Chapitre IV :
Entre Mortels et Immortels, la guerre est déclarée. Trois mois après la chute d'Isanagi et du Golem de Pierre, la tension ne fait qu'accroître. Encore une fois, l'ennemi saura surprendre. Encore une fois, les futures divinités devront se montrer à la hauteur, et les humains, plus unis que jamais.


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I've seen enough H to know where this is going

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I've seen enough H to know where this is going - Sam 30 Aoû 2014 - 13:44
"Tap, tap" "Humpffff... Pfff"
Ses bottines touchent le sol bitumé de la rue, ses poumons se gonflent tandis qu'il inspire une profonde goulée d'air, et dans un souffle, il expire.
Alors c'est donc à cela que ressemble le monde des Humains depuis sa dernière venue. Difficile d'en avoir un souvenir. Tout lui semble normal, et pourtant, il n'a aucune mémoire réelle ou claire de la dernière fois que ses pieds avaient foulée le sol des Mortels. Oh des moments, des passages plus anciens il en avait à la pelle. Mais plus il avançait dans le temps et plus... Le souvenir du Néant froid lui revenait à l'esprit. Brrr.

Un instant encore, il s'inspecte. D'après ce qu'on lui avait expliqué vite fait à l'Académie, les gens ne seraient pas en mesure de le voir, du fait de son manque de puissance impliqué par sa récente résurrection, mais... Mieux valait essayez de se fondre dans le décor.
Il avait emprunté des frusques plus contemporaines. Difficile de faire un choix qui lui convient réellement, tant il n'avait pas l'habitude d'en porter. Finalement, son dévolu avait été jeté sur des vêtements classiques. Des bottines de cuirs marron avec un talon peu prononcé, un pantalon noir un peu serré et une chemise grise qu'il avait rentrée dans son pantalon. Sobre, mais un minimum classe. Pour surligner les détails, car les détails sont importants, il avait accroché à son poignet une montre assez grosse, et bouclé à sa taille une ceinture à la boucle de taille moyenne.
A bien regarder autour de lui, ses vêtements pouvaient probablement se fondre dans la masse de la ville new-yorkaise, mais probablement moins dans les rues de la banlieue new-yorkaise. Un petit pincement sonore s'échappe d'entre ses lèvres, il manifeste discrètement son mécontentement.

Par où commencer ? Les rues de la banlieue ne sont plus vraiment fréquentées désormais que le soleil s'est couché et que les lampadaires ont commencé à tenter vainement d'inonder les rues de lumières. C'est un éclairage faiblard et triste qui s'étale aux pieds de chaque lampadaire, peinant à éclairer jusqu'au prochain lampion qui est érigé quelques mètres plus loin.
Il était assuré de sa discrétion, étant donné l'impossibilité d'être amené à croiser quelqu'un devant lui. Ses projets ; et bien ses projets étaient posés dans sa tête, mais pour l'instant, il fallait surtout leur trouver un point de départ. Si le chemin qui en découlait était plus ou moins évident, c'était le début qui lui posait problème. D'un pas léger il se met en route.

A mesure que son regard déambulait autant que lui-même, se perdant entre les visages fades des mortels qu'il croisait parmi les différentes originalités qui pouvaient capter son intérêt, il se rendit compte que son errance lui avait changé les idées. Elle l'avait détournée de sa recherche d'un revendeur. ll se surprenait à rechercher inconsciemment les détails que l'environnement pouvait détenir.
ll avait la connaissance du temps. Il savait comment les choses marchaient, il savait comment le monde tournait, mais il ignorait les subtilités. A s'en demander s'il les avait un jour connus, même autrefois.
Prendre conscience du trouble manifeste d'une jeune femme qui se hâte à une tardive dans une banlieue alors que déambule insouciamment un chien des rues dont le seul souci est de remonter jusqu'au fumet qui lui chatouille les narines était amusant. Chaque destin était tiré par un fil invisible, et tous ces fils, tirés à 4 épingles, s'entrecroisaient et se mêlaient. Et lui, au milieu, il suffisait qu'il tire sur ces fils pour créer une étincelle...

Le prochain détail qu'il remarqua en revanche ne fut pas anodin. Son allure se stoppe net, à la vue de ce qui s'amène en face de lui. Rien pourtant ne semble clocher, pourtant d'un simple regard, son esprit court-circuite chacune de ses terminaisons nerveuses pour lui intimer l'immobilité.
A mesure que tout reprend sa place au sein de son corps, son esprit cherche des raisons logiques de le rassurer.

