Chapitre en cours :
Entre Mortels et Immortels, la guerre est déclarée. Trois mois après la chute d'Isanagi et du Golem de Pierre, la tension ne fait qu'accroître. Encore une fois, l'ennemi saura surprendre. Encore une fois, les futures divinités devront se montrer à la hauteur, et les humains, plus unis que jamais.


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 (!) (contenu violent) Les femmes, toutes les mêmes...

 
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(!) (contenu violent) Les femmes, toutes les mêmes... - Mer 17 Sep 2014 - 22:48
Cours, femmes. Bibliothèque, femmes. Cafétéria, femmes. Dortoir, femmes. 

Peu importait le lieu, peu importait l’heure de la journée, et peu importait son état d’esprit, chaque couloir semblait regorger de représentantes du beau sexe avides de le rencontrer ou de lui parler. Et ses nerfs allaient bientôt atteindre leur point de rupture.

A toutes, il présentait un visage souriant et un mot gentil, se répandant en courtoisie et politesse avec chacune, mais cela ne semblait qu’accroître son souci, toutes repartant alors en minaudant et chuchotant, désireuses de raconter rapidement la situation à une amie. Ou à des dizaines s’il en croyait le nombre de ses admiratrices qui enflait chaque jour.

… Certes, il était possible qu’il grossisse un peu le trait, tant la vision de la moindre femelle représentait pour lui une épreuve difficile… Mais tout de même, il était indéniable que le fichu pouvoir donné par le grand manitou fonctionnait, et attirait à lui bon nombre de jeunes perdrix en quête de reconnaissance, et d’un frémissement dans le bas ventre lorsqu’il les gratifiait d’un de ses sourires ravageurs… Car même cette information avait fait le tour des potins, et chacune voulait pouvoir essayer une fois ce geste d’affection qui annihilait toute pensée cohérente et laissait pantelante pour quelques secondes. 

Ashe soupira sous sa douche, frottant ses longs cheveux avec application, puis s’occupant de son corps. Il avait presque réussi à perdre l’habitude de se passer la main dans le cou désormais, mais le malaise revenait à la charge dès qu’une femme s’approchait un peu trop près de lui. Sauf avec Soniya. La seule avec laquelle il se sentait à l’aise et serein, et s’il la traitait tout de même comme une princesse, c’était parce que la jeune fille semblait apprécier ça, et souriait comme une gamine lorsqu’il se comportait en chevalier servant. 

Grimaçant de nouveau au souvenir de mornes pensées, il tourna les boutons d’eau du robinet, se sécha rapidement et enfila son éternel pantalon noir, ou du moins la copie plus ou moins conforme qu’on lui avait fournie suite à la déchirure causée au premier. C’était pratique ces douches. Eau tiède instantanée, rien à évacuer, rien à apporter, le corps nettoyé et revigoré en quelques minutes, un vrai plaisir !

C’est donc torse nu qu’il rejoignit sa chambre, une serviette encore sur la tête pour tenter de se sécher les cheveux, et se dirigea vers le placard opposé au lit. Les battants une fois ouverts toutefois lui révélèrent l’immense vacuité du meuble, dans lequel plus aucun vêtement n’était disposé.

- C’est ça que tu cherches, beau gosse ?

Immédiatement, il se retourna, sur la défensive, inquiet à cette voix indubitablement féminine qui envahissait ainsi son espace personnel. Sur son lit, tous ses vêtements étaient jetés en vrac, ayant fait l’objet visiblement d’une fouille et d’un tri expert. Mais bien plus intéressant, juste à côté, une demoiselle à la peau cuivrée l’observait avec intensité, vêtue en tout et pour tout de la fameuse chemise d’Ashe à peine boutonnée. Immédiatement inquiet, il déglutit, tentant de reculer d’un pas, mais la divine créature semblait avoir prévu l’occasion, et d’un seul sourire, elle le cloua sur place. 

- Dis donc, bel Apollon, où sont passés tes bonnes manières ? J’ai entendu dire que tu étais un vrai gentleman, et j’étais bien décidée à le vérifier par moi-même. Mais pas dans cette Académie miteuse.

Il haussa un sourcil, plongeant dans une révérence muette pour cacher son trouble tout en honorant la dame à la chevelure d’ébène. Lorsqu’il se redressa, une expression impénétrable ornait ses traits, dissimulant le tumulte d’émotions agitant ses veines, entre désir réprimé et sourde angoisse. 

- Appelle-moi Morgane, mon mignon. Et sois pas si timide voyons, tu dois pas être encore un de ces coincés d’apprentis-dieux, tout juste réveillé comme tu l’es, t’as encore toute la fougue d’un mortel ! Montre-moi !

Morgane, donc, s’approcha de lui. Une main fine aux longs doigts se posa sur son torse, caressant sa peau encore chauffée par la douche, jusqu’à remonter à sa gorge puis empaumer sa joue. Loin d’avoir la réaction escomptée toutefois, ce geste le fit se crisper, tandis que ce contact réveillait en lui de sourdes angoisses. La femme se figea, maugréa quelque chose, puis se retourna pour lui jeter des vêtements dans les bras.

- Allez enfile ça, j’t’emmène faire un tour loin de ce trou à rats.

Puis elle sortit de la pièce, le laissant seul avec un jean, un tee shirt, et une paire de chaussures de ville jetée non loin. Il hésita un long moment… Qu’est-ce que c’était encore cette histoire ? Qui était cette foutue femme, et que voulait-elle de lui ? Il se corrigea… Facile d’imaginer ce qu’elle attendait de lui en vérité, la question se posait plus de savoir s’il était prêt à le lui accorder. Et la réponse était définitivement négative. 

Pourtant, il savait n’avoir guère le choix. La demoiselle dégageait une certaine aura de dangerosité, et il n’était pas mâle à tenir tête à pareille dame. Aussi revêtit-il la tenue ainsi confiée, s’y sentant terriblement gauche et étriqué, enfila la paire de chaussures, et rejoignit son étrange ravisseuse.

~

Le pantalon lui serrait douloureusement l’entrejambe, le contraignant à une démarche peu naturelle, et il lui donnait la sensation d’être à moitié nu tant le tissu reposait bas sur ses hanches. Le haut noir le moulait de façon presque indécente, dessinant chaque courbe de sa musculature, et les chaussures en cuir étaient encore dures et peu adaptées à sa marche. 

Pire encore… Mais qu’était devenue cette terre ?!

La femme s’était révélée être une surveillante, repentie, qui n’en avait que le nom, d’une vie de débauche et de luxure, victime d’un profond ennui depuis quelques jours et qui avait décidé, de ce fait, d’entraîner le petit nouveau si cher aux coeurs des groupies de l’Académie vers le monde des humains. Il n’avait que peu de souvenir du voyage, trop stressé par la présence oppressante de la créature à ses côtés pour en apprécier les modalités, et ne savait même pas dans quelle ville ils avaient échoué. Pour ce que ça changeait de toute manière…

Finis les grands arbres, la verdure, la pureté de l’air et la délicatesse d’une époque… Tout n’était que bruit, agitation, grandes surfaces grises et oppression étouffante. Il avait vu un arbre en cage, dans un minuscule coin de terre. Lorsqu’il avait demandé à la surveillante la raison de ces barreaux de fer, elle lui avait rétorqué qu’ils étaient là pour protéger le végétal. Et avant qu’il ne puisse demander de quoi, un monstre de métal vrombissant avait traversé son corps comme s’il n’était qu’un esprit insignifiant. 

Une voiture, toujours selon Morgane. Et cette espèce semblait répandue dans cette ville. Où qu’il regarde, il voyait divers spécimens s’alignant à la queue vers des destinations inconnues, leurs cris monotones envahissant les lieux, parfois troublés par un hurlement plus sonore… 

La surveillante avait gardé ses mains dans ses poches depuis qu’ils étaient arrivés, se concentrant pour éviter les humains pressés défilant en tous sens. Ashe avait tenté de faire de même au début, avant de se rendre compte qu’il était intangible, et n’eut été la désagréable sensation d’un courant d’air dans les entrailles, les multiples personnes qui l’avaient traversé ne l’auraient guère dérangé. 

Plus l’après midi avançait, plus la morosité grandissait pour l’apprenti-dieu. La dame n’avait pas eu de meilleure idée que de l’emmener faire les magasins, comme elle disait, et il avait eu droit à une longue succession d’essayage de vêtements, devant donner son avis sur chaque tenue, compliments toujours soigneusement pesés et résolument agréables qui avaient sapé ses dernières forces et mis un terme au peu de bonne humeur qu’il lui restait. Il avait envie de rentrer à l’Académie, s’enfermer dans sa chambre et dormir pour douze bonnes heures.

Mais Morgane n’en avait pas fini. Elle le traina finalement vers un bar, enclavé dans le complexe commercial entre une boutique de chaussures et une librairie. L’ambiance à l’intérieur, bien que feutrée, dégageait une sensation de malaise pour le jeune homme, tant l’impersonnalité des lieux se reflétait dans les multiples surfaces lisses et métalliques renvoyant des images troubles de leur personne. Il ne put s’assoir en face d’elle, passant au travers des meubles, mais fut capable de saisir le verre qu’elle lui tendit peu après qu’elle ait commandé, et elle lui intima de boire. Sans faire de difficulté, il s’exécuta.

La première gorgée lui brûla la gorge. La seconde réchauffa ses entrailles. A la troisième, les pensées moroses s’éloignèrent de son esprit. Et c’est ainsi qu’il se retrouva une heure plus tard dans un centre commercial désert, fermé depuis longtemps au public, en raison du caractère férié de ce jour, seul avec une divine créature que personne ne semblait avoir pensé à faire sortir. Mais qui avait toujours une importante réserve d’alcool, apparemment, puisqu’elle remplit de nouveau le verre du jeune homme, déjà pourtant plus très clair.

- Alors dis-moi tout, Ashe, d’où tu viens toi ?

- Oh bah y avait une forêt, et puis Yliandre aussi, une belle femme Yliandre, mais un caractère pourri, et puis des animaux, un jour j’ai tué un ours à moi tout seul, mais j’ai eu peur quand même, et puis…

Sa voix avait perdu la fluidité naturelle qu’elle avait pour habitude de présenter, et si son esprit demeurait en alerte d’une certaine manière, ses inhibitions premières avaient basculé dangereusement au rang de soucis mineurs. Assis tous deux au sol, les jambes de Morgane entremêlées aux siennes, et son épaule frôlant dangereusement son torse à chaque mouvement, ils discutaient. Du moins elle tentait de le faire parler, tandis qu’il répondait à sa manière, mélange de ses politesses habituelles et de son ivresse nouvelle. 

La nuit était encore lointaine, bien que le ciel commença à virer à l’orange, devinable à travers les grandes baies et toits vitrés du bâtiment. Ashe se sentait bien. Un peu étrange, mais bien. 


Il ne remarqua pas tout de suite la main que la jeune femme avait insinué sous le tissu de son tee-shirt.


Dernière édition par Ashe Harst le Jeu 18 Sep 2014 - 23:44, édité 1 fois
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Re: (!) (contenu violent) Les femmes, toutes les mêmes... - Jeu 18 Sep 2014 - 23:36
Fait étrange, mais cependant véridique: le monde est petit. Très petit même. Univers infini, en expansion, dimensions parallèles, trames divergentes, convergentes, tangentes...tout cela n'avait strictement aucune force face au Grand Attracteur: les règles narratives. Ou plus communément appelées destin. Tout dépend de quel côté de la page on se trouve.
Franchement, qui irait appeler coïncidence le fait qu'un jeune apprenti-dieu, doté d'un pouvoir de séduction inné, croise la route de la monstruosité lovecraftienne répondant au nom d'Elena Altman ? Un fou ou un idiot. Il n'y avait aucun hasard la dedans, juste des fils invisibles pour les esprits (mal?)heureusement étriqués des pauvres humains et ex-humains. Une sorte de pelote de laine divine, enchevêtrement de possibles; voilà à quoi devait ressembler les « lignes du destin » perçues par madame Soleil et ses consœurs d'escroquerie. Au final, il n'y a qu'une seule véritable prédiction, et n'importe qui avec plus de trois neurones est capable de l'énoncer: tout a une fin. Même ce paragraphe.

