que ça pourrait bien signifier. Je présume que certains sont des torrents, et que les autres doivent se contenter de ce qui reste, haha… »

Le trait manquait autant d'esprit que la réponse de vérité. Mais sur ce qui semblait un document d'identité, être caractérisé comme un homme à illusions, quoi que cela puisse vouloir dire exactement, n'était pas information à trop vite révéler. Entre-temps, le noyau avait connu son étonnant rebond, tandis que sa main remettait hâtivement dans la poche une feuille dont l'administrative calligraphie s'était faite, sans qu'il s'en aperçoive, brouillonne patte de mouche.

« Oui, une ronde est une bonne idée, après tout nous devons surveiller, peut-être ces fameux alluvions, ou bien des vecteurs. À vrai dire j'ignore ce que nous cherchons, mais allons-y, ce sera l'occasion de le trouver ensemble ! Et puis il fait si beau... »

Joignant l'acte à la parole, Apolutre termina enfin de se redresser, s'étirant d'un air blasé en achevant son propos. Il avait fait mine de ne pas relever la mention que son compagnon de surveillance avait faite d'un changement de soi. Les souvenirs douloureux de ses dernières heures avaient été comme anesthésiés par la quiétude du parc, mais il sentait qu'ils pouvaient refaire à tout moment surface. Hors le traumatisme, il sentait un malaise germer en lui à propos d'années dont il prenait seulement véritable conscience du mouvement général, de sa traversée de la Manche à son exploration de la Tamise. Ce germe même était changement, de même que l'ingénu plaisir qu'il avait pris à la longue promenade de cet après-midi. Mais comment le dire en mots ?

Une éclaircie nouvelle, probablement aussi facétieusement temporaire que les autres, vint décider du chemin à prendre : le soir était encore loin, il pouvait se permettre de prendre la direction du centre que sa boucle avait contournée, du moins si son sens de l'orientation était demeuré intact. Et, ajouta une douce et piquante voix en lui, si le parc lui-même ne décidait pas de piéger ses visiteurs en altérant sa configuration. Apolutre secoua la tête pour se reprendre, et adressa un large sourire à Léo, avant de reporter son regard sur ce qui ressemblait vaguement à un sentier à moitié conquis par la végétation. L'ombre de ce qui fut son siège semblait lui indiquer la direction, comme une providence du fameux Deus dont le formulaire faisait une élusive mention. S'il fallait servir une hospitalière théocratie, autant en jouer le jeu… Restait seulement à espérer que la mâle Blanche-Neige qui l'accompagnait ne tienne pas trop du Chasseur, et que son apparente innocence bourrue soit plus sincère que les alluvions qu'il avait trompeusement allégués. Pouvait-on, après tout, légitimement attendre la franchise de ceux à qui l'on mentait ? Il le fallait sans doute, ainsi que noyer ces questions bien nouvelles qu'il avait pourtant déjà su mieux étouffer. L'air de cet endroit avait une curieuse influence sur la moralité de ses pensées...
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Re: Une ronde vaut deux blanches - Ven 19 Mai 2017 - 15:54





- Hoy Hoy Hoy


Troll de pierre (Witcher 3) a écrit:
"- Troll garder bâteaux. Mais pas bois pour cloture. Alors troll prendre bois bâteaux. Et bâteaux garder bâteaux. "

- De quel pays viens-tu ?

Un silence léger s’enraya, pour finalement s’engouffrer dans les limbes de l’oubli. « Pays ». Plusieurs mots ou termes échappaient à Léo, qui semblait presque vexé de lui même d’avoir un vocabulaire aussi peu développé comparé à Apolutre. Le côté positif est qu’il semblait suffisamment amusant et classe pour être un homme de confiance, même si sa Terre Natale lui a toujours appris le contraire.
Préférant ignorer son manque de notions verbales qu’il rattrapera dès que possible, s’ils possédaient des archives ici, Léo haussa néanmoins un sourcil à la notion de « vecteur mathématique », un peu comme si on expliquait de la technologie nucléaire à un homme vivant en Autarcie.
Ce qui haussa son sourcil encore plus haut, achevant Léo, fut le terme « alluvion », apparemment relié à des torrents ou quelque chose dans le style.
Bredouillant un :

- Les vecteurs, c’est pas le sens de la direction ?