"Je ne suis pas visible pour eux. Je ne croise personne de dangereux. Je suis Chaos. Je su..."
Il était Chaos. Il est Priam. Et la jeune fille qui s'amène face à lui, il en est sur, allait être en mesure de le voir.

Pas de chance, ils étaient deux ce soir à avoir eu l'envie de jouer les créatures nocturnes.
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Re: I've seen enough H to know where this is going - Dim 31 Aoû 2014 - 19:51
Depuis qu'elle avait posé le pied sur le sol américain, une simple et unique question taraudait Elena Altman: pourquoi ? Pourquoi la Guilde Noire avait-elle si soudainement décidé de s'intéresser à New York ? Probablement pas pour les bagels, ça, elle en était certaine. Vraiment pas terrible ces machins. Mais plutôt efficaces pour attirer les pigeons...ou les clochards. Heh, un de plus, un de moins, dans une ville de cette taille, personne n'allait le remarquer. Et puis, il avait l'air si triste, si désespéré, seul avec son gros sac puant et crasseux...En un sens, elle lui avait rendu service. Elle lui avait permis, l'espace de quelques minutes, de se rendre compte de la valeur de sa propre vie, aussi misérable ait-elle été. Courir, sentir les battements de son cœur affolé, craindre la mort, donner le meilleur de soi pour en repousser l'étreinte...Probablement venait-il de vivre pour la première fois depuis des années, en essayant simplement de survivre.
Mais tout doit avoir une fin. Rien n'a de sens sans une fin appropriée, aussi triste cette constatation puisse t-elle être. Dans son cas, il s'était retrouvé acculé dans une ruelle, sans oreilles pour entendre ses hurlements et sans pavés pour accueillir ses pas. Juste des murs, des poubelles, un grillage, et l'étendue infinie du ciel nocturne au dessus de lui. Peut-être avait-il espéré que des ailes lui poussent. Peut-être peut-être avait-il placé tous ses espoirs dans la pauvre lame qu'il avait brandie. Ou peut-être s'était-il, sentant approcher la fin de la fin, résigné. Enfin, peu importe. Quelle que soit la réponse, elle n'était pas bonne. Elle n'avait rien changé à la conclusion. Désormais, ses entrailles reposaient au fond d'une benne à ordure, avec ses maigres possessions matérielles.
Excepté son briquet. Pour un sans-abri, il avait un beau briquet. Sans doute un souvenir de sa vie passée. Dans tous les cas, il était désormais à elle. Un souvenir sympathique de son voyage aux États-Unis. Moins cher qu'un bijou, moins ringard qu'une casquette et plus utile qu'une figurine d'Obama. Le cadeau parfait pour...hm...eh bien elle-même en fait.

Mais trêve de bavardages sur la gastronomie New Yorkaise, revenons en à cette mission.

Elle n'était pas seule sur le coup, plusieurs autres membres étaient déjà présents, dispatchés dans la ville et ailleurs. Les directives qui leur avaient été données étaient simples, peut-être même un peu trop: se rendre à plusieurs lieux apparemment sans importance et signaler toute activité suspecte, divine ou humaine. Pour sa part, elle avait reçu cette banlieue on ne peut plus normale. Dire que certains avaient droit aux quartiers chics ou encore à Central Park...Mais non, pas elle. Et au final, c'était tant mieux. Qu'est-ce qui pouvait être qualifié d'anormal ou de suspect à, mettons, Times Square ?...Et surtout, comment espéraient-ils qu'on puisse y remarquer quoi que ce soit ? Trop de lumières, trop de bruits, trop de gens. Impossible de tirer quoi que ce soit d'une telle saturation des sens. A part une vilaine migraine, probablement.
Non, finalement, c'était pas si mal, de se taper la banlieue pourrie. Au moins, elle n'avait qu'à ouvrir les yeux et noter...à peu près tout ce qui allait se passer ici en fait. Ironiquement, elle était probablement la chose la plus étrange et la plus suspecte à des miles à la ronde.

...Ou peut-être pas.

Subitement, le regard d'Elena s'illumina. Quelqu'un. Quelqu'un d'anormal, ici, dans le trou auquel on l'avait affectée. Quelqu'un qui n'avait pas juste envie de rentrer chez lui, quelqu'un qui n'avait rien à faire ici. Quelqu'un...qui n'était pas juste quelqu'un.

