Chapitre IV :
Entre Mortels et Immortels, la guerre est déclarée. Trois mois après la chute d'Isanagi et du Golem de Pierre, la tension ne fait qu'accroître. Encore une fois, l'ennemi saura surprendre. Encore une fois, les futures divinités devront se montrer à la hauteur, et les humains, plus unis que jamais.


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Appelez-moi Abygaïl....

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Appelez-moi Abygaïl.... - Jeu 20 Nov 2014 - 21:31
Spoiler:
 

La Terre. Cela faisait une éternité qu'elle n'y était pas retourné simplement pour elle. pas de mission, pas d'obligation. Aujourd'hui, elle avait simplement envie de reprendre contact avec la nature, avec ce monde si différent et pourtant si semblable encore sur bien des points à celui qu'elle avait connue de son vivant. Alors, elle avait prévenu Jace qu'elle descendait sur Terre ainsi que le Conseil des Élèves qu'elle ne serait pas disponible pour au moins 2 ou trois jours. Elle le sentait, au fond d'elle-même. Elle avait besoin de cette pause, de se ressourcer auprès de cette Nature qui lui était aussi indispensable que l'air qu'elle respirait.

Le trajet à bord du bateau volant fut calme et agréable mais ce ne fut qu'après avoir posé un pied à sur le plancher des vaches qu'elle se sentit vraiment bien. Pour ne fois, elle allait prendre un peu de temps pour elle. Un sourire léger se dessina sur le visage de la précolombienne qui observait les alentours. Elle avait choisi sa destination avec soin, pour éviter au maximum les risques de mauvaises rencontres. Et pour cela, les forêts denses au pied de la Cordillère des Andes, à l'extrême limite du continent sud américain lui avait semblé parfait.

Un temps froid et un peu humide, une brise fraîche et des tons mêlant le blanc du givre qui tentait de prendre le dessus sur les verts tendres et profonds des pinèdes alentours. Oui, un environnement idéal pour la déesse des animaux. Son arc sur le dos, le poncho offert par son compagnon sur le dos, elle resta un moment simplement debout, à remplir ses poumons de cet air vivifiant et pur. Elle laisse son pouvoir s'étendre aussi loin que possible, profitant de ce calme environnant pour retrouver ses racines et se laisser gagner par ce doux sentiment de liberté et de sérénité qui lui manquait depuis tellement de temps.

Lentement, aussi silencieuse que le vent bruissant dans les branches des sapins et autres épicéas, la brune s'engagea sous le couvert des arbres avant de commencer son ascension. La montagne la défiait de toute sa splendeur mais elle se contentait de sourire légèrement. Oui, elle allait venir, atteindre son sommet et une fois ce défi relevé, ses réflexes de chasseuse et de traqueuse revenant déjà par eux-mêmes, elle pourrait rentre à la Deus, apaisée et l'esprit plus clair, afin de remplir au mieux son rôle et ses différents devoirs  pour les temps à venir.

Son escalade commence, douce et aisée. Comme lors de ses chasses de son vivant, elle se fait discrète, profitant en plus de son pouvoir sur les animaux pour se dissimuler davantage à la nature environnante. Elle ne tiens pas à la déranger, son but étant au maximum de ne pas se faire remarquer. Et pour le moment, elle réussit haut la main son défi. A t'elle le moindre mérite à le faire? peut-être pas. Mais son but est seulement de se revigorer de retrouver ce calme pérenne qui était le sien et de refaire enfin corps avec la Nature qui l'a vu naître avant de l’élever. Aujourd'hui, elle lui doit bien ça.

C'est ainsi que la journée s'écoula, sans un accroc, sans la moindre anicroche. Une balade de santé, physique malgré tout où même la Nature à a peine notée sa présence. La nuit est tombée mais cela ne l'a pas empêchée de continuer à avancer toujours davantage, s'enfonçant dans les frondaisons les plus profondes pour se rapproches du cœur de la montagne. Un col apparaît à l'horizon et demain, elle l'atteindra sans le moindre souci. Pourtant, un détail l'intrigue. Car dans les ténèbres de la nuit, cette lueur qui semble clignoter par instants ne semble aucunement naturelle. Alors, elle se rapproche, son esprit cherchant à travers les réactions des animaux alentours une trace de ce qu'elle soupçonne déjà. Et la réponse tombe enfin, prévisible autant que surprenante.