Nos deux tourtereaux ne l'avaient peut-être pas remarqué, mais ils avaient été suivi, et ce durant une bonne partie de la journée. Ce qui est tout à fait compréhensible, admettons le: la femme était trop occupée à regarder l'homme et l'homme était trop occupé à ne pas regarder la femme. Comment, dans ces conditions, l'un d'eux aurait-il pu s'apercevoir de la présence, dans l'ombre, d'une personne qui n'en était pas une ? Les villes avaient cet avantage de désensibiliser leurs habitants à la bizarrerie. Pas au point de les pousser à l'inviter à dîner ou à lui offrir un câlin gratuit bien sûr, mais pourquoi se mettre à hurler tout en s'enfuyant ? Au milieu d'une foule ou dans le recoin mal éclairé d'un bar, elle n'était pas une alien anthropomorphique et anthropophage. Juste une femme étrange, probablement complètement droguée, qu'il valait mieux éviter pour son propre bien. Rien qui ne nécessite un mouvement de panique généralisé en somme. Sans quoi Paris ne serait désormais plus qu'un vaste champ de bataille. Du moins plus qu'actuellement.
Et effectivement, si Ashe avait été moins préoccupé, et moins alcoolisé, il se serait très probablement aperçu de la présence, au coin d'un mur, d'une espiègle voyeuse au regard assassin et au sourire sans joie.
Si la surveillante avait prévu de le « manger », Elena, elle, avait prévu de le manger. Un si bel étalon. Le poil lisse et soyeux, les muscles bien formés, le faciès délicat, la taille imposante...Tout chez ce mâle appelait à l'envie et à la gourmandise. Aucune chance de se contenter d'une seule part. Le plat entier allait y passer, au diable les convenances et le savoir vivre. Déguster aurait été un affront. Non, il fallait dévorer et engloutir, se repaître jusqu'à plus faim. Pas le temps de prendre son temps face à un tel mets.
Du sang s'écoula de la commissure de ses lèvres tandis qu'elle observait Morgane caresser son morceau de viande. Peut-être l'avait-elle vue en premier, mais rien, et surtout pas une misérable traînée, n'allait l'empêcher de s'en emparer. Elle ne le méritait pas, à se contenter de le peloter de la sorte. N'avait-elle donc aucune idée de la valeur de la pépite qu'elle tenait entre ses mains ? Probablement. Stupide cruche libidineuse.

Tandis que la surveillante s'employait à ôter le haut de l'un des élèves de l'Académie où elle exerçait, ce qui était dans la plupart des pays du monde, un crime, Elena se préparait à passer à l'action. Ne pas se hâter, ne pas fauter. Tout devait être résolu en quelques instants. Pas de droit à l'erreur, sans quoi, tout était perdu.
Profitant de l'obscurité qui s'accentuait à mesure que le soleil tombait derrière la ligne d'horizon, la véritable prédatrice s'approchait, glissant entre les ombres. Sa main gauche se promena dans la poche de son tailleur et en sortit un scalpel, souvenir d'une époque désormais révolue, laissé en sa possession par le souhait d'une « divinité » reniée depuis.

Un pas, puis un autre, leur voix couverte par les sons doux et chaleureux émanant des deux corps entrelacés.

Puis tout s'arrêta.

Peut-être qu'Ashe l'avait aperçue. Peut-être avait-il eu envie de hurler. Peut-être avait-il eu envie de se défendre. Ou de la défendre. Mais trop tard. Trop tard. Le coup avait été rapide, sans hésitation aucune car maintes fois répété. Toujours la même chose, toujours la même surprise, le même frisson, alors que la lame pénétrait la chair tendre et tranchait la jugulaire. Jamais de cri, jamais de bruit, hormis le clapotement du liquide et le bruit mouillé d'un cadavre qui s’effondre.
Face à lui, le visage de Morgane se distordit en une ignoble expression d'horreur et d'incompréhension totale. Le sang bouillonnant émanant de la gorge béante de la jeune femme fouetta sa peau tout juste dénudée tandis que derrière elle se dessinait une rangée de dents acérées surmontée de deux yeux fous. Ses mains se portèrent instinctivement sur la plaie, luttant inutilement pour survivre. Magnifique et courte agonie, effroi et terreur. Plus d'air, plus de sang, plus de vie. Plus rien. Le retour au néant tout juste quitté, le rappel de cette sensation déjà oubliée.

Le corps de la repentie chuta, secoué de quelques misérables spasmes, laissant place à une paire de bas et à une jupe anthracite, lesquels se plièrent pour laisser place à un grand et glacial sourire.

« Mon nom est Elena Altman, et je suis enchantée d'enfin pouvoir faire votre connaissance. »

Telles étaient les paroles portées par la voix enjouée de la meurtrière avec laquelle Ashe se trouvait désormais isolé. Et malheureusement pour lui, il n'était ni acteur ni gardien de prison.
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Re: (!) (contenu violent) Les femmes, toutes les mêmes... - Ven 19 Sep 2014 - 22:06

La chaleur tout d’abord, voilà ce qui le rappela à l’ordre. Etonnante et indésirable chaleur au creux de ses entrailles qui peu à peu irradie dans tout son corps, et n’a rien à voir avec l’alcool. Puis ses sensations s’harmonisèrent enfin avec son esprit, et il prit conscience des mains libertines qui parcouraient son torse déjà à moitié dénudé avec une délectation perceptible, doublée d’une expertise qui aurait promis de délicieux tourments si Ashe avait été sensible à une telle idée. 

Mais elle ne faisait que le répugner.

Il tenta de repousser le corps brûlant qui envahissait son espace vital, d’agréable façon selon la majorité des mâles de la planète, intolérable pour l’apprenti-dieu, mais son action ne permit que plus de rapprochement à la jeune femme qui profita de ses bras à demi levés pour lui arracher son tee-shirt. La seconde suivante, une bouche soulignée de rouge tentait de s’emparer de ses lèvres, l’obligeant à résister malgré ses facultés altérées par l’alcool qui manquèrent de peu lui faire perdre l’équilibre. La panique grimpait à une allure telle qu’il suffoquait, et par automatisme, il avait porté une main tremblante à sa gorge.

Ce fut ainsi la première aspergée de sang lorsqu’un deuxième sourire fleurit sous le menton de Morgane. Le temps que l’esprit embrumé d’Ashe puisse faire le point, son torse entier était recouvert de giclées pourpres, dont certaines furent étalées par la chevelure sombre de la surveillante. Puis elle s’effondra pour finir comme une poupée désarticulée sur le sol carrelé des lieux, les deux mains portées autour de sa plaie, de laquelle il ne parvenait à détourner le regard, resserrant instinctivement la prise sur sa propre gorge. Fascination morbide, soulagement innommable, un soupir traversa ses lèvres, bien avant que le choc de la mort ne le frappe.

Puis une voix s’éleva, le rappelant brutalement à la réalité.

« Mon nom est Elena Altman, et je suis enchantée d'enfin pouvoir faire votre connaissance. »

Il releva immédiatement le regard, posant ses pupilles bleues sur les indéfinissables qui lui faisaient face en le détaillant avec avidité. Une expression qu’il ne connaissait que trop bien, mais à l’éclat en cet instant plus exacerbé qu’il ne l’avait jamais vu… Surtout jamais assorti d’un si immense et froid sourire. Il demeura quelques secondes bouche bée face à cette vision, l’air semblant de nouveau avoir déserté la proximité de ses narines, puis ses yeux se portèrent sur la petite lame qu’elle tenait toujours dans une main, couvertes toutes deux de sang, revinrent à son visage, avant de détailler le vêtement élégant qui couvrait la femme. Une violente nausée le saisit soudain, lui broyant l’estomac d’une main impitoyable, mais il ne détourna pas son visage de celui qui lui faisait face. 

Puis son esprit rattrapa enfin ses émotions. En une infime poussière de seconde, la terreur disputa à la reconnaissance, et finalement, l’instinct de survie prit le dessus. Et la survie spécifique à une femme était un domaine qu’il maitrisait parfaitement bien. 

Reculant un peu, il se releva finalement, sans prendre la peine de s’essuyer, mais lâchant enfin sa gorge, la main tremblant un peu. A peine debout, malgré son équilibre rendu instable par l’alcool, il plongea dans une profonde révérence avec toute l’élégance possible en cet instant d’ivresse et de peur.

- Je me prénomme Ashe, et vous remercie, ma Dame, de m’avoir tiré des griffes de cette harpie.

Sa voix avait retrouvé un peu de clarté, Elena étant un remède plus qu’efficace contre les vapeurs d’alcool, mais il n’était pas parvenu à en cacher le tremblement. Il était sincère dans son remerciement, même s’il n’était pas sûr d’avoir gagné au change niveau griffes, toutefois il avait caché tant de ses pensées dans ces quelques mots.

Ashe n’aimait pas les femmes, ce n’était pas un secret. Mais plus que les femmes, c’était leur tentative de domination qui le terrifiait, leur besoin obsessionnel de le contrôler et d’en faire leur jouet. Et jouet, il se sentait plus que jamais, face aux pupilles affamées de sa vis-à-vis. Celle qui venait de tuer une personne devant lui, et n’avait toujours pas baissé son arme. Celle qui le dévisageait avec un appétit qui suintait chaque fibre de son être. Et celle qui, pour une raison indéfinissable, ressemblait en réalité à tout sauf une femme… Oh, bien sûr, elle en avait l’apparence physique, mais… elle n’avait pas l’attitude normale. Il savait qu’il créait le désir et la convoitise, mais jamais il n’avait perçu pareille faim, aussi animale… La seule qui l’eut jamais fixée ainsi était une ourse affamée qu’il avait eu la mauvaise idée de déranger un jour… Mais il doutait pouvoir détourner l’attention de celle-ci par une ruche pleine de miel. Il n’en avait pas sous la main, de toute manière.

Qu’est-ce que l’alcool pouvait le faire divaguer… Mais la sensation demeurait, l’irrépressible besoin de fuite, au creux des entrailles, l’horreur créée par ce regard, par ce sourire dans l’ombre duquel il croyait voir des promesses de tourment. 

Et pourtant, il restait là, toujours plongé dans sa révérence, ayant élevé la politesse et la galanterie à un rang tel qu’il ne s’en départirait pas même dans une telle situation. Son regard se reposa sur la gorge tranchée de Morgane à ses pieds, il pâlit…

La fornication semblait bien punie par la justice divine.
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Re: (!) (contenu violent) Les femmes, toutes les mêmes... - Lun 22 Sep 2014 - 11:22
Une...révérence ? Son étalon venait, à l'instant, de lui faire une révérence ?

...Magnifique. Absolument magnifique. S'était-il rendu compte de sa véritable valeur, et du gâchis que cela aurait été de laisser cette traînée s'approprier son corps ? Si tel était le cas, alors il ne pouvait être un vulgaire humain. Non, impossible. Elle avait eu l'occasion d'observer les comportements des mâles de l'espèce et rares étaient ceux qui auraient, en de telles circonstances, refusé les avances d'une telle femelle. Cet être, face à elle...quelque chose. Quelque chose de puissant, d'incompréhensible et de brûlant. Une forme de passion, d'avidité, d'envie.

Oui, l'envie...Se l'approprier. L'intégrer, le dévorer, jusqu'à faire sienne cette magnificence dont il était capable de faire preuve dans de telles circonstances. Une telle pulsion...cela faisait longtemps, très longtemps qu'elle n'avait rien ressenti de tel. Cette force qui vous projette vers l'avant, qui anime chacun de vos muscles sans que vous n'ayez votre mot à dire. Voilà ce qu'elle ressentait, ainsi accroupie dans une mare de sang, les yeux rivés sur sa proie.
Non...se retenir. Ce serait trop simple, trop primitif. Elle ne pouvait pas se permettre d'ainsi se limiter à intégrer sa chair à la sienne. Pourquoi se contenter de cela, alors qu'elle avait à sa disposition à la fois son corps et son esprit ? Plus qu'un repas, c'était un festin dont elle avait envie. Se rassasier à la fois mentalement et physiquement. Nourrir l'âme avec l'âme, la viande avec la viande.
...Et si ?...Non. Le doute est destructeur. Elle était sûre d'elle-même. Elle avait pu le voir, le suivre, apprendre ses manières. Ce n'était pas juste une comédie, mise en place pour sauver sa peau. Il y avait quelque chose de véridique dans ces remerciements, dans ces pensées qu'elle lui avait, peut-être hâtivement, attribuées. Peu importe. Pour s'en assurer, le seul moyen était de goûter, ce qu'elle avait de toute façon prévu de faire.