Un sourire lui déchira le visage tandis qu'elle s'approchait lentement de l'homme. Elle allait rapidement savoir. Savoir si son intuition était bonne, si véritablement il ne s'agissait pas juste de bétail égaré. Voilà qui aurait été décevant.
...Non, ce n'était pas du bétail. Le bétail ne s'arrête pas en voyant arriver un prédateur. Il fuit, esquive, retourne sur ses pas, mais il ne s'arrête pas. Il sait qu'il ne doit pas s'arrêter. Ha. Qui aurait cru ?...Probablement pas ses supérieurs, non. Sinon, ils n'auraient pas envoyé la bleusaille à cet endroit. Après tout, c'était la une de ses premières missions, et, si son ressenti était juste, la première qui ait eu une quelconque espèce d'importance. N'importe qui aurait pu voir ici une parfaite occasion de prouver sa valeur, mais pas Elena. Non, ce qui l'intéressait, c'était uniquement la personne en face d'elle. L'anomalie. La chose qui ne rentrait pas dans le cadre, qui détonnait dans cette banlieue moisie.

Lorsqu'elle cessa d'avancer, quelques mètres à peine séparaient les deux apprentis dieux. Pas vraiment d'hostilité. Pas encore du moins. Mais une certaine tension, comme celle qui règne entre deux chiens qui ne se connaissent pas encore, chacun conscient que l'autre peu devenir un allié comme une menace.
Elle adorait cela. Ressentir la vie, d'elle-même et de l'autre. Ressentir la haine et l'amour en potentiel, la peur et l'attraction, l'horreur et l'admiration. A cet instant, tout peut arriver. Rien n'est, donc tout est possible. Tout est possible, donc rien n'est. Ne restait que le choix, qui allait trancher, décider de ce qui allait être et de ce qui allait être relégué au rang de « aurait pu être ». Elle était la, la véritable tension.

Toujours souriante, Elena regarda Priam droit dans les yeux tandis qu'une voix enjouée se glissait hors de sa gorge.

« Voilà qui est bien étrange, de croiser quelqu'un d'aussi chiquement habillé en ces lieux. Vous êtes une véritable anomalie. Et j'aime les anomalies. Certains diront que c'est par narcissisme. Peut-être ont-il raison ?...Ou peut-être que je suis simplement curieuse. »

Elle marqua une petite pause et s'approcha de nouveau, lentement mais sûrement, ajustant au passage une mèche blonde qui s'était égarée devant son œil droit. L'espace d'un instant, suivant sa main, une ombre passa sur son visage. Une ombre révélatrice. Une lumière venant des ténèbres, horrifiée par ce qu'elle avait pu y voir.

« ...Mais ne restons pas ainsi étrangers l'un à l'autre, nous qui le sommes déjà à la réalité. Je m'appelle Elena Altman et je suis chercheuse en anomalies. »
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Re: I've seen enough H to know where this is going - Lun 1 Sep 2014 - 22:19


À chaque nouveau pas que faisait la jeune fille devant lui, la certitude qu'elle représentait un danger inévitable pour sa personne se confirmait. L'air serein, entre autres, qu'elle dégage en s'avançant vers lui, le fixant comme une proie n'a rien de réjouissant.
D'autant que pour Priam, c'est une première. Jamais auparavant il n'avait eu le loisir d'expérimenter cette sensation, de se sentir plus faible que la personne en face de vous. Il n'avait même pas eu à imaginer que la personne en face puisse être une menace. Non, rien n'aurait pu autrefois impressionner un Cavalier de l'Apocalypse, c'était lui en face à l'époque. Lui qui scrutait les gens de ce regard gourmand et condescendant. Il ne pourra s'empêcher d'avoir une petite pensée pour les gens qu'il avait pu croiser autrefois, histoire de les plaindre un minimum.

Pour autant, il ne se sentait pas la peur au ventre, le corps paralysé par une terreur absolue. Il tentait de rester digne, et envisager toutes les possibilités qui s'offraient à lui. Il n'était plus la créature d'autrefois, mais il demeurait un apprenti Dieu, et pour ce qu'il en savait du monde actuellement, la personne en face devait être similaire à lui. Les puissances, il l'espérait, devaient être plus ou moins égales, ce qui lui laissait une chance. Il s'agit d'une curieuse manie, que de chercher des probabilités même infimes, quand la peur vous tenaille le ventre.

