Chapitre en cours :
Entre Mortels et Immortels, la guerre est déclarée. Trois mois après la chute d'Isanagi et du Golem de Pierre, la tension ne fait qu'accroître. Encore une fois, l'ennemi saura surprendre. Encore une fois, les futures divinités devront se montrer à la hauteur, et les humains, plus unis que jamais.


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Rencontre du troisième type.

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Rencontre du troisième type. - Jeu 22 Jan 2015 - 21:24


A mesure que la locomotive parcourait les kilomètres, Eren pouvait voir les tableaux défiler sous ses yeux ébahis. Ce qu'il voyait ici n'avait rien à voir avec sa première expérience française. Pour beaucoup, il était évident qu'entre la capitale de la France et la région reculée qu'étaient les Ardennes, la comparaison n'était pas vraiment de mise. Le blondin ayant une connaissance proche du néant de la géographie était loin de se douter qu'une abîme aussi gigantesque pouvait séparer deux endroits si proche. Pour être tout à fait exact, c'était la première fois pour lui qu'il sortait de la ville. Son enfance à Londres et ses différents voyages l'avaient toujours tenu éloigné de la campagne et les vastes étendues vertes qu'il apercevait par la fenêtre de son wagon l'emplissaient d'une joie inexplicable. La vue était superbe, d'autant plus lorsqu'on est un gamin qui n'a jamais eu l'occasion de profiter de la diversité infinie qui était offerte par les paysages de ce monde. Le bonheur indicible qui pouvait se lire sur son visage pouvait paraître exagéré, mais au delà de son faible entendement, une autre raison se dissimulait (mal) ; Eren n'avait pas spécialement joui de son passage à Paris, n'appréciant que très peu l'attitude de ses habitants et estimant que cette ville était maussade, voire déprimante. Ainsi, se retrouver devant des paysages aussi agréables à l’œil était un délice comme il n'en avait pas connu depuis longtemps.


Lorsque, après quelques heures de trajet, son train s'arrêta finalement, le garçon à la chevelure dorée dut à son grand dam quitter cet état d'esprit idyllique pour se concentrer sur la véritable raison de sa venue dans ces lieux fort excentrés, outre l'aversion qu'il portait désormais dans son cœur pour la capitale française. Des rumeurs courraient selon lesquelles des créatures surnaturelles avaient élu domicile dans des bois non loin d'ici, des créatures aux rituels d'une violence inouïe. Sur le même forum que celui où il avait fait la connaissance de Tobias à peine une semaine plus tôt, des images à vous soulever le cœur – sauf, bien sûr, lorsque vous êtes un ancien assassin ayant appris à parfaitement contrôler ses sentiments – avaient même circulé, montrant ce qui était présumé être un cadavre – bien que la... chose qu'on pouvait y voir n'y ressemblait en rien. La curiosité maladive d'Eren, enrichie par sa conversation avec l'albinos, avait fait le reste. Réalisant son souhait de quitter Paris, le garçon avait sauté dans le premier train qu'il avait trouvé pour les Ardennes, afin d'essayer d'en savoir plus sur cette histoire lugubre. Après avoir marché pendant une bonne heure, Eren parvint à établir un constat évident : cette région n'avait rien à voir avec la dernière qu'il avait visitée. Il régnait ici un calme presque dérangeant, comparé à l'agitation de Paris. Même la météo était différente : à la toile grisonnante accrochée au ciel s'était ajouté un fin crachin refroidissant significativement l'atmosphère.


A son arrivée dans le village avoisinant la forêt où avait eu lieu la découverte, Eren remarqua immédiatement le contraste frappant entre l’ambiance calme et reposante des étendues vertes qu’il avait traversées pour venir et le mélange d’inquiétude et de méfiance qui plombait l’air et qui se lisait aisément sur les mines défaites des habitants. Ceux-ci parurent d’ailleurs enchantés à la vision de ce nouvel arrivant, comme en témoignèrent les regards hostiles qui lui furent adressés à l’instant même où il avait passé un pied dans l’enceinte du village. Les volets se fermèrent, les mères ordonnèrent à leurs enfants de rentrer et le blondin se retrouva bien vite esseulé sur ce qui semblait être la place centrale du village, son regard infantile occupé par cette teinte d’incompréhension chronique qui lui siait si bien. Il était bien difficile pour lui de comprendre l’origine de cette animosité à son égard. Ces gens ne le connaissaient pas et pourtant le rejetaient sans même prendre la peine de s’intéresser à lui ou à ce qu’il avait à dire. Eren n’avait pas les aptitudes sociales nécessaires pour concevoir que les événements récents aient pu marquer profondément les gens du coin, et qu’ils se seraient bien passés d’une telle publicité.


