Chapitre en cours :
Entre Mortels et Immortels, la guerre est déclarée. Trois mois après la chute d'Isanagi et du Golem de Pierre, la tension ne fait qu'accroître. Encore une fois, l'ennemi saura surprendre. Encore une fois, les futures divinités devront se montrer à la hauteur, et les humains, plus unis que jamais.


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Partie de chasse

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Partie de chasse - Sam 18 Oct 2014 - 3:40
Depuis quelques temps, une ombre s'était abattue sur les forêts et les villages de la région, perdue au beau milieu des Ardennes. Une rumeur, semblable à celles des siècles passés, à propos de disparitions et de bête rôdant dans les bois à la nuit tombée, s'était répandue dans les ruelles et les maisons. Les gens avaient peur, et même les plus sceptiques avaient fini par céder à leur instinct de conservation et à se montrer plus prudents que d'habitude. Plus personne, en ce mois de Mars, ne se trouvait dehors dès les premiers signes d'obscurité et nombreux étaient ceux qui gardaient leur arme à portée, même pour dormir.
Tout avait commencé par la disparition d'une jeune étudiante et d'une de ses amies, apparemment venus étudier les animaux de la région. Fait divers triste, certes, mais qui n'avait au final rien de très exceptionnel. Elle était jeune, jolie, et avait probablement fait une mauvaise rencontre, s'était-on dit. La gendarmerie avait lancé une enquête, on avait commencé à regarder d'un sale œil « le mec un peu bizarre la, du village voisin » et tout avait fini par rentrer peu à peu dans l'ordre.
Puis, un jour, un garde-forestier était tombé sur une carcasse impossible à identifier. Des restes n'ayant rien à voir avec ceux que laissaient les animaux sauvages. Comme si quelqu'un avait éviscéré l'animal et avait laissé sur place les morceaux non désirés. Bien sûr, cela aurait pu être l'œuvre d'un braconnier, et tout le monde en connaissait un ou plusieurs ici, mais pourquoi avaient-ils été ignorés par les renards ou les corbeaux ? Pourquoi rien, mis à part les mouches et les vers, n'avait eu le courage de s'attaquer à cette pile d'entrailles ? Question à laquelle personne n'avait su, véritablement, répondre. Suite à quoi, tout s'était emballé.
Des traînées de mucus sur les chemins. D'autres disparitions, de chiens, de vaches. Puis d'un enfant. Et enfin d'un chasseur, parti traquer seul, et par conséquent, armé.
A ce stade, il était impossible de ne pas faire le lien entre les différents évènements. Cela pouvait être un déséquilibré, certes. Mais comment alors expliquer ces entrailles et cette immonde substance ? Un animal enragé ? Pas mieux. Et surtout, qu'aurait-il fait de l'arme et des munitions du traqueur ?
Non, tout le monde le savait. Il se passait quelque chose de totalement anormal dans ces bois. La gendarmerie, les forestiers, les chasseurs...tous avaient mené leur enquête, à leur manière. Sans résultat. Les entrailles avaient été identifiées comme étant celles d'un sanglier, mais étaient couvertes de « quelque chose » qui repoussait tous les animaux et tuait les insectes. Le mucus, lui, avait été envoyé au laboratoire le plus proche, qui lui-même l'avait envoyé à un autre, et ainsi de suite. Aucun résultat. Tout ce qu'on savait, c'est qu'il puait la mort. Comme toute cette histoire.

***

Dans un cabanon de chasse déserté, à proximité d'une rivière et au beau milieu des bois, Elena Altman cuisinait. Elle avait ajouté, à son habituel tailleur, un tablier rose clair et des pantoufles assorties et avait troqué son scalpel contre un grand couteau de cuisine trouvé dans une des armoires. L'endroit était absolument parfait: une cheminée, une table, un plan de travail de grande taille, des outils, un tapis, et même des couettes assez épaisses pour dormir confortablement. Quel dommage qu'elle ne puisse s'y installer avec son bel étalon, et y vivre tranquillement pour quelques années. Certes, il manquait l'électricité, et la seule eau courante était celle qu'elle devait puiser à la rivière, mais qu'importent ces détails ? Elle avait de l'air pur, de la viande et des lames. Tout était, pour ainsi dire, idyllique.
Portée par ces pensées légères, un sourire aux lèvres, elle acheva de découper ce qui se trouvait sur la planche devant elle et le déversa dans la marmite. Un pot-au-feu, à base de viande et de légumes frais, avec quelques épices. Cela faisait bien longtemps qu'elle n'avait pas eu l'occasion de s'autoriser des mets ainsi préparés. Oh, elle n'avait rien contre la chair crue, bien au contraire, mais parfois, une petite exception s'imposait. Une sorte de petite fête, pour marquer un grand événement, mais aussi en fêter l'arrivée.
Car ce n'était que le début. Ils le savaient tous les deux. Ils le savaient depuis l'instant où leurs regards s'étaient croisés, depuis l'instant où ils avaient partagés chair et sang. Ils étaient liés par le corps et l'esprit. Liés par leurs êtres. Leur rencontre au centre commercial n'était qu'une simple prémisse à leur histoire, une introduction. Et c'était cela, qu'elle fêtait. L'arrivée du premier paragraphe du premier chapitre. Son arrivée. Il n'allait plus tarder, elle le savait. Il allait la retrouver, grâce à sa « lettre » au style inimité et inimitable. La traquer, suivre sa piste, en renifler les odeurs et en sentir la chaleur, se mettre à vibrer au rythme de la chasse et de la distance qui s'amenuise.
Il en était capable. Il allait réussir. Et elle allait être prête à l'accueillir, avec un grand et délicieux repas.

***

Les disparitions d'apprentis, de professeurs ou de repentis n'étaient pas si exceptionnelles que ça, au final. Parfois, un élève ou un professeur se laissait de son éternité, et s'en allait vivre parmi les humains. Parfois, un repenti faisait défection et rejoignait la Guilde Noire. C'était des choses qui arrivaient.
Mais parfois, c'était ceux et celles qui avaient, apparemment, le moins de raisons de le faire qui s'évaporaient.

Madeleine Camille était l'une de ces personnes. Une apprentie sans histoire, ravie de vivre sa petite vie de future déesse comme elle avait vécu la précédente: en étudiant, de manière pas toujours très assidue, mais sans faire le moindre faux-pas susceptible de la rendre particulièrement visible aux yeux de l'autorité locale. En bref, une étudiante on ne peut plus banale, attirée par des choses on ne peut plus banales et profitant de sa mort de la manière la plus banale qui soit.
Jusqu'au jour où, comme pratiquement tout dieu en devenir normalement constitué, elle décida de s'autoriser un petit voyage sur Terre, non accompagné bien évidemment. Certes, les règles stipulaient qu'un professeur devait être la, etc, etc...mais comme tout règlement intérieur, les seuls à l'avoir lu étaient ceux qui l'avaient écrit. Une petite virée des plus normales, pour revoir le village dans lequel elle avait vécu, peut-être faire coucou à un ami ou des parents. La routine.

Tout aurait du se passer comme toujours. Des larmes, des rires, quelques câlins, et retour à l'Académie.
Sauf qu'elle n'était jamais revenue. Et plus encore, la personne qu'elle avait rencontré sur Terre avait, elle aussi, disparue. Aucune trace, aucun mot aux amis, aucune note. Chaque jour qui passait accroissait leur inquiétude, et, au bout de quelques jours et des dizaines de questions, une bonne partie de l'Académie était au courant de l'histoire. Peu s'y intéressèrent, conflit avec la Guilde oblige, mais presque tous avaient au moins entendu parler de la disparition de cette fille.

« Une de plus... » diront certains.
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Re: Partie de chasse - Dim 19 Oct 2014 - 4:28
Assis sur une branche haute d’un arbre en lisière du parc, Ashe admirait la lune et le terrain dégagé au-delà du portail. La forêt lui manquait, les grands espaces… Dormir dans une chambre et un bon lit chaud avait certes de nombreux avantages, mais le charme des nuits étoilées ne présentait pas son pareil, et l’attrait exercé par leur beauté avait réussi, une fois de plus, à le tirer de sa couche pour venir s’installer ici.

Ses admiratrices commençaient à jaser de son étrange attirance pour les arbres et les endroits hauts perchés, mais malgré ses espoirs, cela n’avait fait que renforcer son côté mystérieux et ténébreux. Un beau jeune homme qui souvent s’échappe pour admirer la voute céleste, ce ne peut être qu’un grand romantique dans l’âme, capable de leur conter de belles histoires poétiques…

Mais ce n’était pas ça. Absolument pas ça. Ce qu’il cherchait dans les étoiles, nuit après nuit, c’était son passé, ses repères. Il se sentait bien seul certains jours à l’Académie, au milieu de toutes ses nouvelles inventions, toute cette technologie que les hommes avaient créée, il s’y trouvait anachronique. Avaient-ils tous besoin de tant d’outils ? Tant d’objets au quotidien, censés leur faciliter la vie en chaque chose, à peine bons pourtant à leur faire perdre le juste sens de la réalité. L’homme vivait désormais dans de telles maisons qu’il avait oublié jusqu’à ses instincts les plus primaires. Lorsque Ashe annonçait la probabilité d’une pluie prochaine, tous autour se jetaient sur leur téléphone dernier cri ou leur tablette pour vérifier ce qu’ils appelaient météo. C’était ridicule. Cela se sentait pourtant, dans l’air, le léger piquant d’un orage, le vent froid apportant les nuages, et l’électricité annonciatrice de tempête.

Et bien non. Cela le classait seulement un peu plus au rang de bête de foire, rôle dont il se serait pourtant volontiers déchargé. Il avait préféré taire ses quelques autres intuitions, et ses connaissances de la nature, afin d’éviter de passer pour le nouveau singe savant de l’Académie. Personne ne se rendait compte du mal être qu’il ressentait à être ainsi offert en pâture, exposé à tous comme une merveille. Tout ce qu’il voulait, c’était du calme. Qu’on le laisse, pour une fois au moins, en paix sans se jouer de lui.

Alors, il cherchait dans les astres les figures rassurantes des temps passés, mais même elles le trahissaient. Ce n’était pas son ciel. Ca ne l’avait jamais été et il doutait que ce le soit jamais. Aucune étoile n’était au bon endroit, certaines n’étaient même pas là, d’autres nouvelles… La sérénité qui aurait dû l’habiter à ce spectacle était totalement absente, et laissait même la place à une étrange inquiétude. À un sentiment lancinant en réalité. Ce n’était pas sa place.

Il regarda le sol, une petite dizaine de mètres plus bas. D’ici, il n’était même pas sûr de ne pas se louper. Soupir. Songer à de telles choses était ridicule. Il ferait beaucoup de mal aux seules qui ne le méritaient pas, tandis que toutes les prétendues autres trouveraient nouvelle proie à leur fantasme. La donzelle en fleur a une facilité à oublier ses chagrins d’amour à la vue d’une nouvelle paire de fesses attrayante défiant toute concurrence. C’était stupide. Il n’avait pas envie de remourir en plus. Et puis même s’il y parvenait, il y aurait un imbécile pour le ressusciter à l’Académie. Assez d’une résurrection. C’est déjà une épreuve suffisamment éprouvante.

Ses pensées voltigèrent sur celles à qui il manquerait, mais il préféra ne pas s’y attarder. L’amour semblait ne savoir se parer chez lui que d’une douce teinte de douleur. Soniya lui faisait du mal en étant proche, Elena en étant si loin. Il ne pouvait quitter l’une, et songer sans cesse à rejoindre l’autre, tiraillé en permanence entre ces deux sentiments contradictoires. Le pire, dans l’histoire, c’était la culpabilité. Il savait qu’il ne pourrait jamais concilier ces deux attirances, son aimée s’avérant trop néfaste pour sa soeur, et cela le rongeait. Un jour, il blesserait l’une des deux, en perdrait le coeur, et achèverait le tableau en décevant ainsi la seconde, plus qu’ombre de lui-même… Pour l’heure, c’était auprès de Soniya qu’il restait, c’était le plus simple, mais chaque jour, chaque heure, le sentiment de manque enflait dans ses flancs.

Il n’avait que des souvenirs assez flous de leur rencontre en définitive, mais l’image du monceau de chair et de tentacules demeurait profondément gravée en lui. Il savait qu’elle n’était pas humaine, il ignorait quelle créature elle pouvait même être, et pourtant, cela n’apaisait pas le malaise fracassant que lui provoquait la sensation d’abandon. Qu’importait ce qu’elle était… Elle l’aimait. Peut être à sa manière, violente et dénuée de scrupules, peut être contre son propre bien, tant sa main le picotait parfois encore à son simple souvenir, mais cela ne lui enlevait rien. Elle l’aimait vraiment, sincèrement, et cela valait toutes les normalités du monde. Pour ça, il la respectait et la chérissait, qui et quoi qu’elle soit, même s’il risquait d’en garder des séquelles et des traumatismes.

Il aurait fallu être fou pour ne pas avoir un peu peur. Plusieurs nuits, il avait fait des cauchemars où elle dévorait Soniya, des membres de l’Académie, et même lui parfois. Elle se teintait alors d’un éclat mauvais dans le regard et d’une perversité dont elle n’avait jamais fait preuve avec lui. Et puis il y avait les autres rêves. Ceux où elle n’était qu’Elena. Douce et presque fragile Elena. Cette dernière caractéristique n’était probablement qu’un ajout de son esprit, tant elle ne lui avait paru à aucun moment avoir besoin de protection, et pourtant, le mâle en lui en rêvait. Il n’avait côtoyé jusqu’alors que des femmes fortes. Sa mère, Yliandre… Aucune n’avait jamais eu besoin de lui. Avec Soniya, c’était différent, mais ce n’était pas vraiment elle qu’il voulait tant protéger. C’était Elena. Il voulait se sentir, une fois, fort et admiré, pouvoir l’enfermer dans l’étreinte de ses bras et lui murmurer qu’il ne laisserait rien lui arriver, jamais. C’était faux, il n’avait pas ce pouvoir, mais il aurait aimé pouvoir le dire. Rien qu’une fois.

Mais cela n’arriverait pas. Elena n’était pas une femme qu’il fallait protéger. Tenter d’être à sa hauteur, réussir à suivre ses exigences, oui, cela il allait devoir s’y employer. L’accepter pour elle-même, pleinement et entièrement, cela aussi faisait partie de ses attributions, et entrait dans ses cordes. Pour le reste… Il devait déjà s’estimer heureux qu’elle éprouve une telle étrange affection pour lui. Et remercier peut être ce foutu domaine divin offert par Deus.

Et si … ? Et si elle ne l’appréciait plus tant,la prochaine fois ? Il avait lu les limites de son pouvoir qui s’estompait, au fil du temps… Se pourrait-il que … ?

Il repoussa l’idée en grognant, et entreprit de descendre de son arbre. Il avait assez traîné ici pour ce soir, la mélancolie commençait à reprendre le dessus, et il savait d’expérience qu’il valait mieux fuir avant que cela ne s’aggrave.

Ses mains trouvèrent sans difficulté les prises sur l’écorce épaisse, et en quelques instants de descente plus ou moins assurée, il retrouva la stabilité du sol. Et avec elle de nouvelles angoisses, qu’il étouffa dans l’oeuf, en partant se coucher.

~

L’aube le cueillit dans des draps froissés par une nuit agitée. Son épiderme se couvrait d’une couche de sueur révélatrice de mauvaises heures passées. Lorsque le soleil se glissa par la fenêtre, il bondit hors de son lit en soupirant de soulagement et se jeta sous la douche. Ses pensées y poursuivirent le chemin de ses songes nocturnes avec une facilité qui le déconcerta et l’agaça. Il ne quittait pas le sommeil et ses angoisses pour qu’ils le poursuivent une fois éveillée.

Puis il s’habilla et sortit. Dans les couloirs, des morceaux de papier s’alignaient sur les murs à intervalle plus ou moins réguliers. Passant devant l’un d’eux, il daigna y accorder un regard. Il connaissait ce visage. Madeleine quelque chose. Une de ses groupies les plus acharnées… Oui parce qu’il y avait une hiérarchie désormais, elles s’étaient même organisées en sorte de castes, et celles qui avaient eu droit à un salut de sa part trônaient en haut de la pyramide. Et à son sommet, il y avait Madeleine. Principalement parce qu’il avait réussi à retenir son prénom… Ce qui était stupide, c’était le nom d’une de ses plus jeunes soeurs, voilà tout, et quelque chose dans son visage la lui avait vaguement rappelée… Mais ça, les filles n’avaient pas voulu l’admettre. Il était donc évident pour toutes qu’il avait un faible pour Madeleine, et toutes se mirent à l’envier tant qu’à la détester.

En retour, la jeune fille devint la plus enragée coquette de l’Académie, et n’eut de cesse d’essayer d’obtenir un rendez-vous avec lui, malgré ses innombrables refus. A un point tel qu’il avait fini par prendre la résolution ferme et définitive de la fuir de toute son âme, et avait soupiré de soulagement lorsqu’elle avait disparue un matin. Il l’imaginait en fuite galante, ou toute autre quête fantasque propre à se greffer dans l’âme d’une jeune fille, mais ses amies ne l’imaginaient pas de cette façon

Elles avaient commencé à lui poser quelques questions au bout de quelques jours d’absence, et lorsque la première semaine fut consommée, il fut assailli d’interrogatoires. Il leur paraissait évident que si Madeleine ne s’était pas confiée à elles, elle avait dû le faire au grand amour de son existence. Mais ce n’était pas le cas, bien évidemment. On finit par retrouver une gamine timide pour avouer que Madeleine était retournée voir sa meilleure amie sur Terre, dans sa région natale, quelque part au fin fond d’un pays appelé France. Et on laissa alors Ashe en paix.

Cela allait bientôt faire deux semaines, désormais, et les affiches étaient devenues part intégrante du décor pour la plupart des gens. Mais celle sur laquelle le regard d’Ashe venait de se poser était nouvelle. Il arracha le morceau de papier du mur, le froissant entre ses doigts serrés, mu par une intuition qu’il ne s’expliquait pas bien. Ses yeux s’étaient posés rapidement sur le texte explicatif sous l’image, et peut être un mot avait-il attiré son attention sans que son esprit ne le discerne à un état conscient. Toujours est-il qu’il n’avait jamais refusé de suivre un instinct, et il le fit ce jour-là encore.

La salle informatique, lieu lourd de souvenirs désagréables. Premier endroit de folie contagieuse de ses admiratrices, avec le jeune autre apprenti-dieu dont il avait oublié le nom… Ou peut-être ne l’avait-il jamais même su. Difficile à dire. Elle était déserte à cette heure de la matinée, et le bruit des machines seul emplissait la pièce d’un ronronnement apaisant. Il tira la chaise la plus proche, et déplia l’affiche devant lui. Ses capacités de lecture n’étaient pas encore parfaites, mais il parvenait désormais à déchiffrer un texte sans trop de difficulté.