Pour le peu qu'il en savait en plus, elle n'était pas spécialement vilaine. C'est peut-être justement ça qui le dérangeait le plus, une jolie fille qui vous glace le sang et vous fixe de son regard morne et intéressé...
Lorsqu'elle passa sa main le long de son visage pour recoiffer une mèche de cheveux, il crut distinguer dans l'ombre de sa main, des perspectives peu réjouissantes, la vision d'une ombre qui vit dans les ténèbres, glissantes, poisseuses. Un frisson naît dans le creux de sa nuque et se répand rapidement dans tout le reste de son corps. Il n'était vraiment pas sûr de ce qu'il venait de voir, mais s'il s'agissait bien de ce qu'il avait vu, il fallait peut-être commençait à s'interroger gravement sur la jeune fille et ce qu'elle était vraiment.

Un sourire, maigre certes, mais un sourire étirera le coin de ses lèvres droit. Aussi étrange que cela pouvait paraître, la jeune fille l'excitait. Oh non pas dans le sens commun des mortels, de basses pulsions sexuelles, elle lui faisait peur, mais cette peur nouvelle l'intéressait. Certes il préférait ne pas voir la situation dégénérée, mais... ce rapport de forces et de danger qu'elle avait instauré par sa seule présence était totalement nouveau pour lui. Et jouissif.

Elena Altman... ravi de vous rencontrer. Priam Soak, je ne dispose en revanche pas de titre suffisamment original pour pouvoir vous le présenter.

Bien que la politesse la plus élémentaire envers une Dame soit de s'incliner devant elle, ou tout du moins d'un mouvement de tête poli, il gardera une stature bien droite, ne détournant son regard de la jeune femme. Pour rien au monde.

Ainsi donc il est si évident que je suis étranger à la réalité ? Bigre, c'est mon ego qui en prend un coup, quel bonheur d'apprendre que je me démarque tant de la populace. Je me dois de vous le concéder également Elena, vous êtes certes la première chercheuse en anomalie que je vois, mais votre... personne, a un certain cachet qu'il est impossible de ne pas remarquer.

Désireux de ne pas paraître trop sur la défensive, même s'il a déjà dû se trahir, son corps se relâche quelque peu, ses épaules s'affaissent juste assez pour que ses mains se glissent sur ses coudes lorsqu'il croise les bras. Autour d'eux, déjà que les vies humaines n'avaient que guère d'importance, tout semble désormais avoir disparu, afin de les laisser seul dans un face à face tendu.

La soirée est-elle riche en anomalies ou suis-je la perle rare que vous espériez trouver en sortant ce soir ? Je ne m'attendais à rien pour ma part, aussi, je vous laisse imaginer dans quel état je suis.

Il joue délibérément sur les mots dans son discours avec elle. Il fallait pouvoir gagner du temps et tâcher de paraître maître de la situation dans le ton qu'il donnait à son discours. Jusque-là, si le dialogue continuait à être instauré, cela ne devrait pas poser trop de problèmes, il l'espérait.


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Re: I've seen enough H to know where this is going - Jeu 4 Sep 2014 - 20:53
« Un certain cachet » hein ? Quelle ironie pour celle qui était décédée suite à une réaction allergique à un médicament. Non pas que cela ait été un total accident, il fallait bien l'admettre. Certains diraient que ces histoires n'ont aucune importance, qu'elles sont les restes d'une autre ère, celle des mortels. Mais pas Elena. Non, elle n'avait pas cette prétention commune aux divins, d'évincer tout ce qui n'a pas accès à l'éternité. Et puis...quelle éternité ? C'est long, cette petite chose. Quelle assurance avaient-ils que le contrat la couvrait en intégralité ?
Aucune. C'est pourquoi, à ses yeux, tous n'étaient que des pions de chair, animés par quelque instinct de survie et parfois une pensée ou deux. Certains n'étaient du bétail, d'autres se démarquaient de la masse. Mais tous, famille qui dort paisiblement, femme qui tente de regagner son foyer ou apprenti dieu mal à l'aise...tous avaient ce point commun, de n'être que des pions. Des pions dans quelque chose qui les dépasse. Elle aussi, en était un. Et le devoir d'un pion...c'est de prendre les autres pions, n'est-ce pas ?...