Un campement. Des Hommes. Il y a bien des gens qui vivent ici. La jeune apprentie-déesse reste à bonne distance, se limitant à ses perceptions liées à son don pour en apprendre davantage et ce qu'elle découvre la laisse un peu perplexe. A peine une trentaine d'âmes, pas un seul enfant et visiblement, très peu de moyens technologiques. Un instants, elle pourrait presque se croire revenue à son époque, pourtant, elle savait que le temps n'avait pas bougé. Alors que faisaient-ils donc ici? Cette question la travailla tellement qu'elle en oublia la raison première de sa venue. Demain, elle irait les voir les de plus, elle observerait leurs comportements. Pourquoi ces gens vivaient-ils ainsi loin de tout et de tous, voici une énigme qu'elle souhaiterait bien percer.

Le jour n'était pas encore levé lorsque la jeune femme quitta son point d'observation pour venir s'approcher du campement repéré la veille. Tout était calme, ce dernier profitant encore des derniers instants offerts par le sommeil à leurs corps et leurs esprits. En silence, la jeune précolombienne parcouru les lieux, son regard notant chaque détail alors que son pas foulait le gravier des allées dessinées à même le sol. Pour des gens vivant ainsi hors de toute civilisation, ils étaient malgré tout très avancés. Leur campement ressemblait à une véritable cité fortifiée en miniature, les chemins parfaitement entretenus, les masures étanches avec de ravissantes finitions et même des systèmes pour l'irrigation du arbre géant, occupant le cœur de leur lieu de vie.

Et dans les branches de cet arbre, une nouvelle surprise. La jeune femme avait bien sentit la présence de cet animal mais l'incongruité de sa réalité ici avait fini par l'emporter. Hors, si proche de lui à présent, elle ne pouvait plus douter de son existence. Restant à distance respectueuse de l'arbre, la jeune fille laissa son pouvoir venir à la rencontre de l'esprit de drôle de petit félin. D'abord terrorisé, ce dernier resta sur ces gardes avant de finir par laissé son museau dépasser des branchages. L'amérindienne esquisse un pas, pas de réaction de l'autre côté. un second, un autre et ainsi de suite jusqu'à parvenir au pied de l'imposant tronc qu'elle effleura de ses doigts, son regard toujours fixé dans celui du Kodkod face à elle.

Et lentement, l'animal qui quitte son perchoir des hauteurs pour se rapprocher. Lentement, doucement, avec crainte mais révérence également. La brune ne bronchait pas, même son souffle semblait en suspens pour ne pas déranger le maître des lieux qui avança jusqu'à venir renifler ses doigts. une hésitation de la part de l'animal, qui semble prêt à mordre et puis, un son étrange, proche du miaulement et du ronronnement sans être ni l'un ni l'autre. Et sa tête qui vient seule se frotter contre la paume grande ouverte de la Présidente du Conseil, qui se contente de sourire doucement alors que l'animal avance un peu jusqu'à venir se caler dans ses bras.

Le félin soudain se crispe légèrement, relevant la tête, oreilles baissées, aux abois. Dans un même élan, l'apprentie déesse se retourne pour découvrir face à elle 5 personnes, toutes plutôt âgées. Qui la fixent avec un regard plein de surprise. Elle-même reste aussi neutre que possible, le soleil se levant jouant contre elle, l'aube l'éblouissant suite à sa position. Un murmure parcourt la foule face à elle et une sorte de chant résonne à l'unisson, étrange mais loin d'être inquiétant. Ne pas broncher pour ne surtout pas effrayer le félin qui semble inquiet, rester calme pour lui et éviter qu'il ne devienne farouche. Mais ce chant semble soudain beaucoup plus apparenté au cri de ralliement qu'à une incantation quelconque, toutes les portes s'ouvrant presque dans un même mouvement, laissant apparaître des visages tous plus pantois les uns que les autres.