-Ils pensent que vous êtes encore un de ces foutus journalistes.

La voix rauque, provenant de derrière lui, avait subitement interrompu l’adolescent dans ses pensées. Celui-ci se retourna pour faire face à la personne à l’origine de cette apostrophe, qui lui était vraisemblablement adressée étant donné qu’il était probablement le seul être vivant dehors à cet instant précis. L’individu en question était un vieux monsieur assis sur un banc, qui avait les traits tirés et le regard désabusé de celui qui a déjà tout vu, y compris le pire. Les deux mains croisées sur le pommeau de sa canne, le vieillard lui jetait un regard mêlant curiosité et défiance. Eren planta ses deux yeux émeraude dans les siens mais ne réagit pas. En fait, il était tout simplement en train de se demander en quoi il avait l’allure d’un journaliste, son costume sens dessus dessous et son air paumé se trouvant à des années lumières de l’idée qu’il se faisait des acteurs de cette profession. Devant son absence de réaction, le vieil homme reprit.


-Ils pullulent dans le coin depuis ce qu’il s’est passé. 'Faut nous comprendre, on a pas l’habitude de ce genre de… trucs. Et crois-moi, on s’en priverait bien ! Mais toi, p’tit gars, tu ressembles pas à ces vautours. T’es trop… 

-Je trouve aussi.

-Alors dis-moi, qu’est-ce qui t’amène dans le coin ?

-Eh bien, comme ces journalistes, je pense. J'aimerais en savoir plus sur ce qui a été trouvé dans la forêt. Vous pensez qu'il y a des créatures surnaturelles dans ces bois ? Quel genre ? Et ce qu'on a trouvé, vous pensez que c'est quoi ? Un humain, un animal ? On dit qu'il n'en restait pas grand chose, vous en savez plus ? Et les autres disparitions ? Vous pensez que c'est lié ?

-Olà, petit ! L'interrompit l'homme sans ciller face à l'avalanche de questions. Vous, les jeunes, êtes bien trop curieux. Le seul conseil que je peux te donner c'est de rentrer chez toi et d'oublier cette histoire. Y a rien de bon dans c'bois, si tu veux mon avis. Ceux qui s'en sont mêlés ont eu des problèmes, et c'est pas un freluquet comme toi qui va réussir à tirer ça au clair, sans vouloir t'offenser.

-Il n'y a pas de mal. D'accord, merci monsieur pour vos conseils. Au revoir !

Sans se donner la peine d'essayer de continuer une conversation dont l'issue ne changerait pas, Eren tourna les talons et partit droit en direction de ladite forêt après un signe de la tête au vieux monsieur, qui le regarda s'éloigner en secouant la tête, l'air médusé. Le blondin était en pleine crise d'Erenite : il posait toutes les questions qui lui passaient par la tête et se lançait corps et âme dans sa lubie, sans se soucier du péril ou de l'embarras dans lequel il se mettait. Eren ne s'arrêterait pas dans sa quête de savoir tant qu'il n'aurait pas les réponses à ses questions, son inconscience infuse l'empêchant de se rendre compte de la nature dangereuse de la situation. C'est sans surprise qu'il se perdit après une grosse dizaine de pas dans la forêt, n'ayant jamais appris à se repérer dans un tel environnement. Lorsque, après une bonne demi-heure passée à errer entre les arbres, il eut un haut-le-cœur en sentant une odeur de putréfaction lui assaillir les narines, Eren convint avec un haussement d'épaules qu'il ne s'en était pas si mal sorti. Le garçon se dirigea en direction de la provenance de cette émanation pour tomber ce qui ressemblait à … à rien, en fait. L'origine de l'amas de restes en décomposition, que le blondin aurait raté s'il ne refoulait pas autant, ne pouvait être déterminée par aucun moyen en sa possession. Visiblement attaqués par les vers et dame nature, les vestiges de ce qui avait pu être par le passé un cadavre humain ou animal formaient désormais un petit monticule qui aurait presque pu paraître ridicule dans d'autres circonstances. Un profond sentiment de déception s'empara d'Eren, qui se maudit intérieurement pour ne même pas avoir pensé que plus d'une semaine après les événements, il ne resterait pas grand chose de ce qui était la seule pièce à conviction de sa petite enquête personnelle, les autres disparus n'ayant pas encore été retrouvés. En désespoir de cause, le blondin vint tout de même s'accroupir à côté du monceau de chair en altération, afin d'être sûr qu'il ne passait pas à côté d'un détail important qui pourrait le mener sur la piste du mystérieux agresseur des Ardennes. Une fraction de seconde avant de poser un doigt sur la matière visqueuse, Eren s'interrompit cependant en clignant plusieurs fois des yeux.