Mais pas ce soir. Ventre plein. Et proie trop coriace. Risquer d'être blessée, voire tuée, pour un misérable steak ? Non merci. D'autant plus que celui-la avait les cheveux longs et probablement de la fourrure en guise de poils. Deus sait qu'il n'y a rien de plus désagréable que de trouver ce genre de choses dans son assiette.
Et puis il était poli, malgré son malaise. Une qualité appréciable, et qui avait tendance à se perdre, surtout chez la jeunesse. Oh tiens, ça, c'était une idée. S'attaquer à la racaille et aux voyous qui rôdaient dans les villes la nuit. Une diète plus variée, de la viande plus tendre et la sensation agréable d'avoir fait quelque chose de positif pour la société ! Que demander de plus ? Certes, cela allait attirer un peu plus l'attention que la disparition de quelque clochard, mais qui irait pleurer un brûleur de voiture ou un dealer ? Et surtout, qui irait mettre cela sur le dos d'une abomination alien plutôt que sur celui d'un rival ? A creuser, une fois le mystère de l'homme trop bien habillé résolu.
Car oui, il était...sa perle rare, si l'on peut dire. Son anomalie de la soirée, celle qu'elle avait été chargée de trouver. Ou...une coïncidence ?...Non. Le hasard est une idiotie, un concept purement humain, inventé pour combler les lacunes de leur capacité de raisonnement. La chance n'est rien d'autre que l'ensemble des critères impossibles à prendre en compte en raison de nos limites, pas une force extérieure qui viendrait s'immiscer dans chaque calcul.
Pas de chance, pas de hasard, pas de destin. Juste des faits. Et le fait était qu'elle avait en face de lui une bizarrerie, en parfaite adéquation avec ses ordres de mission. Maintenant...que faire de ladite bizarrerie ? Noter sa présence et la rapporter ? La neutraliser ? La plonger dans le formol en guise de souvenir ?...Ou simplement continuer à l'étudier ?
Possibilités, possibilités...Tant de possibilités. Tant de « aurait pu exister », de « et si seulement » et autres « si les choses s'étaient déroulées autrement... ». Magnifique. Ce carrefour des possibles était tout simplement magnifique. Et la encore, elle allait avoir ce pouvoir sublime qu'était celui de la décision, de l'annihilation de toute une branche de l'arbre des événements. Il aurait pu, lui aussi, l'avoir. Mais il avait décidé de passer à coté, de le refuser, afin de ne pas en supporter le poids.
Sage décision. Idiote, également, mais sage.

Le sourire d'Elena n'avait pas faibli. Au contraire, il s'était même étendu, au point de sembler trop grand pour son faciès délicat.
La situation ne lui avait pas échappé, et elle partageait le point de vue, pourtant encore inconnu, de son interlocuteur: ils étaient désormais piégé dans une bulle narrative, et seules leurs décisions allaient influer sur qui allait en sortir. Priam avait choisi la voie du dialogue et de l'attente. Mais aussi celle du laisser-faire. A tout moment, Elena pouvait se jeter sur lui et tenter de mettre fin à son éternité.
Mais elle ne le fit pas. Du moins, pas à cet instant. Pourquoi dévorer ce qui semblait capable de parler, surtout en étant déjà rassasiée ? Non, cela serait le rabaisser au niveau d'un de ces vagabonds sans vie ni avis. Il méritait mieux. Pour le moment du moins.

« Toutes les anomalies sont des joyaux, et toutes ont leurs besoins en terme d'attention. Mais oui, vous êtes ma perle rare, très cher. »

Un petit rire cristallin s'échappa de la gorge d'Elena tandis qu'elle couvrait sa bouche de sa main droite. Déjà vu, surjoué. Un geste qu'elle avait vu ailleurs, et décidé de reprendre à son compte. En oubliant de fermer les yeux, et en les gardant braqués sur Priam. On ne peut pas tout avoir, semble t-il.
Ne sachant que faire de ses bras, désormais inutiles, elle décida de singer son interlocuteur, en les croisant, laissant sa tête reposer sur l'une de ses mains, supportée par l'autre.

« On m'a dit que je vous trouverais ici. Du moins, on m'a dit que quelqu'un se trouverait quelque part par ici. J'imagine donc que c'est de vous dont ils parlaient. Quels cachotiers tout de même. Ne pas me dire qu'il s'agissait d'un homme aussi charmant... »

Décroisant les bras, elle s'approcha à nouveau de Priam. Quelques pas, lents, mesurés. Juste assez pour lui faire comprendre que les choses allaient avancer, qu'il le veuille ou nous. Dans quelle direction exactement ?...A voir. A voir.