Sous la photo reproduite, quelques phrases semblaient expliquer quelque chose. Il se concentra dessus, et au bout de quelques secondes, les sens des premiers mots commencèrent à se former dans son esprit. Le texte indiquait que les deux demoiselles avaient disparu sur Terre également, au sein d’un petit village, et que d’inquiétantes autres choses se déroulaient dans le secteur. Le mot était fort laconique, et laissa Ashe sur sa faim. Confusément, quelque chose l’intéressait là-dedans, mais il ne parvenait à mettre le doigt dessus.

Alors qu’il s’apprêtait à prendre possession de l’ordinateur pour se lancer dans une recherche un peu hasardeuse, la porte derrière lui s’ouvrit, et une gamine efflanquée pénétra dans les lieux. Il ne la reconnut pas tout de suite, puis identifia la confidente de Madeleine, celle qui avait finalement révélé le secret de sa fuite.

Elle demeura un moment dans l’entrebâillement de la porte, n’osant visiblement pas entrer complètement, puis sembla prendre son courage à deux mains.

- Bonjour Ashe.

Sa voix trembla sur cette salutation, et elle s’empourpra violemment, puis se tortilla sur ses pieds immobiles, sans faire mine de s’éloigner vers un ordinateur.

- Euh bonjour. Je peux faire quelque chose pour toi ?

Elle demeura encore un moment à s’agiter sur place, avant de désigner du doigt l’affiche posée sur la table.

- J’ai vu que tu avais pris la nouvelle affiche que j’ai fait ce matin. Toi aussi tu t’inquiètes pour Madeleine ?

Il grimaça un peu. Alors ça, c’était bien sa veine. La seule et unique fois où il avait baissé sa garde et décidé de s’intéresser à quelque chose, on le lui renvoyait à la figure. Il s’apprêtait à répondre, lorsqu’elle le fit taire d’un geste de la main.

- Non peu importe, ça me regarde pas, ta relation avec Madeleine. Elle m’a raconté tout un tas de chose, mais quand je vois comment tu agis, je crois qu’elle a un peu menti, enfin peu importe maintenant. C’est une histoire bizarre tout ça hein, t’as lu un peu ? J’ai pas pu tout expliquer là-dedans, ce qu’ont donné mes recherches, parce que j’avais pas la place, mais ça fait froid dans le dos. Les corps éviscérés et les organes abandonnés sans qu’aucun animal n’y touche… C’est bizarre.

Mais bien sûr ! C’était ça ! Il reporta immédiatement le regard sur le texte explicatif. Le mot « éviscérés » lui sauta soudain à la figure. Il se maudit aussitôt de l’évocation qui fit jour dans son esprit, pas prêt à se refaire du mal tout de suite en repensant à elle, mais un instinct pervers l’y poussa.

- Tu peux me parler un peu plus de ce que tu as trouvé ?

Alors, elle lui expliqua, avec la fascination un peu morbide que ce genre d’histoires glauques peut évoquer dans le grand public, les soirs d’hiver, au coin du feu. Elle lui raconta les corps retrouvés dans des états épouvantables, les morceaux triés avec soin. Elle évoqua les multiples disparitions. Chaque seconde, l’espoir grandissait en Ashe. Chaque seconde, il se détestait un peu plus d’avoir posé la question. Il allait très mal vivre la chute, il le pressentait un peu plus à chaque instant, mais pourtant, pourtant… il ne parvenait à se contrôler.

Lorsqu’elle évoqua l’étrange substance retrouvée un peu partout, à l’odeur de cadavre et de marécages, son estomac bondit et son coeur se décrocha. Ça, c’était la coïncidence de trop. Maintenant, il n’allait plus dormir, c’était certain.

Il bondit sur ses pieds, et avant d’atteindre la porte se retourna soudain vers elle.

- Comment tu as-dit que ça s’appelait la région où tout ça s’est produit ?

- C’est dans les Ardennes, en France, mais qu’est-ce que tu…

- Je vais aller sur place voir ce que je peux trouver. On n’a envoyé aucun apprenti-dieu il me semble… Si je suis pas revenu d’ici deux semaines, dis-leur d’envoyer personne. Surtout ! Merci !

Et avant qu’elle n’ait eu le temps de répliquer quoi que ce soit, il avait disparu par la porte. Elle demeura un moment perplexe, regarda l’affiche laissée sur la table, puis sourit. Finalement, Madeleine ne lui avait peut être pas tant menti…

~

Il ne s’était guère chargé. Un vieux sac à dos, deux pantalons, quelques chemises et un pull. Il portait présentement une longue veste style militaire qui le protégeait des frimas de cette fin d’hiver. Debout au milieu de la place du village, il écoutait attentivement le maire et l’une de ses conseillères lui expliquer la situation. L’élu était un petit homme rondouillard aux yeux profondément enchâssé dans des orbites disproportionnées, qui jetaient à la ronde des regards inquiets en permanence. Son acolyte n’aurait pas pu être plus différente de lui. Grande et sèche, elle respirait la sévérité, et son attention n’avait pas quitté une seule seconde le visage du beau jeune homme face à eux. Elle ne parvenait à se rappeler exactement ce qu’il s’était présenté être, mais était saisie de la même irrépressible envie que le maire de lui raconter tout ce qu’il voulait. C’était… surprenant, et en même temps, vu le tour que prenait la conversation, c’était peut être leur seule chance de s’en sortir. Un envoyé de Dieu peut être, pour les sauver. Ce ne pouvait être qu’un ange. Il paraissait qu’ils étaient splendides. Et lui assurément, il l’était. Si elle avait eu vingt ans de moins, elle aurait probablement tenté sa chance, mais aujourd’hui, elle se contentait de dévorer du regard. On se console comme on peut.

Ashe remercia les deux villageois avec un sourire poli et une demi courbette, puis se dirigea à grand pas vers la forêt toute proche. Il était arrivé la veille, et en posant quelques questions, avait été redirigé vers ce hameau. C’était ici que le dernier corps avait été trouvé, à proximité tout du moins. Plus il avait discuté, plus les détails avaient semblé concorder tous vers un même but. Et maintenant, il bouillonnait.

Il était encore surpris de la facilité avec laquelle il avait réussi à obtenir toutes ces informations. Chacun n’avait été que miel et douceur avec lui, semblant avide de lui plaire et de répondre à ses attentes. Et pour une fois, il ne comptait pas s’en plaindre. Que son pouvoir lui serve à quelque chose était une première à noter d’une croix rouge. Il ne savait pas sur quoi vu qu’il se moquait comme personne des jours et n’avait donc pas d’agenda, mais tout de même. Il fallait le noter.

Les bois ici ne ressemblaient pas vraiment à ceux de chez lui, tout en présentant certaines similitudes. Les arbres étaient les mêmes, et une certaine part de mysticisme ancien demeurait… même si les villages percés un peu partout avait atténué la magie de l’endroit. S’y plonger lui fit pourtant du bien. Son pas se délia au fur et à mesure qu’il s’enfonça loin de la civilisation, et ses sens imperceptiblement se détendirent. Pour la première fois depuis longtemps, l’impression oppressante de n’être que le jouet de forces supérieures s’atténua, pour laisser place à la satisfaction plus primaire d’être de retour à ses racines. Et finalement, l’illusion opéra pleinement.

Il se laissa porter sur quelques kilomètres par ses seules émotions, seulement heureux d’être de retour dans un substitut de chez-lui, puis se reconcentra. C’était bien beau d’être arrivé jusqu’ici, mais cela ne suffisait pas. Il voulait la trouver maintenant, la prendre dans ses bras, et lui dire qu’i était heureux de la revoir. Et ce tout de suite.

Car il n’avait plus aucun doute. La certitude ne reposait sur rien de plus concret qu’une foi sans faille et un espoir qu’il refusait d’éteindre, mais cela lui suffisait. Elena devait être là, quelque part, et il allait la trouver, il ne pouvait en être autrement.

Il se remit en route, les sens aux aguets désormais, retrouvant les émotions anciennes d’une partie de chasse. Bien qu’il ne souhaite pas tuer le gibier en bout de course, l’idée de le dévorer tout de même ne lui était pas étrangère. Une heure passa sans qu’il ne trouve rien de plus que des animaux terrorisés et des bois étrangement dépeuplés. Tous se terraient, il était le seul à vivre, et le seul à se réjouir de la présence qu’il sentait désormais peser sur chaque chose. Oui, elle était là, quelque part, c’était certain. Certain…

Puis l’odeur de la fumée lui chatouilla les narines. Il ferma les yeux, laissa ses perceptions l’envahir, et sourit. Il y avait un feu non loin, encore quelques minutes de marche, plus que quelques instants… Ses pas le conduisirent vers une petite cabane nichée au creux de la forêt, dans un écrin de verdure. Confusément, il percevait quelque chose, une aura à proximité, quelque chose de plus puissant qu’un simple humain.

Ce ne pouvait être qu’elle. Il fallait que ce soit elle.

Il fit les derniers pas qui le séparait de la porte, puis s’arrêta devant. Plus si pressé soudainement. A l’intérieur, il y avait probablement celle qu’il souhaitait le plus voir en cet instant, et cela le démangeait d’ouvrir violemment pour la prendre dans ses bras. Mais en même temps… Il se pouvait que ce ne fut pas elle, que la déception le frappe de plein fouet. Il souhaitait profiter encore quelques instants de la douceur amère de l’incertitude.

Puis il inspira profondément, et il toqua trois coups.
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Re: Partie de chasse - Mer 22 Oct 2014 - 3:31
Les alentours de la petite cabane, d'où s'échappait un filet de fumée, s'étaient drapés d'un profond silence, troublé uniquement par le bruissement de l'eau et le craquement de quelques branches. Pas de chanson d'oiseau ni de pas d'animaux. La zone avait été, il y a de cela quelques jours, désertée par toutes les formes de vie capables de s'en éloigner. Même les arbres, s'ils en avaient été capables, auraient soulevé leurs racines pour aller se planter ailleurs.
Une odeur étrange, mêlant marécage et cadavre en putréfaction, s'était glissée entre les troncs et les feuilles mortes, et semblait vouloir s'y installer. Ce qui en était de toute évidence la source, un mucus épais, rougeâtre, tapissait nombre de chemins, qu'ils aient été créés par les hommes ou les bêtes. Même les plus téméraires n'osaient désormais plus les suivre, de peur de tomber nez à nez avec l'origine de la substance. Les chiens, même les mieux dressés, se refusaient à en approcher la truffe, et tentaient de s'en éloigner coûte que coûte, quitte à se rebeller contre leur maître. Le gibier, lui, s'était simplement enfui, le plus loin possible, sur d'autres territoires encore épargnés.
Au lieu de se préparer à renaître, la forêt était malade. Profondément et définitivement malade, en proie à une gangrène incompréhensible et innommable, causée par une sorte de bactérie géante et encore inconnue.

Agent pathogène qui, pendant ce temps, s'employait à préparer des nuggets de faisan au miel. Maniant adroitement son couteau de cuisine, elle découpait la carcasse de la bête en petits morceaux, et se préparait à les rouler dans la panure, piochant au passage quelques pièces de viande crues pour les mâchouiller, l'air pensive.
Cela faisait un moment qu'elle n'avait pas trouvé de véritable gibier. Elle s'était arrangée pour conserver au mieux les parties les plus intéressantes, ce qui n'était pas trop difficile au vu du temps presque hivernal, mais chaque jour qui passait la rendait un peu plus anxieuse. Allait-il réussir à maintenir en bon état toute cette viande ? Allait-il apprécier ? Comment la préparer ?...Tant de questions, et si peu de réponses. Elle s'était donc employée à tester diverses recettes, tirées d'un bouquin de cuisine trouvé dans la maisonnée, et à les goûter. Et, jusqu'à présent, elle estimait ne pas s'en être trop mal tirée. Certes, elle-même préférait la chair crue, encore chaude et sanguinolente, mais ce n'était pas le cas des humains. Il lui sembla donc naturel, en vue de ses tentatives de s'adresser à Ashe dans son propre langage, de faire un nouveau pas dans son direction.

Cela faisait déjà plus d'une semaine qu'elle l'attendait, alternant entre les fourneaux, la chasse et la rêverie au coin du feu.
Mais il allait arriver. Il allait la trouver. Et ensemble, ils allaient profiter du temps qui leur restait avant qu'elle ne doive, de nouveau, le quitter. Non seulement à cause de ses obligations envers la Guilde Noire, mais surtout pour le sauvegarder. Elle avait eu le temps de réfléchir sur les limites humaines, de se souvenir, et de s'interroger. Il avait, à la fin de leur première, et pour le moment unique, rencontre, failli disparaître. Pas physiquement, cela n'aurait eu aucune importance. Mais son âme, son esprit, étaient passés à la limite de la fracture totale, du déchirement. Elle ne pouvait se permettre de renouveler une telle expérience, quand bien même l'envie croissait dans ses entrailles au point de la faire se tordre de douleur. Elle ne pouvait pas. Elle ne pouvait pas se laisser aller, se libérer et le dévorer. Il n'était pas prêt.
Les nuggets et la sauce, eux, l'étaient. Il n'y avait plus qu'à attendre que le feu fasse son œuvre et en modifie toutes les saveurs, pour le meilleur comme pour le pire. Un soupir s'échappa de sa gorge alors qu'elle retournait les morceaux. Quelle idée. A la fois sublime et incompréhensible, merveilleuse et stupide. La chair était délicieuse, quelle qu'en soit la préparation. Il n'y avait nul besoin d'ainsi la décorer, de la draper de tous ces artifices. Alors pourquoi ? Pourquoi avaient-ils ainsi cette obsession avec la cuisine ? L'hygiène et la santé ? Peuh, des excuses. La peur de la viande ? Le rappel à la mort, dans chaque bouchée ? Plus probable. Quels idiots...

Et voilà. Ils étaient prêts.

Avec le soin que l'on apporterait à un repas de Noël, elle disposa les nuggets dans une assiette et la sauce dans un petit bol sur le côté avant de s'assoir en face.
En silence, elle commença à manger, laissant son regard vagabonder dans l'unique pièce du cabanon. Face à elle, un fusil et une cartouchière étaient disposés à l'autre bout de la grande table. Un Karabiner 98k, authentique, et avec lequel il était parfaitement illégal de chasser en France. Ce qui n'avait néanmoins pas dissuadé son ancien utilisateur, dont les affaires reposaient dans un coin, tâchées de sang et de bile mais néanmoins parfaitement pliées. A côté de celles-ci, deux autres tas. Des vêtements féminins, déchirés, souillés. Des chaussures couvertes de boue. Et un crâne, nettoyé avec soin, posé sur une chaise.
Ses plus belles proies. Il lui avait donc semblé tout à fait naturel de conserver, en plus de la viande, quelques trophées.
Un sourire lui déchira le visage alors qu'elle contemplait les trois tas de vêtements. Ils allaient adorer. Tous les deux. Adorer préparer, adorer déguster...et adorer contempler. La viande délicate des jeunes filles divines, arrachées à leur mort et dont la disparition n'était autre qu'une carte postale, signée de sa main. Celle, plus coriace mais plus conséquente, du chasseur, abattu au terme d'une longue et sublime traque, assaisonnée par la peur et l'horreur. Ils allaient, tous les deux, faire l'un des plus beaux, des plus sublimes, banquets jamais organisés dans cette modeste demeure.
Et une fois leurs forces retrouvées et leur relation renouvelée, elle allait lui faire découvrir les plaisirs, encore inconnu, de la prédation. Elle allait, par ce biais, l'élever. L'élever au dessus de ce bétail qu'il allait devoir traquer, tuer et dévorer. L'élever au dessus de ces bêtes humaines, afin de pouvoir l'enlacer sans craintes de le briser.

Ils allaient, tous les deux, adorer.

Malheureusement, la journée se termina comme la précédente. Sans la présence d'Ashe à ses côtés. Tout comme la suivante. Et celle qui suivit. Mais à aucun moment elle ne douta, que ce soit de son plan ou des capacités de son étalon à la retrouver. Il ne pouvait échouer. C'était sa première, sa plus importante chasse.
Et la destin décida de lui sourire.

Alors qu'elle était occupée à découper un sanglier fraîchement abattu, et à grignoter ici et la de petits carrés de chair encore fumantes et sanguinolentes, plusieurs coups se firent entendre. Trois, pour être exact. Trois coups qui résonnèrent dans ses oreilles et jusqu'à son cœur, sans passer par son cerveau. C'était lui. Cela ne pouvait qu'être lui.
Aussitôt, son visage s'illumina et elle lâcha le couteau qu'elle tenait. Avec une hâte non dissimulée, elle se laissa glisser entre les meubles jusqu'à la porte, répandant derrière elle une traînée de sang dégoulinant de son tablier et de ses mains.
C'était lui. Elle pouvait le sentir, à travers les fentes du bois, à travers la serrure. Elle pouvait entendre son cœur battre, ses entrailles pulser et ses muscles se tirer. Sa chair appelait sa chair, son âme appelait son âme.
Sans attendre, elle déposa une main vermeil sur la poignée et ouvrit la porte.

Il était la. Il l'avait cherchée et trouvée. Il l'avait traquée, des jours, des semaines durant. Et il l'avait finalement trouvée.

Elle ne put se retenir davantage, poussée à la fois par ses pulsions aliens et son esprit rationnel. Elle ne devait pas se retenir, pas dans ces circonstances. Elle avait à la fois le et le devoir d'être ravie et de le lui démontrer.
Avec délicatesse et fermeté, ignorant le sang qui recouvrait son tablier et ses mains, elle se jeta au cou d'Ashe, l'enserrant avec toute la chaleur dont elle était capable, ignorant les appels de sa chair à dévorer la sienne.
Une voix douce, ravie, s'échappa librement de sa gorge et s'évanouit sous forme de nuage de vapeur.

« Bienvenue à la maison, mon très cher. »

Mots suite auxquels ses bras se resserrèrent autour de leur proie pour une fois consentante. Elle savait qu'il allait la retrouver. Il savait qu'elle l'attendait. Et enfin, leur première rencontre n'était plus la seule. Elle n'était plus leur histoire, mais simplement une part, un début. Et ils allaient s'employer à en écrire la suite, avec le sang de la bête, sur sa propre peau, à l'aide de ses os.
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Re: Partie de chasse - Mer 22 Oct 2014 - 22:49
L’attente. Les quelques secondes les plus longues de sa vie, dans l’incertitude. Puis la porte s’ouvrit, et Elena apparut, divine. L’odeur de marécage le saisit violemment à la gorge, mais sa réaction spontanée fut un large sourire en voyant enfin devant lui celle dont il avait tant rêvé.

Avant qu’il ne puisse bouger, elle se jeta à son cou, l’enfermant dans une étreinte sanglante. Et le sourire d’Ashe s’agrandit. Avec spontanéité, il referma ses bras autour d’elle, autour de ce corps d’emprunt si fin. Une lointaine partie de son esprit se demanda comment elle pouvait occuper une telle enveloppe considérant sa forme naturelle, mais son attention était principalement concentrée sur les mots de la jeune femme.