« Vous êtes absolument adorable, mon cher Ashe. Et quant à moi, je n'ai fait que ce que mon cœur m'intimait de faire en vous voyant ainsi vous faire maltraiter. Mais il est si rare de tomber sur des personnes polies de nos jours que je ne puis qu'accepter avec joie vos remerciements. »

Sa voix avait toute la chaleur dont Elena pouvait faire preuve. C'est à dire pas beaucoup. Oh ce n'était pas faute de volonté, elle pensait véritablement ce qu'elle disait, mais elle n'avait jamais été très douée pour transmettre convenablement ses émotions. Tant de subtilité dans les tons employés, dans les mimiques, l'attitude...Il n'était guère étonnant qu'elle n'ait pas encore appris à maîtriser parfaitement la communication humaine. Il ne serait d'ailleurs pas surprenant qu'elle n'y arrive jamais, et cela même si elle décidait de se concentrer uniquement la dessus.
Quel dommage que de devoir se contenter d'un messager aussi imparfait. Il allait donc falloir ruser, contourner ces limites, et envoyer des signaux clairs. Visiblement, il avait compris qu'elle n'avait pas l'intention, du moins pas l'intention à cet instant précis, de se jeter sur lui pour l'éviscérer. Maintenant...lui faire comprendre ce qu'elle voulait.

Nourrir la viande par la viande, communiquer à la chair par la chair, puis à l'âme par le corps. S'il était vraiment aussi magnifique qu'il en avait l'air, il allait être en mesure de comprendre. Oui, il allait comprendre.

« Vous devez avoir faim. Tout cet alcool, toutes ces émotions...Détendez-vous donc et laissez moi un instant. »

Pour séduire un homme, passez par son estomac. Comme bien des choses liées à la psychologie humaine, Elena s'était faite une interprétation très personnelle de l'expression. C'est pourquoi elle posa un genou à terre avant de retourner le corps encore chaud de Morgane.
Certes, il ne s'agissait qu'une traînée, mais il fallait admettre qu'elle avait des qualités organiques certaines. Viande délicate, probablement bien parfumée et bien nourrie, sans trop de graisse...Il lui manquait peut-être la saveur unique du gibier sélectionné, mais pas de quoi dénigrer le plat.
La lame du scalpel glissa de la base du cou jusqu'à l'aine, sous le regard concentré, mais amusé, de sa propriétaire.
Lentement, les deux moitiés de l'abdomen se séparèrent, laissant apparaître les organes internes et libérant une odeur étouffante. Le foie, les intestins, le pancréas, et, protégés par la cage thoracique, le cœur et les poumons. Ils n'avaient désormais plus que l'embarras du choix. Et tout naturellement, c'était à l'invité de choisir quel morceau il désirait. De toute façon, elle les avait tous essayés au moins une fois, alors autant lui permettre de découvrir la saveur de la partie qui lui faisait le plus envie.

Désormais assise face au cadavre comme elle l'aurait été devant une table, Elena offrit son plus beau sourire à Ashe tandis qu'elle s'employait à libérer chaque organe de ses entraves de chair. C'était, à son humble avis, la meilleure façon de déguster l'humain. Encore chauffé par sa propre vie, directement dans son enveloppe. Pas de fioritures, pas de camouflage. Juste la saveur véritable de la viande. Il ne pouvait qu'adorer.

« Prenez donc place, cher gentleman. Quel morceau désirez-vous ? »

Le scalpel à la main, le sourire aux lèvres et les yeux brillants d'impatience. Comment son étalon allait-il, cette fois, réagir ? S'enfuir ? S'évanouir ? Se prêter au jeu ?...
Toutes les possibilités étaient, en soi, acceptables. Certaines étaient plus positives, c'était un fait, mais aucune n'était susceptible de véritablement ternir sa beauté.
Ah le sang...quel sublime vêtement...
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Re: (!) (contenu violent) Les femmes, toutes les mêmes... - Mar 23 Sep 2014 - 13:13
La voix de son interlocutrice s’éleva à nouveau, plus froide que la glace, sonnant si faux qu’un frisson de terreur lui parcourut l’échine. Ces mots pourtant lui firent relever le regard vers elle. Elle cachait bien… sa joie ? Oh bien sûr, son large sourire devait manifestement vouloir l’exprimer, mais toute la chaleur d’un bonheur naturel était absente de sa physionomie entière.

Ashe envisageait de plus en plus l’option fuite, même s’il n’était pas sûr de pouvoir la distancer à la course. L’idée de demeurer plus longtemps près d’elle le mettait terriblement mal à l’aise, tant la sensation d’inconfort qui lui tenait les tripes amplifiait à chaque nouveau geste ou à chaque nouvelle parole d’Elena. Tout en elle respirait l’étrange, le malaise, quelque discordance sur laquelle il n’arrivait pas à mettre le doigt.

Aussi lorsqu’elle reprit encore la parole, eut-il un mouvement de recul, se redressant de sa révérence pour soutenir son regard, mais abandonnant bien vite ce geste. Savoir qu’elle se tenait tout près était une chose, s’en assurer de ses propres yeux s’en avérait être une toute autre, dont il ne se sentait pas capable. S’il avait faim ? Pas vraiment. Se détendre ? Hors de question. Il garda le regard perdu quelque part derrière la dame, jusqu’à ce qu’elle se mette en mouvement, attirant immédiatement son attention. 

Elle posa un genou au sol, observant le cadavre au sol avec intérêt, puis le retourna. L’instant suivant, sa lame mordait la chair tendre de Morgane, l’ouvrant proprement sur toute la longueur de l’abdomen. Ashe coupa sa respiration avant même que l’odeur ne lui parvienne, habitué de la chasse et des nécessaires dépeçages, ouvrant tout de même de grands yeux. Il parvint à retenir son souffle quelques instants, mais bien vite, il dut avaler une grande bouffée d’air frais qui lui donna immédiatement la nausée. 

Le bruit de la chair tranchée, les dernières résistances d’un corps encore chaud le mirent un peu plus mal à l’aise, tandis qu’Elena entreprenait désormais de mettre de l’ordre dans les organes internes de la surveillante pour en tirer les meilleurs morceaux. Elle s’était installée face au corps dans la plus parfaite spontanéité, assise dans une mare de sang qui ne semblait pas la gêner.

Il inspira de nouveau, se sentant à deux doigts de vomir, mélange d’une odeur nauséabonde et de relents d’alcool que son corps ne supportait vraisemblablement pas du tout. Puis se ressaisit. Ce n’était tout de même pas le premier cadavre qu’il voyait, ni le premier dont il discernait les entrailles… Il avait perdu bon nombre de camarades du clan dans des circonstances plus ou moins tragiques, et connaissait le rituel. Le fameux rituel, celui qui suivait de peu le sacrifice et la gorge tranchée. S’il n’y avait jamais assisté, la Matriarche le lui avait expliqué. Il frissonna instinctivement, jetant un regard neuf sur l’amas de chair désormais déployé devant lui. 

Elena attendait visiblement qu’il se décide, lui offrant un sourire sans chaleur mais un regard de braise. Il se reconcentra sur le cadavre, avec la ferme intention de ne pas vomir. Ces boucles de cheveux, ce regard pénétrant, cette peau cuivrée… Un long frisson le traversa, tandis que ses mains se crispaient en poings serrés. Yliandre… Est-ce ainsi que tu as fini, Yliandre ? Yliandre… Tu as détruit mon existence, pris ma vie, mangé mon coeur. Yliandre…

Le frisson devint colère. Oubliées les réticences, oubliée Elena, oubliée la réalité… Les images se bousculèrent dans son esprit, son corps abandonné au sol, la gorge tranchée et le torse découpé, un trou béant à l’emplacement du coeur. Il vit Yliandre, couverte du sang de l’enfantement, couverte de son sang à lui, se repaissant de sa vie avant de nourrir son enfant, une grimace cynique sur les traits, une expression de délectation en dévorant cet organe encore chaud. Il devina le goût étrange sur sa langue, les restes sanglants au bord de ses lèvres, et la résistance de la chair sous ses dents. Il imagina tout cela, et la fureur s’empara de lui.

Tomber à genoux, tendre la main vers Elena, le regard déterminé et l’étincelle de folie au fond des yeux, attraper sa lame. Malgré son geste résolu, il calcula mal sa trajectoire. Son index flirta trop près du tranchant de l’outil, et une profonde zébrure rouge naquit à sa base. Ignorant cette légère morsure, il referma finalement le poing autour du scalpel qu’il convoitait, enfermant presque la main d’Elena dans la sienne durant l’opération. Il récupéra finalement l’outil, releva son torse en prenant appui sur son bras libre posé dans la mare de sang, puis se retourna vers celle qu’il prenait désormais pour Yliandre. Délicieux frisson au creux des reins, satisfaction perverse au coeur des entrailles. Un sourire désaxé traversa son visage, et plus nulle trace de séduction n’eut sa place en cet être. Son esprit avait décroché.

Avec une douceur presque amoureuse, il attrapa la joue du cadavre, y laissant de longues trainées sanglantes dont il n’eut cure. Son attention toute entière reposait sur les yeux sans vie tournés vers un au-delà qu’il n’imaginait pas.

L’âme privée de ses yeux cherchera nouvelle destination.

Une réminiscence, une certitude. Yliandre, méprisable Yliandre… La pointe de la lame se glissa au coin de l’oeil, le perça sans y prendre garde, déversant l’humeur aqueuse sur la joue juste en dessous, puis à force de mouvement, parvint à le déloger de son orbite. L’opération fut reproduite sur le second avec le même succès. Lorsque les deux organes, désormais abimés, se retrouvèrent au creux de la main d’Ashe, il les fit rouler un instant en les observant.

Par les flammes immolés, les yeux détruits libèreront l’esprit.

Un sourire satisfait aux lèvres, Ashe jeta au loin les deux globes. Le premier s’écrasa avec un bruit mou sur une vitrine de magasin, glissant sur quelques centimètres avant d’y rester collé. Le second disparut derrière un muret.

L’âme privée de sa langue cherchera nouvelle expression.

Langue de vipère, Yliandre, détestable Yliandre. Il ouvrit les lèvres rouges de deux doigts sanglants, attrapa la langue en la tirant le plus loin possible, et d’un geste vif, la trancha.

Par la terre enterrée, la langue enfouie guidera l’esprit.

Un rire dément traversa ses lèvres alors qu’il remettait le morceau de chair dans la bouche qu’il referma dans un claquement sec. La partie la plus intéressante demeurait à venir… 

L’âme privée de son coeur trouvera nouvelle vocation.

Inconscient de la présence de la femme près de lui, inconscient de l’identité de Morgane, il plongea la main dans sa cage thoracique. Ses doigts se refermèrent autour de l’organe, sentirent sa mollesse, puis tirèrent pour l’arracher. Si veines et artères résistèrent au début, sa force finit par en avoir raison, les déchirant dans un bruit écoeurant. Une côte lui griffa l’avant bras, créant une nouvelle ligne de sang.

Par les dents ingéré, le coeur consommé apaisera l’esprit. Ainsi pourra-t-il goûter au salut.

La chair crue avait le goût un peu métallique du sang. Depuis qu’il était à l’Académie, il n’avait plus mangé que de la viande cuite, mais ce retour aux sources lui fit du bien, même si son estomac semblait très réticent à telle nourriture. L’organe résistait sous la dent, l’obligeant à mâcher avec application. Mais ainsi mettait-il fin au salut d’Yliandre. Un sourire fou attrapa ses lèvres.

Puis il releva par mégarde les yeux, tombant soudain sur l’image d’Elena en train de l’observer. Un instant de flottement. Un moment de vide où son esprit embrumé tenta de se raccrocher à la réalité. Qu’est-ce que… ?


La scène entière lui revint à l’esprit, et l’air lui manqua. Il se força à avaler ce qu’il avait en bouche, puis regarda le cadavre. Qu’avait-il fait ?
Ashe eut un violent haut-le-coeur qu’il réprima tant bien que mal. L’odeur du sang dont il était couvert, associée à celle du cadavre le firent pâlir, et il tendit les restes du coeur à moitié consommé à la femme en face de lui, d’une main un peu tremblante.

- Je vous en prie, partageons.


Il ne se sentait pas bien, et cela encore représentait un doux euphémisme pour qualifier sa situation. L’alcool. L’alcool… Yliandre.
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Re: (!) (contenu violent) Les femmes, toutes les mêmes... - Lun 29 Sep 2014 - 17:52
Sublime. Tout, chez cet être, était sublime. De corps et d'esprit. Et elle allait le dévorer. Dévorer sa chair, dévorer ses pensées, dévorer ce qu'il était, ce qu'il avait été et ce qu'il allait être. S'imprégner de sa beauté, de sa magnificence, de sa résistance...et se réjouir de l'instant où tout allait céder. Ses normes, sa raison, sa logique. Brisés, émiettés, balayés par la vision d'horreur qui s'imposait à lui.
A l'instant où ses genoux touchèrent le sol, elle savait qu'il était désormais à elle, et à elle seule. Le détruire, afin que jamais plus d'autre être ne puisse le gâcher, le souiller. Il était. Il n'y avait qu'elle pour pouvoir l'apprécier à sa juste valeur.
Le protéger, en le détruisant. L'apprécier, en le remodelant. L'aimer...en le tuant.