« ...Alors ? Qu'êtes vous venu faire dans cette grande ville ? Et plus important encore...qu'est venu faire cette grande ville en vous ? »

Des questions venant d'elle. Et des réponses venant de la lumière émanant du lampadaire. Quelques tâches sombres, discrètes mais bien présentes, sur son tailleur anthracite. Des éclaboussures. Du sang de clochard, plus précisément.
Encore une tenue gâchée par l'incapacité des humains à garder leurs liquides internes à l'intérieur. De quoi donner envie de ne plus sortir sans manteau huilé.
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Re: I've seen enough H to know where this is going - Mar 9 Sep 2014 - 11:04


Un compliment sur son allure ? C'était une chose qui faisait toujours plaisir. Le fait, ensuite, qu'il s'agisse de banalités entre deux êtres divins tendus, qui s'affrontent verbalement avec une grande politesse et une défense mutuelle respectueuse, est peut-être un détail, infime au premier abord, mais un détail dont il est important de prendre note. En gras. Surligné. Encadré.
En revanche à son égard, même si la galanterie lui suggère de flatter l'apparence de la jeune femme, il émet un doute. L'idée de congratuler la jeune fille dans aucun univers ne semblait pouvoir déboucher sur quelque chose de positif. Il n'y avait qu'à la regarder pour se douter que quelque chose ne collait pas à tout cela. Jusque dans la façon qu'elle eut de rire, elle paraissait cacher derrière son apparence, une chose bien plus complexe. Priam, malgré son passé, était parfaitement en mesure de comprendre que certaines personnes soient perturbées en apprenant une telle nouvelle, mais de là à ne plus savoir comment il fallait se comporter en société, il y avait un monde à franc... Il y avait un monde de plus à franchir.
Dans sa phrase, ce n'est pas la seule chose qu'il retient. Quelqu'un l'avait prévenu qu'il devait se trouver là ? Son cerveau contraint de devoir mouliner rapidement pour trouver des explications à tout cela, Priam s'interroge. Personne ne l'avait vu quitter l'Académie, et quand bien même, il ne s'en était pas vraiment caché, personne ne se doutait de sa sortie, et quand bien même bis, cela n'entravait en rien l'Académie. L'éthique de l'Académie allait surement tiquer, mais cela ne gênait en rien. Il ne représentait pas assez d'importance pour que l'on juge nécessaire d'annoncer son arrivée dans le monde des Humains, et il imaginait mal l'Académie organiser des bizutages. Vu la tronche en biais de la jeune fille devant lui, la situation était plus critique, et de nombreuses questions, ce coup-ci importante, allait devoir trouver réponse. S'il passait la nuit.

Et elle s'approche. La demoiselle s'approche. Bon sang, il aurait pu avoir un contact aussi proche avec une dame de compagnie « Bon sang, depuis quand n'ai-je pas touché un corps de femme humaine ? Ces gueuses d'humaines ont des charmes, et des peaux si douces, qu'elles arrivent à en amadouer des Cavaliers de l'Apocalypse », mais non, il fallait que cela soit sur elle. À mesure qu'elle s'approche, elle entre dans l'éclairage du lampadaire, et la lumière se fait un peu mieux sur elle, sur les détails de son corps et de ses mimiques. Ses vêtements sont sales, et les tâches brunies ne laissent aucun doute quant à leur nature. Une soirée prometteuse, à n'en pas douter. Il allait falloir continuer sur la lancée, ne rien laisser paraître. Elle devait être fatiguée, les tâches sur les vêtements n'étaient pas venues seules, si avantage il allait pouvoir obtenir avantage il fallait qu'il obtienne.
Les beaux discours sont racoleurs, il continue, et plus encore.

Je viens passer le temps. Les grandes villes ont cet avantage, que noyés dans la masse infâme, on y trouve quelques joyaux qui parviennent à nous faire oublier un instant que leurs recherches nous oblige à nous mêler à cette masse. Que l'on trouve une personne intéressante ou même un objet qui sait nous ravir.

Un arrêt. Ne pas trop en dévoiler sur ses projets, il ne fallait pas qu'il se mette des bâtons dans les roues avant même que son opération ne soit mise en place. La baisse la tête de quelques millimètres vers elle, ayant l'avantage de la taille.