-Tiens... Il ne pleut plus.
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Re: Rencontre du troisième type. - Lun 23 Mar 2015 - 20:56
Au lever du soleil, les bois avaient été dévorés par un épais brouillard. Se répandant entre les troncs, glissant sur la mousse et les feuilles mortes, il avait attiré à lui et englouti tout ce qui faisait d'une forêt ce qu'elle était. Pas de bruit, pas de vue. Rien que les ombres inquiétantes des arbres et le léger bruissement de la rivière. Du blanc, impénétrable, froid, humide.
Au centre de cette horreur rampante naturelle se trouvait le pavillon de chasse, désormais demeure à un tout autre genre de prédateur. Un filet de fumée s'échappait de la cheminée, allant se perdre dans les méandres de la bête immaculée qui l'entourait, allant grossir, à sa manière, la panse de la chose et contribuer à l'atmosphère insoutenable des lieux. A l'intérieur, deux êtres dormaient encore, nichés au milieu d'épaisses couvertures et profitant des dernières braises d'un feu sur le déclin. Paisibles, lovés l'un contre l'autre, perdus quelque part dans des rêves qui ne devaient guère différer de leur réalité.
Et pourtant, ils étaient la source du malaise qui avait envahi les bois, puis toute la région. La source de ces disparitions étranges, de cette absence totale de vie. Tout ce qu'il y avait de dément dans cet endroit découlait d'eux, de leurs actions et, au final, de leur existence même.
A quelques pas du lit, sur une table de découpe, trônait un amas de chair sanguinolente, de cerf et de sanglier constitué. Une pile, à la fois chaotique et ordonnée, de viande, de tendons, d'os et de moelle. Un monument organique à la prédation, prémisse d'un fabuleux festin et d'un gâchis tout aussi réfléchi. Ils n'avaient nullement besoin d'autant de nourriture. Le sanglier seul leur aurait suffi pour plusieurs jours. Sans compter ce que contenaient les étranges bocaux alignés dehors, contre l'un des murs, afin de mettre à profit la température actuelle. Non, il s'agissait la d'accumuler, de conserver, d'exhiber. C'était, pour eux, l'équivalent de ces banquets, lors desquels il y a tellement à manger que chacun sait, parfaitement, que le but n'est pas tant de rassasier l'estomac des convives que leurs yeux. Bâfrez-vous ! Dévorez ! Il en reste, encore, et encore ! Et nous en jetterons tout autant, parce que nous le pouvons !
Ils pouvaient. Donc ils l'ont fait. Tuer, chasser, dépecer, accumuler et manger, à satiété. Et peut-être, à la toute fin, lorsqu'ils allaient quitter cet endroit, signer leur pièce, leur tableau. D'une pile d'immondices, de pur dégoût, suintante de pus et de pourriture, demeure de la moisissure et des vers. Un palace, tout entier bâti à l'horreur et à à la déchéance. A la mort, véritable, celle qui empeste, dégouline et infeste. Celle qui s'infiltre, contamine et persiste. Plus qu'un nid douillet, ce pavillon était devenu leur enfant, leur marque dans ce monde qu'ils allaient quitter sous peu, chassés par la réalité qui ne pouvait davantage tolérer leur innommable présence.
Et pourtant, à cet instant, ils dormaient. Elle et lui, dénudés, serrés, apaisés et repus. La puanteur de la chair et du sang étaient leur parfum, le silence leur berceuse. Et ils n'auraient, à aucun moment, songé échanger cela contre autre chose.