Tuer. Détruire. Corps et esprit, chair et pensées. Et reconstruire, conserver. Chaque éclat, chaque fragment allait être une part de la mosaïque qui se dessinait devant ses yeux. La viande et l'âme ne sont guère différentes de l'argile, pour celui qui sait s'y prendre. Et tellement bien plus satisfaisantes à travailler...

La main d'Ashe se posa sur la sienne. Frisson. Délicate, mais ferme, portant avec elle plus de messages qu'ils ne pourraient jamais s'en échanger par la parole. Un instant magique, où tous deux se comprirent.
Oui...il comprenait. Il comprenait ce qu'elle avait en tête, ce qu'elle voulait, ce qu'elle ressentait, pensait, vivait. Lui, l'humain. Il ne pouvait pas ne pas comprendre, c'était impossible. Aucune barrière entre eux, aucune langue, aucun mot. Tout passait par la viande, par le sang, par l'organique. Même un humanoïde ne pouvait rester sourd à son appel.

Sans un mot, fixant Ashe droit dans les yeux, Elena guida sa main. Trancher les artères, couper la peau, les tendons, les muscles. Libérer les organes encore prisonniers du corps...puis la lame.
Une étrange confiance régnait entre eux à ce moment la. Elle pouvait la sentir, la palper. La chair ne ment pas. Et à cet instant, elle lui criait de laisser faire, de donner, afin de mieux recevoir.
Caressant sa main, mêlant le sang de l'étalon et celui de la truie, ressentant chaque pulsation de leur peau tremblante d'excitation, elle lâcha le scalpel. A son tour de sculpter, de modeler, de s'exprimer. A son tour de montrer ce qu'il ressentait à son égard ! Trancher, couper, déchirer. Tuer à nouveau la bête, sacrifier son sang et sa viande. Leur ère allait commencer, sanctifiée par cette offrande.

Ah...quelle splendeur. Quelle splendeur de voir ainsi ses inhibitions céder.

Tandis qu'Ashe s'employait à crever les yeux de Morgane, Elena portait sa main à ses lèvres meurtries. Délicatement, sa langue s'étendit et vint lécher le sang mêlé qui la recouvrait. Celui de l'animal et celui de l'homme, savamment mélangés avec la saveur de leur peau et de leur sueur. Un liquide écœurant pour toute personne non-initié. Un nectar, l'essence même de leur rencontre et de cet instant, distillé par la passion et l'horreur, pour ceux ayant la capacité d'en percevoir les arômes. Sel, fer, eau...c'était un peu de leurs vies qui se trouvait la, au creux de sa paume. Un peu de leurs vies, qu'elle allait ingérer, déguster. Un véritable délice, amplifié par le spectacle qui se déroulait devant elle.
Maladroit, mais animé par la folie et l'envie, par la frayeur et la colère. Authentique. C'était le terme le plus approprié. Il était...véritable, dénué de toutes les barrières qui restreignent normalement les hommes. Plus de raison, plus de lucidité. C'était l'âme de son âme qui s'exprimait par l'acier, tranchant la langue et arrachant le cœur.

Un bruit mouillé se fit entendre lorsque veines et artères cédèrent, laissant s'écouler du sang tiède et coagulé dans le torse béant de la bête mutilée. Une sorte d'accompagnement pour le reste des organes, disposés fièrement, prêts à être attrapés et consommés. Une vision d'horreur et de cauchemar pour n'importe quel être sensé; la promesse d'un dîner parfait pour Elena et son invité.
A lui l'honneur ! A lui de bénir leur relation fraîchement née.
Quelque part, dans un recoin de son esprit, sa raison pleurait. Pleurait la fin d'une ère et le début d'une nouvelle, la perte de son humanité et de ses normes. Pleurait le départ vers un voyage sans retour, aux confins de la démence et de l'autre.
Et face à lui, Elena, extatique, le visage distordu par un sourire si étendu qu'il lui déchirait les joues jusqu'aux oreilles, laissant entrevoir plusieurs rangées de dents acérées, suintantes de sang et de salive, prêtes se jeter au cou de celui qu'elle admirait.
Le son du coeur en train de se rompre sous les dents d'Ashe était une véritable symphonie à son oreille. Chaque fibre hurlait sous la pression, gémissait de douleur, se tordait d'agonie.

Et il souriait de plus belle, charmé par le goût écoeurant de l'organe qu'il tenait entre ses dents, massé par le sang qui s'écoulait le long de son cou et sur son torse sculpté.
Merveilleux...merveilleux séducteur, tout juste vêtu d'une toge de sang, ornée de caillots, avec pour seul parfum la vie tout juste fauchée. Nul besoin de costumes et de fragrances. Voilà quel était le plus beau des vêtements !

Alors qu'Elena luttait pour ne pas simplement céder aux pulsions qui l'enjoignaient à le dévorer, quelque chose...se brisa. Ou plutôt, quelque chose refusa de se briser.
Non...il n'était pas prêt. Pas encore.
Elle regarda la main qu'elle avait léché, puis Ashe, puis le cœur qu'il lui tendait désormais. Plus de passion, plus de démence.

Elle baissa légèrement la tête, sans cesser de le fixer. Elle allait y parvenir. Qu'il le veuille ou non, elle allait le briser. Briser chacune de ses inhibitions, chacune de ses pensées. Briser son humanité, et le reconstruire à l'image de ce qu'il méritait véritablement d'être.
Puis elle allait s'en repaître, l'absorber, afin de l'obtenir et le conserver.

Plutôt que de prendre l'offrande elle-même, Elena se pencha en avant, par dessus le cadavre de Morgane. Chacun de ses gestes était accentué par un bruit humide, causé par la mare de sang dans laquelle elle était assise.
Peut-être n'était-il pas encore prêt, mais la situation lui convenait. Prendre son temps, à la chasse, à la guerre ou en amour. Et en l'occurrence, partager un cœur avec celui qui lui avait volé le sien était...suffisamment intéressant pour qu'elle ne reste pas fixée sur son « échec ».
Taquine, elle approcha lentement du cadeau d'Ashe et y déposa ce qui ressemblait, malgré ses lèvres déchirées et ses joues meurtries, à un baiser. Puis, sans détacher son regard de celui de l'homme, elle ouvrit les mâchoires. Grand. Plus grand que ce que permettait une anatomie humaine normale. Un craquement ignoble se fit entendre alors que ses os se déboîtaient et que sa chair se déchirait. Une abîme de crocs et de mucus se referma alors sur le cœur, qui s'écrasa instantanément, laissant échapper le sang qu'il contenait encore et recouvrant la main du pauvre homme d'une couche de liquide visqueux écarlate.
Un bruit de déchirure mouillée et d'os broyés se glissa hors de sa bouche alors qu'elle terminait d'avaler ce qui avait été l'organe vital de la surveillante.

Et de nouveau, elle se mit à sourire, des lambeaux de peau pendant mollement le long de ses joues, laissant entrevoir ses gencives et la chair à vif.
La douleur se mariait avec le plaisir, et le cocktail ainsi obtenu se répandait dans chacune de ses veines, la faisant tressaillir d'extase. Impossible de se contenir. Elle n'avait jamais été très douée pour conserver ses enveloppes intactes. Trop fragiles, trop sensibles. Incapables de se maintenir face à ce qu'elles étaient censées dissimuler. Peu importe. Il avait le droit de savoir. Il allait devoir apprendre, un jour ou l'autre. Pourquoi pas maintenant ?

« N'est-ce pas romantique ? Une sorte de pomme d'amour, que nous avons ainsi partagée, scellant ainsi notre relation naissante. »

Sa voix avait perdu en clarté, et sonnait de plus en plus comme le clapotement de l'eau putride d'un marais, et ce malgré ses efforts pour se donner un ton enjoué. Hah. Peut-être qu'il n'était pas le seul à avoir vu certains fers se briser.
Peu importe. Elle aussi, devait se montrer authentique. Elle aussi, devait accepter le regard sur sa chair nue. Il n'y avait pas de raison. Pas de raison qu'elle soit épargnée...Pas de raison qu'il soit épargné.

Sans se lever, elle s'approcha lentement de lui, glissant par dessus le cadavre, agrippant au passage le foie dans sa main gauche.
Proche. Très proche. Pratiquement collée à lui même. Elle pouvait ressentir chaque battement de son cœur, chaque expiration, chaque pulsation. Le lien était la, ne restait qu'à le concrétiser.

« Partageons. Partageons tout, et réjouissons nous de nous être ainsi rencontrés. »

Délicatement, elle porta l'organe entre leurs deux visages, et approcha les lèvres de la partie la plus proche d'elle avant d'y planter ses crocs, le regard rivé sur celui d'Ashe.
Mordre la vie à pleines dents. Voilà encore une expression qui prenait un tout autre sens, une fois passé par le filtre d'une vision alien
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Re: (!) (contenu violent) Les femmes, toutes les mêmes... - Ven 3 Oct 2014 - 17:40
S’il avait su… S’il avait su ce qui l’attendait, il aurait fui dès que la vie quittait le corps de la surveillante. Sans demander son reste, il aurait disparu en traversant un quelconque mur, couru jusqu’à un endroit sombre, et se serait enfermé dans les ténèbres en implorant tous les dieux que ce monstre l’oublie.

Mais voilà, il n’avait pas su, et c’était bien là tout le problème. Allié au fait qu’il avait maintenant découvert que les dieux étaient pour la plupart une belle bande d’incapables encore en train d’abimer leur fond de culotte sur les bancs de l’Académie. L’anthropophagie n’était pas à proprement rédhibitoire pour lui, les vies humaines valaient bien quelques sacrifices, et en période de famine, on n’était guère regardant sur ce qui arrivait sous la dent. Mais tout de même, y prendre un tel plaisir…

Elena affichait désormais un sourire proprement impossible pour n’importe quel être humain. Sa peau s’était déchirée sous la force de sa joie, dévoilant des tourments qu’Ashe n’aurait jamais imaginé, plutôt pauvre dans ses imageries d’horreur. Un ours en colère, ça c’était digne d’un cauchemar. Ou même Yliandre à moitié nue lui courant après pour qu’il l’honore de sa semence. Là, on atteignait les pires hantises de son existence. Cette armée de crocs, cette chair à vif… C’était encore autre chose.

Elle approcha son visage de sa main, déposa ce qui devait être un baiser sur les vestiges du coeur de Morgane, le regard fiché dans le sien, puis accomplit un nouvel exploit qui la classait au rang d’erreurs de la nature. Sa mâchoire se décrocha, et elle engloutit l’organe en répandant ses derniers fluides sur la main grande ouverte du jeune dieu. Ashe frissonna, pris au piège de ces grands yeux dérangeants. Répulsion… mais, pourtant, pas complètement pourtant… Cette femme, cette étrangère, cette créature, qui et quoi qu’elle soit, l’intriguait, d’une indéfinissable façon.

Elle avala le coeur, puis offrit à Ashe un sourire écoeurant. Lèvres déchirées, peau en lambeaux, morceaux de chair plus que visibles. Pour la première fois, une femme se mettait complètement à nue pour lui. Elle ne s’était pas cachée derrière les faux semblants, derrière les artifices propres à son sexe. Pas de mensonge, pas de tromperie, et pas de réelle domination, non plus. Oh bien sûr, il n’était pas dupe. Elle voulait quelque chose de lui, elle le désirait ardemment même, et nul doute que s’il la laissait faire, il y laisserait plus qu’il n’avait perdu avec Yliandre. Et pourtant… cette troublante sincérité le laissait pantois. 

Sur un pied d’égalité avec quelqu’un qui le convoitait… On ne cherchait pas à le prendre de force, on lui donnait la possibilité de s’offrir lui-même. Et même si la voix de la créature avait perdu toute trace d’humanité, et même si elle lui faisait désormais résolument peur, il s’en fichait. Complètement. Il se sentait, pour la première fois, pleinement vivant, et maître de ses choix. Il avait la possibilité de fuir en cet instant, elle ne le forçait pas à rester. Mais elle l’aimait. Vraiment. Il le sentait, de façon indéfinissable, sans pouvoir vraiment l’expliquer, il y avait quelque chose de vrai derrière ses mots… Le regard qu’elle lui lançait se parait de trop d’intensité pour n’être qu’un désir passager comme il en voyait si souvent. Il pouvait séduire n’importe qui, en un infime instant, juste en le regardant. Mais cela n’était qu’artifice… Aucune sincérité derrière tout ça, juste l’attirance de la peau, et l’éblouissement d’un beau sourire.