Bienvenue à la maison… Ces paroles le laissèrent pantois. C’était ça, être attendu quelque part ? Elle savait ? Elle savait qu’il viendrait la chercher, et avait mené toute cette opération en ce sens ? C’était… inattendu, inédit, et totalement enchanteur aussi. Il était ravi. Plus que ça, il était comblé. Comblé que la femme qui hantait ses pensées fut aussi sensible à ses charmes qu’il ne l’était aux siens. Et qu’elle apporte la réponse à la question qui le bouleversait depuis des jours ne fit que le conforter dans l’idée qu’elle était décidément son élue.

Sa place était ici, près d’Elena, dans ses bras. Plus besoin de chercher indéfiniment, il avait trouvé. Et même si la forêt semblait malade en ces lieux, même si l’odeur évoquait mort et putréfaction, il n’avait aucune envie de se trouver en un autre endroit. L’Académie n’était qu’un pis-aller, un refuge pour se régénérer et ne pas traîner dans les pattes de son aimée. Il voulait être près d’elle, et tant qu’elle l’accepterait, il le serait.

Il fourra son nez dans la gorge de la demoiselle, inspirant à plein poumon sa fragrance si particulière, et en resta un instant un peu assommé. Ce bouquet était trop entêtant pour ses pauvres perceptions humaines, mais il ne regrettait pas. Cela faisait partie de sa maison désormais.

Un courant d’air froid s’insinua dans leur dos, arrachant un frisson à l’apprenti-dieu qui entraîna Elena à l’intérieur sans la lâcher, la portant presque sur quelques pas. Il abandonna son corps d’un bras pour refermer la porte, avant de l’emprisonner à nouveau contre lui, sans avoir encore prononcé un seul mot. Il n’avait jamais été bavard, mais la jeune femme n’en avait pas besoin. Ils communiquaient bien plus par leurs seules présences que par tous les mots du monde.

Après tout, il était là, près d’elle, à l’enlacer et l’embrasser alors qu’elle était une créature monstrueuse et anthropophage. N’était-ce pas le mieux qu’il pouvait faire ? Qu’auraient représenté quelques paroles en comparaison ? Lui dire qu’il l’aimait ? Tout son corps le lui criait mieux qu’il n’aurait pu le faire. Il n’y avait pas besoin de se perdre dans des discours inutiles. Pas avec Elena.

Ashe jeta un regard circulaire à la cabane. L’odeur de pourriture ne parvenait à masquer complètement celle du sang émanant de la carcasse encore volumineuse du sanglier. Le reste de l’aménagement était sommaire. Quelques meubles, plusieurs couettes visiblement bien chaudes, une cheminée près de laquelle se lover, et des objets, visiblement des trophées de chasse d’Elena. Il identifia ce qui devait avoir appartenu à Madeleine et à son amie, puis ce qui semblait être l’équipement de l’homme également disparu. Au moins son fan club de groupies venait-il d’être amputé drastiquement par l’élément le plus acharné. Et il n’en éprouvait aucune pitié pour la fille qui avait été ainsi tuée.

Ce n’était qu’un juste retour des choses. Sauvé par son aimée des griffes d’une dangereuse prédatrice… Elle aurait dû abandonner tant qu’il était encore temps. Sa mort n’était que la punition pour lui avoir ainsi pourri la vie pendant des semaines. Quant à l’idée qu’Elena l’avait probablement dévorée, cela ne faisait que renforcer son affection profonde pour elle. La peur n’avait plus voix au chapitre dans leur relation. Si Elena le faisait, c’était qu’elle le devait, et il était bien mal placé pour en juger. Jamais il n’aurait remis en doute une action de son aimée, encore moins une de celles qui lui était si bénéfique.

Son tour d’horizon terminé, un sourire satisfait s’ancra durablement sur ses traits, tandis qu’il reportait son attention sur la jeune femme qu’il n’avait toujours pas lâchée. Il caressa du bout des doigts ses lèvres, puis sa joue.

- Merci.

Sa voix était chaude, à l’image de toute sa personne. Il ne pouvait cacher son bonheur. Quant au remerciement, c’était quelque chose de général. Il la bénissait pour tout ce qu’elle avait fait pour lui jusqu’à présent, et pour ce qu’elle ferait encore.

Il inclina son visage, fourrant de nouveau son nez dans sa gorge, mais l’idée qu’il avait en tête n’était pas tout à fait la même. Il inspira de nouveau son odeur avec délice cette fois, s’y habituant peu à peu, puis fit courir ses lèvres sous son oreille jusqu’au creux de son épaule. Elena n’était pas à proprement parler humaine. Il avait vu son enveloppe de chair se liquéfier entre ses doigts, avait perçu la réalité de sa forme, et s’étonnait même qu’elle n’ait pas encore essayer de le manger.

Il savait qu’elle aimait ça pourtant. Elle ne pouvait avoir simulé le plaisir indescriptible qui avait paré ses traits lorsqu’elle avait dévoré sa main. Elle était différente aujourd’hui, plus humaine, plus délicate… Et il ne savait pas s’il appréciait complètement le changement. Oh bien sûr, il était agréable de l’avoir dans les bras, de la voir serrer plus fort sa nuque pour le garder contre elle. Il se sentait aimé ainsi… Mais cela ne ressemblait pas à la plénitude qu’il avait ressenti en la voyant comblée. Ou ce n’en était qu’une pâle copie du moins. Il avait décidé de ne plus se satisfaire de pâles copies.

Sa voix résonna de nouveau, encore plus enjôleuse et caressante.

- Je suis heureux de te revoir.

Et sans plus réfléchir aux conséquences, il laissa ses pulsions le guider. Ses dents quittèrent la protection de ses lèvres, caressèrent un instant la chair de son épaule, puis il mordit jusqu’au sang.
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Re: Partie de chasse - Jeu 23 Oct 2014 - 7:11
Pour certains, elle était une femme étrange. Pour beaucoup, elle était un monstre. Pour lui, elle était une princesse. Une délicate, magnifique et féminine princesse.
Elle avait déjà eu l'occasion de voir quelques films, de lire quelques livres. Elle savait donc, plutôt bien, ce qu'était cet archétype. Mais jamais elle n'avait songé, ou même espéré, qu'un jour elle aurait la possibilité de le vivre, et encore moins avec une telle authenticité. Ce n'était pas un jeu de rôle. Elle était, à cet instant, une véritable princesse, portée sans efforts par son prince pour la protéger de la morsure du froid et l'amener dans une chaleureuse étreinte. Et, quelque part, ce rôle lui plaisait.
Peut-être était-elle une alien, une horreur indicible, une créature terrible et incompréhensible...mais elle était également une femme. A sa manière, elle avait fini par intégrer quelques codes, quelques façons de penser propres à son sexe d'emprunt. A l'origine, il ne s'agissait que d'un jeu. Un simple jeu, visant à provoquer victimes et geôliers. A subvertir leurs attentes, pervertir leurs normes. Mais désormais, qu'elle le veuille ou non, ce masque était devenu une partie d'elle-même. Le jeu avait fini par devenir on ne peut plus vrai, et s'était mêlé à l'actrice pour donner naissance à un nouvel être, à un nouvel esprit. Une synthèse des deux mondes, des deux systèmes, ayant pioché librement dans chacune des deux poches pour se créer, s'améliorer.
Et lui, Ashe, était sa motivation, sa raison d'être. Le but de sa mutation continue. Elle aurait pu s'arrêter la, se contenter du superficiel. Mais avec lui, cela n'aurait jamais suffi. Il espérait, il méritait, mieux qu'un simple jeu. Il lui fallait quelque chose de vrai, quelque chose d'authentique, de véridique, afin de l'accrocher et le tirer. L'amener à sa hauteur, puis, ensemble, continuer de s'élever, s'appuyant l'un sur l'autre. C'était son plan. Sa vision.

Dans leur mouvement, l'une des pantoufles qu'elle portait se détacha et se retrouva au sol. La sensation du tissu glissant et du froid sur son pied leur extirpa un rire mental. Elle était véritablement sa princesse, sa Cendrillon.
Mais c'était elle, et non lui, le prince, qui allait l'élever, l'anoblir, à sa manière. Elle était à la fois la princesse, le prince et la marraine, réunis en un seul et unique personnage. C'était elle, qui avait écrit le conte. Lui restait, désormais, à donner vie à son personnage favori, à lui offrir un corps qui ne soit constitué d'encre et de papier. A lui offrir une existence propre.
Tout ceci, était, d'une certaine façon, fort ironique. Ils étaient séparés, et n'attendaient que de se retrouver pour s'enlacer, se réunir. Et son désir le plus profond était de les délier encore davantage, en le faisant passer de viande à être. Dans le seul but d'en-suite fusionner. Comment pouvait-elle lui expliquer cela, en des termes, en des pensées humaines ?...Impossible. Elle y avait longuement songé, et le faire davantage n'y ferait rien.
A cet instant, la seule chose qu'elle se devait de faire était de profiter. D'apprécier, d'adorer ce contact, autant que lui l'adorait.
Le doigt sur ses lèvres la fit sourire, davantage encore. Son regard était, comme toujours, planté droit dans le sien, fixe, attentif. Elle ne savait, et ne voulait, faire autrement. Il lui était hors de question de perdre la moindre émotion, la moindre expression, qui traversait ce sublime visage. Si elle ne pouvait l'ingérer littéralement, elle allait se contenter de l'absorber virtuellement. Parfois, certaines subtilités lui échappaient. Elle n'était pas, encore, parfaitement maître de ce langage parallèle si complexe et si fascinant. Mais peu lui importait. Si elle ne comprenait pas le sens, elle en comprenait tout de même la beauté. La beauté de chaque geste, de chaque muscle, de chaque petite ride, tension. La sublime subtilité de la chose, qui ne pouvait être perçue complètement que par l'inconscient. C'était à la fois sa bénédiction et sa malédiction. Celle de voir ce qui lui manquait, et que tous prenaient pour acquis, sans même y jeter un regard.

Mais lui, lui. Il savait. Il savait, instinctivement, que les mots ne valaient rien face au corps et à la chair. Il ne parlait presque pas. Laissait la viande parler, la chaleur transporter, les pulsations communiquer. Les sons, dans un tel contexte, et même dans la plupart, ne faisaient que masquer le véritable dialogue. Et il le savait. Magnifique étalon. Magnifique potentiel.
Elle pouvait sentir son visage contre sa peau, sentir sa vie s'échapper, puis revenir. Sentir son cœur battre.
Elle le serra. Plus fort. Pour l'approcher encore davantage de son corps, pour l'ingérer sans l'ingérer, l'absorber sans le perdre. Le dévorer. Elle voulait le dévorer, plus que tout au monde. Mais elle ne pouvait pas. Elle ne pouvait pas se permettre de le faire.
Pourquoi ?...

Ne pouvant le regarder dans les yeux, elle chercha quelque chose d'autre à accrocher du regard tandis qu'il se sustentait de sa chaleur et de son odeur. Quelque chose. N'importe quoi. Pour la faire se maintenir dans la réalité. Pour l'empêcher de sombrer, de se laisser aller. De céder et de le déchirer, dans une macabre et magnifique danse, dont un seul sortirait entier. C'était leur souhait, à tous les deux. Et pourtant, elle ne pouvait le leur accorder. Pas maintenant. Pas tout de suite.

« Pas maintenant. ». Ces deux mots furent les seuls à se graver dans son esprit lorsqu'elle sentit sa chair se fracturer et ses dents la pénétrer.
Son visage se distordit, en un mélange de jouissance, de douleur et d'horreur. Son frêle corps fut secoué d'un intense frisson et ses mains se crispèrent dans son dos et sur son épaule. Il ne pouvait pas. Il ne devait pas. Pas la. Pas à cet instant où elle luttait déjà contre elle-même, contre ses pulsions les plus profondes, les plus viscérales, pour ne pas céder à sa nature véritable. Elle ne devait pas...elle ne...

Elle ne pouvait plus.

Sans un mot, avec une force inattendue mais contrôlée, elle le projeta au sol, sur le tas de couvertures qui lui avait servi de nid jusqu'à présent. Animée par le sang, la chair et le désir, elle retira violemment l'épais manteau dont il était enveloppé puis déchira, sans autre forme de procès, ce qu'il portait en dessous.

Elle le voulait. Elle voulait sa chair, sa viande, son sang. Ronger ses os et dévorer son foie. Se repaître de sa bile et s'approprier son cœur. Lui arracher les viscères et s'en sustenter.

Mais elle ne pouvait pas. Elle ne pouvait plus.

A cheval sur lui, couverte du sang de l'animal et du sien, leurs regards se figèrent, l'un dans l'autre. Elle ne souriait plus. Respirait fort. Son cœur battait, discordant, violent, comme s'il cherchait à s'échapper de sa poitrine.
Tristesse. Une sorte...de tristesse. Et surtout, de frustration. D'impuissance, face à la réalité. Face à sa condition humaine, aussi divine fut-elle. Face à leur différence, face à son manque de résilience. Face à son incapacité à contrôler ce qu'ils étaient.

Quelques gouttes du sang d'Elena tombèrent sur le torse désormais nu d'Ashe, perlant de sa blessure nouvelle.

« Pas maintenant. »

Pas de joie. Ni de colère, ni d'impératif. Elle était...triste. Simplement triste, et ne savait comment le lui faire comprendre. Comment lui faire savoir ce qu'elle ressentait, à cet instant. Ce conflit, cet infâme conflit, qui lui donnait l'impression de se déchirer de l'intérieur, partagée entre raison et pulsions.
Elle ne pouvait commencer. Elle ne pouvait se permettre de trancher ainsi leur rencontre, d'abattre tout ce pourquoi ils avaient tous les deux, des jours durant, travaillé pour bâtir.
Rien pour l'instant. C'était, à ses yeux, mieux que tout tout de suite et rien plus tard. Il grandissait, chaque jour, un peu plus. Apprenait, lentement. Un jour. Un jour, ils allaient pouvoir profiter, sans se retenir.

Mais pas maintenant.
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Re: Partie de chasse - Jeu 23 Oct 2014 - 16:15
Il la sentit frissonner, resserrer sa prise sur lui, puis exploser. Le goût de son sang s’attarda sur sa langue, mêlé une fois encore à cette odeur musquée, à cette substance à la texture si lourde sur la langue. Il perçut le plaisir traverser tout le corps de son aimée, puis il fut basculé en arrière.

Ashe s’effondra. La rencontre avec le sol fut amortie par les couvertures sur lesquelles il s’écrasa, mais son esprit eut un temps de latence, un peu assommé par le choc. Lorsqu’il rattrapa la réalité, Elena lui avait déjà arraché son manteau, et s’occupait présentement de réduire en lambeaux la chemise qu’il portait dessous.

Il pouvait lire la faim dans ses yeux, la passion, et l’indescriptible désir qu’elle devait éprouver. Cela n’avait rien de sexuel, pourtant, c’était bien plus. Le sourire sur ses lèvres avait laissé place à une intense concentration dont il pouvait presque deviner les rouages tourner. Puis elle se figea soudain, installée à califourchon sur son torse désormais nu, et planta son regard dans le sien. Ce qu’il y lut le bouleversa. Ce n’était plus tant le plaisir qu’un éclat sombre. La joie avait déserté ses pupilles pour laisser place à ce qu’il crut être de la détresse.

Le souffle de sa belle était heurté, mais l’excitation était retombée aussi vite qu’elle avait monté. Ce n’était plus que la fragile Elena, celle dont il avait un peu rêvé, il devait se l’avouer. Toutefois, le plaisir qu’il pensait en éprouver manquait à l’appel. Il ne sentait que son coeur se déchirer en la voyant si perdue. Sa voix se révéla aussi plate et inexpressive qu’à l’accoutumée, mais ses mots se plantèrent profondément dans le coeur du jeune dieu.

Il avait vu ses yeux. Et les yeux d’Elena ne mentaient jamais. Si son visage peinait parfois à exprimer ses émotions, si son sourire même le plus grand ne présentait pas beaucoup de chaleur, son regard était quant à lui le parfait miroir de son âme. Du moins Ashe aimait-il à le croire, et ce qu’il y découvrait lui révéler une peine qu’il n’avait pu imaginée. Il s’était fourvoyé, avait été bien trop vite, et son aimée désormais en souffrait.

Il s’insulta intérieurement de tous les noms sans quitter l’intensité de ses prunelles, le couteau se plantant et se replantant dans son coeur à chaque nouveau battement, puis lui offrit un pauvre sourire.

- Je te prie de me pardonner, je suis un imbécile.

Il s’y prenait mal, comme il aurait dû s’en douter. Stupide, stupide Ashe, incapable d’aimer sans faire souffrir. Une main remonta dans le dos de la jeune femme, tira sur le noeud maintenant le tablier en place, et le détacha. Le tissu taché de sang tomba sur le torse de l’apprenti-dieu, y laissant de grandes traces pourpres. Faisant passer la lanière par-dessus la tête d’Elena, il jeta finalement le vêtement au loin, sans rompre un seul instant le contact visuel entre eux.

Puis il déboutonna l’austère veste de tailleur qui suivit le même chemin. Il aurait aimé la délester également de sa chemise pour mieux sentir sa peau contre la sienne, mais il doutait de la pertinence d’un tel geste présentement. Sa chair avait le don de rendre folle son aimée, mieux valait ne pas accroître les tentations. Pas maintenant avait-elle dit, alors il serait sage pour l’heure ainsi qu’elle le souhaitait. Plus tard… Plus tard peut être…

Il referma ses bras autour de sa taille, et l’attira à lui, la faisant basculer sur le côté dans le même temps. Immédiatement, son corps suivit le mouvement pour venir se lover contre elle, et tandis qu’un de ses bras l’enserrait plus fermement, l’autre laissa sa main remonter le long de sa manche jusqu’à venir empaumer sa blessure, comme s’il était capable de la refermer par ce seul geste.

Ashe était un peu perdu. Il connaissait l’amour entre un homme et une femme, savait ce qu’ils étaient censés faire pour se le prouver, mais avec Elena, ces règles ne s’appliquaient pas. Il n’éprouvait pas de tels désirs pour elle, et doutait qu’il puisse en être autrement du côté de son aimée. Elle semblait apprécier pourtant la douceur aujourd’hui. Il tenta de lire dans ses grands yeux ce qu’il était censé faire, échoua à comprendre, et se contenta donc de poser son front contre le sien, fermant finalement les paupières. Un jour il saurait ce qu’il fallait faire. Mais ce n’était que la première fois après tout, la première rencontre placée sous le signe de la parfaite réciprocité. Réfléchir rendait Ashe nerveux. Tout le naturel, tout ce qui aurait dû être si simple venait de vaciller dangereusement, le laissant un peu dépourvu face à la tournure des événements. Il ne connaissait pas assez Elena pour savoir ce qu’elle désirait pleinement en cet instant, tant elle était différente des femmes qu’il avait été éduqué pour séduire. Et cette situation inconnue l’angoissait.