Un grand bol d'air frais, simplement pour s'aérer les idées et briser une routine fade, je suis sur de ne pas être le seul de nous deux à être sorti pour des raisons assez similaires. La différence c'est que ma soirée n'a pas été mouvementée jusqu'à présent, et malgré que je sois un peu rouillé... et bien je me porte comme un charme.

Rien ne lui dit qu'un tel discours irait faire reculer la jeune femme, mais peut-être créera'-il un déclic suffisant pour qu'ils en restent à un échange de bons procédés. Là où les choses se corsèrent, et furent susceptibles de l'attirer dans un piège, c'est quand sa curiosité devint hélas beaucoup trop forte.

Ainsi donc, je serai charismatique au point que des gens vous parlent de moi ? Amusant, d'autant que je ne crois pas avoir l'honneur d'avoir entendu parler d'eux... Il va probablement s'en mordre la langue, mais il tentera d'adresser à la jeune femme un léger compliment. Je reste honoré de voir que c'est vous l'émissaire qu'il m'envoie.



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Re: I've seen enough H to know where this is going - Jeu 11 Sep 2014 - 11:47
Il y avait quelque chose de fascinant dans les différentes tailles qu'un humain pouvait avoir, et surtout, dans les conséquences que cet écart pouvait avoir sur eux, à court comme à long terme. Petit-gros, grande potiche, armoire à glace, complexe du Napoléon...tant de vies, d'esprits, modifiés par ce qui n'était qu'un simple détail physique. Et jusqu'à cet instant, Elena n'y avait jamais porté la moindre attention. Oh certes, elle savait qu'elle faisait 1.73m, une taille moyenne, et qu'il existait des gens plus petits et d'autres plus grands, mais cela s'arrêtait la. Elle n'avait encore jamais pris le temps de s'interroger sur ce que cela voulait exactement dire pour elle, principalement car son apparence humaine n'était guère plus qu'une tenue de camouflage, dont elle pouvait se délester à tout instant.
Et voici, que pour la première fois, elle se retrouvait confrontée à un rapport de taille, et au rapport de force implicite qui en découlait. Que faire, dans cette situation ? Comment réagirait un humain normal ? Comment devait-elle, elle qui ne l'était pas, réagir ? Lever la tête pour maintenir un contact visuel direct ? Reculer pour ne pas avoir à le faire ? Continuer de fixer droit devant, indépendamment du regard de l'autre ? Se hisser sur la pointe des pieds ?...Des possibilités par dizaines, la encore. Certaines ridicules, certaines raisonnables, mais toutes ayant une influence sur la suite des événements.
Actuellement, c'était lui, le plus grand. Instinctivement, il devait se sentir avantagé, en sécurité. Le château sur sa colline. Était-ce pour cela qu'il ne fuyait pas ?...Peut-être. Tester l'hypothèse aurait pu être intéressant. Subitement se métamorphoser, se libérer, et lui bondir au visage, afin de lui rappeler que la défense ne peut vaincre, seulement ralentir la défaite. Voilà qui aurait été amusant. Mais non. Elle avait des ordres, et ils étaient plus proches de l'observation que de la vivisection. Et de toute évidence, son « adversaire » était parfaitement satisfait de leur situation actuelle. Ce qui était fort dommage, soit dit en passant. Elle aurait aimé vérifier s'il était aussi mignon à l'intérieur qu'à l'extérieur. Il avait l'air d'avoir de jolis poumons.

A nouveau, en guise de réaction au tour de parole de Priam, Elena se laissa aller à un petit rire. Pas à cause de la curiosité de son interlocuteur, non. Ça, elle en avait parfaitement compris les fondements. Non, ce qui l'amusait ici, c'était sa petite flatterie, aussi délicate qu'injustifiée. Honoré ? De quoi ? D'être abordé par une femme inconnue, potentiellement dangereuse, et n'ayant absolument aucune réputation positive ? Non, c'était idiot. Totalement, absolument, et définitivement idiot. Et il devait bien le savoir. L'était-il, lui aussi ?...Employer l'idiotie est-il nécessairement symptôme d'idiotie ? Ou peut-on la considérer comme un outil quelconque ? Dans ce cas, qu'est-ce qui différencie l'idiot du comédien ?...Ah les degrés, quel merveilleux concept.
Alors, était-il un vrai ou un faux ? Question à la fois fascinante et distrayante, bien plus que son petit souci narcissique. Qu'importe son employeur, c'était à elle qu'il avait actuellement affaire, pas à lui. Et s'il était au courant, il prierait pour que cela demeure ainsi.