Le félin gronde et crache mais la main de jeune indienne et son esprit venait apaiser le sien parviennent à la garder assez calme pour ne pas qu'il attaque. Il n'est pas bien gros mais il est dangereux, il le sait et il en joue. Mais lui aussi reste plutôt surpris lorsque dans un ensemble parfait, toutes les personnes présentes s'agenouillent, une main sur le cœur et l'autre poing fermée sur le sol, dans leur direction. Pour le coup, la jeune fille ne sait pas trop comment réagir et ce manège la met un peu mal à l'aise. Après quelques secondes d'un silence profond et révérencieux, un femme semblant sans âge se relève péniblement avant de se mettre à parler.

- Voyez, comme notre foie à été récompensée. Sa venue nous avait été annoncée de longue date et enfin, la voilà parmi nous. Et nous sommes encore là pour l'accueillir. Remercions ensemble Dame Nature d'avoir accéder à nos prières. Que notre éternelle gratitude lui soit acquise.

Tout le monde acquiesce avec une dévotion évidente, tous focalisée sur la jeune académicienne tenant toujours le félin sauvage au creux de ses bras. Des sourires apparaissent, des yeux commencent à briller également sous l'effet d'une sorte de soulagement qui les gagne les uns après les autres. Les voilà debout, venant se donner la main pour former une ronde autour de l'arbre et de la jeune indienne avant de se mettre ensemble à réciter, d'une voix claire et sure où perce l'habitude et surtout, un espoir démesuré.

- Aux derniers jours de l'ère féline, le gardien choisira enfin son maître. Et c'est en chassant les ténèbres que l'être au regard de braise apparaîtra devant ses fidèles, pour les accompagner pour leur ultime périple...

Cette mélopée sonnait comme une prophétie destinée à lui être attribuée. Si ce félin sauvage était bien le gardien dont il parlait, elle avait bien un regard flamboyant pour sa part. Elle n'avait pas chasser les ténèbres en tant que tel mais son apparition à l'aube ne pouvait qu'être interprétée de la sorte, en effet. Et visiblement, ces gens attendaient la venue de leur messie depuis de très longues années déjà. Qui étaient-ils, elle ne le savait pas pour autant. Le jeune précolombienne choisit de relâcher le Kodkod qui fila se cacher à nouveau dans les branches les plus élevées tandis que la femme qui semblait être la doyenne de leur groupe s'avança à nouveau dans sa direction.

-Oh, noble enfant de Dame Nature, accepteras-tu de guider les pauvres âmes égarées que nous sommes vers leur salut? Nous ne sommes plus très nombreux mais jamais nous n'avons cessé de croire et de t'appeler de nos vœux.

Une telle ferveur à son égard la mettait un peu mal à l'aise. Ces gens visiblement vivaient de leur foi inébranlable en cette Dame Nature et avait fait d'elle son incarnation sur le cour d'un malentendu. Elle ne méritait pas cet engouement mais les détromper serait les plonger dans une détresse encore plus grande. Elle ne pouvait pas faire cela. Surtout que leur prophétie restait assez exacte pour qu'elle ne puisse les contredire. Mais comment faire pour ne risquer de les décevoir maintenant qu'ils plaçaient en elle des espoirs démesurés à propos d'une cause dont elle ne savait rien?

"- Je suis désolée, mais je ne suis sur Terre que depuis bien peu de temps pour tout connaître des attentes de Dame Nature et de votre communauté. Alors, comment vous guider si je ne sais rien de vous, tout comme vous ne savez rien de moi?"

- Nous en savons bien plus que beaucoup de gens. Mais les Hommes ont préférés oublier leurs racines et leurs origines. Même la plus grande majorité des nôtres à choisi de quitter nos terres ancestrales pour se mêler au monde actuel. Mais notre foi en notre Déesse est inébranlable et jusqu'au bout, nous resterons ses dévoués sujets. Nous veillerons éternellement sur le Gardien et maintenant que son choix est fait, c'est à vous de nous aider.