Bredouillant par la suite des excuses, il finit par changer de conversation en demandant une ronde. D’une part, il voulait explorer, d’autres part, il sentait qu’il allait devoir faire des efforts en terme de langages. Peut-être que la langue n’était pas si similaire à la sienne ? Ou alors il était réellement en décalage par rapport à son compagnon de surveillance ? Léo commençait à voir l’importance des différences entre son Monde et celui la. Du coup, Apolutre pouvait très bien provenir d’un autre monde aussi.

M’enfin. L’optimisme étant son fort, il semblait qu’il avait le temps pour parfaire tout ça, aussi dès que la lumière du soleil apparut sur ce sentier, Léo en prit la direction. Repartir au centre avec la grande tour horlogée pouvait être intéressante aussi, mais découvrir les nouveaux passages et endroits semblait une priorité. Puis, ils faisaient une ronde, rien de méchant la dessus, pas leur faute s’ils se perdaient malencontreusement.
La suite fut plus silencieuse, ils ne rencontraient pas d’âmes qui vivent pour le moment, peut-être étaient-ils en cours ? Ou alors, une activité qui les avait regroupé ?

- J’comprends pas pourquoi y a personne ? Y sont tous occupés ?

A ses dires, plusieurs sensations se fient. Déjà il se sentait pâteux et par la suite, il crut voir une sorte de lueur blanche au loin, lueur qui devint… un lapin. Ce dernier les ignora et partit en courant, non sans que Léo remarqua une montre sur ce lapin blanc. Mais non, c’est impossible.
Difficile de demander l’avis à Apolutre, ce dernier n’avait pas l’air d’avoir réagis, il ne semblait même pas l’avoir vu. Ok, Léo devint fou. Fin.

- Tu n’as pas vu le…

Interrompant sa propre phrase, Léo vit autre chose apparaître au fond de ce sentier. Comme une sensation de tremblement qui approchait, un gargouillement, suivi d’une… immense vague d’eau approchant à toute allure.

- WHAAAATT !

Fut l’unique son qui sortit de la bouche de Léo pendant qu’il sprinta vers l’arbre le plus proche et grimpa sur la première branche. Pour finalement ne voir aucune goutte d’eau. Rien. Tout avait disparu, comme leur apparition.
L’émotion passa à la surprise. Puis à la méfiance. Refusant de descendre de sa branche, dont il avait difficilement hissé ses kilos, Léo ne savait pas s’il souffrait d’hallucinations ou si c’était ce « Monde » qui se foutait de lui.

- Non mais je vais devenir fou, t’as pas vu le lapin ou l’eau ?

Passer pour un fou ne dérangeait en rien Léo, mais comme Apolutre serait son compagnon de surveillance, il préférait éviter d’interférer tout difficulté de confiance. Comment faire confiance à un énergumène qui voit des lapins et des tsunamis ?

- Ce sentier est magique ? Ou « divin » ? J’ai rien fumé, drogué ou ...

Dans son Monde, la drogue était souvent à l’état liquide, mais certains arrivaient à en fabriquer à partir de certaines souches d’arbres, et les soirées de badtrip chez les raiders étaient nombreux. Mais jamais il n’y avait touché, alors pourquoi maintenant ?
La seule chose qu’il a fait ici, se fut d’approcher un étang, de manger des fruits, de connaître Apolutre, de marcher sur ce sentier. Laquelle de ces déclarations avait déclenchés ces hallucinations ?

Réfléchissant, bras croisés depuis son perchoir, il dut s'écarter un peu en voyant une branche tenter de lui transpercer la tête
Ainsi, gredin d'arbres, tu t’en es pris à Léo, vil manant, je vengerais cette ignominie, pensa t-il. Avant d'arracher la branche et de descendre de son perchoir.

- T’es pas une hallucination toi au moins ?

Être une hallucination pour combler la solitude de Léo serait un peu cruel et extrême mais vu qu’il vient d’éviter un raz de marée dans un sentier envahis par les mauvaises herbes et la flore environnante, onnnnnn peut penser à toute éventualité.
Puis, il éclata de rire face à ce qu’il venait de se passer, un rire à pourfendre les nuages.

- Hoy Hoy Hoy, j’ai flippé pour un moment, mais c’était marrant. J’espère que ça va s’arrêter, j’aimerais bien découvrir ce monde sans halluciner toutes les cinq mètres !