Par ailleurs, il était fatigué par sa traque, n’ayant qu’à peine dormi entre deux interrogatoires la nuit précédente, et son corps malmené se détendit visiblement dans cette tendre étreinte. Les peurs même les plus grandes peinaient à s’imposer face au doux alanguissement du sommeil naissant. Il était bien, ainsi, près de celle qu’il aimait, sans personne pour le juger, le condamner ou l’importuner. Elena le protègerait de ce qui pouvait le blesser, et il tenterait lui-même d’en faire autant.

Fermer les yeux n’était pas sa plus brillante idée. La fatigue s’abattit sur lui comme du plomb, ralentissant son esprit. Il ne voulait pas, il souhaitait rester alerte près d’Elena, lui raconter des choses, ou bien simplement profiter de la chaleur de son corps, de son parfum unique, de tout ce qui faisait qu’elle était elle et non une autre. Mais la lutte se durcissait, et même rouvrir les paupières s’avérait difficile désormais.

Avoir senti Elena si fragile dans ses bras réveilla son vieux rêve de protection. Dans la phase intermédiaire entre éveil et sommeil, il se laissa aller à des songes doux à son coeur, et des images délicieuses corroborèrent les sensations de bien être émanant de son corps. Son état d’épuisement annihila ses naturelles inhibitions et sa voix endormie murmura :

- Je ne laisserai rien t’arriver. Jamais…

Puis il oublia qu’il avait même prononcé ses mots et sombra dans le sommeil.
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Re: Partie de chasse - Dim 26 Oct 2014 - 23:51
Pardonner. Voilà bien un verbe dont elle n'avait jamais compris le sens, porteur d'un concept bien étrange. Accepter une blessure, et plus encore, accepter de ne pas en tenir rigueur à son auteur ? C'était...stupide. Stupidement humain. Pourquoi ? Pourquoi faire une chose pareille ? Quelle raison farfelue pouvait-elle pousser un être à nier le mal qui lui a été fait ? Elle n'avait jamais rien pardonné. Jamais rien laissé passer. Si quelqu'un ou quelque chose lui avait nui, elle avait toujours soit contre-attaqué, soit ignoré. Mais jamais, absolument jamais, elle n'avait sciemment décidé de passer l'éponge et de continuer comme si de rien n'était.
Est-ce qu'elle aurait pu pardonner Ashe ? Probablement pas. S'il lui avait véritablement causé du tort, jamais, jamais elle ne l'aurait pardonné. Elle n'en était ni capable ni désireuse. Apprendre ce concept, et plus encore, l'appliquer ? Jamais. Hors de question de se souiller avec une telle stupidité, allant à l'encontre de tout ce qui lui semblait rationnel. Même pour lui.

Mais il n'y avait rien à lui pardonner. Son erreur était naturelle, une conséquence logique du chemin qu'il était en train d'emprunter. Certaines parties de lui évoluaient plus vite que d'autres, le poussant à commettre ce genre d'écarts. Il avait envie de muter, mais son corps et son esprit n'étaient, tout simplement, pas capables de suivre la cadence de sa volonté.
Il n'était ni un imbécile ni un criminel. Juste un être plongé dans une évolution le dépassant, tentant de regagner un peu de contrôle sur ce que qu'il était, et plus encore, sur ce qu'il était en train de devenir. Et cela, cela, ne méritait en rien un pardon. Des encouragements, plutôt. A continuer, sur ce chemin. A continuer à avancer, à vouloir avancer. Sans s'arrêter, sans se retourner, sans hésiter. A se jeter corps, âme et volonté dans l'abîme, sans prendre le temps de se questionner. Pour elle. Pour elle et ce qu'elle était. Cette chose inhumaine, profondément incompréhensible, différente, mais également si attrayante, si fascinante dans son horreur. Tout comme elle, était attirée par son potentiel, le potentiel de son être à soutenir la modification, la création de quelque chose de supérieur à partir de ce qu'il était.
Et le voir ainsi, comprendre son erreur, sans pour autant renier son engagement, la remplissait de joie. Moins viscérale, plus spirituelle. Plus humaine, peut-être. Plus compréhensible.

C'est pourquoi elle ne l'arrêta pas lorsqu'il commença à la déshabiller. Elle se laissa faire, lorsqu'il lui retira son tablier. L'aida, lorsqu'il en fit de même avec sa veste. Apprécia, lorsqu'il la prit dans ses bras et l'enserra.
Ils n'étaient peut-être pas encore capables de parfaitement se comprendre, mais à cet instant, peu lui importait. Elle savait que ce n'était qu'une question de temps. Plongée contre son corps, imprégnée de l'odeur de sa chair et du sang, bercée par sa respiration. Leur silence en disait plus long que n'importe quel discours. Une compréhension paradoxale de leur incompréhension mutuelle. Un accord dans l'incapacité à communiquer avec l'autre. Pourquoi parler, si rien n'allait être entendu ? Cela n'aurait eu aucun sens.
C'est pourquoi, sans un mot, elle l'enserra à son tour, se collant à lui, autant que possible. Elle sentait les battements de son cœur. Espérait qu'il sente les siens. Espérait, en un sens, qu'ils s'accordent. Que leur chair pulse à l'unisson, compensant l'incompétence de leurs esprits.
Petit à petit, mue par quelque énergie inconsciente, leurs respirations se synchronisèrent.
Sa blessure l'épaule la lançait, répercutant en écho les bruits discordants de son cœur...mais aussi de celui de l'homme à ses côtés. Du sang s'écoulait toujours, légèrement, mélangé à ce liquide nauséabond qui enveloppait son véritable corps. L'odeur, capable de repousser, de révulser même, n'importe quel humain ou animal, ne lui avait rien fait. Ne lui faisait rien. Peut-être même qu'elle l'attirait, et ce malgré le réflexe instinctif, profond, qui habitait tout être vivant dans cette réalité, et qui était de s'en éloigner le plus vite possible. Il s'était définitivement transformé. Plus qu'il ne le croyait. Plus qu'elle ne l'avait cru. Et pourtant, pas encore assez...

Les lèvres d'Elena s'étendirent en un fin sourire, étrangement modéré par rapport à ses exubérances habituelles. Inhumain, sans chaleur, sans sourcils rehaussés ou pommettes enjolivées, mais...davantage pensée, davantage voulu. Pas simplement ce masque, plus effrayant que rassurant, qu'elle posait devant son visage la plupart du temps. Non, cette fois, elle avait véritablement essayé de faire un vrai, un authentique sourire, afin de transmettre à cet homme, dont le corps était entrelacé au sien, ce qu'elle ressentait.
Du plaisir. De la satisfaction. De l'avoir la, contre elle, dans cet état. De l'avoir la, contre elle, après tant d'efforts. De savoir qu'il allait encore être la, plus tard, malgré le chemin qu'il restait à faire et qu'il pouvait certainement entrevoir, à travers ses paupières presque fermées.
La protéger hein ?...Lui aussi, avait son chemin pour elle. Il ne l'avait jamais véritablement exprimé, que ce par crainte ou par manque de moyens. Pourquoi...la protéger ? Contre quoi ? Elle n'avait jamais été protégée. Elle n'en avait jamais eu besoin. L'enfermer ? Comme le Dr.H l'avait fait ? La « soigner » ? Comme le Dr.J l'avait fait ?...Non, cela n'avait rien à voir. Il ne voulait ni l'enfermer, ni la soigner. Il voulait la suivre, l'aider, la pousser...et se faire tirer, vers le Soleil, vers son...non, vers leur but. Concept étrange que celui de protéger. Craignait-il, tant que ça, de la perdre ? Avait-il tant conscience que cela de la chance unique qui s'offrait à lui, et avait-il décidé de lui donner tant de valeur que cela ?
Non. Il était trop humain. Trop éloigné, encore, de ce qu'elle était, pour avoir un raisonnement aussi proche du sien. Elle devait se tromper. Il devait penser quelque chose d'autre. Quelque chose qui lui était propre et qu'elle ne pourrait, à son grand regret, probablement jamais toucher.

Du bout des doigts, elle effleura son visage désormais endormi. Caressa son nez, ses lèvres, ses joues, son cou, avant de revenir et de s'arrêter sur sa bouche close.
Que se cachait-il derrière ces portes de chair rouge ? Que cherchait-il à dire en ces quelques mots ? « Je te protégerai ». Elle aussi, voulait le protéger, mais parce qu'elle le voulait intact, à elle, pour l'aider à s'améliorer, à grandir et éclore. Mais lui ? Il ne voulait pas la même chose, c'était impossible. La protéger...pour la protéger ? Parce qu'elle, elle-même, Elena Altman, avait une quelconque valeur à ses yeux ? En tant qu'être ?
Un concept étrange, l'amour. Un concept intéressant, également. Humain, humain, humain... Comment comprendre et se faire comprendre d'un humain lorsqu'on est tout autre ? Encore que. Pas si autre que ça. Sans quoi la communication se serait arrêtée aux hurlements de terreur, d'horreur, sans le moindre rapprochement possible. Et puis...ils étaient, au final, liés par leur divinité. Ce statut, qu'ils avaient tous les deux gagnés, en dépit de leur fondamentale différence. Non, ils n'étaient pas si éloignés que cela. Pas si étrangers. Pas si...incompréhensibles.
Et pourtant, de ce qu'ils voulaient, ils n'avaient que peu compris. Que peu véritablement compris. Les bases, les mots, peut-être. Mais les ressentis, les pensées elles-même ? Aucune chance. Aucune chance, dans cet état, qu'ils aient pu les partager. Un fait triste. Mais pas immuable.

Près d'eux, le feu crépitait, les inondant d'une douce chaleur.

Elle le fixa, longuement, en train de se reposer contre elle. S'ils étaient tous les deux capables de tirer du plaisir du feu, de la délicatesse de leurs peaux, de l'unicité de leurs odeurs...comment pouvaient-ils être si aliens l'un à l'autre ?
Avec douceur, elle caressa sa main, compara sa chair à la sienne. Un teint hâlé, une peau usée, par le temps, les éléments. Des poils. Des pores. Des cicatrices. Sa vie passée avait laissé ses traces. Son humanité et son histoire étaient peintes sur ce canevas de chair.
La sienne n'avait rien de tout cela. Elle n'était que pâleur et lisseur. Pas de défauts, pas de pilosité. Pas de veines ou de blessures. Juste...du blanc. Blafard. Pas d'histoire, pas de vie. A part le sang de la bête qu'elle venait de découper.
Son sourire s'étira alors qu'elle ramenait son appendice vers elle. Et ce n'était que son enveloppe, son masque, destiné à se mêler au bétail. La comparaison, dans l'autre cas, n'aurait même pas été envisageable.

Proches et éloignés.

Pour le moment.

Délicatement, elle se glissa contre le corps d'Ashe, entrelaça leur chair, mêla leur chaleur et leur vie. Puis, à son tour, elle ferma les yeux, sans cesser de sourire. Son corps se détendit, ses muscles se relâchèrent. Lentement, ses pensées dérivèrent, avant de sombrer dans l'inconscience du sommeil.

Chaleur, douceur, odeur...ils ne pouvaient ne pas partager cela. Ils ne pouvaient pas ne pas se comprendre. C'était leur langage. Leur seul vrai langage. Du moins...pour le moment.
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Re: Partie de chasse - Lun 27 Oct 2014 - 16:49
Douceur. Infinie et inénarrable douceur. Un parfum capiteux chatouillait ses narines tandis que sa peau toute entière frissonnait d’un toucher qu’il n’aurait cru possible. Sur son visage, sur ses bras, lointaines caresses aux accents interdits. L’inconscience l’avait saisi depuis bien longtemps mais une part de son esprit demeurait à l’écoute, quelque part, tapie entre les peurs irraisonnées et les craintes fondées. Elena avait sa place en ces lieux. À la frontière entre folie et horreur, quelque part où la raison s’était effritée pour laisser place à de plus primaires instincts. Elena était reine en sa demeure, maîtresse d’un territoire vierge aux échos sauvages.

Des résistances, il en existait encore beaucoup. Livré à l’inconscience, son esprit échafaudait tant et tant de raisonnements dont il ne se souviendrait pas au réveil. Souvent, ces bribes de réflexions s’enfermaient dans des impasses stériles. Parfois un éclair de génie le traversait et l’idée apparaissait alors providentielle. Aussi vite, elle retombait dans l’oubli, dans la masse grouillante des possibles d’où émergeaient quelquefois des potentiels exploitables. Son apparente décontraction n’était qu’une façade, et s’il n’en était pas lui même conscient, son cerveau s’acharnait à tenter de refaire le point sur les événements en cours.

Ashe n’en gardait qu’une sensation fugace, une impression aussi vite évanouie dans un sommeil plus léger qu’il n’aurait dû l’être. Et seule la présence rassurante de la cause de ses tourments entre ses bras l’empêchait de remuer assez pour se réveiller. C’était elle qui le maintenait dans les bras de Morphée, mais elle pourtant qui l’éloignait de son baiser salvateur. Son être n’était pas prêt à se plier entièrement à la résolution que son coeur avait pris. Des réflexes ancestraux ne pouvaient céder si facilement, même à la volonté la plus déterminée. La survie, la peur du prédateur et l’angoisse de l’horreur demeuraient fermement agrippés aux lambeaux de sa raison, empêchant la totale décontraction dont il aurait rêvé. Oh, il n’avait pas consciemment peur d’elle, mais son corps tout entier, si. C’était une évidence gravée dans chacune de ses veines, dans chaque cube de chair, quelque chose d’inné, ce que même les enfants possèdent.

Son affection luttait contre sa raison, se déchirant l’une l’autre au creux de ses flancs, tandis qu’il s’oubliait dans une étreinte chaleureuse. Des images se succédaient devant ses yeux clos. Bribes de rêves, songes avortés, Elena en était le centre, le leitmotiv et la némésis, parfois souriante et douce, idéalisée en une caricature humaine propre aux désirs d’un homme étrange, parfois effrayante, tentaculaire, cauchemar amplifié d’une vision déjà terrifiante. Tous les tableaux défilaient comme des diapositives, aussi fugaces que percutantes, et le coeur du jeune homme se soulevait ou se terrait à chacune, fondant de plaisir, s’embrasant de peur, provoquant des tremblements imperceptibles en son sein.

Enfin, il émergea de l’inconscience. Son esprit continua de l’assaillir de pensées, de plus en plus rapides et percutantes, et ses yeux clignèrent plusieurs fois, se refermant vite sous l’agression de la lumière. La douceur revint en premier. Complètement abandonnée à lui, Elena était là, tout son corps enlacé et lové contre le sien. Il eut du mal à discerner leurs membres entremêlés et à déterminer ceux qui lui appartenaient dans un premier temps, puis ses limites se précisèrent peu à peu. Il enfouit son visage dans la chevelure de son aimée, inspirant son odeur sauvage, sa fragrance inégalable auquel son organisme s’habituait peu à peu. D’avoir passé des heures enlacé à la source de ce bouquet entêtant n’en avait que renforcé son attrait sur lui, et ses doigts caressèrent machinalement les cheveux fins porteurs de cette senteur. Il n’avait aucune envie de bouger, et ne souhaitait pas la réveiller, percevant son souffle chaud au creux de sa gorge à chaque inspiration et les battements lents de son coeur contre le sien. C’était le genre de scène qui méritait de perdurer encore quelques temps. S’il n’avait tenu qu’à lui, il aurait peut être même souhaité demeurer éternellement ainsi, mais ce n’était pas possible.

Et ça ne le serait jamais.

Mais rien ne l’empêchait d’en profiter encore un peu en laissant son esprit vagabonder. Il n’avait que des bribes de souvenirs de ses songes, suffisamment toutefois pour sentir la résistance de son être. Ce qui l’agaçait. Bien sûr, il se doutait que les choses ne seraient pas si aisées. Il aimait… une horreur indescriptible, de celles qui font pleurer de peur même les adultes, mais il le faisait en son âme et conscience. Son corps ne pouvait-il simplement l’accepter ? La perspective de se faire dévorer l’inquiétait-elle à ce point ? Et lui-même n’était-il pas anormal de l’en blâmer, au fond ? Ce n’était que réaction naturelle… En tous les cas, c’était douloureux. Il avait l’impression de se déchirer de l’intérieur, chaque partie de lui prenant camp dans un sens où dans l’autre. Sa peau aimait Elena. Elle adorait la sentir tout contre elle, cette chaleur étrangère à sa propre personne, et la douceur de son épiderme sans imperfection. Son nez aimait Elena aussi. Tout comme ses lèvres qui rêvaient de parcourir sa chair pour en goûter encore la saveur si unique.

Sa raison détestait Elena. Elle lui soufflait combien elle était dangereuse et néfaste. Sa chair aussi la craignait. Et son coeur tanguait entre les deux au rythme des arguments de chaque partie. Ce n’était pas vraiment agréable de se sentir ainsi brisé. Mais sa volonté ne faiblissait pas d’un pouce, et il n’eut à aucun moment un mouvement de recul. Elena était sienne et il lui appartenait. Rien n’aurait pu l’en empêcher, même pas lui-même. Les réticences de son corps risquaient de poser problème un jour. Il n’avait pas envie d’y penser. Pas maintenant. Maintenant, il voulait juste profiter encore un peu.

Mais cela ne pouvait pas durer. Avec un soupir, il caressa la gorge de son aimée, effleurant sa blessure en remontant, puis fit courir ses lèvres dans sa chevelure. Il était temps de reprendre le cours de la rencontre. Il devait s’enivrer d’Elena tant qu’il le pourrait, pour apprendre, apprendre à la connaître, découvrir ce qu’elle attendait de lui, et se consumer finalement dans cette passion qu’il lisait dans son regard. Cette faim qui la tenaillait. Un jour, elle y laisserait libre cours, et il disparaîtrait… D’ici là, il fallait apprendre.

- Elena, mon amour… Réveille-toi.

L’heure était venue de retourner à leur découverte. Elle lui manquait, en quelque sorte… Quand elle était éveillée, il n’avait pas le temps de se poser tant de questions, il devait déjà s’adapter à ses humeurs, ses désirs, et cela nécessitait une bonne partie de ses capacités de réflexion. C’était mieux quand c’était ainsi. Plus simple. Il voyait tout de suite dans son regard lorsqu’il faisait fausse route et s’égarait. Alors que maintenant qu’elle dormait, il était perdu, seul livré à lui-même… Et il n’y tenait pas. Il n’avait jamais été très en paix avec son être, ce qui ne semblait pas prêt de changer maintenant qu’il avait pris une décision qui révoltait tant sa conscience.