Avec les heures, le soleil continua sa course, délivrant peu à peu la forêt de l'emprise de la brume. Inutile. Aussitôt celle-ci dissipée, les nuages se pressèrent, apportant avec eux un fin crachin, plus glacé qu'humide, ne servant qu'à davantage encourager toute vie à fuir. Rien ne devait transparaître, aucune lumière ne devait se poser ici, sous peine d'aider ce qui s'y cachait à se répandre.
La nature conspirait, toute entière, à dissimuler ce qu'elle n'avait fait naître. Et c'est sous ce léger rideau de pluie, que nos deux protagonistes commencèrent à s'extirper hors de leur tanière. Ils savaient leur temps ensemble compté, et ce n'était certainement pas quelques gouttes d'eau à peine mouillée qui allaient les empêcher d'en profiter.
Au dessus des braises, dans une sorte de chaudron, mijotait lentement ce qui avait l'air d'être un pot-au-feu, constitué en très grande partie de viande, avec quelques légumes servant tout au plus d'excuse. Une parodie de ce qu'est à l'origine ce plat, censé justement tirer autant parti que possible d'un maigre morceau de chair. Non, ici, c'était le rouge du sang qui avait tout envahi, ne laissant tout au plus qu'un recoin à un bien pauvre morceau de carotte ou de navet.
Mais, et comme elle l'avait prévu, ils avaient, grâce à ce genre de repas, tout leur temps. Aucun risque de voir la marmite transformée en seau de charbon à leur retour. Tout comme la moisissure, qui commençait à couvrir certains des plus vieux tas de déchets qui entouraient le cabanon, un pot-au-feu se bonifie avec le temps. On pouvait l'y laisser parfois plus d'une semaine, rajoutant des ingrédients frais à mesure que l'on se servait. Quel dommage que tout cela se soit perdu entre deux plaques vitro-céramiques et un micro-onde. Enfin, cela, elle ne l'avait appris que pour lui. Elle s'en fichait bien, elle, de cuire ou de préparer ses repas. De la viande, c'est de la viande, parfaite telle qu'elle est, déjà chauffée à perfection et livrée avec sa sauce naturelle. Lui avait davantage de mal avec cette conception de la cuisine. Un estomac trop habitué au luxe, des papilles trop difficiles. Il s'était ramolli, depuis ses années de vie, encore que même dans les temps les plus reculés, on avait déjà adopté le réflexe de passer au feu tout ce qui allait finir, à un moment ou un autre, dans notre bec. Un élément intéressant, le feu. Elle le craignait et l'adorait à la fois; sauvage, magnifique, destructeur. Il desséchait tout ce qu'il touchait, aspirait à lui tout ce qui faisait la vie, et, pour reprendre les mots de certains ignorants, purifiait tout. Quelle connerie. Purifier ? Détruire, piétiner, ravager ! Les flammes ne faisaient que consumer toute trace de vie et de mort, ne laissant derrière qu'une misérable, et pourtant admirable, carcasse noircie. Cendre, charbon. Un petit morceau de néant. Qui pouvait cependant servir à accélérer la vie, en tant qu'engrais. Merveilleux tout cela, absolument merveilleux. Mais cela ne l'empêchait pas de s'en méfier. On avait déjà essayé de la purifier, autrefois, et il se trouvait qu'elle n'avait pas apprécié. Du tout. Aussi se permit-elle un dernier regard autoritaire aux maigres flammes de la cheminée avant de sortir, comme pour leur rappeler où était leur place, et que si elles s'avisaient de ne pas y rester, il allait leur arriver grand malheur. Grand malheur, soi-dit en passant, formé d'un grand seau d'eau, disposé avec attention à côté d'elle. Une manière simple et efficace de maintenir la terreur chez les Ilotes.

C'est cependant ainsi que commença véritablement la journée d'Ashe Harst et Elena Altman. La précédente avait été épuisante, physiquement comme émotionnellement. Celle-ci se devait d'être son opposé. Les chasseurs ayant bien chassé allaient désormais se reposer et profiter des fruits de leur labeur. Du moins jusqu'à ce qu'ils tombent sur une piste intéressante. On ne cesse jamais véritablement d'être ce qu'on est, même lorsque l'uniforme demeure au placard. Ainsi, même si elle avait troqué son fusil contre un parapluie rose, assorti au tablier et aux pantoufles qu'elle portait en intérieur (et trouvés sur le même cadavre, soit-dit en passant), elle avait conservé son PA-15 dans une de ses poches. Juste au cas où. Et même si elle ne l'avait pas eu, elle n'en avait pas vraiment besoin. Elle avait Ashe. Son beau prédateur, son berger allemand. Capable de tuer avec une pierre. Et, si vraiment le besoin s'en faisait sentir, elle avait elle-même. En fait, peu importe la manière dont ils se comportaient ou pensaient, ces deux êtres étaient pris, perpétuellement, dans une sorte de traque éternelle et naturelle dont ils n'avaient, de toute manière, aucune intention de sortir.
Il avait été décidé, afin d'épargner à la fois leurs jambes et le parapluie, de se contenter des chemins déjà tracés. Moins d'efforts, physiques comme mentaux. Ce n'était, après tout et sur le papier, qu'une promenade, main dans la main. Profiter des bois, ne pas rester oisifs, et surtout apprécier la présence réconfortante et chaleureuse de l'autre.
Du moins, c'est ainsi que le programme avait été annoncé. Inutile de dire qu'il n'allait pas demeurer d'actualité très longtemps.