Elena, elle… Elena… se rapprocha soudain, et leurs corps bientôt ne furent plus qu’à une infime distance. Il n’avait qu’à se pencher en avant pour que sa peau entre en contact avec le tissu de son vêtement, et cette proximité inattendue lui tira un frisson. Il baissa un oeil vers son torse couvert de sang, puis revint au visage de la créature. Elle lui offrit un autre morceau de chair, y planta même les crocs, organe placé juste entre eux. Juste à se pencher, quelques centimètres, et il pourrait accéder à sa demande.

Un dernier lambeau de conscience essaya de s’y opposer, un morceau de raison ayant échappé à l’alcool, à la peur et à la folie, mais le regard d’Elena le fit taire, le musela si fermement qu’il fut bientôt enfermé à double tour. Dans l’esprit d’Ashe, plus rien ne fonctionnait normalement. Il n’y avait que le regard affamé d’Elena, sa douceur troublante à son égard, et cet intérêt qu’il percevait, cet amour même qui transpirait de chacun de ses gestes, c’en était trop pour la fierté écornée de l’apprenti-dieu. Toujours objet, toujours victime, il était porté aux nues dans les attentions de cette femme, devenu puissant par sa seule présence, et devenu homme par son seul regard. 

Pouvait-il alors lui résister ? Quand toutes essayaient de le brimer, alors qu’il se montrait envers chacune aussi poli et courtois que possible, pouvait-il vraiment être déplaisant à celle-là même qui croyait en lui au point de se dévoiler ? Non, bien sûr que non… 

Elena…

Il passa un bras puissant autour de la taille de son étrange conquête, réduisant la distance entre leurs corps en l’attirant à lui d’un geste ferme, puis sans que ses yeux ne cillent un instant, il planta ses propres dents dans le morceau de chair. Ecoeurant. Dès que les fluides se libérèrent de leur enveloppe charnelle pour s’écouler sur sa langue et dans sa gorge, il eut un haut-le-coeur qu’il étouffa de nouveau avec force. Sans mâcher plus que nécessaire, il avala rapidement, puis offrit un sourire presque tendre à la jeune femme. Le sourire qu’il savait dévastateur, mais il ne pouvait s’en empêcher. Il n’était plus là, plus totalement… Il était transporté par l’amour qu’il percevait, véritable éponge aux sentiments qu’il inspirait, sous le charme de celle qu’il avait charmée, jouet entre ses mains plus qu’elle ne le serait jamais entre les siennes. 

Il ne voulait plus que lui faire plaisir désormais. 

Elena…

Quelque chose s’était brisé, quelque part, profondément enfoui. L’image d’Yliandre, hantise habituelle, s’était effacée pour laisser place à un regard affamé un peu dément. Un regard d’un autre monde, braqué sur lui, le dévorant, le cherchant.

Elena…

Son coeur battait violemment à ses oreilles, et la nausée l’avait saisi. Sa main libre tremblait, et au fond de son esprit, quelque chose hurlait toujours. Mais il s’en moquait désormais. Il était bien. Juste bien. Sans quitter sa conquête des yeux, il murmura d’une voix involontairement charmeuse, sa main tremblante dirigée vers le cadavre : 

- Que souhaitez-vous que nous partagions ensuite, Elena ?

Sa voix se fit enjôleuse en prononçant son prénom, comme si c’était là le mot le plus doux que l’on puisse susurrer à quelqu’un. La Séduction, arme dangereuse, instrument à double tranchant. S’était-il retrouvé enfermé dans l’amour de sa propre personne ? Il s’en moquait.


Elena…
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Re: (!) (contenu violent) Les femmes, toutes les mêmes... - Lun 6 Oct 2014 - 21:06
Cela faisait bien longtemps. Bien longtemps qu'elle n'avait pas été dans une telle situation, qu'elle n'avait pas ressenti de telles choses...et surtout, qu'elle n'avait pas été bénie d'un peu de réciprocité.
Il lui arrivait souvent de s'éprendre de quelqu'un, pour quelques heures, voire quelques jours. Parfois un peu plus. Mais ce n'était qu'un pic émotionnel, à sens unique. Et la conclusion était toujours la même: un repas à la saveur sublime, mais rien de plus. Rien de psychique, seulement de l'organique. Pas de dialogue, pas de communication, pas de partage. Elle était toujours la seule à se nourrir, à vampiriser l'autre, de sa chair, de son sang et de sa vie.
A quand cela remontait-il ?...Le Docteur J. Ils avaient partagé un repas, et plus encore. Mais c'était il y a des années. Avant qu'elle ne transcende sa mortalité pour devenir ce que certains appellent une déesse en devenir. Non, depuis, elle avait toujours été seule. Repue, mais seule. Seule à profiter, seule à dévorer. Même lui, qui avait l'air de comprendre davantage que ses semblables, l'avait laissée seule. Oh, elle ne lui en voulait, elle n'avait jamais espéré être suivie par cet homme qui l'avait tuée. Mais cela ne l'empêchait pas de regretter cette absence complète d'êtres à sa mesure.

Jusqu'à cet instant. Cet instant où l'homme face à elle décida d'engager la conversation. Décida de la toucher. De l'enlacer même.
A cet instant, elle comprit. Elle comprit qu'elle n'était, pour au moins un bref moment, plus seule. Il avait saisi son message. Il l'avait accepté. Sa raison s'était finalement tue, écrasée par le poids de la réalité. Il n'y avait, il le savait certainement, plus de place pour l'humanité et ses normes. Tout cela n'avait que faire dans leur relation, désormais officialisée par le sang et la chair sacrifiés. Une relation démente, hors de toute logique, de toute compréhension. Quelque chose de plus fort qu'une simple attraction, de plus complet que l'amour et de plus destructeur que la haine.
Elle était...satisfaite. Étrangement satisfaite. Il n'était pas encore parfait, il n'avait pas encore été modelé comme elle le désirait, mais il prenait le chemin qu'il fallait. Celui qui allait lui permettre, un jour, de la toucher réellement. De toucher sa peau, sa viande et son esprit. De comprendre ses paroles, de comprendre ses émotions et ses pensées. Le briser, pour le reconstruire, et l'amener à être plus que ce qu'il n'est.
Puis le dévorer. Le laisser dévorer. S'entremêler dans une parodie de coït, aux relents mortels. Quelque chose d'incompréhensible, d'indicible, dans n'importe quel langage humain. Un ressenti à la fois alien et si familier.

Se contrôler. Voilà ce qui allait être véritablement complexe. Réussir à tenir en laisse ces pulsions qui agitaient son corps. Résister à l'appel de la viande et du sang, à cette poussée viscérale qui lui hurlait d'oublier tout développement et de se laisser contrôler par les besoins primaires. Dehors la pensée, la réflexion. Dehors les sentiments, la raison.
Non, elle ne pouvait pas se le permettre. Pas après ce qu'il venait de faire. Elle savait, quelque part, que c'était sa seule chance. Sa seule et unique de chance de ne pas rester seule. De ne pas, à nouveau, devoir subsister simplement de cadavres. Besoin de corps...mais envie d'esprit. Inassouvie depuis si longtemps...Depuis si, si longtemps...Non. Hors de question de céder à la facilité. Hors de question d'écouter cette pulsation, qui tambourinait à son enveloppe jusqu'à la faire se craqueler. Si la déception s'installait, elle n'aurait qu'à se laisser aller, et déchirer celui qui en était la cause. Mais l'inverse était impossible.
Tenter. Au risque de se planter. Au risque de devoir réessayer, encore, et encore. De devoir aimer, et d'être obligée de dévorer. De se trouver attirée par des spectres, des illusions, et de devoir se rabattre sur la viande.

Oui...c'était son étalon. Une bête magnifique, qu'elle allait dompter, avec laquelle elle allait partager plus qu'elle n'avait partagé. Et conduire à l'abattoir une fois vieux et boiteux, afin de conserver à la fois son esprit dans son esprit et sa chair dans sa chair. Garder à la fois l'image de ce sourire éclatant et la saveur de ses lèvres; le son de sa voix et le goût de sa gorge; la vivacité de ses pensées et la délicatesse de sa cervelle.

Pas une seule fois ses yeux ne dévièrent des siens, tandis qu'elle emplissait à la fois son âme et son estomac. Le foie de Morgane sustentait son corps; le visage d'Ashe son cœur. Charmant dégoût, adorable grimace. Celle d'un homme qui à la fois se forçait et appréciait. Elle pouvait entendre son estomac gémir et son sang bouillir. Chaque bouchée se ressentait dans sa peau et ses muscles.
Dégoût et amour, attirance et répulsion...Tout ceci n'était qu'un entraînement, un début. L'ouverture avant la symphonie. Bientôt, tout allait s'emballer, passer du fictif au réel. Le temps des exercices touchait à sa fin.
Il ne restait désormais plus que quelques tâches de sang et de bile. Et, quand bien même leurs dernières bouchées n'avaient pas encore atteint l'estomac, la main de son étalon se dirigeait déjà vers la table pour se saisir du prochain plat. Tremblante...mais certaine; témoignant de son humanité écrasée.
C'était...magnifique. Absolument magnifique.

Sa bouche n'avaient plus rien d'humaine, et n'était désormais plus qu'un amas de lambeaux de chair, de crocs et de salive. Et pourtant, elle souriait. Peu importe ce qu'il pouvait voir. Il n'était plus soumis à ces stupides restrictions. Elle le savait. Il le savait. Que ce visage déchiré exprimait la joie, la satisfaction...et l'affection.
Sublimes. Sublimes étaient leurs sourires. Sublimes étaient leurs sentiments et leurs corps. Transcendant les critères humains, se rejoignant par delà les normes et les a priori.
Non, elle ne pouvait absolument pas le détruire. Pas maintenant. Ni jamais.

Sa main glissa sur celle d'Ashe et l'enserra, la couvrant de sang et de bile. Elle la caressa un instant, avant de la guider vers elle.
Plus question de se contenter de ce misérable cadavre. Peut-être plus tard, à emporter et cuisiner. Une sorte de souvenir culinaire de cette rencontre. Non, l'entrée était terminée. Place au plat de résistance.
Lentement, délicatement, elle porta la main de l'homme à ce qui restait de ses lèvres. Sa langue glissa sur ses doigts, se délectant des liquides et de sa peau. Puis, avec la grâce et l'amour d'un baiser, ses mâchoires se refermèrent. Un craquement d'os et de chair déchirée. Le bruit mouillé du sang qui s'écoule. Le crissement des crocs contre le cartilage.
Et à aucun instant elle ne détourna le regard. Il était à elle. A elle seule. Elle dévorait et embrassait, découpait et caressait. C'était sa manière de l'aimer.

Lorsqu'elle s'arrêta, il ne restait rien. Rien de plus qu'un moignon sanguinolent et de misérables haillons de peau.

Et son sourire vermeil, alors qu'à son tour, elle lui tendait sa main droite, l'approchant de son visage.

« A votre tour. »

Nul impératif dans sa voix. Elle n'en avait pas besoin. Elle savait qu'il allait accepter et comprendre. La était le véritable dialogue, le véritable partage. C'était elle, qu'elle voulait offrir, désormais. Elle, qu'elle voulait qu'il prenne et ingère, afin que sa chair devienne sa chair.

Sustenter la viande par la viande et l'esprit par l'esprit. Il n'y avait pas d'autre possibilité, pas d'autre réalité.
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Re: (!) (contenu violent) Les femmes, toutes les mêmes... - Mer 8 Oct 2014 - 16:21
Son estomac grognait. Son esprit hurlait. Son corps entier se révoltait. Mais son coeur… sereinement se repaissait de la vue de cette demoiselle si aimante avec lui. La flamme dans ses grands yeux affamés avait laissé place à un brasier dévorant. Il voyait qu’il la contentait, il sentait qu’il la charmait, il savait qu’il était tout pour elle, et elle devenait tout pour lui en conséquence. Il voulait vraiment lui faire plaisir, plus que tout, c’était là ce qui le motivait, l’animait. Et tant pis si elle était proprement effrayante… Yliandre, à sa manière, avait réussi à l’être tout autant. Enfin… presque autant.

Elle prit sa main, y fit courir sa langue. La sensation, délicieuse, fit naître un frisson au creux de ses reins, et il ferma les yeux pour mieux en profiter. Leur peau en contact le laissèrent rêveur un court instant. Celui d’après, il criait de douleur en rouvrant un regard affolé sur elle. Son doigt disparu était parcouru d’étranges picotements, tandis que sa main irradiait d’une souffrance difficilement supportable.

Les pupilles d’Elena demeuraient braquées sur lui, toujours animée de cette passion étrange, tandis qu’elle engloutissait peu à peu sa main avec une application amoureuse. Il serra les dents pour réprimer de nouvelles exclamations de souffrance. Sa tête tournait désormais, tandis que son esprit affolait tentait de trouver explication à tout ça… Elle le mutilait ! Elle le détruisait ! Et lui, il la laissait faire, admirant son beau regard au lieu de partir en hurlant !