Tant de regards, d'espoirs, de dévotion. tant d'attentes dans leurs regards et dans leurs attitudes. oui, la jeune apprentie-déesse se retrouvait prise au piège de sa nouvelle condition, confrontée plus tôt que prévu à la vénération, bien que cette dernière ne lui soit pas clairement destinée. mais elle ne pouvait pas les abandonner. Ce Kodkod présent, ces gens tous âgés et encore moins nombreux que ce qu'elle aurait cru, à peine une petite vingtaine, elle sentait qu'il y avait quelque chose d'étrange par ici. mais elle parvenait pas à savoir quoi. Et elle savait déjà qu'elle ne pourrait pas se résoudre à partir de la sorte.

"- Je vais rester. Pour vous guider et vous accompagner de mon mieux. "

Une clameur si puissante s'éleva qu'un instant, ses réflexes guerriers manquèrent de reprendre le dessus. non, tout allait. mMis le cri de joie mêlé d'un soulagement profond de ces pauvres âmes seules et abandonnées étaient si vrai et profond qu'il chamboula au plus profond de son être. Voilà qui risquait de la bloquer sur Terre un peu que les 2 jours prévus. Mais leur bonheur était communicatif est faisait tellement plaisir à voir qu'elle s'en serait voulu de les priver de cela. Le silence finit par revenir à peu près et déjà, la Doyenne reprenait la parole.

- Alors, noble enfant de Dame Nature, dites-nous tout. Que devons-nous faire pour plaire à notre sainte patronne?

"- Pour commencer, parlez-moi un peu de vous. Votre mode de vie, vos rituels, votre histoire. Et, s'il vous plaît, appelez-moi Abygaïl."

*****

Pour le première fois depuis une éternité, la jeune apprentie-déesse se sentirait presque de retour chez elle. Ces gens sont si simples et pourtant tellement conscients du monde réel qui les entourent. Ils ont tout quittés, électricité, eau courante et technologie de pointe pour revenir vivre sur les Terres de leurs ancêtres. Pas d'argent, pas d'envie les uns envers les autres. Aucune porte ne ferme à clef mais le vol n'existe as. Il n'y a qu'une étrange communion des âmes, un accord commun acquis par tous. On échange ses connaissances et ses compétences, chacun est complémentaire de l'autre et ainsi, leur petit monde tourne. Seul, hors du temps et éternel. Ou presque.

Car je ne peux pas être aveugle à cette menace que je vois planer sur eux. Leur état de santé est préoccupant. Ils ont beau manger parfaitement sainement et équilibré, profiter d l'air frais et bienfaisant de ces hauteurs protégés, ils s'affaiblissent lentement. Comme si leur cité hors du temps s’essoufflait, chaque nouvelle emportant avec elle un nouveau brin de la force vitale de ses personnes pourtant si fortes et volontaires. Et assister à tout cela, sans parvenir à leur offrir une aide réelle ne fait que raviver une plaie ancienne à son cœur. Liée à ses propres souvenirs et à la mémoire d'un temps définitivement révolu.

Un mois. 30 jours déjà que la brune vie et évolue au milieu de ces gens qui lui rappellent sur bien des points son ancien peuple aujourd'hui disparu. Est-ce un hasard si elle se retrouve parmi eux à cette époque? Car oui, cette période est bien un tournant crucial de leur histoire. Et une déchirure pour elle également. Sur les 27 personnes présentes le jours de son arrivée, 7 sont déjà mortes et les autres sont toutes dans un état de santé préoccupant. Leur vie est sur le déclin tout comme leur peuple est de ce fait en parfaite voie d'extinction. A l'image de la tribu Shoshonni dont était originaire la jeune amérindienne.

Et son impuissance à les aider malgré ses pouvoirs et son statut de divinité ne fait que la frustrer toujours davantage. Ce n'est pas juste. Ils comptent tous sur elle, elle le lit dans chacun de leur regard, dans chacun de leurs gestes. Ils partagent tout avec elle, leurs joies et leurs peurs, leur passé et l'avenir qu'ils voudraient voir se lever. Elle vient les aider dans les potagers et autres vergers qu'ils cultivent, les rendant parfaitement autonomes et auto-suffisants. Mais avec les trépas qui se rapprochent et leur santé qui se dégrade de plus en plus vite, la jeune apprentie-déesse ne peut qu'envisager le pire.