Au loin, entre deux troncs, une forme humaine se fit remarquer. Nonchalante, perdue...et blonde. Pas un chasseur, pas un gendarme, et pas non plus quelqu'un de plus mystique, si l'on peut dire. Non, il s'agissait, de toute évidence, d'un chat égaré, n'ayant pas vu, ou tenu compte, des dizaines de signes lui disant de faire demi-tour le plus vite possible.
Un sourire se dessina sur le visage d'Elena Altman tandis que sa main se resserrait sur celle de son compagnon. Elle adorait ces petits animaux curieux, fouineurs et ignorants. Que ce soit leur petite frimousse, leurs jambes tremblantes ou leurs hurlements de terreur, tout chez eux la mettait en extase.
Ils auraient très bien pu, de là où ils étaient, profitant de leur habileté à la chasse et de leur rapport au terrain, le tuer sans même qu'il ait su ce qui l'avait frappé, mais quel intérêt ? Ils avaient déjà à manger. Bien plus qu'ils ne pourraient jamais dévorer avant que les vers ne fassent leur œuvre. Il n'y avait aucun intérêt, ici, à tuer pour tuer. L'humeur et l'ambiance étaient davantage au jeu, à la taquinerie. Sans aucun doute mortelle pour la cible, du moins à la longue, mais ceci n'était qu'un dommage collatéral, pas un but en soi. Ils se décidèrent donc, après avoir pu s'assurer que leur chat n'avait pas de griffes de tigre quelque part dans le dos, de se rapprocher de lui, lentement, précautionneusement. Il n'était clairement pas habitué à marcher dans les bois, piétinant des branches bruyantes, hésitant parfois à contourner à gauche ou à droite, et, de manière générale, passant davantage de temps le nez en l'air qu'à faire attention à ce qui l'entourait véritablement. Plutôt comique, il fallait bien l'admettre.
Et pourtant, le petit chat était chanceux. Ou l'inverse. S'il cherchait véritablement ce sur quoi il venait de tomber, il était surtout suicidaire. Mais qu'importe, il avait trouvé. Le reste d'une des proies les plus anciennes d'Elena, qui ne put que difficilement s'empêcher de ricaner. S'il savait ce dans quoi il venait de mettre les doigts, le pauvre. Et s'il savait ce qu'il allait lui arriver...

A présent, Ashe et Elena se tenaient à quelques dizaines de centimètres du jeune homme. Tout au plus. Et il ne les avait toujours pas remarqués. C'était à la fois hilarant et pitoyable. Comment avait-il pu survivre aussi longtemps en étant aussi tête en l'air ? Comment était-il possible que la réalité tolère l'existence continue de créatures aussi faibles, aussi frêles ? Quel était le secret de ces êtres que tout destinait à la mort et qui pourtant arrivaient à surmonter les obstacles en, apparemment, les ignorant tout simplement ? Un débat mental passionnant, qu'elle aurait probablement pu continuer bien longtemps si, taquine et mesquine, elle ne s'était décidée à tendre son parapluie au dessus de la tête blonde.
Une voix s'en échappa, après quelques instants de réflexion. Il n'était donc pas si vide, ce crâne ! Il y avait donc quelque chose, au milieu de tous ces nuages. Elle laissa donc, en conséquence, un petit rire jaillir hors de sa gorge. Ils avaient trouvé un merveilleux jouet. Un merveilleux, fragile et innocent petit jouet. Combien de temps allait-il rester intact ?...