Léo, arrivé au Paradis depuis 11 minutes, déjà en proie aux hallucinations après avoir ingéré un fruit.








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Re: Une ronde vaut deux blanches - Mer 5 Juil 2017 - 2:06
Les grimaces étaient créatives, et leur venue sur la rude figure pâle et tannée impromptue. Les sourcils ainsi levés par un étonnement qui devait être à la fois réel, puisqu'ils transparaissaient de spontanéité, et, pour être aussi surjoués, peut-être en partie feint, coloraient la ronde sentencieusement annoncée d'une teinte festive. Le pileux soulèvement aux bredouillements confus disait ce que les phrases ne parvenaient à exprimer : un lexique mal placé, un décalage culturel, des questions animés par une curiosité trop pure pour être pure mondanité. L'absence d'artifice dans les mimiques les rendaient d'autant plus fascinantes à déchiffrer, puisque exprimant directement le faisceau de réactions naturelles de l'habitant du sablonneux pays des cailloux morts. Ce monde intérieur dévoilé par les boissons couronnant ses yeux offraient un tel tableau qu'Apolutre, en les observant en silence du coin de l’œil tandis qu'ils entamaient leur marche, en avait presque échoué à remarquer l'habile esquive de la question de son origine. Un silence contre un mensonge ; le marché est honnête.

La promenade reprit au rythme de leurs pas qui seuls venaient scander le flot du silence imposé par l'alentour. Ils marchaient à l'unisson, d'un concert qui n'aurait été aussi parfait s'il avait été conscient. La bucolique exploration avait une suavité romantique, au double sens de l'adjectif, et Apolutre ne se serait senti qu'à demi surpris de voir son compagnon remplacé, par une belle femme ou une nymphe, à supposer que le cadre leur permette de se distinguer. L'horizon de bocage absorbait ses pensées pendant cette marche mutique. Quelle dame au juste s'attendait-il à voir remplacer la Blanche-Neige qui l'escortait ? Sa main, inconsciemment, vint caresser le foulard noué près de son col. Un vent léger se levait et faisait frémir les herbes chatouilleuses, donnant naissance au loin à un sifflement dans quelque arbuste percé. Le son effraya une volée d'oiseaux qui prit d'un geste la voie des airs, et quelques petits animaux au loin détalaient, à la fois devant l'envol, le bruit et les hommes venus fouler leur quiétude. Léo venait d'articuler péniblement une question d'une voix basse, et Apolutre, l'attention attirée par ce qui se passait là-bas, ne lui répondit pas tout de suite. Sa main, du foulard, se resserra, rappelant à sa conscience l'abricot offert tout à l'heure. Les longues jambes de son généreux donateur l'avaient forcé à maintenir un rythme soutenu, agréable échauffement, et les prémices de la soif remontaient son gosier. Le juteux fruit venait ainsi à point nommé, et alors qu'il refermait ses dents sur sa chair que la pression avaient rendue humide à nouveau, la voix de Léo se fit anormalement inquiète.

Tu n'as pas vu le…

Poussant un cri, il se précipita vers les sommets d'un arbre proche où il se réfugia. Deux sentiments vinrent dans l'esprit d'Apolutre accompagner la douce saveur du met à peine goûté. L'amusement d'abord : le gaillard avait l'air d'un vaillant, ou d'un bagarreur, et du moins ne semblait pas homme à préférer la débandade à un semblant au moins de résistance devant un témoin et un danger. Le second, précisément, était celui du péril : quoi qu’ait vu son collègue, il n'était certainement pas de taille à l'affronter seul. Il n'avait aucune idée de s'il était possible de mourir à nouveau dans cet étrange paradis, mais il semblait superflu d'y réfléchir maintenant, et plus urgent de suivre le mouvement ; il se colla ainsi dos à l'arbre choisi par l'agile déserteur. Il essayait de contrôler sa forte respiration, afin de pouvoir entendre l'approche de la menace : dans ce monde inconnu, il n'avait aucun idée des périls qui pouvaient leur bondir dessus d'un fourré. Une minute se passa, longue et tendue. Le parc n'avait pas changé, sinon que la faune, troublée par la cacophonie des visiteurs humains, s'était à leur exemple tue. Passées la surprise et l'excitation, il semblait de plus en plus étrange que quelque danger les menace en ces lieux. Apolutre, sans y même penser, se détendit. Il pencha la tête vers l'acrobate des brachages.