Sa voix s’éleva de nouveau, brisant un silence qui lui devenait désormais insupportable. Il fallait qu’elle le rejoigne. Vite. Une étrange urgence née au creux de ses entrailles.

- Nous avons un sanglier à finir de découper, et j’aimerais aller chasser avec toi ensuite… Les bois me manquent.

Son inflexion était devenue pressante. Le réveil n’était peut être pas des plus doux, mais il saurait se faire pardonner… Il le souhaitait en tout cas. Il voulait vraiment être aimable pour elle. Il voulait qu’elle l’adore, qu’elle l’adule. Être le centre de son monde comme elle était devenue l’étoile du sien. La sensation devenait physique, presque viscérale, tandis que la peur remontait à l’assaut. Contre la terreur, seul pouvait gagner l’abandon.
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Re: Partie de chasse - Jeu 30 Oct 2014 - 2:47
Subitement, l'inconscience du sommeil laissa place à la réalité. Ashe. Son odeur, sa douceur, sa chaleur. Puis sa musique; le son de sa voix.
Avant même qu'elle n'ouvre les yeux, un sourire avait déchiré son visage. Il avait envahi tout son monde. Il était devenu tout son monde. Le feu, les couvertures, le sanglier...tout ceci était secondaire, du vulgaire décor. Tant que lui était la, le reste ne comptait pas. C'était...étrange. Et plus encore, étrangement agréable.
Donner autant d'importance à un seul être, au détriment de tout le reste. Une définition possible de l'amour ? Non. Trop réducteur. Ou peut-être...était ce qu'elle imaginait s'appeler « amour » qui l'était ? Aucune importance. Ce n'était qu'un concept humain, incompris et bafoué par la majorité d'entre eux. Une vulgaire et stupide étiquette à laquelle elle n'avait aucune raison de se soumettre. Aucune raison de les soumettre. Leur relation était autre, supérieure, et indéfinissable. Elle ne pouvait pas, même pour lui, se permettre de la restreindre dans le carcan de la pensée humaine. C'était à lui de le comprendre, pas à elle de l'expliquer.
En silence, elle glissa sur lui, reprenant le dessus. Guidée par son souffle et sa voix elle positionna son visage face au sien, à quelques centimètres à peine. Puis, sans un mot, elle ouvrit subitement les yeux, souriant de plus belle. Il n'y avait, à cet instant, que lui. Que lui dans la pièce. Que lui dans la forêt. Que lui dans le monde et l'univers. Que lui, et elle pour le regarder. Qu'eux.
Lentement, elle s'éloigna de lui, fixant son regard comme toujours. La cheminée. Puis le mur. Puis les couvertures et le plafond. Le reste de la réalité commença à s'introduire dans son esprit, entourant, enjolivant, l'objet de toutes ses pensées.
Il était toujours la. Toujours au centre. Elle ne pouvait le nier, tout comme elle ne pouvait nier le reste. Pas parce que tout ce fatras importait, non. Mais parce qu'il les supportait, leur permettait de vivre, de respirer, de dévorer et de penser. Parce qu'il les sublimait, mettant en relief leur importance. Et ça, il l'avait bien compris. Il l'avait compris...peut-être même avant elle, à sa manière. Il était plein de surprises. De bonnes surprises. De ressources cachées, de potentiel encore inexploité. Ils s'étaient, décidément, merveilleusement bien choisis. Lui, la terre vierge et pourtant si riche, et elle, l'agricultrice, prête à la travailler et la faire fleurir.

Une voix enjouée s'extirpa de sa gorge, ne portant plus aucune trace de la tristesse et du désarroi qu'elle avait plus ressentir avant leur repos. Patience. Pour le moment, se contenter des plaisirs sublimés, saliver et attendre. Apaiser, momentanément, les pulsions qui étaient les siennes. Leur jeter quelques morceaux, afin qu'ils cessent de la ronger. Les endormir avec quelque mélopée, afin qu'ils arrêtent de la dévaster. Puis, le moment venu, les éveiller, les détacher, et les chevaucher jusqu'à ce qu'elles soient repues et adoucies.

« Alors allons chasser, plutôt que de nous contenter de ce misérable gibier. »

Avec délicatesse, elle s'extirpa des couvertures et de la chaleur d'Ashe. Il ne faisait pas à proprement parler froid dans la demeure, mais quelque chose, immédiatement, lui manqua. Cette sensation, de proximité, de partage. Cette communication par la vie, par l'énergie déployée pour y demeurer. Le feu, les vêtements...tout ceci n'avait rien à voir. Ce n'était que de la température, que des degrés, sans âme ni pensées.
Enfin...c'était nécessaire. Nulle progression n'est possible lorsqu'on se contente de se prélasser et de savourer ses acquis.
Son regard ne se détacha de celui d'Ashe qu'un instant, le temps de trouver sa veste de tailleur et de l'enfiler. Leur instant de partage et de douceur était fini. L'heure était venue de recréer l'enveloppe et de se préparer à la traque.
Un frisson d'appréhension et d'impatience parcourut son échine. Voilà bien longtemps qu'elle n'avait chassé autrement que seule. Il n'était pas un novice, sa chair et son envie le prouvaient, le hurlaient même. Mais...elle, était-elle capable de pleinement utiliser ses capacités ? De laisser son potentiel s''exprimer, sans le brider ? Elle avait toujours fonctionné seule. Toujours traqué seule. En silence, se fondant avec le décor, patientant dans un recoin sombre, des jours s'il le fallait. Était-il capable de s'intégrer dans cette façon de faire, sans devenir un boulet ?
Elle contempla de nouveau sa viande, ses muscles, ses tendons. Imagina ses os, le tiraillement des fibres, le glissement des articulations. Imagina son sang, son cœur, ses organes, en action, de concert, brûlés par l'effort, abreuvés par l'adrénaline. Tous, à l'unisson, dans un seul but: trouver, tuer, dévorer. Magnifique...magnifique, sublime Ashe. Sublime prédateur en devenir. Bétail transcendé, transhumain, transdivin même !

Son souffle s'arrêta, l'espace d'un instant. Contenance. Reprendre une contenance. Museler et attacher ces pulsions déchaînées. Leur promettre mille et un délices en échange de leur obéissance. Et si cela ne suffisait pas, les punir, les battre. Les abattre même, jusqu'à ce qu'elles cessent ainsi de se débattre.
Ce n'était pas lui, qu'elle allait dévorer, mais le gibier qu'il allait tuer. Et uniquement cela. Uniquement...Non, pas vraiment. Dans ce cadavre, cette viande morte, allait se trouver la puissance et la volonté de son étalon. Il allait donner son être, sa force, sa vie pour le terrasser. Et c'est de cela, dont elle allait véritablement se repaître.

Le sourire qui s'était éteint se raviva de plus belle alors qu'elle s'emparait du fusil et de la cartouchière qui reposaient sur la table.
Elle aimait les armes. Pas comme ces experts en fauteuil, qui salivaient sur des nombres et des photos, comparant leurs jouets comme des enfants. Non, elle, elle en aimait le parfum, la chanson et la caresse. Sublime création du bétail pour tuer du bétail.
Elle passa la musette autour de son corps puis saisit d'une main la veste camouflée du défunt chasseur. Trop grande pour elle, mais elle avait appris à se contenter de ce qu'elle pouvait trouver. Et, après tout, il ne s'agissait ni d'une guerre ni d'une bataille. Simplement d'une petite partie de chasse, lors de laquelle ils allaient pouvoir s'exprimer. Communiquer. Par le feu et l'acier, en trouvant, tuant et découpant.

Heureusement, ceci étant dit, que ni l'un ni l'autre ne s'attachait véritablement à l'esthétique de leur enveloppe. Pieds nus, vêtue d'un ensemble anthracite, portant une veste de chasse, une arme des années 30 et un sourire à lui en déchirer le visage. Seul Ashe pouvait apprécier, et plus encore, adorer une telle femme. Et seule une telle femme pouvait adorer ainsi Ashe.

« Que diriez-vous d'un faisan, très cher ? Une petite délicatesse, pour accompagner le plat de résistance qui git sur la table. »

Elle le gratifia alors d'un grand et flamboyant sourire avant de se diriger vers la porte. A l'instant où elle allait l'ouvrir, leur dimension personnelle allait s'évanouir, dispersée dans le vaste monde boisé qui les entourait.
Peu importe. Elle avait déjà réfléchi à tout cela, avait déjà balayé ces hésitations. Ce n'était pas la, la main sur la poignée et le fusil à l'épaule, qu'elle allait changer d'avis. Pourquoi faire ? Conserver cette petite bulle de bonheur ? Jusqu'à quand ? Quand ce paradis, allait-il se changer en un marasme, empli de putréfaction et de cadavres de plaisirs ? Était-ce cela, qu'ils voulaient garder en tant que dernier souvenir de ces lieux ? Certainement pas. C'est pourquoi elle allait les jeter tous deux aux éléments. Afin d'aérer cette pièce et les forcer à avancer, à évoluer.

L'apathie n'avait, et n'aurait, jamais sa place ici. Pas avec elle, ni avec lui.
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Re: Partie de chasse - Ven 31 Oct 2014 - 22:29
Elle glissa sur lui et soudain ses pupilles furent offertes à son regard. Son coeur chuta immédiatement, s’effondrant loin dans les abîmes de sa poitrine tandis que la lutte interne volait en éclat. Elena était là, divine, et le bonheur qu’il lut dans son regard et le sourire démesuré qu’elle lui offrit mirent fin à toutes ses angoisses. Il en demeura bouche bée un moment, tentant de plonger plus profondément dans l’âme de celle qui le gratifiait ainsi d’un si délicieux réveil, mais ne put trouver partout que sa propre vénération à son égard. Un tel plaisir, se faire ainsi admirer, c’était plus qu’il n’en aurait pu rêver.

Et qu’importaient en cet instant sa peau démesurément lisse, la symétrie trop parfaite de son visage, ou même le léger déchirement de sa peau, juste là, au coin des lèvres ? Ses yeux, ses yeux… Il ne pouvait s’en détourner. Des instincts enfouis naquirent au creux de son estomac, réveillant des pulsions inavouées depuis longtemps. Les picotements parcoururent ses doigts et il dut entrouvrir les lèvres pour chercher un air raréfié. Dans son esprit, des images sauvages parurent. Elena entre ses doigts, Elena sous son corps, leurs bouches se goûtant dans une pulsion déchaînée, sa peau sous ses lèvres… Délicieuse, tellement délicieuse…

La séparation physique lorsqu’elle se leva permit de briser ses fantasmes. Il en resta sonné un moment, la regardant sans la voir, trop imprégné encore de désirs qu’il n’aurait pas cru siens, mais sa voix le ramena près d’elle. Envoûtante, chantante, ce timbre si particulier aux accents sauvages. S’il créait des frissons dans le dos d’Ashe, ce n’était plus depuis longtemps de terreur. C’était… sans nul doute autre chose, une sensation peut être aussi violente, mais moins répulsive. Tout au contraire.

Il se sentit nu lorsqu’elle s’éloigna. Son torse sans vêtement lui donna froid un instant, mais il refusa de la quitter des yeux pour chercher de quoi se couvrir. Elle le regardait, tout le temps, sans cesse, et c’était… excitant. Gratifiant. Fascinant. Indéfinissable en quelque sorte. Cette aura qui l’entourait, cette atmosphère dérangeante qui aurait dû le faire fuir… ne faisait qu’accroître son incompréhensible attirance pour elle. Plus que de l’attirance… C’était un magnétisme profond qui l’attachait à elle. Il voulait la serrer encore contre lui, l’enfermer dans son étreinte, lui interdire à jamais d’en sortir. C’était… le mâle en éveil, le prédateur à l’affût. Elena était sienne, pleinement et seulement sienne.

Il finit par se lever à son tour avec souplesse, faisant rouler ses muscles sous sa peau un instant pour réveiller son corps. Il se sentait encore engourdi de longues heures de sommeil, mais la perspective de la traque éclaircissait peu à peu son esprit. Bientôt, il se plongerait dans son élément, pleinement et entièrement, mais pour l’heure, pour l’heure, il lui restait encore à profiter d’Elena, encore un peu. Sa chemise était inutilisable désormais, mais il retrouva son manteau tâché de sang qu’il enfila sur son torse nu et boutonna avec application pendant que son aimée se préparait de son côté.

Lorsqu’il se retourna vers elle, il marqua un temps d’arrêt. Ainsi vêtue d’une veste trop grande pour elle, pieds nus, avec cette arme bruyante à l’épaule, elle était… adorable. Elle lui évoqua l’image d’une enfant voulant jouer dans des vêtements de grands, et cela lui pinça le coeur en même temps que l’envie de se jeter sur elle pour la serrer contre lui broyait son ventre. Elena, incroyable Elena, cesseras-tu un jour de tourmenter mon âme ?

Il demeura sans voix face à son délicieux sourire, presque une invitation narquoise, la dévorant des yeux tout en se maudissant de ne pas aller la saisir, mais l’instant se brisa lorsqu’elle bougea pour se diriger vers la porte. Il envisagea de la suivre, se ravisa, lui expliquant finalement :

- J’arrive, juste un instant.

C’était une chasse tout de même, et même une chasse avec Elena ne méritait pas qu’il la néglige. Il lui fallait des armes, hors de question qu’il s’en remette à ce monstre hurlant qu’elle avait pris avec elle. Il allait lui montrer qu’il existait au moins un domaine où il excellait. Il allait lui faire voir les acquis d’un autre temps, la débrouillardise naturelle de l’homme. Qu’elle sache enfin qui il était vraiment.

En quelques pas, il avait atteint la cuisine où il trouva rapidement un couteau à sa convenance. La lame en main le laissa rêveur. Enfin, enfin… Il la passa en travers de sa ceinture sous son manteau, puis entreprit de farfouiller dans les tiroirs poussiéreux d’un meuble laissé à l’écart. Ce n’était quand même pas possible que les humains aient oublié tout savoir vivre tout de même ! Il allait bien finir par trouver une arme moins barbare que ces cracheurs de métal au bruit effroyable. Quelque chose, n’importe quoi, qui lui permette de montrer son adresse.

Il explora de fond en comble deux tiroirs, et trouva finalement son bonheur dans le troisième. Cachée tout au fond sous une pile de vieux vêtements mités, une fronde se repliait misérablement sur elle-même. La corde n’était plus de première jeunesse, et les attaches en cuir menaçaient de céder, mais cela serait plus que suffisant pour une courte utilisation. Il tira sur l’arme pour en tester la solidité, parut satisfait, puis reprit sa recherche pour vérifier qu’il n’y avait pas de projectile disponible. Bah, il trouverait bien des cailloux sur la route. La fronde trouva donc place contre sa paume, les lanières s’enroulant pour l’heure autour de ses doigts.

Le contact de la corde sur sa peau déclencha un frisson de plaisir, et ce fut avec un sourire de gosse contenté qu’il rejoignit Elena, laquelle l’attendait patiemment près de la porte. Il se plaça face à elle, attrapa son visage entre ses mains pour déposer un chaste baiser sur son front, qu’il fit durer peut être un peu plus longtemps que nécessaire, fermant les yeux en inspirant sa délicieuse odeur, puis il la relâcha, la gratifiant seulement d’un sourire bien plus doux tout en entrelaçant ses doigts aux siens.

C’était sa façon à lui de prouver son affection. Il avait eu peur jusqu’à présent du contact physique avec elle, s’inquiétant de ce qu’il pourrait véhiculer, de ce qu’elle pourrait imaginer, mais puisqu’elle semblait réceptive, il n’était plus temps qu’il se brime. Il allait juste être lui-même, céder à ses envies, et lui témoigner sa profonde affection à sa manière propre. Il fallait qu’elle comprenne, quoi qu’elle soit, à quel point il était fou d’elle.

La fronde entre leurs paumes créait une barrière un peu frustrante, mais la caresse de leurs doigts compensait plus qu’amplement. Ashe n’aurait pas cru qu’un simple contact put l’émouvoir à ce point. Il se sentait fondre, comme si son être entier se disloquait par la seule présence de la dame de ses pensées, ravivant des désirs délaissés.

Avec un peu de brusquerie, il ouvrit la porte et plongea à l’extérieur, attirant son aimée à sa suite. L’air frais sur ses joues apaisa pour un temps ses tourments intérieurs. Il en inspira une grande bouffée, malgré la puanteur des lieux, l’odeur si caractéristique d’Elena multipliée au centuple par les trainées de mucus alentours et s’arrêta le temps nécessaire pour offrir un sourire éblouissant à sa compagne. Le vent froid de l’hiver s’enroula dans sa chevelure, repoussant sa crinière brune un instant avant de la laisser retomber, portant les fragrances des bois, au fond, sous le parfum d’Elena.

Sous une impulsion sauvage, Ashe tourna immédiatement le regard vers la provenance de la bise, inspirant plus profondément pour discerner ce qui l’intéressait, les oreilles aux aguets, puis il entraîna sa belle à sa suite. La métamorphose s’opéra indiciblement, au fur et à mesure qu’ils quittaient les alentours de la cabane pour s’enfoncer dans les bois. D’abord, ce fut son souffle qui s’approfondit pour ne devenir plus qu’infime, absolument indiscernable. Puis ses pas se fondirent peu à peu dans le silence à leur tour. Son regard s’étrécit, ses perceptions s’affinèrent, et bientôt, il ne fut plus qu’un prédateur à l’affut.

Oubliée Elena, la dame de ses pensées. Disparu le monde alentour. Plus rien n’existait que lui et la forêt. Lui et les arbres. Lui et les animaux qu’il allait trouver et abattre dans une lutte pour la vie de toute beauté. Le retour aux sources, la bête en chacun réveillée et affamée, la part instinctive que les hommes modernes avaient oubliée.

Ses traits avaient perdu leur douceur habituelle, leur candeur naturelle pour laisser place au mâle. Ce n’était plus Ashe séducteur de ces dames, victime de leur passion. C’était le chasseur implacable, le coeur dur d’où toute pitié avait fui, l’homme en proie aux éléments.

Il écoutait. Patiemment, il attendait, avançant, s’arrêtant. Il trouva quelques cailloux de bonne taille qu’il caressa longuement dans sa main libre pour en connaître la forme et le poids. Il était prêt. Prêt à tuer.
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Re: Partie de chasse - Mar 4 Nov 2014 - 20:51
Elena s'apprêtait à ouvrir la porte lorsque la voix d'Ashe l'interpella. Apparemment, quelque chose lui manquait. Un vêtement ? Un outil ?...le courage de briser cette fameuse bulle ?
Elle n'en dit mot, mais en pensa mille. Il ne leur manquait rien. Elle avait l'arme, l'instinct, et l'envie. Lui n'avait qu'à la suivre, à s'accrocher à elle, et à ne pas céder. Que pouvait-il, à cet instant, voir comme manquant ?