Et pourtant, là où elle-même souffre de se révéler tellement incapable à les aider, eux ne font que lui être reconnaissant. Sa présence les apaise, elle veille sur chaque personne jusqu'à son dernier soupir pour les accompagner, comme elle le leur a promis. Elle refuse de revenir sur sa parole mais ne se complaît pas pour autant dans cet état de fait. Elle doit faire quelque chose. Il y a forcément quelque chose qu'elle peut faire pour leur venir en aide. Sinon, sa présence aussi n'aurait aucune raison d'être. Alors, elle cherche. Elle inspecte les sources d'eau, suit les animaux qui s'approche de trop du campement, examine les réserves de nourriture.

Mais malgré tous ses efforts, elle ne trouve aucune solution. Et au bout d'un nouveau mois écoulé, il ne demeure plus que 5 âmes survivantes dans ce lieu qui représentait au départ un bol d'air pour la jeune amérindienne. Aujourd'hui, ce campement si chaud et accueillant ressemble plus à un cimetière qu'à autre chose à ses yeux et cela la ronge doucement de l'intérieur. Pourquoi ne peut-elle rien faire? Même Deus semble l'avoir oublié pour le coup et Dame Nature ne répond aucunement aux prières de ses pauvres âmes qui pourtant ont toutes confiance en elle. Alors, pour la foi dont ces rares personnes font encore preuve, elle restera. Encore un peu. Pour les soulager de son mieux.

Pourtant, le soir, lorsque les derniers rescapés s'endorment, c'est vers le ciel qu'elle tourne son regard. Vers ce Deus qui ne répond toujours pas à ces appels, vers cette Dame Nature qui semble avoir abandonnée les siens également. Et vers les étoiles. L'académie commence à lui manquer, elle sait qu'on l'attend là-bas, elle aussi voudrait revoir certains visages. Comme celui de son compagnon. Jace est le seul qui parvienne à la soulager réellement quand elle ne sait plus où elle en est mais aujourd'hui, elle doit faire sans lui.

Un soupir de sa part alors qu'elle grimpe s'asseoir sur une des branches basse de l'arbre maison, comme il est baptisé. Le Gardien est toujours là, à son poste, ne se montrant qu'à la jeune fille, lorsqu'elle vient à se rencontre durant les ténèbres des nuits profondes. Ils se tiennent compagnie, se rassurant à leur manière. Car il a peur lui aussi. Il n'est nullement un Gardien, simplement un félin qui ayant naquit dans cet arbre n'ose pas en descendre ni en quitter les alentours. Un malentendu de plus pour la création d'une prophétie sans fondements. Ce que le vie peut être compliquée.

Et le temps continue de s'écouler. Les derniers survivants finissent eux aussi par céder, laissant leurs âmes s'envoler les unes après les autres pour rejoindre leur déesse bien-aimée dans les limbes du firmament, augmentant proportionnellement la détresse secrète et inavouée de la jeune amérindienne. 3 mois qu'elle est ici et plus que deux survivants. Tellement fatigués qu'à présent c'est elle qui les fait survivre, à la force de sa volonté et de sa capacité d travail. Le campement se meurt un peu plus chaque jour et à nouveau cette nuit-là, elle veilla, le regard profondément désolé, sur l'homme qui les quitta un sourire aux lèvres et le cœur léger. Sa main serrée plus fortement qu'elle ne l'aurais cru dans la siennes.

Et c'est là qu'elle la sentit. Une sorte de marque étrange, semblable à un tatouage. ou plutôt à une marque gravée au fer rouge. Une forme toute petite, qui serait passée inaperçue si elle n'était pas tombée dessus par hasard. Mais un symbole qu'elle ne peut pas ne pas reconnaître. Une morsure. petite mais franche. Bien régulière, presque parfaite. Mais purulente, rouge et chaude. Qui a provoquée une infection longue, sans aucun doute douloureuse avant de terminer par emporter sa proie de septicémie. Son regard s'attarde sur cette marque singulière avant qu'un détail ne lui revienne. Ce bracelet de tissu couleur de terre brûlée, que chacun portait fièrement comme un signe de ralliement, se trouvait toujours à cette place. Et personne ne voulant y toucher, elle avait respecté leur choix. Maintenant, elle le regrettait.