« Vous devriez vous couvrir. On prend très vite froid par ce temps, vous savez ? »

Eren venait de trouver, sous la forme d'un grand sourire surmonté de deux yeux pétillants de malice, ce qu'il cherchait depuis des heures. Félicitations ?
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Re: Rencontre du troisième type. - Mar 24 Mar 2015 - 18:15
La chaleur d’un rêve l’éveilla au petit matin. Rêve, ou plutôt cauchemar, présentement niché sous une fine couche de peau et une chevelure ébouriffée par quelques heures de sommeil. Ashe mit quelques instants à saisir la réalité, lui qui n’avait jamais connu de tendresse que celle du devoir, avant de comprendre que la créature qui avait enfoui son visage dans sa gorge était bien réelle.

En cet instant de douceur, le potentiel létal de la jeune femme était éclipsé par la force avec laquelle elle avait étreint son compagnon. Ashe ne savait à quel compte placer ce geste. S’agissait-il d’une affection sincère, d’une solitude trop longtemps endurée ou bien du seul plaisir de sentir la chair pulser sous la peau ? A quel point partageait-elle le feu brûlant qui était né dans ses entrailles voilà quelques temps et refusait désormais de le laisser en paix tant qu’il demeurait loin d’elle ? Il n’avait pas de réponse à cette question, et n’était pas réellement sûr d’en vouloir une. Mieux vaut parfois ignorer les choses qui blessent.

L’heure les délogea finalement de leur couche bien plus tôt qu’il ne l’eut espéré, mais il se releva sans faire de difficulté, conscient de l’imminence de leur séparation. Ils venaient à peine de se trouver, il aurait aimé demeurer plus longtemps, mais il savait que la chose n’était pas possible. Il avait fait l’erreur d’indiquer à une étudiante de l’Académie où il allait, et s’il avait désormais effectivement résolu le mystère de la disparition, il ne pouvait s’attarder trop longtemps en ces lieux, sous peine d’attirer d’autres étudiants ou professeurs. Et s’il ne connaissait le passif de sa belle avec l’Académie, il se doutait qu’elle serait au rang des choses que l’institution n’apprécierait point et ferait en sorte de faire disparaître. Ce à quoi il ne tenait évidemment pas.

Pendant qu’il se rhabillait avec les lambeaux d’une chemise ayant fait les frais de l’impatience de la demoiselle, il observa à la dérobée son corps dénudé tandis qu’elle faisait de même. Imberbe, parfaitement lisse et dénué de toute marque, il ne ressemblait en rien à celui d’Yliandre, et à vrai dire, il ne l’attirait même pas physiquement. Lui qui n’avait plus d’attrait pour les contacts trop intimes, ou qui du moins s’en était persuadé, avait trouvé là matière à ne pas fantasmer, bien loin des courbes tentatrices d’une dame croisée à l’Académie, à la chevelure sombre et au regard de jade. Cela lui convenait. Il aimait le contact chaud de la peau d’Elena, le souffle brûlant qu’il sentait au creux de sa gorge et le regard affamé dont elle avait le secret, mais là s’arrêtait le désir.

La pluie qui les accueillit à l’extérieur doucha les dernières braises du jeune homme. Bien qu’il ait l’habitude, il n’aimait pas finir trempé, et la maigre protection que représentait son manteau désormais sale n’aidait en rien à améliorer son humeur. Morose donc à l’approche d’une fin qu’il ne sentait que trop bien, tentant de la repousser du mieux de ses capacités sans pouvoir vraiment y influer. Il avait refusé de se coincer sous le parapluie rose que sa compagne arborait, que ce soit par fierté ou par praticité importait peu. Aussi, le morceau de tissu métallique promenait-il à hauteur de son champ de vision, balloté par le pas de la demoiselle dont il tenait toutefois la main dans la sienne. Elle ne lui avait guère laissé le choix sur ce point, et il n’avait en aucune façon tenté de l’en dissuader.

Le crachin glacé avait plaqué sa longue chevelure contre son visage et son corps, gouttant peu à peu le long de son front pour venir se perdre dans ses sourcils. Cela l’obligeait à s’essuyer régulièrement, ce qui l’agaçait prodigieusement et ne faisait qu’accroître une morosité déjà explosive. Son odorat affûté lui indiquait par ailleurs qu’il commençait à sentir le chien mouillé, fragrance qui détonnait sur leur habituelle senteur de sang et de charogne d’une manière qui ne lui plaisait guère. Son nez s’était habitué à l’odeur de la mort et n’appréciait pas cette nouvelle indésirable.