Et pourtant… il n’avait pas envie de la quitter. Pas tout de suite. Son bras autour de sa taille se raffermit, la resserrant un peu plus contre lui. A moins que ce ne soit un spasme de souffrance ? Sa tête ne parvenait plus à analyser toutes les informations contradictoires que son corps tout entier lui envoyait, il tremblait un peu, et sa main disparue semblait toujours bien vivante, malgré ce qu’en disait ses yeux. Il sentait des picotements, des infimes perceptions, quelque part…

Lorsqu’elle lui tendit la main, il voulut en approcher le visage, mais un soudain bouleversement à l’estomac le fit finalement reculer. Il se tordit sur le côté, tournant la tête loin d’elle, et sans pouvoir le réprimer, rendit tout ce qu’il avait avalé. Les morceaux de chair lui brûlèrent la gorge et la bouche, firent monter les larmes à ses yeux, tandis qu’il se pliait de douleur, honteux. Terriblement honteux. Mettre en l’air le repas de son aimée de telle façon. Et pourtant… pourtant à chaque fois qu’il tentait de reprendre son souffle, une nouvelle nausée le saisissait. L’odeur, encore plus nauséabonde que tout le reste, entretenait ce malaise.

Lorsqu’enfin sa souffrance au ventre se tarit, il releva un regard embrumé de larmes vers elle, vraiment consterné. Il… se sentait minable. Misérable. Il essuya ses lèvres du revers de son avant-bras amputé, souhaitant plus que tout disparaître. Et pourtant, ses beaux yeux bleus imploraient pardon en cet instant. Sa voix éraillée par une gorge démolie s’éleva, tremblante :

- Elena, je… je suis désolé, je…

Une nouvelle vague de souffrance le saisit à l’estomac, et parcourut tout son corps, le pliant encore en deux. Son visage se retrouva dans la gorge de la jeune femme, tandis qu’il étouffait halètements et gémissements de douleur. Son organisme était en train de lâcher. Le sang s’écoulait par flots réguliers depuis son poignet raccourci, embrumant peu à peu son cerveau de moins en moins irrigué.

Il tenta de planter ses dents dans la gorge à portée, voulut mordre, fut parcouru d’un nouveau spasme qui lui fit perdre toute force. Son second bras s’enroula également autour de la créature qu’il serra contre lui, les larmes quittèrent ses yeux pour commencer à couler sur ses joues sanglantes, touchèrent la peau chaude de la femme. Il essaya de nouveau de mordre, traversé par un frisson, et ses dents se plantèrent dans la peau, la traversèrent. Il ne parvint à arracher le morceau de chair, mais le goût du sang mêlé à celui d’une étrange substance épaisse créa un nouveau haut-le-coeur.

Mais il demeura serré contre elle, la gardant contre lui, tellement inquiet, tellement effrayé de la voir se détacher de lui. Qu’elle le rejette maintenant pour son incompétence et son incapacité à la contenter lui briserait le coeur. Il veut, il veut vraiment la contenter, mais son corps lâche. Quelque chose défaille, il ne se sent plus très bien maintenant, vraiment plus très bien. Ses yeux bleus sont ouverts sur la pénombre. Ses membres tremblent. Il pleure. Il l’aime. Ou tout comme.
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Re: (!) (contenu violent) Les femmes, toutes les mêmes... - Jeu 9 Oct 2014 - 20:53
Pauvre humain. Pauvre humain si fragile, de corps comme d'esprit.

Il vomissait. Pas à cause de la viande. Pas à cause du sang ou de la bile. Pas à cause de la douleur. Non. C'était la réalité de ce qu'il était en train de devenir qu'il rejetait ainsi. Ce n'était pas son estomac qui souffrait mais sa raison fracturée, déchirée. Et c'était l'inutile combat de celle-ci face à la démence qui se répercutait jusque dans ses tripes, les forçant à convulser jusqu'à la rupture.
Magnifique, sublime. Délicieuse agonie de cet être en pleine transcendance. Peu importait l'odeur, la vision ou le repas ainsi gâché. Ce spectacle était tout ce dont elle avait besoin, tout ce dont elle désirait. Il contenait, dans sa danse et ses sons, la preuve que tout se passait comme elle l'avait prévu. Passer le message par le corps, l'interpréter par l'esprit, et le renvoyer au corps. Tout ceci ne pouvait être fait dans le silence et l'immobilité. De tels...dérapages étaient prévus et à prévoir; de simples cahots sur le chemin vers les étoiles.

Il n'était pas parfait. Elle le savait. C'était toute la raison de son entreprise. Le métamorphoser; de la larve au papillon.
Ses excuses ? Elle n'en avait que faire. Il n'avait pas de raison de s'excuser. Il n'était pas fautif, pas incompétent. Son esprit et son corps l'étaient, mais lui, qu'avait-il à se reprocher ? Rien. La faute était liée à l'humanité, à son humanité. Voilà pourquoi il allait devoir s'en défaire. Muer, muter. Passer de l'être limité qui s'excuse à celui qui peut se prétendre égal.

Comment lui faire comprendre ? Comment lui permettre de voir, lui aussi, le chemin qui s'offrait à lui, et ainsi, peut-être, le rassurer ? Elle ne pouvait l'exprimer et lui ne pouvait l'entendre. De telles notions, de tels concepts, ne pouvaient se transcrire en de simples mots.
Essayer. Elle devait essayer, tout comme lui essayait de la contacter, de la toucher. Sa peau, son souffle, chacune des pulsations de son corps et de son esprit meurtris. Elle pouvait les ressentir, dans sa chair et son âme.
Pourquoi ne pourrait-elle pas, elle aussi, réussir à communiquer avec lui ? Pourquoi le dialogue ne pourrait-il pas s'instaurer, malgré le monde qui les séparait encore ?
Elle devait essayer.

Morsure. Étreinte. Blessure et tendresse. Il avait compris. Bien plus qu'elle ne le pensait jusqu'à présent. C'était elle, le problème. C'était elle, le maillon défaillant. Et cela ne pouvait rester ainsi. Elle ne pouvait se permettre de rester de marbre face à une telle attention, une telle envie de se rapprocher.
Elle allait le métamorphoser. Et pour cela, elle devait elle aussi, se transformer. Apprendre les codes, les pensées, les émotions, de cette espèce qu'elle côtoyait depuis si longtemps. Ce qu'elle avait appris jusqu'ici était insuffisant. La peur, la douleur, les menaces...il lui fallait plus. Plus d'outils, plus de mots, afin de transmettre à cet homme ce qu'elle ressentait et ce qu'elle désirait.
Ce n'était pas une souillure, que de s'abaisser à cela. Simplement du pragmatisme. Pour dresser un chien, il faut parler chien. Pour dresser un humain, il faut parler humain. Afin qu'un jour, tous les deux puissent s'élever, et obtenir leur propre langage, leurs propres codes, leurs propres normes.

Lentement, Elena se détendit, tenta de prendre une posture moins rigide, moins glaciale. Plus...humaine.
Ses yeux vagabondèrent sur la chevelure de l'homme, ses épaules, son visage...puis ses propres mains. Il la serrait. Tremblait, pleurait. Pas parce qu'elle l'effrayait. Pas parce qu'il craignait la mort ou la douleur. Mais parce qu'il croyait l'avoir déçue. Cela ne pouvait être autre chose; cela n'aurait été ni logique ni possible. Il ne pouvait pas être simplement touché par ces sentiments primaires. Il ne pouvait pas être un simple membre de son cheptel. Il était son étalon.
Méticuleusement, réfléchissant chaque geste, chaque déplacement, Elena enserra à ton tour Ashe, tout comme il l'avait enserrée. C'était son langage. Sa manière humaine de lui témoigner son amour. Et s'il n'était pas encore prêt à le faire à sa façon, c'était à elle d'avancer.

« Un jour, nous pourrons. Un jour, nous en serons capables. »

Sa voix était aussi douce, aussi rassurante que sa bouche déchirée le lui avait permis. Peu importe. Ce que son ton n'avait pas su porter, ses gestes allaient s'en charger.
De sa main gauche, elle caressa les cheveux d'Ashe. Chacune de ses pulsations se répercutait dans sa paume et à travers son bras. Il était encore en vie. Il devait le rester.

Délicatement, lentement, elle se détacha de lui. De nouveau, ses yeux se plongèrent dans les siens, tandis qu'elle se saisissait de son scalpel et du haut de Morgane. Prestement, elle en découpa une bande, puis une autre.

« Peut-être pas aujourd'hui, mais le temps est de notre côté. »

Avec autant d'habileté que ses compétences et son matériel de fortune le permettait, elle s'employa alors à bander la main mutilée d'Ashe.
Et, pour la première fois depuis le début de leur rencontre, ses yeux se fermèrent, l'espace d'un instant.
Puis elle serra. Aussi fort que possible. C'était nécessaire. Ils le savaient tous les deux. Mais pas pour autant appréciable. Il n'y avait rien de beau dans cette souffrance, rien de personnel. Ce n'était que l'effet indésirable d'une manœuvre purement pragmatique. Et quelque chose lui faisait sentir qu'à ce moment, un humain se serait excusé, ou s'en serait voulu.
Stupide...pourquoi leurs réactions devaient-elles être aussi stupides ? Pourquoi ne pouvaient-ils se contenter de savoir ce qu'il en était, sans avoir à parler ? Stupides. Stupide bétail...

Et pourtant, elle devait se prêter à cette comédie. C'était son rôle, désormais. C'était à elle de se rapprocher, afin de pouvoir l'agripper et le tirer.

« Je suis la, très cher. Je suis la. »

A nouveau, elle l'enserra, comme il l'avait enserrée. Une sorte de mimique, un palliatif à ce qu'elle ne pouvait parfaitement assimiler.
Mais qu'importe la qualité de la copie quand le message est dans le fait même de copier.
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Re: (!) (contenu violent) Les femmes, toutes les mêmes... - Ven 10 Oct 2014 - 16:35
Il sursauta presque lorsqu’elle lui rendit son étreinte, n’étant absolument pas préparé à une telle chose. Qu’elle lui en veuille, qu’elle le punisse, qu’elle lui reproche quel horrible personnage il est, c’était ce à quoi il s’attendait. Mais qu’elle passe ses bras autour de lui, qu’elle le serre contre elle, ça, c’était inédit. Et franchement bienvenue. Jamais personne ne l’avait ainsi rassuré. Même dans leurs étreintes les plus brûlantes, Yliandre n’avait pas été si proche de lui. Proximité du corps, proximité de l’esprit, complicité d’un moment idyllique…

Il se calma un peu, écoutant sa voix inquiétante aux accents rassurants, étrange paradoxe d’une créature horrifique devenant source de quiétude… La caresse de sa main dans la chevelure acheva de l’apaiser, et il se détendit un peu, en écho au corps chaud qu’il sentit s’abandonner une infime seconde.

Lorsqu’elle se détacha, il parvint à ne pas paniquer. On n’enserre pas quelqu’un que l’on veut quitter. Elle continua de parler, tandis qu’elle découpait des morceaux de tissus, offrant à l’esprit fatigué et affaibli d’Ashe un point d’ancrage. N’écoute plus que ma voix, ne te laisse guider que par elle… Il tenta d’assimiler les mots, n’en comprit pas toute la substance, mais se perdit dans le regard affamé. Quelque chose avait changé dans ses yeux, un peu plus de douceur, moins de passion, une certaine résignation, et pourtant, une flamme toujours, au fond de la pupille, une détermination qui lui fit étrange impression au creux des entrailles.

Lorsqu’elle entreprit de bander son moignon, il grimaça. La douleur grimpait à chacun des gestes d’Elena, mais il se laissa faire. S’il perdait plus de sang, il ne tiendrait plus très longtemps, et ça, il n’en avait pas envie. Il ne voulait pas s’évanouir maintenant, pas alors qu’il venait de trouver demoiselle avec qui parler sincèrement.

Lorsqu’elle serra violemment le bandage, il fit de même avec ses propres dents pour retenir l’exclamation de souffrance qui le saisit, conscient que la chose était nécessaire à défaut d’être plaisante. Il fallait calmer le sang, apaiser la blessure, pour qu’il puisse être un peu plus longtemps près d’elle. Combien de temps ? Où est-ce que tout ça menait, qu’allait-il advenir de lui, d’eux ?

Elle le reprit dans ses bras, créant une chaleur aussi soudaine que sublime dans son coeur trop souvent blessé. Il ne savait pas d’où elle venait, qui elle était, mais elle l’aimait… Près de lui, tendre et compréhensive. Pouvait-il rêver mieux ? Lui qui n’avait jamais connu que froideur et asservissement de la part de la gent féminine trouvait enfin quelqu’un qui l’estime et prenne soin de lui.