Soit. Elle allait l'attendre. Elle lui faisait confiance. S'il avait besoin de quelque chose, il était plus qu'en droit de lui demander de patienter, que ce soit ici ou sur leur métaphorique chemin. Ils n'étaient pas hâtifs. Peut-être un peu impatients, tout au plus, mais ils savaient tous deux que ce genre de tâches demandaient autant de volonté et de potentiel que de vulgaire temps.
Lorsqu'elle le vit se diriger vers la cuisine, et plus encore, lorsqu'elle l'entendit farfouiller dans les tiroirs, un de ses sourcils s'éleva. Ou plutôt, se serait élevé, si elle avait eu ce genre de réflexes. A quoi bon avoir des mimiques si personne n'était la pour les observer ? Et, plus important...que cherchait-il dans ce fatras de poussière et de de mites ?...
Plusieurs possibilités lui traversèrent l'esprit. Un couteau. Un filet. Un vêtement. Une gourde. Ou encore des bottes. Elle avait froid aux pieds. Peut-être était-ce tout simplement son cas, à lui aussi.
Elle baissa lentement les yeux. Ses orteils nus reposaient sur le parquet, en proie aux éléments et à la fraîcheur provenant du sol.

Le crépitement du feu et le bruissement des fouilles couvrirent ce qui aurait du être un silence honteux. Aussi, lorsque Ashe revint, visiblement très satisfait de ses trouvailles, Elena avait enfilé ses chaussures et se reprochait intérieurement son manque d'égard vis à vis de son enveloppe humaine. Elle n'était, normalement, pas comme ça. Pas si distraite, par rapport à ce genre de détails. Comment avait-elle pu laisser passer quelque chose d'aussi simple, d'aussi stupide ? Bien entendu qu'elle avait froid, puisqu'elle n'avait rien aux pieds. Pourquoi n'avait-elle pas prêté attention aux signaux que lui envoyait ce corps d'emprunt ?
Lui. C'était à la fois grâce à cause de lui. Cet humain. Ce merveilleux et pitoyable humain. Cette torche flamboyante qui dissimulait dans sa lueur lucioles et loupiotes. Évidemment qu'elle ne pouvait remarquer une si futile sensation, alors que lui était la, dans son corps et son esprit. Que pouvait faire le froid face à sa présence ?
Rien. Il était la, avec son couteau, sa fronde, et son air si satisfait. Était-ce simplement cela, qu'il avait été chercher ? Quelle merveilleuse idée ! Une arme si efficace, si discrète, si simple. Loin d'elle le mépris que d'autres auraient pu ressentir à l'égard d'un si primitif jouet. Elle était absolument ravie. Ravie de ce potentiel qu'elle découvrait davantage à chaque seconde. Ravie de ce potentiel qu'elle savait encore caché, quelque part, la où elle ne pouvait pour l'instant le voir. Ravie de savoir qu'un jour, elle allait pouvoir le connaître, le toucher et l'assimiler. Ravie de...

...se faire embrasser ?

Chaud, délicat, surprenant. Et surtout, agréable. Un contact...humain, terriblement humain. Sans doute trop. Mais si touchant. Si véritable.
Sur l'instant, elle ne sut comment réagir, comment penser même. Pourquoi avait-il fait ça ? Quelle signification ce geste portait-il exactement ? Était-ce simplement une démonstration d'affection, comme ils se plaisent à l'appeler ? Pourquoi était-ce...si vide, dans ce cas ? Si vide et pourtant si plein. Elle savait, elle savait qu'il y avait quelque chose de profond derrière ce baiser, derrière ces lèvres. Quelque chose qui témoignait de leur proximité, de leur envie de se contacter, de se toucher, de se lier. Quelque chose qui devait se rapprocher de ce qu'elle, avait envie de lui raconter. Mais elle ne pouvait, véritablement, le comprendre. Juste...essayer. De deviner, d'y songer, de spéculer. Et d'apprécier. Apprécier non seulement à sa manière, le langage de sa chair, la douceur de ses lèvres, la chaleur de sa bouche, mais aussi le message, qu'il avait tenté d'y glisser.
Sa réponse fut simple. Sourire. Sourire le plus chaleureusement possible, le plus authentiquement possible. Tenter, malgré cette enveloppe, malgré son contrôle limité, de faire passer son contentement, de faire passer le plaisir qu'elle ressentait à cet instant. Mais surtout, de lui faire comprendre que oui, elle avait reçu sa missive, même si elle ne pouvait la lire.

A peine sa tête se fut libérée de son délicat étau qu'un autre se referma sur sa main. Capturée par ce formidable filet de muscles et de tendons, elle se déclara vaincue. Cette fois, c'était lui qui allait la tirer vers l'avant, et non l'inverse.
Surprenant Ashe. Merveilleux, sublime, magnifique Ashe...Allait-il un jour cesser de la surprendre ? Cesser de remettre en question ses plans les mieux ficelés ? Ne pouvait-il se contenter de rester, simplement, sur le chemin qu'elle avait établi pour lui ? Ha...que cela aurait été décevant si cela avait été le cas. Seul le bétail se laisse guider docilement vers l'abattoir. Lui se devait de résister, de tenter de garder le contrôle, de se débattre. Il ne pouvait gagner, puisqu'il avait décidé de se rendre, mais il devait, tout de même, essayer.

Son fusil à l'épaule gauche, son étalon à droite, elle était prête à affronter le froid, la forêt et ses habitants.

Lorsque la porte s'ouvrit, une bourrasque glacée pénétra le pavillon. La bulle avait cédé, il était temps de se lancer.
Pour la première fois, Elena se laissa guider par quelqu'un d'autre. Ce n'était pas simplement une partie de chasse. Ils savaient tous deux qu'il s'agissait de bien plus qu'une vulgaire sortie entre êtres aimés. Non, plus qu'un loisir, c'était leur vie. Une évaluation de leur vie, de leur manière de la conduire, de leur capacité à se défendre face à cette réalité qui les haïssait, les rejetait. Elle pour ce qu'elle était, lui pour ce qu'il allait devenir.
Cette traque était un exercice. Un test, afin de jauger son potentiel encore inconnu sur ce point. Qu'allait-elle avoir à lui apprendre ? Que savait-il déjà ? Quelle était sa place dans la chaîne alimentaire ? Elle voulait savoir. Elle voulait le voir en action, se battre pour sa vie et la mort. Se sublimer dans une lutte pour tuer, pour détruire, afin de se sustenter.
Apparence comique, pensées profondes. Sous leurs airs idiots, elle en fillette ayant emprunté les vêtements de son père, et lui en garnement au lance-pierres, se cachait un sérieux qui ne se retrouvait que chez les soldats et les médecins. Ils savaient que ce n'était qu'un jeu. Mais ils avaient également que c'était leur seul jeu. Qu'il n'y avait ni fuite, ni seconde chance.

Leur marche se prolongea. Les arbres nus laissèrent peu à peu place à des conifères. Une zone dense, peu fréquentée, même des chasseurs et de leurs chiens. La nature avait conservé ses droits, contrairement aux bois environnants qui avaient, depuis bien longtemps, perdu cette âme, cet esprit propre aux forêts profondes, virginales. Cette atmosphère épaisse, ces odeurs de mousse et de sève, sans une trace de pollution humaine.
Tout ce temps, elle n'avait pas lâché sa main. Même lorsqu'il se baissait, de temps à autre, pour ramasser une pierre à l'air prometteuse. Pas un mot n'avait non plus été échangé. Pour dire quoi ? Ils savaient déjà tout. Leur silence conjoint était un dialogue, aussi antithétique que véritable. Ils étaient, à cet instant, plus liés, plus proches qu'ils ne l'avaient jamais été. Pas seulement par le corps, pas seulement par la chair, mais surtout par l'esprit et l'âme. Leurs deux êtres tendaient vers un seul et même but, unis par ce qu'ils savaient et ce qu'ils ressentaient.
Traquer. Trouver. Tuer.

Ils finirent par découvrir et suivre un chemin créé par et pour les bêtes. Un fin sillon, piétiné, se glissant entre les sapins et les buissons de ronce.
Évitant les branches mortes, les arbres abattus, mesurant leurs gestes et les bruits qu'ils pouvaient émettre, ils s'avancèrent, lentement, consciencieusement. Ils savaient, par instinct, qu'ils se rapprochaient de leur cible encore méconnue. Le soleil, déjà filtré par la grisaille, peinait à percer la canopée d'épines. Une sorte de nuit artificielle, amplifiée par la présence de deux uniques couleurs: vert et brun.

Auquel, finalement, se rajouta le roux.

Loin, devant eux, à une centaine de mètres peut-être, se tenait un renard. Une simple tache de couleur, à cette distance. Il ne les avait pas remarqué, couverts qu'ils étaient par la brise qui soufflait face à eux.
Un sourire immense déchira subitement le visage d'Elena, pourtant impassible depuis qu'ils avaient quitté le pavillon. Tandis que ses yeux se fixaient sur la touche orangée, elle posa un genou à terre et épaula son arme. Lentement, elle ajusta sa visée, jusqu'à ce qu'il ne lui reste plus qu'à presser sur la détente.

Ce qu'elle ne fit pas.

A la place, un murmure, de joie et d'envie pures, glissa hors de sa gorge.

« Je vous en prie. »

C'était son cadeau. Son cadeau pour ce baiser dont elle n'avait, malgré les heures et les caresses, toujours pas saisi la signification. A la fois pour se racheter et se consoler, elle lui offrait cette vie, et s'offrait cette mort. Elle voulait le voir tuer. Le voir à l'œuvre, dans toute sa splendeur.

C'était son cadeau, à elle comme à lui.
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Re: Partie de chasse - Mer 5 Nov 2014 - 20:11
Le frisson de la traque envahit l’esprit et le corps, privant la raison de sa juste part pour ne plus laisser bride qu’aux émotions. Sensations. Perdition. Ashe se fondit dans les schémas bien connus d’une époque abolie, s’abandonnant à ses instincts comme d’autres se donnent aux femmes et laissa leurs bras virginaux s’enrouler autour de son corps, de sa gorge, pour le guider vers leur chaleur. L’étreinte aimante de la chasse brisa de la civilisation les derniers vestiges, mit à mal les lambeaux d’humanité et sublima de l’être les vertiges.

Il n’était plus que chasseur. Pleinement et seulement né en ce but, pour cette destination, au-delà des frontières naturelles, par-delà les limitations matérielles de son corps. La fatigue, la douleur, la pitié n’étaient à prendre en considération. N’existait plus que l’objectif final, la mise à mort dans une lutte sans merci, le combat grandiose, l’épique confrontation. Tuer ou être tué. Offrir son existence au grand sacrifice de la vie, la mettre en jeu, la donner en gage, pour ne la récupérer que par et pour le sang.

Lorsqu’une âme expire, une autre s’en repaît. Tout n’est qu’équilibre, pas de spéculation possible, pas de négociation. Vivre ou mourir, défaire ou périr, une alternative si simple, une évidence gravée au plus profond des veines de chacun. Il était temps d’y souscrire, une fois encore. Non pas pour la faim, ni même pour la survie, mais pour le seul plaisir. Le prédateur devenu pervers, le chasseur ayant perdu la raison, la nature défiée par un nouveau paramètre. Pas de logique, pas de justification. Tuer pour la seule soif de sang. Pour le frisson de l’excitation.

Ce n’était pas pour Elena qu’il faisait ça. Elena n’existait plus dans son univers, plus vraiment. Plus à part entière. Elle n’était plus qu’une source potentielle de danger ou un allié éventuel. Ce qui l’intéressait désormais, c’était sa proie. Celle qu’il finirait par trouver, dut-il y sacrifier des journées entières. Il voulait se battre. Il voulait sentir la peur, la volonté de vivre, l’instinct de survie. Il voulait connaître encore la délectation de la mise à mort, le dernier soupir de la bête sur ses doigts, le coeur qui lâche entre ses mains. Il voulait tout ça, et bien plus encore. Ashe n’était plus qu’animal. Ashe n’était plus qu’homme.

La vue précéda l’odorat. L’ouïe rendit les armes. Panache de fourrure. Eclair enflammé. L’animal au loin se découpa dans son champ de vision, créant un délicieux frisson d’anticipation. Et soudain Elena se rappela à lui par la plus étrange des façons. C’est le manque qui le frappa en premier, lorsque sa main quitta la sienne et que la jeune femme se mit en position, avec son engin cracheur de métal. Sa transe ainsi interrompue le laissa un instant pantelant, tentant de faire le point sur la réalité, mais l’excitation suintant de la voix de sa compagne le remit immédiatement sur le droit chemin. Elle l’invitait, mais c’était un ordre. Une injonction. Pas une supplication, plutôt un espoir.

Elle voulait le voir à l’oeuvre. Il rêvait de lui montrer. Contenter ainsi les désirs de son aimée en même temps que les siens dépassait ses espérances. Elena avait son sourire dément, celui qu’Ashe redoutait autant qu’il chérissait. Elle était en train de partir, de libérer sa véritable nature. Finie la douce amante, la violence revenait pour emprisonner Ashe à sa toile. Et il n’avait aucune raison de s’en plaindre, aucune envie de s’y défiler.

La violence, voilà tout ce qui l’animait pour l’heure.

Le tissu lourd de son manteau entravait ses mouvements et bruissait à chaque geste brusque d’une manière qu’il ne pouvait se permettre. Il n’avait pas vraiment la tenue la plus adaptée à une telle partie de chasse, mais il faudrait bien s’en contenter pour cette fois. Toutefois…

Il déboutonna le vêtement, le fit glisser sur ses épaules et le déposa au sol, près d’Elena. La fraicheur de la bise agressa sa peau nue, créant une chair de poule qui se répandit rapidement sur toute la surface offerte à la caresse du vent glacial. Cette étreinte réveilla ses dernières pulsions, offrant la bride à sa sauvagerie, et sans plus un seul regard pour sa compagne, il libéra la fronde dans sa main, laissant les lanières se détendre le long de ses doigts, tandis qu’il se délestait de chacune de ses chaussures avec lenteur et précaution. Il posa le tout à côté de son manteau, grimaçant lorsque ses plantes de pied, devenues fragiles, entrèrent en contact avec le sol glacé, mais tout cela n’importait plus. Plus vraiment.

Ainsi revenu à de plus naturelles dispositions, malgré la glace qui s’emparait peu à peu de son corps, il se glissa jusqu’à l’arbre le plus proche, se fondant derrière le tronc avec la grâce désormais inhérente d’un prédateur. Des années et des années d’habitude ne se perdaient pas si facilement malgré des mois de civilisation. Ses orteils s’enfonçant dans l’humus lui donnaient une attache à la terre qu’aucune chaussure n’aurait pu permettre. Il sentait le jeu de ses muscles sous sa peau, la chaleur qu’ils déployaient sous l’effort pour l’heure contenu, et n’aspirait plus qu’à libérer toute cette force, toute cette violence. Des siècles qu’il n’avait pas chassé. Des millénaires, au moins. Il voulait tuer, tout de suite. Immédiatement.

Son pas se fit plus léger, presque aérien tandis qu’il profitait de l’ombre des troncs et du vent contraire pour se rapprocher de sa proie, ne la quittant du regard que lorsqu’il se dérobait lui-même à sa potentielle vue. La bête n’avait pas encore bougé, la truffe dans la bise, cherchant peut-être elle-même son repas.

Ashe s’imprégna peu à peu du rythme. Il évita les feuilles craquantes, les branchages épars, plongea dans la danse primitive des âges, un peu félin, un peu sauvage. Une pierre reposait désormais dans sa fronde, laquelle se balançait lentement au bout de ses doigts en cadence avec ses pas. Lorsqu’il ne fut plus qu’à quelques mètres, il s’arrêta, inspira profondément. Le goupil s’était tendu, figé, ses grandes oreilles sombres tournant et se vrillant pour tenter de comprendre la cause de son angoisse immanente. Quelque chose dans l’air l’avait prévenu. Pas même une odeur, simplement un instinct, une certitude.

Il fallait faire vite. La fronde peu à peu prit de la célérité, jusqu’à tourner à toute allure dans un son désormais audible qui alerta le renard. Immédiatement, il détala, à l’instant même où Ashe relâchait la lanière la plus courte. La pierre fila vers sa cible, manquant la tête visée pour s’abattre avec grand bruit sur l’épaule de l’animal. La proie glapit de douleur, tenta de reprendre de l’élan pour s’éloigner mais échoua à le faire à cause de sa patte blessée.

Une furie s’abattit sur lui peu après, le plaquant au sol de son poids infiniment supérieur. Un coup de poing écarta ses dents menaçantes, et une lame affutée se glissa sans difficulté sous la patte, se plantant profondément dans son coeur. La souffrance fut aussi fulgurante que brève, et l’animal s’éteignit dans un soupir rauque, entre les doigts de son chasseur.

Reprendre son souffle peu à peu. Profiter de l’adrénaline dans le sang, inspirer, expirer, en sentant l’odeur exquise de la mort. Repousser une mèche de cheveux tombée devant son visage d’un revers de main ensanglantée. Et en désirer plus. Beaucoup plus.

Regard trouble d’une excitation intense. Narines frémissantes d’une recherche avide. Les tempes qui palpitent de vie, les pupilles trop vives, les membres tremblants.

Les doigts se refermèrent sur la gorge du renard, caressèrent sa fourrure en descendant jusqu’à son poitrail, puis une voix mâle murmura :

- Je ferai bon usage de ta fourrure, vieux frère.

Et la mélopée des âges reprit. Elle envahit l’esprit, les sens, traversa les lèvres, chant tribal immémorial à la gloire de la vie. Plus qu’une mélodie, une ode envoutante au rythme syncopé, une note discordante menée d’un timbre grave. Un dernier hommage du chasseur à sa proie. La promesse qu’un jour, bientôt, vengeance serait offerte. Le prédateur périrait, terrassé par plus puissant que lui, que ce soit un autre homme, un animal, ou l’inexorable décadence du temps.

Le sang se tarit en même temps que les notes. Et la mélancolie fut.
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Re: Partie de chasse - Dim 9 Nov 2014 - 8:22
A peine commencée, la contemplation d'Ashe fut interrompue par l'impact d'un poids bien connu dans son dos.
Sans un bruit, Elena était apparue derrière lui et l'avait enserré dans ses bras, la tête posée contre sa nuque à la fois glacée et brûlante. Il avait été sublime. Absolument et définitivement sublime. Jamais elle n'avait douté de la validité de son choix, et cependant, jamais elle n'aurait cru avoir aussi parfaitement raison.
Un chasseur, pur, né, instruit. Un être conçu par et pour tuer plus faible que lui afin de s'en sustenter. Une chose, vivante, mutante, gagnant en puissance et en expérience à chaque meurtre, à chaque repas constitué de la chair et du sang de ses victimes.
Une magnifique horreur, de muscles, d'os et de tendons. Une abomination humanoïde, telle qu'elle l'était à cet instant. Il en avait le potentiel, les qualités. Il l'était déjà, en un sens. Son étalon, son fauve son prédateur. Son égal, un jour. L'être auquel elle pouvait et pourrait se comparer.