Non mais je vais devenir fou, t'as pas vu le lapin ou l’eau ? Ce sentier est magique ? Ou « divin » ? J'ai rien fumé, drogué ou ...

Transformée de paisible ronde à une course pour leur vie, la scène s'était en un instant métamorphosée en la liste d'excuses confuses d'un enfant de deux mètres. Un lapin bondissant de son terrier l'avait fait sursauter, et, à parler d'eau, il en avait fait une tempête dans un verre. La réaction, spontanée et franche, fut un rire incontrôlable et innocent, devant la panique qui les avait saisis pour si peu de chose. Reprenant dans son éclat sa respiration, il arrêta son regard sur le fruit qu'il avait dans sa course écrasé en sa main. L'empreinte de ses dents il était encore imprimée, et son goût étrangement acidulé ne l'avait pas quitté. Sa tête fut rappelée vers le haut au son d'une nouvelle joute, épique duel entre l'homme et la branche, qui s'acheva par la mort de la seconde et la chute du premier, qui atterrit cependant en gardant un semblant de dignité.

T'es pas une hallucination toi au moins ?

L'improbable question posée sur un ton sérieux – peut-être vexé de son muet sourire ? - offrait un comique décalage, qui sembla ne pas lui échapper, car il se joignit à son hilarité lorsqu'il lui répondit :

« Si j'en suis une, j'espère l'apprendre bientôt, ce serait dommage de passer l'éternité sans le savoir. Mais ne t'es-tu pas blessé, au moins ? Et tu pourrais aussi m'expliquer ce qui s'est passé ? »

Il aurait prononcé ces paroles qui que fût son interlocuteur : les conventions sociales exigent d'au moins feindre un intérêt affable pour la santé de qui l'on accompagne, et cela permet de le flatter assez pour qu'il soit en de bonnes dispositions. Pourtant, ce n'était ni par calcul ni par habitude qu'il s’enquérait du sort de ce Léo : la rigolade partagée à l'instant ajoutait à la douce fascination qu'il éprouvait pour le colosse si peu urbain, qui semblait si fragile par ses manières brutales et, partant, terriblement maladroites.

Hoy Hoy Hoy, j’ai flippé pour un moment, mais c’était marrant. J’espère que ça va s’arrêter, j’aimerais bien découvrir ce monde sans halluciner toutes les cinq mètres !

Le ton était enjoué, et l'humeur communicative. Après le serein recueillement de la clairière et du semblant de patrouille, l'heure se faisait propice, pour tous deux, aux joies enfantines et libérées. Londres la vénérable, si guindée encore plus d'un siècle après Victoria, et d'autant plus furieuse dans ses plaisirs là où elle se relâchait, semblait --- était --- un tout autre monde. Ni pub ni club, ni fumée ou piquette ne causaient la joie camarade qu'il ressentait soudain. À moins que... ? La fraîcheur du jus abricoté auquel avait goûté Léo un peu avant sa crise de panique s'écoulait doucement en lui. Se pouvait-il que la collation ait eu des effets psychotropes, expliquant cette phobie des lapins ? Apolutre n'y avait que goûté, mais il était loin d'égaler sa masse corporelle.

« Puisque nous voulons tous deux le découvrir et que tu sembles vouloir une vue plus aérienne, allons par là. Nous pourrons avec un peu de chance avoir un aperçu des environs, et cela nous dira par où revenir. »

Il désigna du menton une sentine sur leur gauche, qui montait doucement vers une sorte de butte. Aussi drôle soit la journée, il n'était pas certain de vouloir s'égarer en ces bocages hallucinogènes une fois le soir venu, et il n'avait aucune idée de l'heure à laquelle le soleil pouvait bien se coucher par ici, s'il s'agissait bien du soleil. La pente douce partait à vue de nez sur un bon kilomètre avant de joindre la petite éminence, il lança donc le mouvement sans attendre la réponse de Léo, vérifiant cependant du regard s'il acceptait de suivre. Son engouement festif était-il le fait du fruit ? Si c'était une drogue, elle le pouvait sans nul doute, mais elle le faisait alors d'une façon peu familière au vétéran des débauches. La réponse lui viendrait peut-être par la suite ; en attendant, il haussa les épaules et se débarrassa de la compote qui lui maculait encore la main.