Quelque chose hurlait pourtant en lui. Elena était étrange, inquiétante, et lui avait tout de même mangé une main ! Pouvait-il se laissait faire si aisément ? N’aurait-il pas dû fuir ? Non, bien sûr que non… Elena était sa reine, sa compagne, celle qui le comprenait et l’aimait. On ne fuit pas son alter ego, on ne l’abandonne pas à la solitude. Même lorsqu’il est dangereux, malsain, et anthropophage ? Même lorsqu’il menace votre propre existence, et n’est manifestement même pas de la même espèce que vous ? Etait-ce même vraiment une femme ?

Peut-être était-ce la toute la clef de ses sentiments ! Peut-être en n’étant pas femme pouvait-elle justement le révéler, et l’aimer ainsi qu’il se devait, et non selon les standards égoïstes des dames. Devait-il alors tenter de la suivre sur le chemin périlleux qu’elle semblait lui tracer ? Qu’allait-il perdre, qu’allait-il sacrifier dans cette longue quête ? Il avait déjà mangé la chair d’une femme innocente, mordu son aimé au sang, et offert sa main en sacrifice… Restait-il tant que ça à perdre au fond ?

Peu importait. Pour l’heure, il voulait profiter de sa présence, il aurait tout le temps de se poser les questions une fois loin d’elle. Ou une fois mort.

Il demeura longuement simplement contre elle, la tête posée sur son épaule, se délectant de cette étreinte, ce geste inconnu jusqu’alors, ce réflexe nait de sa nature humaine, le lointain rapprochement des corps contre les frimas du froid et dans la nécessité de la perpétuité de l’espèce…

Sa main restante glissa sous le tissu du tailleur, remonta le long de la peau chaude du dos dans un effleurement, presque caresse. Un grondement rauque de satisfaction monta de sa gorge, instinct primitif et besoin bestial, sensation de la chair.

Son nez caressa une épaule à travers le vêtement, en repoussa l’étoffe sur quelques centimètres, et ses lèvres se posèrent à la jonction entre l’épaule et la gorge, pour un doux baiser. Il murmura, d’une voix calme et chaude :

- Qui es-tu, Elena ?

Et ses dents se plantèrent dans la chair.
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Re: (!) (contenu violent) Les femmes, toutes les mêmes... - Lun 13 Oct 2014 - 1:48
Qu'il morde ! Qu'il morde, arrache, ingère et digère ! Quel plaisir ! Quelle sublime sensation !

Quand, enfin, les dents d'Ashe pénétrèrent sa peau et se plantèrent dans sa chair, Elena ne put retenir un frisson de pur bonheur. Elle avait tant attendu cette souffrance, cette douleur. Cette promesse d'un partage plus profond que leurs mots ne le seraient jamais. Même dans cet état, blessé, meurtri, fatigué, il était encore capable d'un tel prodige.
Ah...cette caresse tranchante, cette délicate morsure. Elle pouvait sentir son sang se mêler à sa salive, sa viande passer entre ses crocs. Peut-être n'était-il pas encore capable de la dévorer pleinement, mais cela lui suffisait. Pour le moment. Elle n'était plus pressée, plus aussi hâtive. Il n'était...plus véritablement du gibier et elle n'était plus véritablement une chasseresse. Désormais, l'animal avait été dompté, domestiqué. Fini la traque, place à l'élevage.

Elle allait devoir lui répondre, elle le savait. Mais pas tout de suite. Si lui était prêt, ce n'était pas totalement son cas. Tout n'avait pas encore été caressé, identifié, absorbé. Car il était évident, pour elle, et probablement pour lui aussi, que tout allait s'arrêter à l'instant même où elle allait accepter de se dévoiler.
Temporairement, bien sûr. Mais en avaient-ils envie ? A ce moment précis, avaient-ils véritablement envie que tout cela s'interrompe, ne fut-ce que pour quelques secondes ? Non. Certainement pas. Et c'est pour cela qu'elle décida de garder, encore un peu, le silence.
Le silence, pour mieux se concentrer sur celui qu'elle avait décidé d'élever et de chérir, jusqu'à ce qu'il soit prêt à voler de lui-même. Pour mieux se concentrer sur sa bouche, sur ses dents...mais aussi ses doigts, et leur toucher délicat. Quelque chose de plus unique. De moins ambivalent. Un plaisir sans douleur. Elle n'en avait pas l'habitude, et cette caresse la troublait.
Que devait-elle ressentir réellement ? Qu'était-il en train de lui dire, par ce contact ? Comment devait-elle se comporter, réagir, afin de ne pas rompre ce lien qu'il avait décidé de créer, dans son langage à lui ? Cette sensation, pure, dévolue de tout sous-entendu, de tout double-sens...que voulait-elle dire ?

La solution était dans le mimétisme.

Elle savait ce que les humains entendaient par intimité, par caresses, par couple. Elle avait déjà vu des duos d'individus s'enlacer et se toucher, pour se prouver leur proximité et ce qu'il appelaient leur amour. Elle savait qu'il voulait, ce faisant, lui transmettre ce qu'il ressentait.
Mais ce n'était pas assez. Pas assez pour véritablement comprendre. Pas assez pour pouvoir répliquer dans les même termes, avec la même maîtrise.
Et pourtant, elle allait essayer. Essayer de les...de le copier. Une dernière fois, avant de se dévoiler, et de le perdre.

Sa main gauche passa derrière la tête d'Ashe et se perdit dans sa chevelure. La droite s'aventura le long de son dos dénudé, et en explora les formes, les sensations, les textures. Elle n'était ni expérimentée ni chaleureuse dans ses gestes. Mais elle essayait. C'était tout ce qu'elle pouvait faire.
Ses lèvres déchirées et sa langue se posèrent sur l'épaule l'homme. Non. Se retenir. Elle ne devait pas. Il n'allait pas supporter en davantage.
Un supplice, que de ne pouvoir lui rendre ce qui lui offrait, de ne pouvoir prendre ce qu'elle désirait, elle, qui avait toujours tout obtenu. Elle s'était souvent retenue, par pragmatisme, mais jamais, jamais elle n'avait ainsi décidé, sciemment, de ne pas se servir afin de ne pas faire dépérir. La viande était la, à portée de crocs. Elle pouvait en percevoir les odeurs, la saveur, chaque texture. Et pourtant, elle ne devait pas.

Fragiles...fragiles, fragiles, fragiles. Petites porcelaines de chair et de sang. Devoir ainsi mesurer chaque contact, chaque manifestation d'affection, chaque mouvement même...
Comment faisaient-ils pour vivre ? Pour exister ? Comment pouvait-on être aussi limité, par son corps et son esprit ?
La question la hantait. Chaque seconde passée aux côtés d'Ashe lui faisait davantage prendre conscience de l'écart qui existait entre elle et eux. Ou plutôt...que cet écart était plus qu'un vulgaire fait de la nature. Qu'il avait des conséquences, à la fois sur eux, mais aussi sur elle. Et surtout, qu'elle allait devoir jouer avec. Maintenant.

Peut-être allait-elle le regretter. Peut-être allait-elle le perdre, le briser. Mais il méritait de savoir. Et plus encore, il le devait, sans quoi, jamais il ne pourrait véritablement progresser.
Elle n'avait pas peur de se montrer. Pas peur de se dénuder, elle aussi. Parce que c'était la manière dont cela devait se passer. Parce qu'il ne pouvait y avoir d'autre réalité.
Craindre l'inévitable n'a aucun sens.

Sa voix se fit aussi douce que possible. Le léger gargouillis d'une mare, à la fois eau pure et vase putride.

« Je suis autre. Incompréhensible. Quelque chose d'autre, d''étranger. À vous comme à la réalité. »

Malgré ses efforts, ses paroles sortirent saccadées.

Dans le dos d'Ashe, la main cessa d'être humaine. La caresse devint gluante et visqueuse. Et pourtant ne s'arrêta pas. Ce n'étaient plus des doigts qui se promenaient sur sa peau. Mais c'était toujours Elena. Cela avait toujours été Elena.

Peu à peu, tout se métamorphosa.

Plus de peau. Plus de cheveux. Plus d'odeur de sang. Seulement la chair et les crocs, animés de leur propre vie, pulsant au rythme d'un cœur inconcevable. Des vrilles de viande, des tentacules de muscles. Des glandes suintantes de mucus, des bouches armées de rasoirs.
Un ignoble monticule de masse organique. Humide. Chaude. Visqueuse. A l'odeur d'un cadavre de noyé.
Un jus terrible, rougeâtre et collant, s'écoula lentement dans les cheveux et sur les lèvres d'Ashe. La chair lui glissant entre les dents, fuyant sa langue et son palais, laissant une traînée au goût de marais.
Et devant ses yeux, l'horreur.

Plus rien. Plus rien d'humain. Plus de réel.

Plus que la chair, qui dansait, jouait, se tortillait.

Plus que la chair, qui chantait, ricanait, consolait.

Plus que la chair, qui écoutait, vibrait, pleurait.

Plus que la chair. Plus d'esprit. Plus de réalité.

Plus rien d'autre qu'Elena.
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Re: (!) (contenu violent) Les femmes, toutes les mêmes... - Mar 14 Oct 2014 - 0:08
Il sentit le frisson parcourir le dos de la créature sous sa morsure. Il sentit le plaisir rauque qui s’échappa d’elle. Son sang avait un goût étrange, âcre, bien différent de celui de leur repas. Il était plus épais, comme doublé d’une substance granuleuse…

Mais cela importait peu, c’était sur elle qu’il se concentrait, sur les sensations qu’il sentait émaner d’elle. Jamais Yliandre ne s’était ainsi pâmée de plaisir dans ses bras. Jamais il ne l’avait perçue aussi abandonnée, aussi offerte, communion parfaite d’un être qui s’abreuve aux sentiments de son alter ego.

Elena… le rendait fou. Littéralement. Son esprit embrumé ne parvenait plus à se raccrocher qu’à sa chaleur dans ses bras, à son souffle contre son épaule, et à son odeur, enivrante odeur, cette senteur sanglante, cette fragrance aux relents d’interdit. Lorsqu’il devina sa main dans sa chevelure, il déglutit. Lorsqu’il sentit ses doigts sur sa peau, il se figea. Le geste était hésitant, il ne ressemblait pas à une caresse, ni à une preuve de tendresse à proprement parler. Pourtant, il électrisa Ashe. Un violent frisson naquit au creux de ses reins, remonta le long de sa colonne, et se perdit dans un gémissement lorsque sa langue se posa sur son épaule.

Il ferma les yeux, trop avancé dans des chemins inavouables pour pouvoir supporter la vision de sa splendeur. Elle l’enflammait à un point qu’il n’aurait imaginé possible. Il avait désiré Yliandre, bien sûr, à une époque, mais jamais, jamais il n’avait ressenti ça. C’était… indescriptible. Au croisement entre désir et abandon, une lutte sans perdant, accrue par la faiblesse qui le tiraillait désormais.

La voix saccadée de sa moitié résonna à son oreille, murmure inquiétant, étrange dissonance… Ses yeux clos l’empêchèrent de comprendre instantanément ce qui se produisait. La main dans son dos se modifia. Les doigts perdirent de leur unicité et s’humidifièrent, gluants, courant sur sa peau. Le frisson qui le saisit n’était plus seulement plaisir cette fois.

Puis tout le reste changea. Sous ses doigts, la peau s’échappa, devint étrange, humide. Entre ses bras, le fin corps se délita, fila. Et l’odeur… l’odeur le prit à la gorge. Infâme putréfaction, arôme répugnant, pourriture sur et dans sa peau. Les morceaux entre ses lèvres s’échappèrent avec une lenteur teintée d’éternité, tandis qu’une substance collante glissa le long de sa chevelure, contourna ses yeux pour mieux venir s’écraser sur ses lèvres. Eut-il l’estomac encore plein, les choses auraient probablement mal tourné, mais il avait rendu tout ce qu’il était possible et son corps épuisé n’avait même plus la force de se rebeller face à ce traitement.

Ses paupières tremblaient d’être ainsi serrées, son corps avait acquis la rigidité du marbre, et il n’osait imaginer quelle horreur il venait de libérer. Elena… Que… Qu’était-elle ? Devait-il vraiment ouvrir le regard ? Était-il seulement en mesure de le supporter ? Elena… Pourquoi tout devait-il toujours être si compliqué pour lui ?

Ashe, sale lâche, est-ce ainsi que tu abandonnes déjà ton aimée ? Première difficulté et tout le monde s’enfuit ?

Un soupir d’abandon traversa ses lèvres, permettant au liquide écoeurant de s’insinuer dans sa bouche. Il le cracha avec mépris sur le côté, puis ouvrit enfin les yeux. Et son coeur s’arrêta.