Durant plusieurs minutes, elle ne le lâcha pas, silencieuse, immobile. Elle écoutait son coeur reprendre son rythme normal, sa respiration ralentir, sa vie revenir à sa morne normalité. Sous sa peau glacée par le froid, sa chair brûlait encore de l'envie de sang et de l'effort du combat. Elle s'en nourrissait, s'en imprégnait. L'absorbait à sa manière, afin de subvenir à ses charnels besoins. Quelle ironie. Apaiser ses pulsions en les excitant. Les provoquer, afin de les guider où elle le voulait. Leur offrir quelques amuses-gueules et leur promettre mille délices, afin qu'elles ne se déchaînent pas.
Elle allait gagner. Tout comme lui avait gagné. Elle ne pouvait concéder la défaite à un si primaire ennemi alors que lui, encore simple humain, était parvenu à l'écraser.
Pas un bruit. Juste le sifflement de la brise dans les arbres, le bruissement de quelques branches et leurs souffles mêlés. Il n'y avait plus qu'eux. Ils étaient la seule véritable vie, les seuls véritables êtres. Et ils allaient le rester, fussent-ils obligés d'exterminer tout intrus. Ils l'avaient déjà fait, recommencer ne serait qu'un simple jeu.

Le froid commençait à mordre son enveloppe, pourtant couverte. Celle d'Ashe ne devait, par conséquent, pas être plus confortable.
Sans un mot, elle ramassa le manteau qu'elle avait apporté avec elle et le glissa sur ses épaules. Peu lui importait, à cet instant, de rompre le contact. Qu'importe la proximité physique lorsque les âmes même sont liées ? Ce vulgaire, misérable tissu n'avait aucune force, aucune importance, si ce n'est celle de sauvegarder, quelques temps encore, la chair délicatement humaine de cet être dont elle partageait le présent et le futur.
Puis, avec douceur, elle reposa la tête contre son épaule, avant de déposer devant lui sa paire de chaussures. Éloigner le corps de la réalité et de ses effets pour le sauvegarder. Quelle merveilleuse ironie. S'en rapprocher signifiait se détruire. S'en éloigner signifiait perdre pied. Pour les humains, il fallait trouver un juste milieu, s'adapter juste ce qu'il fallait. Pour eux, divins, autres, aliens, abominations, horreurs, et autres sobriquets...cela signifiait modeler la réalité afin qu'elle s'adapte à leurs désirs, à leurs envies, à leurs besoins. Un jour, il n'aurait plus besoin de bottes. Ou même de ce corps, pourtant agréablement sculpté. Ou de cet esprit, vif, malgré ses limites. Il allait devenir semblable à elle, et plus encore.
Mais pour le moment, pour le moment seulement, ils allaient devoir composer avec ce que le monde leur offrait. Pour le moment...

Ses mains se faufilèrent autour du corps du chasseur et vinrent palper la proie. Encore tiède, encore souple. Bientôt, elle allait devenir froide et rigide, véritablement morte, n'être plus qu'un vulgaire objet dont les morceaux allaient être utilisés comme de simples ressources. Pour cet être limité, sa vie était tout, son corps était son monde, sa fourrure, sa frontière. Pour eux, ce n'était qu'une cible, un repas, une paire de gants.
Contrairement à Ashe, elle n'avait aucun respect pour ceux qu'elle tuait. Et cette attitude la laissait perplexe. Pourquoi respecter cette chose ? Pourquoi lui épargner la souffrance de la défaite ? Il aurait pu jouer avec, la détruire lentement, douloureusement, profiter de sa victoire en la frottant au visage du vaincu. Mais il ne l'avait pas fait. Il l'avait simplement tué. Rapidement, efficacement. Un pragmatisme louable en soi, mais il y avait autre chose, un autre motif, d'autres motivations.
Son humanité, encore et toujours. Elle aurait du le haïr. Elle aurait du le mépriser. Mais cela lui était impossible. Ce n'était ni sa faute ni sa volonté. Il n'était que le jouet d'instincts immémoriaux, le produit d'une évolution minable. Il voulait, il pouvait changer, se métamorphoser. Laisser derrière lui ces cosses desséchées pour aller se draper dans une toge de soie et de chair.
Elle ne lui en tenait pas rigueur. Il avait été, malgré cet écart, plus que parfait. Plus qu'humain. Aussi, ce n'était que joie et envie qui s'échappèrent de sa gorge lorsqu'elle décida de rompre le silence.

« Vous avez été absolument merveilleux, très cher. Absolument merveilleux. »

Elle caressa délicatement la fourrure du renard, imprégnant ses doigts du sang de la bête avant de les porter à sa bouche et de les lécher avec un plaisir non dissimulé.
Pas le même goût. Pas la même odeur. Pas la même force que celui des humains, dont elle se délectait habituellement. Et pourtant, cette fois, il portait quelque chose d'indescriptible et de fabuleux. Quelque chose qui ne venait pas de lui, mais de celui qui l'avait détruit. Quelque chose d'Ashe. Son essence même, sa puissance, sa volonté. Le réceptacle des énergies qui avaient été déployées lors de cette courte mais intense lutte. Il ne s'agissait plus d'un vulgaire morceau de gibier. Une écharde de beauté, de magnificence.

Un fragment d'Ashe, une promesse de l'avenir et un témoin du présent.

Les bras d'Elena se resserrent autour du corps de son chasseur. Son visage distordu par l'envie, son corps secoué de légères pulsations. Elle voulait ce renard. Voulait le dévorer, ici, maintenant. Voulait ingérer et absorber ce qu'il portait en ses viscères inertes.
Mais elle ne devait pas. Ce n'était pas sa proie. Elle la lui avait offerte, et c'était donc à lui de décider. Peut-être avait-il lui-même des projets pour cette carcasse. Certainement même. Cruelle et permanente question, lutte entre le « maintenant » et le « demain ». Entre le primaire et le secondaire, le ça et le surmoi.
Ne pas céder ?...

« Puis-je vous demander ce que vous allez faire de votre cadeau ? J'aurais aimé vous offrir quelque chose de plus conséquent que ce maigre charognard, mais nous saurons nous en contenter jusqu'à ce que nous trouvions quelque chose d'autre. »

Le fusil vint taper contre l'épaule d'Ashe, secoué par les mouvements involontaires d'Elena. Oui, ils devaient continuer, trouver autre chose, une autre proie. Elle voulait, elle aussi, tuer quelque chose. Lui offrir quelque chose, portant sa marque. Elle l'avait déjà fait. Cette traînée, qui avait cru pouvoir s'emparer de lui devant elle. Et le plaisir qu'elle en avait retiré ne pouvait que la motiver à recommencer.
Un substitut. Un ersatz de sa chair.

Elle se releva, réajustant son arme avant de tendre la main à son aimé. Ils n'avaient, grâce aux talents de frondeur d'Ashe, fait que peu de bruit. La chasse pouvait et aller continuer.
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Re: Partie de chasse - Sam 15 Nov 2014 - 0:14
Le retour à la réalité prit la forme d’un corps chaud enserrant le sien. Il lui fallut quelques poussières d’instant pour comprendre ce qu’il advenait, revenir au moment présent et reconnaître enfin le parfum capiteux qui chatouilla ses narines. Le souffle brûlant de son aimée caressait la peau glaciale de sa nuque, le tirant peu à peu des brumes de l’excitation pour retrouver contact avec son calme habituel. L’odeur enivrante du sang laissait place aux effluves marécageux d’Elena. Ashe ferma les yeux pour se repaître quelques instants de son étreinte, abandonnant ses dernières accointances à la violence et au carnage, abjurant la chasse, pour ne plus revenir qu’à sa compagne. Pour l’heure.

Il la sentait contre lui avec l’acuité de ses sens de traqueur, discernant chaque centimètre carré de leur peau en contact, devinant chacune de ses courbes à travers les épaisseurs de tissu les séparant et il écoutait son souffle léger, à peine discernable sous le chant de la bise dans les branchages, lui-même s’emplissant peu à peu tout entier de sa simple présence. Elena était là, avec lui, à nouveau. Fini le temps de la poursuite, la prédation était terminée pour l’heure, place à la douceur, la tendresse, ou quelque chose s’en rapprochant dans le langage si particulier de son aimée. Un harmonieux moment à ne partager qu’entre eux, communion parfaite pour parachever leur sortie. Ou en donner le point d’orgue avant de s’y remettre tout du moins. Qu’allait être la suite du programme ? Il l’ignorait, mais il laisserait Elena en décider.

Pour sa part, il se contentait de s’apaiser peu à peu sous son incitation, laissant la langueur reprendre possession de ses membres. Cet abandon ne se faisait pas sans une certaine réticence, car quelque part, au fond de lui, la bête luttait pour reprendre la bride, le prédateur grognait, tirant sur les chaînes mentales qu’Ashe essayait de lui imposer, assoiffé de bien, bien plus de sang qu’il n’en avait reçu, de plus de violence, d’une lutte sans pitié et non d’une simple mise à mort. Les instincts réveillés par la chasse ne pouvaient se contenter d’un si piteux repas en gage de dédommagement suite à leur éveil. Ils nécessitaient davantage de défi.

Pourtant, Elena triompha très largement. Tous les désirs de violence du jeune homme firent place à la vénération sans faille qu’il avait pour elle, et son coeur devenu dur au cours de la traque s’adoucit à la pensée de la réconfortante présence de son élue. Elle brisa toutefois ce moment de quiétude parfaite pour le recouvrir de son manteau, emporté avec elle. S’il fut triste de quitter le contact presque direct de sa peau, il dût bien admettre le soulagement de revêtir son épiderme d’une couche de chaleur un peu plus couvrante. L’excitation en retombant avait emporté avec elle les derniers bouillonnements de son sang, le laissant totalement torse nu face à la tourmente de l’hiver. Sa paire de chaussures trouva place à côté de lui, tandis que la tête de son aimée prenait position sur son épaule, puis des mains aventureuses vinrent tâter sa proie.

Il se sentait si pleinement entier, ainsi dans ses bras qu’il n’avait aucune envie de bouger. Le corps d’Elena accroché au sien lui paraissait à la fois protection et besoin. Et le naturel avec lequel elle avait accompli tous ces gestes ne faisait qu’accroître l’incroyable sensation de plénitude du jeune homme. Elle lui avait offert l’opportunité de chasser, l’avait laissé mettre la bête à mort tout seul, avait admiré tout du long, et au moment de venir récupérer l’animal, c’était à son cou à lui qu’elle sautait. La proie n’avait été qu’accessoire, elle ne s’y était intéressée que tardivement, bien après avoir pris en considération les nécessités de son compagnon. Ashe n’avait pas l’habitude qu’on s’occupe de lui. Il avait toujours été seul, chasser seul, survivre seul, dormir seul, penser seul… L’idée que quelqu’un d’autre sur cette planète puisse lui accorder suffisamment d’intérêt pour s’inquiéter de son sort lui ouvrait de nouvelles perspectives d’avenir proprement troublantes. Chaque instant qui passait lui donnait plus envie encore de demeurer près d’Elena, de telle sorte qu’il redoutait désormais amèrement le moment où ils devraient se séparer. Car ce moment viendrait, il ne pouvait en douter. Qui sait alors quand l’opportunité de se revoir se présenterait ? Saurait-il même patienter jusque là ?

Impossible. Inimaginable qu’il puisse survivre si longtemps loin d’elle. Peu importe combien durerait le longtemps d’ailleurs. Il refusait de se séparer.

Aurait-il vraiment le choix ?

Il perdit le fil de ses pensées lorsque la voix singulière de sa compagne envahit les lieux. Le compliment lui tira un sourire un peu désaxé, gêné qu’il était d’obtenir pareil lot pour un si faible tribut mais si délicieusement comblé qu’elle reconnaisse son talent sur la question. Il n’aurait pas cru pouvoir un jour faire montre de ces capacités si anciennes dans le nouveau monde qu’il avait à conquérir. L’idée qu’il ait pu le faire, et plus encore que cette démonstration ait conquis son aimée le rendait encore moins désireux de s’éloigner d’elle.

Il observa les mains immaculées plonger dans la fourrure, s’imprégner des derniers relents de chaleur de la bête, puis s’abîmer dans les éclaboussures de sang, jusqu’à s’en trouver recouvertes. L’une d’elle quitta son champ de vision, remontant derrière lui au visage d’Elena, puis dans un spasme, la jeune femme le resserra contre elle, tremblante. Il ne pouvait discerner son visage sans avoir à tordre son cou de manière douloureuse, mais il sentait une violente tension émaner de tout le corps de son aimée. La faim avait-elle déjà repris la place dans ses entrailles ? Le spectacle avait-il trouvé à ce point grâce à ses yeux qu’elle peinait à se retenir ? Auquel cas, risquait-il bientôt de sentir ses dents se planter dans sa chair ?

C’était stupide. Elle ne lui aurait pas remis son manteau si elle avait voulu le dévorer. Pourtant, l’excitation était perceptible sans aucune difficulté dans les convulsions récurrentes qui agitaient le corps de sa compagne. Ses mains crispées, elle était à nouveau en train de s’abandonner, et sa voix lorsqu’elle reprit la parole n’avait plus grand chose de raisonnable, ni même d’humain. N’y suintaient que l’envie et le désir, la faim en quelque sorte, ayant retrouvé les accents plus naturels de la créature qu’elle était. Car il était certain qu’elle était plus sincère, en cet instant, dans ce trouble qu’elle peinait à cacher que dans toutes les politesses qu’elle se forçait à faire. Oh, il croyait à la réalité de son affection pour lui, et il aimait à croire qu’elle éprouvait quelques sentiments forts, mais lorsqu’il prenait la peine de réfléchir, l’idée qu’elle voulait le manger revenait à l’assaut.

Il la connaissait si peu en vérité. Que savait-il d’elle ? Qu’elle était une créature cauchemardesque, couverte de tentacules sous son enveloppe charnelle, qui lui avait déjà mangé une main, peu après avoir égorgé de sang froid une déesse et avoir partagé les organes encore chauds du cadavre avec lui. N’aurait-il pas dû déjà fuir ? Se questionner ? Lui demander tout du moins qui et qu’est-ce qu’elle était ?

Un coup à l’épaule le tira de ses pensées, suivi d’une main tendue vers lui. Il releva le regard, rencontra les yeux d’Elena, et toutes ses préoccupations disparurent lorsqu’elle le couva de cette flamme étrange qui dansait au fond d’eux. Elle n’en avait pas fini avec lui, ni avec cette chasse, il pouvait le lire dans ses seules pupilles. Alors, il sourit, et contrairement à son habitude, c’est lui qui perdit le fil de ses réflexions.

Il effleura la paume de sa main du bout des doigts, la tirant finalement jusqu’à lui pour y déposer un baiser fugace, puis la posa dans sa propre chevelure le temps de remettre et lacer ses chaussures. Tandis qu’il s’activait avec agilité, il répondit, un oeil posé sur la carcasse rousse :

- Je ne fais guère cas de la viande de renard, mais leur fourrure est d’un éclat soyeux.

Il se releva finalement, laissant la main de sa compagne glisser peu à peu du sommet de son crâne vers son épaule, et attrapa lui-même son menton entre ses doigts pour plonger plus profondément son regard dans le sien, son index décrivant un arc de cercle depuis le centre de sa joue jusqu’à la naissance de sa gorge.

- Je suis donc certain qu’elle sera du plus bel effet sur votre teint et protègera votre cou des frimas de l’hiver une fois que j’en aurais tiré une écharpe élégante.

Le vouvoiement était revenu en même temps que la politesse surannée d’une lointaine époque. Un peu charmeur, Ashe n’en était pas moins sincère. Il voulait qu’elle emporte quelque chose de lui lorsqu’ils auraient à nouveau à se séparer. C’était une attitude stupide et purement symbolique, mais il aimait l’idée qu’elle pourrait penser à lui par la seule présence du vêtement ainsi offert. Il lâcha son menton pour mêler ses doigts aux siens, et de son bras libre, attrapa la carcasse pour la caler sur son épaule. L’animal ne pesait rien, ou tout comme, de telle sorte que le seul inconvénient résidait dans le sang qui gouttait sur le manteau du jeune dieu.

L’idée qu’Elena veuille chasser par elle-même lui paraissait évidente au regard de son attitude. S’il redoutait le cracheur de métal qu’elle portait, il ne pouvait lui reprocher de vouloir en faire usage. Elle ne venait pas de son époque, il ignorait même si elle venait de son monde, il n’avait donc nullement le droit de la juger ou lui imposer ses propres normes. Elle avait accepté avec joie qu’il chasse à la fronde, pouvait-il vraiment avoir le coeur à lui refuser l’utilisation de son arme à elle ? Ashe n’était pas égoïste. Tout du moins, voulait-il partager avec sa compagne la plénitude de l’instant. Il souhaitait lui aussi la voir en action et comprendre son fonctionnement, ainsi qu’elle semblait avoir percé une partie de son mystère par la seule découverte de ses talents de traqueur. S’il fallait pour cela supporter la vision de ces épouvantables équipements, il le ferait avec stoïcisme.

Le plus important désormais consistait à trouver la proie. Comestible si possible celle-là. Ou du moins goûteuse.

Un dernier regard pour son aimée, un dernier sourire empli d’une bienveillance sans fond.

- Il est à ton tour de tuer, mon amour. Trouvons la proie.

Le tutoiement, de nouveau dans sa bulle avec elle, l’ayant désacralisée, défaite de son piédestal de dame pour un retour à une attitude plus intime en vérité. Quitter le vouvoiement n’était en rien un manque de respect, tout au contraire, Ashe abandonnait ainsi la politesse réglementaire pour s’offrir nu à elle, dans sa plus parfaite loyauté. Ce n’était plus Dame Elena, celle qu’il fallait contenter parce qu’il en était ainsi et par crainte qu’elle puisse lui en vouloir. Au contraire, c’était son amour, celle qui prenait soin de lui. C’était l’unique, celle qui n’admettait aucune rivale, aucune concurrence, aucune comparaison, et pour cela, elle méritait qu’il la tutoie.

Avec douceur, il l’entraîna plus profondément dans la forêt. Les branchages s’épaissirent un peu plus encore, les buissons se firent plus hauts, tandis que les rayons du soleil petit à petit s’abaissaient, quittant les ramures pour commencer à percer entre les troncs. La luminosité dégringola à la même vitesse que la température, laquelle assaillit le couple de ses longs doigts glacés. Ashe frissonna un nombre incalculable de fois, tentant de réchauffer ses doigts gourds au creux de la main de son aimée d’une part, dans la fourrure du renard d’autre part, les cordes de la fronde s’avérant plus douloureuses que rassurantes désormais que sa peau souffrait du froid.