Sa première réaction fut de se rendre auprès de l'arbre maison et d'aller croiser son occupant. Et là, contre toute attente, son comportement changea. Ou plutôt, elle le força à réagir différemment pour l'obliger à la mordre. Et elle y parvint. Cependant, les crocs avaient à peine entamé sa chair, comme si au fond de lui, l'animal savait tout. Comme s'il avait compris son manège. Une fois sa peau marquée et avant que la marque ne s'efface, elle revint au chevet du récent défunt et sa comparaison fut unanime. Leur protection était donc la source même de leur extinction. cruelle ironie du sort. Et elle, leur déesse arrivée soit disant pour les guider, n'avait rien pu faire pour les sauver de l'inéluctable.

Jamais elle ne s'était sentie aussi coupable, aussi profondément touchée. Ce peuple, SON peuple quelque part à présent, allait disparaître par sa faute. Parce qu'elle n'avait pas été capable de remplir son rôle de déesse. Debout sur le toit de la plus haute des demeures présentes, elle laissa son ressentiment s'exprimer au travers du chant mélancolique et profond des animaux nocturnes, qui baignèrent la nuit d'un concert lugubre mais ravissant à la fois. Il ne restait plus que la Doyenne encore en vie. Et au vu de son état actuel, elle ne passerait pas la fin de la semaine. Alors, autant s'y préparer tout de suite. Les jours à venir seront durs. Très durs.

Mais avant, il y a une chose qu'elle veut savoir. Elle veut comprendre le pourquoi de cette marque et la raison du secret de cette dernière. Car sa découverte aurait pu les sauver, elle en est persuadée et c'est ce qui le fait enrager intérieurement. Alors, le lendemain, le dernier homme enfin enterré au milieu de ses compatriotes et la cérémonie funéraire enfin achevée, cérémonie qu'elle ne connaissant que trop bien à présent, la précolombienne s'approcha de la Doyenne, toujours aussi calme mais le visage fatigué et les traits légèrement tirés. Oui, déesse ou humains, le corps s'exprime aussi, à sa façon. D'une main douce, elle vint poser sa paume sur le bracelet de tissu épais au poignet de cette dernière avant de les soulever doucement.

La plaie en-dessous est encore en plus mauvais état que ce à quoi elle s'était attendue. La peau alentour à nécrosée et la gangrène la guette, c'est évident. Pourtant, la vieille femme n'a aucun mouvement, aucune réaction. Simplement un sourire triste et désolé à son égard avant de venir remettre la pièce de tissu à sa place avec douceur.

"- Pourquoi m'avoir caché cela ? Si je l'avais su, j'aurais..."

"- Tu n'aurais rien pu faire de plus. Cette marque est le signe de notre condamnation et nous le savions tous. Nous avons commis un crime qui ne pouvait pas nous être pardonné et ce symbole était notre châtiment."

"- Quel genre de crime auriez-vous pu avoir commis ? Vous qui vivez dans l'harmonie parfaite et le respect de tout un chacun. C'est inconcevable."

"- Et pourtant mon enfant, ceci est la triste vérité."

La vieille femme claudicante guida la brune académicienne jusqu'au pied de l'arbre maison ou le kodkod avait toujours son domicile. Et s'il se montrait attachant envers le déesse des animaux, sa méfiance à l'égard de la Doyenne était plus que palpable. Le félin crachait et feulait dans sa direction alors que cette dernière s'agenouillait pour venir creuser au pied de l'arbre et dévoiler ce qui ressemblait à une sépulture. Mais de la taille d'un... Chat ?

"- Ils étaient une famille entière. Sur plusieurs générations. Que nous avons décimée. Au nom de notre déesse aimante. Et chacun d'entre nous s'est retrouvé mordu, au moins une fois. Et c'est là que nous avons commencés à dépérir. Alors, pour espérer nous faire pardonner, nous avons rendu les siens au dernier gardien, nous avons multiplié nos prières et nous avons ressorti les anciennes prophéties, en espérant ainsi nous protéger du courroux de Dame Nature qui nous punissait pour cette faute impardonnable qu'a été notre excès de zèle à son égard."