Dernière édition par Apolutre Paislude le Dim 10 Déc 2017 - 23:49, édité 1 fois
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Re: Une ronde vaut deux blanches - Dim 5 Nov 2017 - 0:20





- J'te porte pour t’montrer peut-être ?


Dordoni (hollow 101, Bleach.) a écrit:
" - Ceux qui ont été au sommet ne peuvent pas oublier la vue. "

La sensation de passer pour un idiot fut présente, tout en étant superflue ; l’optimisme sans failles de Léo l’amusait et l’incita à en rire. Néanmoins, il fallait se douter que que des hallucinations pouvaient se révéler dangereuses, surtout celles qui altèrent l’ensemble des cinq sens. En ce cas précis, le Gardien se contenta d’être sur ses gardes en utilisant plus son instinct que l’ensemble des sens humains.

- Puisque nous voulons tous deux le découvrir et que tu sembles vouloir une vue plus aérienne, allons par là. Nous pourrons avec un peu de chance avoir un aperçu des environs, et cela nous dira par où revenir.


Suivant le regard du compagnon de route, l’idée de s’élever lui plut aussitôt. D’ailleurs, elle était déjà plus plaisante et surtout légale, que sa propre idée, qui consistait à escalader l’une des grandes statues qu’il avait remarqué plus tôt. Rajoutons à cela le fait que ça lui permettra d’écouler le temps qui le séparait de la fin de ces « hallucinations », ne voulant pas commencer à créer du tort à peine arrivé. Arrivé ? La sensation d’avoir été « conduit » ici plutôt que d’y être échoué le pesait depuis que Léo s’était réveillé, mais le but ou l’objectif lui échappait. L’idée même de réfléchir à cela, le ramenait à ses actes qui engendrait une gêne qu’il préférait cacher, n’étant pas le moment opportun.

Hochant la tête pour acquiescer et emboîter le pas, il se retrouva à prier pour que l’hallucination suivante puisse être acceptable.

- Du coup, si nous sommes des Dieux, pour qui prie t-on ?

La question sortit tel un cheveu sur la soupe, n’ayant aucune idée du pourquoi du comment il avait pensé à ça, mais il n’était pas le plus doué pour ce qui était de cogiter mentalement. En soit, sa question était assez plausible, surtout quand on n’avait pas lu entièrement le papier dans sa poche qui annonçait que le Dieu actuel était « Deus ». De ce fait, Léo pensait principalement que la Divinité était scindée en fonction des domaines et facultés de chacuns et qu’on devait veiller sur un ou plusieurs Mondes. Son idée que ce monde n’était pas le sien s’immisçait en lui et le convainc à chaque pas nouveau qu’il faisait en ces lieux.

Puis il le vit, sortant d’un fourré. Un homme de grande envergure, marchait d’un pas machinal, tel un automate. Le premier tic fut ses cheveux et sa couleur de peau blanchâtre, ses pupilles sans couleurs montrait qu’il était Albinos mais Léo ne connaissait pas ce phénomène et se contentait de le regarder. Il crut entendre un son provenant des lèvres de cet étrange énergumène, vétu d’un long manteau de cuir noir, dont une partie se soulevait et montrait une épée à un éclat argentée. Le son réapparut et Léo comprit qu’il répétait inlassablement la même chose : « je dois marcher. Sans m’arrêter. » Tout en traversant la route, avec son pas presque mécanique. Puis il disparût derrière un arbre.

Conscient que c’était une hallucination, il resta tout de même surpris par la puissance de cette dernière ainsi que la similitude des cheveux, et rattrapa son collègue, sans justifier son retard. Que dire de plus ? L’histoire du lapin et du tsunami était déjà assez difficile à expliquer.

La pente s’accentuait tandis que le fourré devenait de moins en moins dense, la lumière tamisée du soleil parvenait à percer les feuilles des arbres, dont Léo se contentait d’admirer sans un mot, ou alors en prononçant quelques exclamations. Dont une qu’il ne pouvait s’empêcher de répéter.

- C’est fou toute cette végétation. Y en a partout !