Il repartit l’instant suivant, mais laissa le cerveau d’Ashe figé dans une autre dimension. Les yeux écarquillés, la bouche grande ouverte, le souffle coupé, il observa. Il regarda la danse hypnotique de la chair, les motifs compliqués des muscles, les dessins intrigants des tentacules en mouvement constant. Il écouta les claquements de dents, les gargouillis des bouches. Il sentit la moiteur du mucus sur sa peau. Il pleura son esprit évanoui. Des bribes de conscience tentèrent bien de demeurer, s’accrochèrent aux lambeaux de son âme, mais l’horreur les balaya comme de vulgaires fétus de paille sous le baiser du vent.

Il ne bougea pas. Pendant dix secondes. Pendant vingt. Une minute. Parfaitement immobile. À tenter de comprendre ce que ses dernières lueurs d’intelligence lui soufflaient. A vouloir assimiler ce qu’il avait sous les yeux. Créature cauchemardesque, monstre des temps anciens, horreur nocturne, ode à la déraison, à la démesure. Lancinant regret de n’avoir pas fui.

Il ne bougea pas. Pendant une éternité. Pendant deux. Parfaitement choqué. A tenter de remettre en état son corps égaré en cours de route. A vouloir rattraper son innocence perdue en même temps que sa dignité. Être misérable, victime effarée, lambeaux d’humanité, derniers vestiges d’une époque révolue. Lancinant regret de n’avoir pas fui.

Et puis il bougea. Ses yeux clignèrent plusieurs fois, sa bouche aspira une grande bouffée d’air, mêlée d’infâme substance, et sa main se posa sur un tentacule. En parcourut toute la longueur. Frissonna en évitant de peu des dents affutées comme des couteaux.

Et son esprit repartit. Un peu.

- Elena ?

Voix tremblante. Coeur rapide aux oreilles. Légers frissons dans tout l’organisme.

Il ne se sentait pas bien. Pas bien du tout. Quelque part, il devinait son coeur battant de façon discordante. Et le goût dans sa bouche lui donnait l’impression d’être mort. Et des lumières étranges papillonnaient devant ses yeux. Un cri était coincé quelque part au fond de sa gorge. Un tic nerveux agitait son oeil gauche. Dans le droit, un vaisseau avait explosé, entourant le bleu de la pupille d’une étrange nuance pourpre. Sa main disparue lui manquait.

Et son esprit déchu hurlait à l’agonie, loin, hors de portée, à des éternités de là.

Il aurait dû partir, s’effacer, disparaître, hurlant et agonisant, fuir et s’enfermer quelque part.

Pourtant il resta. Et il sourit.
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Re: (!) (contenu violent) Les femmes, toutes les mêmes... - Mer 15 Oct 2014 - 4:00
Liquéfier. Son esprit venait de se liquéfier.

Maintes fois, elle avait eu cet effet sur les hommes et les femmes. C'était sa méthode, sa tactique. Détruire l'esprit pour ensuite détruire le corps. Et la encore, en le voyant ainsi pétrifié d'horreur, quelque chose, de profond, d'instinctif, la poussa à attaquer. Une pulsion primaire, héritée de millénaires d'évolution, d'un temps immémorial, dans une autre réalité. Quelque chose qui n'avait plus sa place ici, mais qui pourtant demeurait, un vestige, dont se défaire semblait impossible.
Mais ce n'était que cela. Qu'un artefact passé, auquel il était hors de question qu'elle se soumette. Elle n'était pas une prédatrice. Pas la.

Parmi la chair dansante et hurlante, un tentacule rougeâtre s'éleva et se tortilla jusqu'au visage d'Ashe. Armé de crocs et d'ergots, suintant de mucus et de bile.
C'était elle. C'était Elena. Son corps, son esprit. Sous une forme qu'il ne pouvait comprendre, qu'il ne pouvait accepter. Et pourtant, il l'avait fait. Il n'était pas au sol, terrifié, s'arrachant les yeux et tentant de s'ouvrir la gorge. Il n'était pas parti en courant, sans jamais se retourner. Non. Il était la, auprès d'elle, et il tentait de la toucher, de l'atteindre. De retrouver parmi ce bouquet de tumeurs celle qu'il aimait.
Avec tendresse, elle lui écorcha la joue. Juste assez pour que le sang perle sans s'écouler. Puis, avec la légèreté d'une caresse, elle frotta sa chair à la sienne, mêlant leurs fluides et s'en servant pour peindre ce qu'elle voulait lui dire.
Il n'y avait plus de je ou de tu. Il n'y avait plus qu'un nous. Ashe et Elena. Ils étaient encore séparés, physiquement, pour le moment, mais cela n'allait pas durer. Un jour, ils allaient pouvoir se comprendre, communiquer sans parler, directement par la peau et le sang. Un jour, il allait pouvoir la contempler dans toute sa splendeur sans défaillir. Et un jour, elle allait pouvoir l'enlacer et l'embrasser sans avoir envie de simplement le dévorer.
Elle allait cesser d'être un monstre, et il allait cesser d'être un animal. Ils allaient pouvoir devenir, véritablement, ce qu'ils étaient l'un pour l'autre et non ce qu'ils étaient réellement.

Des vrilles de chair jaillirent de la masse grouillante et enlacèrent Ashe. Puis, fermement mais délicatement, le projetèrent contre elle.
Elle était la. C'était elle. Chaque gueule béante, chaque abîme spasmodique, chaque glande purulente. Elle était dans chaque cellule, dans chaque goutte de bile. Chaque appendice vibrait au rythme de sa vie, au rythme de son cœur discordant. Loin de le dévorer, elle le consolait. Par chaque geste, chaque pulsation, elle cherchait à lui prouver sa présence, sa réalité.
Elle n'était pas devenue une chose ignoble. Il lui arrivait de sembler humaine. Et il allait finir par l'intégrer, l'apprendre...et même l'apprécier. Il n'avait pas le choix. Il était déjà arrivé trop loin pour faire demi-tour. Jamais plus son esprit n'allait fonctionner de la même manière. Jamais plus il n'allait pouvoir s'attacher, raisonner, réfléchir, penser, comme il le faisait quelques heures plus tôt.
Lui aussi, à sa manière, s'était métamorphosé.

Au milieu des clapotis, un son s'éleva. Plus sensé, plus humain...et plus alien à la fois. Un gargouillis marécageux, la voix d'un noyé encore pris dans la vase. Le cri de la chair et des dents.
La parole d'Elena.

« Je suis la, très cher. J'ai toujours été la, et je le serais toujours. Par delà l'enveloppe et l'apparence, je suis la. »

L'étreinte se resserra sur Ashe, dangereuse, écœurante...mais également aimante. Sous ses airs de chorée horrifique, chacun de ses gestes étaient calculés, soigneusement exécutés. À aucun moment elle ne le blessa. À aucun moment elle ne s'érafla ou ne le déchira.
C'était elle. C'était véritablement et définitivement elle.

Sa peau, ses cheveux, son odeur, sa chaleur. Elle voulait s'en imprégner, tout comme elle voulait l'imprégner d'elle-même. Une dernière fois, avant de le quitter.
Elle n'en avait pas envie, et lui non plus. Mais c'était nécessaire, et elle le savait. Le sang avait percé le bandage de fortune. Son corps, tout comme son esprit, n'allaient plus tenir très longtemps. Fatigué. Il devait être si fatigué.
Ils allaient se revoir, elle en était certaine. Elle savait où il se trouvait. Ils avaient le temps. Ils avaient tout le temps nécessaire. Nul besoin de se consumer et de se détruire en une misérable soirée alors qu'il était possible de lentement s'immoler, jusqu'à être en mesure de supporter l'intensité du plus intense des brasiers.

De nouveau, elle s'adressa à lui, le berçant à sa manière.

« Je suis la. Je serais toujours la. Malgré l'espace, le temps, je serais la. Nous nous retrouverons, lorsque les plaies se seront refermées et que l'âme aura cicatrisé. Nous avons tout le temps du monde, toute l'éternité. Aussi, nous nous reverrons, très cher. »

Lentement, elle se laissa glisser dans les couloirs déserts du centre commercial. Dehors, une nuit sans lune, un ciel nuageux, gris et noir.
L'air frais s'écrasa contre l'ignoble fragrance qui l'entourait, et finit par renoncer, incapable de la disperser. Sur leur passage, lampadaires et panneaux détournaient les yeux. Rats et insectes fuyaient leur présence, et nul âme ne croisa leur chemin.
Sans cesse, elle lui parla, murmurant à ses oreilles avec la délicatesse d'un ruisseau. Des ruelles, de l'obscurité, quelques rares sons de moteur.

Enfin, elle arriva à destination. Une pelouse bien taillée, quelques cyprès et un banc sur lequel elle le déposa délicatement.
Le lendemain, ou peut-être même avant, quelqu'un allait le trouver. Et l'emmener, pour le soigner, le guérir. Le remettre en état, afin qu'il puisse recommencer.

« Nous nous reverrons, très cher. Nous nous reverrons. »

Sur ces derniers mots, elle se détacha de lui et se laissa glisser sous un panneau indiquant « Hôpital central » avant de disparaître dans l'ombre.

Elle allait lui manquer. Il allait lui manquer. Mais ils savaient, tous deux, qu'ils se reverraient.
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Re: (!) (contenu violent) Les femmes, toutes les mêmes... - Mer 15 Oct 2014 - 19:30
- Je suis là, très cher.

Nous nous reverrons, très cher. Nous nous reverrons.

Nous nous reverrons.

Nous nous reverrons.

Nous nous reverrons.

Nous nous reverrons.


La chaleur d’un corps autour du sien, de la chair l’enlaçant, l’odeur du cadavre près de son nez, dans sa bouche et dans sa peau. La caresse gluante d’un épiderme. Et cette voix, cette mélodie, ce son si particulier. Ces mots doux délicieux, ce baume apposé sur son âme à vif. Tant et tant de merveilles à lui seul réservées. Tant et tant de…

- Ah bah enfin la belle au bois dormant se réveille ! Bonjour !

Retour violent à la réalité. La lumière brûla ses yeux lorsqu’il tenta de les ouvrir, et le bras qu’il voulut relever pour les protéger de l’aveuglement refusa de réagir.

- Ohla, bouge pas mon bonhomme, t’es pas encore en état, crois-moi.

Après quelques instants passés à serrer les paupières, il rouvrit finalement le regard, observant les alentours. Une chambre impersonnelle, blanche, des appareils étranges, et un vieux monsieur à l’air débonnaire.

- On peut dire que t’as eu de la chance que je passe par là toi. Ces imbéciles de médecins auraient jamais pu te remettre à neuf. Ça, par exemple, ils auraient pas pu faire !

Il attrapa le bras d’Ashe, et lui montra sa main entièrement bandée. Le jeune homme n’en eut aucune sensation, ce qui l’effraya un peu, mais il ne sentit pas plus le contact de l’infirmier sur sa manche, et cela le rassura. Il ne percevait absolument aucune partie de son corps en réalité pour l’heure, et supposa qu’on avait dû endormir son organisme pour mieux le soigner.

Tout ceci n’était donc pas un rêve. Elena avait existé. Elena existait. Et elle l’attendait quelque part. Il fallait qu’il se repose et qu’il guérisse, et il pourrait retourner la voir. Bientôt il espérait. Elle le lui avait promis, à la condition qu’il se soigne. Il allait le faire, il allait patienter sagement jusqu’à ce que son corps accepte de lui répondre de nouveau, et il pourrait repartir à sa recherche.

- Nous nous reverrons.

C'était une promesse. Il ne pouvait en être autrement. En aucune façon.

- Hey bonhomme, reviens parmi nous ! Il t’est arrivé quoi dis donc, t’étais dans un de ces états ! Couvert de restes humains et de sang, une main en moins et un organisme en grandes carences. T’as fait une mauvaise rencontre ?

Ce pauvre homme ne pouvait pas comprendre. Il ne pourrait jamais comprendre. Et ce n’était sûrement pas Ashe qui prendrait la peine de lui expliquer. Il est des secrets qui ne méritent pas d’être ébruités.

- Non…

Non vraiment pas. Une paire d’yeux affamés se nicha dans son esprit, et la douleur d’une caresse effleura sa joue.

- Ce n’était pas une mauvaise rencontre.

Définitivement pas. Il n’avait qu’une hâte à vrai dire. Refaire cette rencontre.

L’homme ne réussit plus à lui tirer le moindre commentaire. Ashe resta une semaine de plus alité, et enfin, on le laissa reprendre son existence à l’Académie. Accompagné en permanence d’un regard affamé à l’esprit.
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(!) (contenu violent) Les femmes, toutes les mêmes...
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