Non, rien de tout cela n'était vrai. Voilà ce qu'elle aurait aimé lui dire, lui expliquer. Malheureusement, aucun mot ne franchit ses lèvres. Rien ne suffirait comme explication logique pour la Doyenne car elle n'en voulait aucune. Si elle et les siens s'étaient ainsi laissés mourir, c'était par pure conviction religieuse et ses paroles comme ses actes n'y changeraient rien. Alors, elle se tut, se contentant de l'aider à rendre à nouveau la sépulture aussi invisible qu'elle l'avait té jusqu'à présent. Et malgré la douleur que représentait cet aveu, la Doyenne gardait un sourire doux et sincère sur le visage.

- Aux derniers jours de l'ère féline, le gardien choisira enfin son maître. Et c'est en chassant les ténèbres que l'être au regard de braise apparaîtra devant ses fidèles, pour les accompagner pour leur ultime périple...
Je comprends seulement aujourd'hui le véritable sens de ses mots. Et cela, c'est grâce à toi, mon enfant. Jamais je ne pourrais assez te remercier pour cela.


Ces paroles la touchèrent douloureusement. La remercier pour quoi ? Au final, elle n'avait rien pu faire, elle avait été une simple spectatrice de la disparition progressive de ce peuple au combien attachant et proche de ses propres racines. Mais à présent, la fin de cette page de leur histoire était proche et elles le savaient toutes les deux. Alors, en silence, elles quittèrent l'arbre maison pour vaquer à cette routine habituelle qui était devenue la sienne depuis son arrivée parmi eux.

Ça y est, l'heure avait sonné. Assise au chevet de la Doyenne, une main dans la sienne et l'autre venant déposé un linge humide sur son front fiévreux avant de venir caresser doucement ses longs cheveux d'argents, la jeune amérindienne tachait de faire bonne figure. Mais une poigne de fer enserrait sa poitrine à l'idée de voir cette femme pousser son dernier soupir. Oui, elle s'y était attachée, tellement plus qu'elle ne l'aurait cru. Et elle aurait tant aimé pouvoir les aider mieux que cela. Mais il n'était plus temps de se lamenter. Plus tôt dans la semaine, la Doyenne lui avait fait jurer de ne pleurer devant elle alors elle tiendrait sa promesse. Comme à chaque fois qu'elle donnait sa parole. Et pourtant, comme c'était difficile en cet instant.

Le regard à la fois clair et embrumé de la Doyenne croisa le sien alors que son souffle se faisait de plus en plus tenue. La chaleur la quittait lentement et pour être passée par cette étape que représentait la mort, elle savait que la grande faucheuse n'était plus loin à présent. Mais derrière la douleur et la vieillesse, une véritable force et une grande bonté se dégageait encore en une aura douce de cette femme que l'indienne trouva admirable. Alors, lorsque cette dernière prit la parole, elle la laissa s'exprimer.

- Mon enfant... Jusqu'au bout, tu auras... été à nos côtés... partageant nos peines et nos joies... Je suis tellement heureuse d'avoir... vécue assez longtemps pour voir... La prophétie se réaliser... Tu n'imagines pas à quel point... Ta présence nous à été... Bénéfiques. A tous...

Une quinte de toux la fait prendre une pause tandis que la brune retient son souffle. Les doigts de la Doyenne se resserre faiblement sur sa main alors que sa voix perd en intensité à mesure que ses mots la quittent.

- Pour toi... Dans la commode... Le livre à la couverture de tissu couleur terre... Il est pour toi... Garde-le, pour nous garder en vie...

- Tant que je vivrais, vous serez toujours en vie. Dans mon cœur et dans mon esprit. Jamais vous ne disparaîtrez. Je vous le jure.

- Je le sais... Et je te crois...

Le silence qui s'installe, le temps qui semble s'être arrêté. Et pourtant, elle sait que tout n'est pas encore terminé. Ce fil si fin différenciant la vie de la mort n'est pas encore rompu. Son étincelle de vie est toujours présente, mais si faible. Qu'a t'elle donc encore à dire pour parvenir malgré son état à reculer sa mort ?

- Après toutes ses années, je me serais finalement montré infidèle à ma déesse. Car aujourd'hui... C'est en toi que je crois... Abygaïl....