Pendant leur montée, l’hallucinogène avait pris l’apparence d’un trouble de la vision, faisant tanguer le sol, comme s’ils se trouvaient sur un radeau de sable, ces voiliers à vive allures que Léo s’amusait à conduire lors des trajets à grandes vitesses. Finalement, ils accédèrent à la colline, dont la taille était exagérée, faisant plutôt penser à une légère montée, mais suffisant pour permettre de voir plusieurs détails. Détails qui semblaient impressionnants.

A la vue, ils semblaient être sur une sorte d’île, une lointaine muraille semblait se dessiner au loin, entrecoupés de colonnes et d’édifices à la taille impressionnante. Des bâtiments plus nombreux s’épanouissaient en face d’eux, tandis qu’à l’arrière, le bâtiment principal, sûrement l’autel auquel ils sont « arrivés », surplombait l’ensemble. Surplomber était un euphémisme, Léo ne voyant même pas sa pointe.

- Bon bah y a des bâtiments, des arbres et des murs quoi. J’te porte pour t’montrer peut-être ?

Non conscient de la possible pique qu’il envoyait, surtout que la taille n’était pas si différente que ça, Léo était plus absorbé par ce paysage qu’autre chose.

- Y a une sorte d’entrepôt ou de garde-manger proche sur notre droite, on dirait un long … truc.

N’ayant aucune idée quel synonyme il pouvait utiliser, il s’empourprait légèrement puis s’attardait sur son collègue, voulant savoir quels décisions ils prendraient.
L’idée d’aller manger lui plut particulièrement, surtout que dorénavant, il éviterait les abricots. Et les cailloux. C’dangereux, les cailloux.





PS : Aucune excuse pour le temps de réponse, n'hésites pas à me dire tout ce qui en va pas, vu l'écart de réponse et la reprise !



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Re: Une ronde vaut deux blanches - Hier à 2:14
Il fallut un temps pour que son compagnon se décide à le suivre, mais ses plus grandes enjambées lui permirent de n'avoir guère besoin de se presser pour combler son retard, qui s'annula dans la minute. Celle-ci fut taciturne : le prompt départ avait engourdi les langues, la colline à gravir occupé les yeux. Au fond petite butte, qu'un Montmartre eut éclipsé et qui n'arrivait à la cheville du Capitole où se dressait l'Autel de leur arrivée, sa pente semblait rude pour leur plane promenade. Léo mit fin au silence en même temps qu'à la distance entre eux :

- Du coup, si nous sommes des Dieux, pour qui prie t-on ?

Apolutre n'eut besoin que d'un léger mouvement de tête pour voir la grande silhouette à son côté, en même temps que pour se détourner de l'aveuglement de l'astre du jour, qui perçait entre les feuilles. Son rire à l'entendre et le voir fut comme ce soleil : invincible, éclatant, et jaune. Le chiasme mérite l'hilarité : avoir vécu sans dieu ni maître quand il en y pouvait avoir, ne plus en avoir à prier quand le doute en force le besoin. Peut-il se trouver un dieu athée ? La formule est absurde, mais son sort ne l'était pas moins : une vie licencieuse mener à la divinité ? Un champion du péché qui pour tout purgatoire se retrouve surveiller en maître les vertueux ? Le recteur de cette Académie, qui que soit celui à trouver derrière le doux et modeste nom de Deus, était du moins un bien cynique plaisantin.

Un sursaut noya sa voix rieuse, lorsque du coin de l'œil une large figure semblable par l'aspect à l'innocent Snowhite émergea des buissons, pourtant raréfiés par leur début d'ascension. Sa veste de motard et sa lame sans fourreau l'eussent apparenté à quelque spécialiste du cosplay, si le cadre posthume et surtout la démence de son regard n'infirmaient cette possibilité. Avant que les Surveillants n'aient pu réagir, il avait déjà passé son chemin, marmonnant quelque phrase de furieux, sans leur accorder un regard. Léo ne sembla guère réagir plus d'un instant, comme si la figure n'était rien qu'une ombre passagère. Prenant son inspiration, Apolutre remarqua que le dos de sa main, peu avant encore maculé, était propre : le goût abricoté lui restait en bouche, et suggérait l'irréalité de la vision baroque.

- C’est fou toute cette végétation. Y en a partout !