Lorsque sa compagne resserra ses doigts sur les siens, il mit un instant à saisir, sorti de ses ruminations par ce geste. Ses instincts de chasseur pourtant reprirent immédiatement le dessus, lui indiquant au loin ce qu’elle avait repéré avant lui, plus concentrée qu’elle était. Une silhouette blonde visiblement égarée dans les bois. Que pouvait-on y faire d’autre ? Ashe devait être le seul à chercher, en connaissance de cause, la créature qu’il avait trouvée dans cette forêt. Et il s’assurerait d’être le seul à en avoir le droit.

D’un regard de connivence, ils se mirent d’accord sur la conduite à tenir et se glissèrent avec aisance dans leur rôle de traqueur pour ne plus devenir que silence et ombres. L’être qui leur tenait désormais compagnie était visiblement complètement néophyte dans les arts sylvestres, et il ne sembla pas à un seul instant remarquer leur présence. Ce rebondissement imprévu éclaircit un peu les nuages sombres qui planaient dans l’esprit d’Ashe, sans altérer en rien ceux qui s’amoncelaient loin au-dessus de sa tête. A ses côtés, Elena était redevenue la malice et la malveillance, le félin malintentionné qui aime jouer autant que tuer. Elle était ce qu’il n’aurait aimé croiser en face de lui. Elle était ce qu’il aimait. Indéfinissable attirance pour l’obscurité des êtres, plaisir de connaître le plaisir de l’autre.

Sa main libre pourtant s’était resserrée sur sa fronde. Une pierre tournait entre ses doigts agiles, témoin de l’agitation qu’il cachait sur un visage impassible, il ne suffirait que d’un instant pour qu’elle trouve sa place dans la poche de cuir et d’un autre pour qu’elle atteigne sa cible. Ce n’était pas à l’ordre du jour, bien entendu, mais les ordres peuvent évoluer à une vitesse assez incroyable.

L’inconnu trouva finalement la dépouille putréfiée de ce qui avait été un repas d’Elena et s’y pencha pour s’y intéresser. La fautive d’un tel massacre s’arrêta quelques centimètres derrière lui, avant de se décider à tendre son parapluie au-dessus de lui. L’eau froide agressa immédiatement la chevelure et le visage ainsi dévoilés, mais leur propriétaire ne sembla guère en prendre ombrage, toute entière concentrée sur sa nouvelle proie. Ashe ignorait ce qui était exactement prévu, mais il savait que son rôle n’était de toute manière que secondaire. S’il allait probablement éblouir l’être par son charisme hautement surnaturel, il ignorait si cela suffirait à contrebalancer l’horreur que pouvait produire sa compagne. Attirance ou dégoût, voilà une question qui méritait pleinement d’être posée.

Il n’avait pas la perversité de sa compagne, doté qu’il était d’un esprit plus direct et plus simple, et jamais il ne pourrait l’égaler dans les affres vertigineux de malice où elle plongeait ses victimes. Mais il avait d’autres atouts. Il redressa sa carrure musculeuse, adopta son air le plus morose et passa un bras autour de la taille d’Elena.

Elena était sienne. Il pourrait se battre pour la défendre et la garder. Il était aussi agacé que son attitude le laissait supposer. Nul doute qu’un tel cocktail devait être explosif.
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Re: Rencontre du troisième type. - Mer 17 Juin 2015 - 21:49


Quelques secondes après avoir constaté la fin de la bruine, Eren leva les yeux vers les nuages en tendant une paume vers le ciel comme pour s'assurer que la pluie avait réellement cessé de tomber. Le blondin fut à deux doigts faire un énorme bond lorsqu'il se rendit compte qu'un parapluie se tenait au dessus de son visage et se retourna instantanément en percevant une voix féminine dans son dos alors qu'un frisson lui parcourait l'échine. Comment avait-il pu être aussi négligent ? Une fois encore, il avait bafoué les préceptes qu'on lui avait inculqués pendant toute son enfance. Son insouciance et sa curiosité l'avaient rendu sourd au point qu'une, non deux personnes puissent s'approcher à quelques centimètres de lui sans même qu'il ne le remarque. Certes, la forêt était un environnement qu'il connaissait mal et l'humidité de la terre avait probablement étouffé le bruit de leurs pas, mais sachant cela il aurait dû être encore plus prudent. Eren se promit derechef de faire plus attention la prochaine fois, d'autant plus qu'il savait que quelque chose rôdait dans les parages, quelque chose qui avait mis en pièce la créature devant laquelle il se trouvait, ou du moins ce qu'il en restait.