Un sourire radieux illumina le visage de la Doyenne avant que ses yeux ne se ferment, sa tête venant se caler dans le creux de l'oreiller alors que la pression de ses doigts sur les siens se relâchaient. Pour le coup, le choc était trop fort et la jeune apprentie déesse ne savait plus comment réagir. Croire en elle. Renier sa propre divinité pour elle. Pour une femme qui n'avait vécue toute sa vie que pour cela, c'était sans doute la plus grande confession que la Doyenne ait pu lui faire. Doucement, en silence, les larmes se mirent à rouler le long de ses joues, venant arroser le visage et la main de défunte auprès d'elle. Comme tous les autres, elle la veillerait. Mais ce dernier départ lui laissait un arrière goût plus doux. Au moins, ces gens étaient partis heureux et soulagés de leurs mots. Peut-être n'avait-elle pas servi à rien au final.

Au petit jour, elle procéda seule à la cérémonie funéraire. Le livre offert comme cadeau d'adieu sous le bras, elle se rendit auprès de l'arbre maison. Le petit félin l'y attendait et elle resta longtemps, simplement assise là, en communion avec cet animal si particulier. Ce n'est qu'à la nuit tombée qu'elle le relâcha, ce dernier quittant pour la première fois depuis des années son repère des hauteurs pour s'aventurer en toute quiétude dans la cité déserte. Oui, tu ne crains plus rien à présent, alors soit heureux.

Ses pas la menèrent à l'entrée qu'elle avait empruntée en arrivant ici, presque 3 mois plus tôt. Si longtemps déjà et pourtant, cela lui paraissait hier. Et malgré la douleur, elle ressentait une sorte de fierté diffuse au fond de son cœur. C'est en toi que je crois... Abygaïl.... Ces mots, la Présidente du Conseil des Élèves ne pourrait jamais les oublier. L'espace de quelques semaines, elle avait été une vraie déesse et cela resterait une expérience inoubliable pour la jeune indienne.

Et comme elle était arrivée de jour parmi ses gens pleins de vie, c'est de nuit qu'elle quitta ces lieux aujourd'hui abandonnée par un peuple ayant disparu malgré lui. Ils vivraient encore longtemps en elle, mais pour le moment, elle ne pouvait se complaire à pleurer les morts. De nombreux vivants avaient encore besoin d'elle et son devoir était de leur venir en aide. Après tout, c'est cela. Le devoir d'une déesse....
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Re: Appelez-moi Abygaïl.... - Mar 9 Déc 2014 - 2:09
Le devoir d'une déesse, c'est avant tout de donner des nouvelles à son entourage quand on disparaît trois mois... <.<
Le vrai drame dans cette histoire, au final, c'est ce que des gens comme Jace, Rain, etc... ont dû vivre alors que la présidente du Conseil disparaît du jour au lendemain. :worried:

Plus généralement, j'avoue ne pas avoir été plus touchée que ça par ton solo... Tout se fait trop vite, trop facilement. Abygaïl accepte presque instantanément d'être considérée comme une déesse par des gens qu'elle ne connaît ni d'Eve, ni d'Adam... mais bon, c'est toi qui connais le mieux ton perso, c'est toi qui vois.

Là où c'est vraiment dommage c'est qu'au final, on ne sait presque rien de ce qu'elle a fait avec ce peuple durant les trois mois où elle est restée parmi eux. On sait qu'ils meurent tous les uns après les autres, mais on n'a pas le temps de s'attacher à eux. On n'a qu'un aperçu très global de leur culture, mais on ne les connait pas individuellement (à part pour la doyenne, et encore). Si leur existence n'a pas réussi à obtenir de signification aux yeux du lecteur, leur mort ne risque pas de s'en voir attribuer plus...

Un solo qui avait de l'idée donc, mais peut-être pas assez développé. On reste sur sa faim, et pas seulement à la fin.

Malgré tout, je suis bien curieuse de voir comment Abygaïl va digérer cette expérience.


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Kit fait par mon Lié adoré ♥️

Cadeau d'anniversaire de Yanichou:
 

Appelez-moi Abygaïl....
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