Il n'avait, à dire vrai pas eu la tête à remarquer que l'éclat solaire s'était fait plus discret, modéré par l'épaisseur du feuillage des seuls habitants de cette pente. Le sentier sinueux qu'ils suivaient depuis tout à l'heure semblait d'autant moins à sa place en ces lieux peuplés seulement d'hallucinations. Le sommet se présentait, et leur isolement se révélait tout relatif : à faible distance, en réalité, se trouvaient les bâtiments du campus de l'Académie, que leur taille écrasante approchait toujours davantage.

Toujours davantage.

La présence de Deus emplissait l'espace, les distances se contractaient sous l'effet de Sa puissance et se dilataient à nouveau comme par l'indulgence d'une Grâce. L'Autel marquait sa Faute, et Son pardon, la mort et la rédemption, la renaissance et l'expiation. Juché sur la colline du calme parc aux abricotiers, il contemplait l'édifice du Temple divinisé. Le regard sur le paysage des modestes jardins à l'ordre reposant, il buvait l'élixir du spectacle enivrant : la tour aérienne pourfendait des cieux qui ne pouvaient l'arrêter, tandis que le regard, plus balayé que balayant, se subjuguait aux douces délices d'une puissance sans limite. Taïpei était Babel, orgueils déplacés et piètres imitations de l'Exemple du grand, vers lequel leur colline était une humble lucarne : il fallait dépasser le tapis de feuillages pour constater la victoire du Temple magistral. Estomaqué, le souffle s'en coupa, et les jambes fléchirent, le sol du si bas promontoire fut l'accueil du coccyx.

- Bon bah y a des bâtiments, des arbres et des murs quoi. J’te porte pour t’montrer peut-être ?

La candeur sans ambages de la brute ingénue fut l'aiguillon du bon sens qui le ramena aux siens.

- Y a une sorte d’entrepôt ou de garde-manger proche sur notre droite, on dirait un long … truc.

Il s'entendit, pendant qu'il se réveillait doucement, prononcer d'une voix plus blanche que celui à qui elle était adressée :

« Oui, nous avons déjà trop péché par notre audace. Retournons à la terre, elle nous nourrira mieux. Et puis… »

Il ne suivait plus le flot de ses propres mots, comme emporté par une torpeur qui disait en son nom le sentiment d'un autre ; il tenta de reprendre contenance.

« Et puis ça nous fera du bien… Manger dissipe les effets de pas mal de trucs, je crois qu'on en a tous les deux bien besoin. La promenade commence à se faire longue, pas vrai ? »

Il tituba un instant aux premiers mètres de la descente, et se rattrapa de justesse au vêtement de son compagnon : de justesse pour l'entraîner. Était-ce la poche du grand imperméable blanc qui se déchirant l'accompagna dans sa chute, ou son porteur surpris par cette impromptue maladresse ? Planer ne suffit guère pour esquiver le sol : la gravité, en ce monde aussi souveraine n'a pas plus de patience pour les abricotés que pour n'importe quel démence. Le corps de gloire du repenti, de lui-même, se prête aux cycles que veut la pente ; il lui fait grâce de toute résistance. Il y a une douceur à se laisser emporter, elle fait jouir d'autant plus qu'on avait résisté. L'extase écrasée de l'ivresse des sommets prend dans la rechute des accents érotiques : plus qu'un réveil forcé, c'est un plaisir que de tomber.

Par analgésie fruitière ou par imputrescibilité de la chair divinisée, les contusions qu'il attendait se faisaient présentes davantage dans son anticipation que dans sa perception : lors de ses lents mouvements pour redresser ses membres entortillés, il ne sentait le frottement d'aucune plaie, la pression d'aucun hématome, la dureté d'aucune entorse. Le doux râle qu'il émit et le laborieux de sa remise sur pieds tenaient davantage de l'engourdissement du dormeur mal réveillé que de la peine de l'infirme : ne manquait plus que l'étirement.

Apolutre sentait l'arrivée de son compagnon – était-ce de la hâte à venir à son chevet ? – et devinait son inquiétude ; il tournait calmement la tête vers lui, et n'eut à lui adresser qu'un sourire simplet, comme plein de l'absurde satisfaction d'avoir trouvé un ingénieux raccourci. C'est sur le ton le plus naturel qui se pouvait imaginer qu'il demanda benoîtement :

« C'est une bonne façon de s'ouvrir l'appétit, tu ne trouves pas ? »


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Une ronde vaut deux blanches
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