Fort heureusement pour notre blondin, les deux personnes face auxquelles il se retrouva n’avaient rien de prédateurs sanguinaires ou de monstres adeptes de chair humaine –du moins pensa-t-il sur le moment. Le duo en question était un couple mixte des plus atypiques. La femme, un peu plus petite que lui, était dotée d’un faciès à la pureté frôlant la perfection qui avait quelque chose de presque dérangeant. Son regard olive outrancièrement taquin transpirait la fourberie mais Eren n’y vit qu’une bienveillance démonstrative. Si quelque chose dans l’attitude d’Elena faisait persister le picotement qui lui parcourait le dos, l’absence de défaut sur son visage balaya d’un revers négligeant tout doute qui aurait pu lui traverser l’esprit. L’excitation presque palpable de la renégate jurait brutalement avec le calme renfrogné de son compagnon. Celui-ci n’était pourtant pas en reste en ce qui concernait les attraits, son visage androgyne étant d’une douceur presque aussi fascinante que la pureté de celui d’Elena. De longs cheveux bruns et un regard d’un bleu profond venaient compléter ce tableau, car en l’état on pouvait effectivement parler d’œuvre d’art. Les attitudes respectives des deux compagnons divergeaient autant que leurs élégances s’unissaient en harmonie : l’une était joyeuse et pétillante, tandis que l’autre était renfrogné, méfiant voire agacé.


Les instincts émoussés d’assassin d’Eren lui criaient de se méfier de ce couple trop beau pour être vrai, mais sa naïveté et le sentiment étrange de fascination qui s’était emparé de lui prirent sans mal le dessus. Après tout, qu’est-ce qu’une jeune demoiselle et un gringalet pareils pourraient bien lui causer comme ennui ? Même s’il manquait d’entraînement, le blondin n’en restait pas moins un tueur exercé, qui plus est armé de deux Berettas toujours dissimulés sous sa chemise dans son pantalon. Définitivement, le garçon était persuadé de n’avoir rien à craindre d’eux. Passé les quelques secondes qu’il lui fallut pour se remettre de sa surprise, Eren leur décocha son plus beau sourire tout en plissant les yeux et en penchant légèrement la tête sur le côté avant de rompre le silence qui venait de s’installer.


- Oh, vous savez, là d’où je viens les températures sont encore plus fraîches et l’humidité plus à craindre. Mais je vous retourne le conseil, vous n’avez pas l’air particulièrement couverts tous les deux.

C’était la vérité –comme tout ce qui sortait de la bouche de notre blondin d’ailleurs. La Grande-Bretagne n’était pas réputée être une terre de clémence en terme de météorologie et Eren avait l’habitude des thermostats capricieux. Pour être tout à fait honnête, il n’avait même pas froid à cet instant précis. Certes sa chemise détrempée et ses cheveux humides auraient probablement raison de son système immunitaire dans les jours qui viendraient, mais une crève n’avait jamais tué personne (comment ça, « bien sûr que si » ?). Comme à son habitude, Eren avait parlé sur un ton d'une neutralité effrayante. A l'exception de sa frimousse d'enfant ébahi, le garçon ne laissait transparaître aucune émotion. Il prodiguait ses conseils de la même manière que s'il avait énoncé un fait des plus banals. L'ancien assassin déplia ses genoux pour se relever et faire face au duo insolite qu'il venait de rencontrer, un sourire bienheureux toujours ancré dans son visage. Après avoir laissé le silence régner pendant quelques secondes, Il reprit la parole en inclinant à nouveau légèrement la tête sur le côté.


- Que fait donc un couple tel que le vôtre au beau milieu de la forêt par ce temps ? N'êtes-vous pas au courant des rumeurs sur cet endroit ? Il paraît qu'une créature abominable y a élu domicile, et qu'elle serait capable des pires atrocités.

En prononçant cette dernière phrase, le blondin avait imperceptiblement décoché un signe de la tête vers la carcasse pourrissante qui se trouvait désormais derrière lui. Le rythme protocolaire de ses paroles jurait avec son allure de gamin écervelé, mais si l'on connaissait suffisamment le personnage, ce n'était que rendre grâce à son caractère imprévisible.

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