Ils marchèrent en silence pendant un long moment. S’il découvrit des pistes, elles n’étaient plus fraiches depuis trop longtemps pour qu’il envisagea réellement de les suivre, et avec l’obscurité qui s’installait, il peina de plus en plus à trouver repère fiable à sa chasse. Il eut plus de mal cette fois à se replonger dans sa transe guerrière, apaisée par le sang versé et la présence plus palpable d’Elena à ses côtés, de telle sorte qu’il ne parvint à discerner présence animale par son seul instinct. Même ici, dans les profondeurs de la forêt, il n’était plus le prédateur, mais l’amant, et même sa volonté d’offrir cadeau à sa belle manquait à lui redonner toutes ses capacités. Dénuée de l’appel du sang, sa quête perdait trop d’attrait à ses yeux sauvages pour qu’il puisse prétendre se plonger dans ces capacités.

L’agacement commença à le saisir alors que ses lèvres s’ouvraient sur un nuage blanc de givre. Un rapide coup d’oeil à sa compagne, il soupira. Repousser un buisson d’épineux pour lui livrer passage dans le plus parfait silence, assurer son équilibre pour traverser un ruisseau bien trop vif pour être pris dans les griffes de la glace, puis étouffer une nouvelle pointe de déception à la découverte d’une clairière vide.

Il s’arrêta, retenant Elena par la main, et l’attira même à lui alors que le froid semblait s’être insinué au plus profond de son organisme. Les multiples couches de vêtements qui les séparaient peinèrent à laisser leur chaleur se trouver, et il fallut quelques instants pour qu’il sentit enfin la délicieuse flamme de sa compagne parvenir jusqu’à lui. La tenant serrée contre lui, il posa sa joue glacée contre la sienne et laissa son souffle réchauffer la gorge de la jeune femme, lorsqu’un infime bruit alerta son oreille aguerrie.

En une seconde, il releva un regard perçant sur l’origine du dérangement, loin dans les ombres des arbres à l’autre bout de la clairière, et ses yeux discernèrent une silhouette massive. Un cri à mi-chemin entre un mugissement et un rugissement retentit, tandis que le jeune dieu tirait soudain Elena à l’abri d’un tronc, la gardant serrée contre lui tout en tentant de distinguer mieux leur nouvelle proie. La distance et la faible luminosité rendaient l’opération compliquée, mais il se fit finalement une assez bonne idée de la taille de l’animal.

Un nouveau brame retentit, plus assourdissant encore que le précédent, et l’excitation naquit au creux des entrailles d’Ashe, mais il savait que cette proie n’était pas la sienne. Pas cette fois. Il resserra sa prise sur son aimée, lui glissant à l’oreille, dans un bruit à peine plus haut qu’un souffle :

- Il est à toi.

Avant de la lâcher finalement. Il n’interviendrait pas. Pas tout de suite. C’était son présent à Elena, et elle semblait de toute manière mieux équipée que lui pour en venir à bout. Il aurait aimé se lancer dans cette traque, et trouver le combat d’égal à égal avec la puissance de l’animal qui leur faisait face, de l’autre côté de la clairière, mais il savait n’en avoir pas le droit. Il se réfrènerait, et Elena serait son présent à lui.
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Re: Partie de chasse - Jeu 20 Nov 2014 - 21:57
Douces et chaudes. Ainsi étaient donc ses lèvres, malgré le froid et le vent. Et de nouveau, il avait eu ce geste à son égard. Ce geste qu'elle ne comprenait toujours que partiellement. Poser la bouche sur le corps de l'autre, et l'en retirer sans avoir dévoré. C'était...étrange et incomplet. Mais étonnamment plaisant, comme un avant-goût des choses à venir.
Épais et frais. Ainsi étaient donc ses cheveux. Sa main s'y promena, douce et curieuse, le temps qu'il remette ses chaussures et protège ses pieds probablement déjà gelés. Pas la même sensation. Pas la même chaleur, la même texture, la même odeur. Ce n'étaient que des poils, ce n'était que de la fourrure, tout comme celle du renard. Mais c'était celle d'Ashe. Celle de cet humain, de ce divin, qui aspirait à bien plus. Une épaisse tignasse, longue, sombre, qui recelait les plus intimes fragrances de son corps et les conservait bien à l'abri, attendant impatiemment que quelqu'un les y déniche et les absorbe.

Avant qu'il ne se relève, elle souriait. Une fois qu'il l'eut fait, elle rayonnait. Il avait eu la même idée. La même merveilleuse idée que celle qu'elle avait espéré qu'il l'ait. Si sa chevelure portait en elle toute son essence, alors qu'en était-il de celle de leur proie ?
Il l'avait compris. Il avait saisi. Qu'entre ces poils malpropres et roux se trouvait quelque chose d'inestimable, d'impalpable, et pourtant de bien présent. De quelque chose de bien plus important que la chair, que la fourrure ou les os. De quelque chose qui les concernait, eux. Qui parlait de leur âme, racontait leur vie et dépeignait leur esprit. L'essence même de la chasse, de cette journée, de la puissance et de la magnificence d'Ashe.
Il n'eut pas grand effort pour la faire le regarder. Elle ne faisait que cela. Depuis des jours, depuis des semaines. Depuis qu'elle l'avait aperçu au milieu de la foule. Sous la caresse de ses doigts, sa peau plus que parfaite palpita. Ils étaient tous les deux glacés, et pourtant dans leur chair, le même feu brûlait. Celui de s'entredévorer, de s'absorber, de rompre cette limite ignoble qu'était celle de leur corps afin de ne faire plus qu'un. Un seul et même être, une synthèse de leurs deux imperfections, afin d'en créer une nouvelle. Un jour. Un jour. Pour le moment, elle allait devoir se contenter de porter, comme on porterait un parfum, l'essence même de cet être qu'elle voulait faire sien.

« Vous êtes un vil flatteur, très cher. Mais sachez que je saurais apprécier votre présent à sa juste valeur, et non comme le simple vêtement dont il aura l'air. »

Un petit rire cristallin s'échappa de sa gorge. Ah ce langage humain. Que de camouflage, que de dorures et d'enluminures. Tant de possibilités, tant de facilité à dissimuler le véritable message, sous des couches et des couches de paillettes. Elle n'en comprenait pas encore toutes les subtilités, mais elle avait parfaitement saisi cette enveloppe, et son lien vis à vis de ce qu'elle enfermait. Exploiter les mots, les laisser délimiter le vide, et y cacher le véritable sens. A l'autre, ensuite, de le découvrir, et de le polir. La était la vraie communication. Pas dans quelques sons vulgairement simples. Et lui, lui...il y parvenait. Il n'avait pas besoin de carte, pas besoin de pelle. Il savait, instinctivement, viscéralement, où se cachait le trésor et comment le déterrer.
De sa main droite, celle qui n'était pas accrochée à la bretelle de son fusil, elle saisit la main d'Ashe en même temps qu'il saisissait la sienne. Leurs gestes conjoints se perdirent dans la simultanéité. Impossible, au final, de dire qui l'avait initié.
Plaisante synchronisation. Plaisante relation. Plaisante compréhension. Imparfaites, encore. Mais pour combien de temps ? Combien de temps avant qu'ils ne se perdent, l'un dans l'autre, et que leurs corps et leurs esprits ne fassent plus qu'un ? Unis mais séparés. Séparés, mais unis. Un paradoxe pour l'humain, la simplicité même pour elle.
Elle lui rendit son sourire, en silence. Elle n'avait rien besoin de lui dire. Il avait compris, seul. Et il avait compris qu'elle avait compris. Oui, ils allaient trouver quelque chose d'autre. Quelque chose d'autre à tuer, afin qu'elle puisse assouvir ses besoins, apaiser ses pulsions...et se montrer, à son tour, aux yeux de son aimé. Il savait qu'elle était une tueuse compétente. C'était même ainsi qu'ils s'étaient rencontrés. Mais il n'avait encore pas eu l'occasion de la contempler en tant que chasseresse. Elle aurait préféré un autre genre de gibier, bipède, mais peu importait la cible, au final. C'était l'acte qui comptait, pas le but.
Sa main gauche se crispa sur celle de la lanière de cuir alors qu'ils se mettaient de nouveau en marche, laissant derrière eux une fine traînée de sang de renard.

A nouveau, la forêt changea. Les conifères et le sol mousseux laissèrent place à des arbres dénudés et à un tapis de feuilles mortes, partiellement décomposées et sur lesquelles une fine couche de givre reposait.
L'obscurité avait fondu sur eux comme un faucon. En cette période, la nuit arrivait vite, restait longtemps, et promettait son lot de souffrances à tous les malheureux coincés dehors. Elle tolérait bien le froid. Ou plutôt, elle l'ignorait. Mais ses doigts fins étaient glacés, et avait pris une teinte légèrement bleutée.
Peu lui importait. Tout ce qu'elle voulait, c'était trouver quelque chose. N'importe quoi. Un être vivant à détruire, pour la gloire de leurs êtres et la satisfaction de leur chair. Elle avait faim. De plus en plus faim. Et il n'y avait pas de raison pour qu'il soit épargné par cette douleur qui la tenaillait au creux des viscères. Une bonne raison de plus de trouver un être à partir duquel se sustenter. Dévorer sa viande, boire son sang et absorber sa chaleur. Vivre, plus longtemps, un jour au moins, grâce à la destruction d'un autre. La situation lui plaisait. Un simulacre de danger, une fausse pression. De quoi les motiver, sans pour autant les déstabiliser.

Ashe la guidait. Elle n'était pas, au final, particulièrement douée pour trouver le gibier dans un tel environnement, plus habituée qu'elle était aux forêts de béton et aux buissons domestiqués. Et apparemment, il peinait à dénicher quelque chose qui en vaille la peine.
Elle ne lui en tint pas rigueur. Le froid, l'obscurité, la fatigue...tout ceci ne faisait que rendre leur tâche plus ardue à mesure qu'elle s'avérait infructueuse. Et pourtant, à aucun moment il ne lui demanda de faire demi-tour. Il savait qu'ils n'avaient pas véritablement le choix. Qu'il était hors de questions qu'ils rentrent avec un simple renard. Qu'il était, hors de question, qu'ils cèdent aux caprices de leurs stupides corps.
Sa main se resserra, plus d'une fois, autour de celle de son compagnon. Et plus d'une fois, elle le regarda, le visage peiné par l'échec et le gel. Elle pouvait sentir, à travers sa chair, qu'il donnait tout ce qu'il était capable de donner. Et pourtant...rien. Pas d'animal. Juste un ruisseau, qui tenta vainement de leur barrer la route, des ronces, qui ne les retirent pas, et des arbres. Des arbres, par dizaines, par centaines, qui se dressaient face à eux, se ressemblaient, et se liguaient pour dissimuler leurs trésors organiques.
Rien, rien, toujours rien. Juste du givre, de plus en plus de givre, et du vent. Pour la première fois, au contact d'Ashe, elle comprit ce que voulait dire frissonner de froid. Elle-même en était incapable. Mais les pulsations de sa chair, mordue par le froid, se répercutaient dans la sienne, et l'enjoignait à l'imiter. Était-il assez conscient de ses limites pour ne pas se faire écraser ? Pour ne pas, en essayant de les surpasser, se faire broyer ? Probablement. A lui de prendre cette décision. Elle ne pouvait qu'espérer qu'il sache la prendre.
Après des heures de marche, dans une obscurité de plus en plus prégnante, il s'arrêta enfin. Elle s'attendait à ce qu'il lui demande de faire demi-tour, de cesser cette traque apparemment inutile et de retourner au pavillon.
A la place, il s'accrocha à elle, comme à une flamme.

Elle sourit. Aussi chaleureusement que possible, comme si elle était capable, par cette simple expression, de les libérer tous les deux de l'emprise du gel.
Lui, s'approcha de sa gorge et y souffla sa vie. Douce, merveilleuse chaleur. Merveilleuse énergie de l'être aimé, de celui auprès duquel on ne voudrait que demeurer. Il n'était pas encore vaincu. Il avait encore des ressources, de la puissance. Suffisamment pour se permettre de lui en insuffler une partie, et ce afin de lui signaler que rien n'était encore terminé.
Il ne s'était pas arrêté pour abandonner mais pour se remémorer ce qui le poussait à continuer. A elle, dans ce cas, de le lui exposer.

Ou du moins, elle l'aurait fait si la nature n'avait pas choisi cet instant pour jeter dans leur filet l'animal tant recherché. Quelle ironie. Quelle pitoyable mais sublime ironie.

L'étreinte d'un couple devint l'union de deux prédateurs. L'adrénaline et la pression se chargèrent de les revigorer plus rapidement qu'aucun feu n'aurait pu le faire. Leurs entrailles réagirent tout aussi vite qu'à l'accoutumée, bravant, et détruisant, les entraves du froid et de la fatigue.
Gestes vifs mais pensés. Se mettre à couvert, définir la distance, la taille de la proie, le meilleur moyen de l'atteindre, tout en se mettant hors de danger. Tout cela, Ashe le fit pour elle. Plus qu'une proie, c'était une chasse, qu'il lui offrait. Elle n'avait plus qu'à brandir son métaphorique hachoir et à l'abattre sur le pauvre être qui avait croisé leur chemin.
Elle le regarda droit dans les yeux avant de se préparer à attaquer.

« Merci. »

Un simple mot, chuchoté, porté par la vapeur qui s'échappait de sa bouche aux lèvres pâlies par le froid. Merci pour cette proie. Pour le plaisir de cette chasse. Pour le plaisir de cette relation. Pour ce qui était arrivé, ce qui se passait et ce qui allait advenir.
Merci...pour tout. Une étrange gratitude, envers l'être qui lui avait donné un but autre que la simple consommation de chair. Un but autre que la vie pour la vie. Pour ces plaisirs partagés, plus forts, plus intenses, que ceux qui avaient peuplé sa solitude. Et plus encore, pour les promesses qui lui avaient été faites. Promesses d'un avenir radieux. Inhumain, mais grandiose, dans lequel ils allaient pouvoir prendre la place qui leur revenait de droit. Plus tard...plus tard. Toujours ces deux mots, qui revenaient et la hantaient. Et pourtant, elle se devait de les écouter, sous peine de perdre son présent, et par conséquent, son avenir. Triste réalité, fondamentalement défectueuse, froide, impassible. C'était la à la fois leur malédiction et leur plus grande chance. Ils allaient, encore, devoir jouer en suivant ses règles.

Jusqu'au jour où ils seraient en mesure de s'en délester, et de vivre comme ils l'entendaient.

Elle se sépara d'Ashe.

Naturellement, sous l'effet d'un pouvoir fraîchement acquis, son corps se troubla lentement, s'imprégnant des couleurs et des textures qui l'entouraient afin de la camoufler. Puis, avec précaution, elle retira le fusil de son épaule pour le prendre en main. Bois et acier étaient glacés, mais contenaient, sous une enveloppe de cuivre, la promesse d'une vive chaleur.
A une centaine de mètres d'elle, une ombre, brune, indistincte. Un cerf, adulte, de bonne taille. Il ne les avait pas repérés, grâce aux effets conjoints de l'obscurité et du vent, qui soufflait dans la bonne direction. Elle ne devait pas le rater. Pas l'alarmer.
Courbée sur elle-même, l'arme entre les mains et les yeux rivés sur sa proie, elle s'approcha. Son camouflage tressaillait à chacun de ses gestes. Peu importe. Elle ne comptait pas particulièrement dessus. Elle savait que, contrairement aux hommes, les bêtes se servaient davantage de leur nez et de leurs tripes que de leurs yeux. Primitif ?...Non. Efficace. Bien plus que de dépendre uniquement du bon vouloir de la lumière.
Un bruissement provint de l'animal, qui releva la tête. Un nouveau brame retentit dans les bois. Et, dissimulé par cet appel viril, le craquement d'un verrou qu'on actionne et d'une balle qui se chambre. Quelle ironie.

Chaque pas la rapprochait de sa cible et augmentait les chances qu'elle la touche...mais également celles que la bestiole ne s'enfuie sans demander son reste, avertie par quelque branche cassée ou quelque son étrange.
Après avoir contourné un tronc plus gros que ses voisins, elle était enfin parvenue à avoir un angle de tir convenable.
Lentement, elle leva son arme et l'épaula. Un de ses yeux se ferma tandis que l'autre alignait la mire sur sa cible. Le cou de la bête. Plus gros que la tête, tout aussi fragile. Le repas qu'il prenait actuellement allait être le dernier.

Elle patienta quelques instants, un sourire dément au visage, les lèvres déchirées par le froid et le sang. Un filet de vapeur s'échappa de sa bouche. Elle inspira, retint sa respiration, et appuya sur la détente.
Un claquement sinistre résonna dans la forêt, faisant s'envoler plusieurs geais dissimulés dans les branches. Le cerf lâcha une sorte de cri d'agonie, rauque, bouillonnant, alors que la balle qui avait transpercé son cou permettait à son sang de se déverser dans sa trachée. Avec les dernières forces des mourants, il tenta de se relever et de fuir, avant d'être frappé d'un second projectile.

Plusieurs dizaines de mètres plus loin, Elena jubilait. Tenant le Karabiner contre sa poitrine, elle se rapprochait de sa proie en courant. La joie d'une enfant, la démarche d'un soldat.
Lorsqu'elle arriva au dessus de la bête, celle-ci se débattait encore, tentant de hurler, de se débattre, de fuir. De vivre. Ses yeux grands ouverts fixaient le monstre qui l'avait fauché, et lui rendait un sourire carnassier, incomparable à tout ce qu'il avait pu voir durant sa trop courte vie. Rien de bestial, rien d'humain. Rien de naturel ou de réel. Une vision d'horreur pure, avant de rejoindre le néant.
Consciencieusement, elle chambra une nouvelle balle, éjectant la douille de la précédente avec un bruit métallique. Puis, avec une délectation non dissimulée, elle pointa le canon contre la tête de la bête. Nouveau, et dernier, claquement.

Silence, que seule la respiration vive d'Elena vint troubler.

Elle était...heureuse. Simplement et purement heureuse.

Un filet de vapeur s'échappait de la gueule ouverte du cerf, mais aussi de son cou, déchiré par les deux balles qu'il avait reçu, et du sang ruisselant entre ses poils.
Merveilleuse bête, merveilleux animal. Merveilleuse vie, fauchée, par plaisir et nécessité. A cet instant, elle se sentait pleinement vivante. Pleinement puissante. Elle avait gagné. Elle avait tué, et elle allait pouvoir se nourrir...mais aussi le nourrir. Pour la première fois, elle n'avait pas chassé uniquement pour elle, mais aussi pour un autre.

Étrange sensation. Mais plaisante. Très plaisante.

Elle se retourna alors vers l'arbre derrière lequel Ashe devait encore être caché. Presque sautillante, une véritable gosse, elle lui fit un signe de la main gauche, appelant son nom d'une voix à la fois enfantine et terrible.

La joie dans l'horreur, et l'horreur dans la joie. Une définition d'Elena.
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