« Vous savez, chère anomalie, il y a une question que j'aimerais vous poser: êtes-vous authentique ? »

Aussitôt, elle vint placer son index sur son sourire, toujours aussi large, toujours aussi carnassier. Un geste qui se voulait joueur, peut-être même attachant, mais qui perdait toute connotation positive une fois lié au regard qu'elle lançait à Priam. Fixe et narquois, brillant de malice, une agression à lui seul.

« Non non, ne me répondez pas. Je préfère, dans votre cas, obtenir la réponse par moi-même, en vous posant une seconde question. Et en vous donnant une réponse, sans quoi, je serais bien égoïste, n'est-ce pas ? »

Elle retira la main de son visage pour la tendre vers l'apprenti-dieu. Lentement, centimètre par centimètre, tout en continuant de marcher vers lui.
Sa peau était blanche, pâle, pratiquement dénuée de pores, de poils ou de rides. Articulations trop parfaites, veines trop apparentes, ongles sous lesquels se trouvaient sang et chair. Un magnifique mélange d'immaculé et de souillure, envoyé en tant qu'émissaire vers celui qu'elle avait trouvé en cette fade soirée.

La distance qui séparait les deux dieux en devenir se comptait davantage en centimètres qu'en mètres lorsqu'elle s'arrêta.

« Connaissez-vous la Guilde Noire ? »

Chaque mot avait été prononcé distinctement, avec soin, comme pour en câliner les sonorités avant de les laisser s'échapper. Telles étaient, à la fois, sa question et sa réponse. A lui, ensuite, d'en faire ce qu'il désirait. Des les modeler, d'y laisser sa trace, de les chérir. Tant de choses reposaient sur sa réaction. Leur calme, leur vie, leur futur, celui d'autrui...Tout. Tout prenait appui sur cet embranchement, qui se tenait face à eux, invisible.
Et c'était à Priam qu'incombait la responsabilité de choisir.

Même si à cet instant, sa seule envie était probablement de rentrer chez lui et de s'assurer que tous ses organes étaient encore en place. On ne peut pas tout avoir.
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Re: I've seen enough H to know where this is going - Lun 15 Sep 2014 - 22:35


La scène n'était posée que depuis quelques minutes, et pourtant, il semblait que les deux protagonistes se fixaient yeux dans les yeux à se défier l'un l'autre, depuis des heures. La tension qui s'exerçait entre eux était presque palpable dans l'air, discernable à l'oeil nu. Le fait qu'il soit tous deux des êtres divins invisibles pour la plupart des Humains limitait hélas le spectacle à peu de spectateurs. La faute de cette fille. Plus on la contemplait et au plus apparaissait de petits défauts à l'oeil, des détails mis à cet endroit pour donner un aspect plus réel à l'ensemble, et qui pourtant venait trahir un je-ne-sais-quoi de faux. La contrefaçon semblait très fidèle, mais c'est comme si ce qui dirigeait l'ensemble n'avait rien d'humain. En général, plus on observe une femme et au plus on est susceptible de la trouver désirable, de vouloir la coucher sur un lit pour... et bien voilà quoi. Mais dans son cas à elle, la règle ne s'appliquait pas vraiment, au contraire, un sentiment de dégoût vous prenait presque à la gorge.
Mais se laisser prendre à ce jeu ne pouvait que lui donner l'avantage à elle. Même s'il n'imagine pas vraiment comment ce genre de psychotique chaotique peut-être mis en difficulté. Et si en difficulté, c'est probablement pour mieux déclencher et relâcher ses penchants sur la première personne qu'il trouve. La manoeuvrer relevait de l'impossible et pourtant, il le fallait.

À entendre la question qu'elle soulève, ses soupçons se confirment. Il avait été idiot de penser que l'Académie pouvait être la seule entité abritant des êtres divins. Il n'était nullement question d'avoir été suivi par l'académie ou même de la pensée loufoque d'un bizutage entre apprentis. Il devait surement s'agir d'un repère d'autres dégénérés dans le style d'Elena ou de Priam lui-même, car à y réfléchir aucun être divin ne devait être réellement sain d'esprit.
Mais le plus important quelles paroles utilisait pour ne pas s'attirer des foudres ! Jouer les clairvoyants et risquer de se révéler un ennemi ? Ou bien jouer les abrutis et prendre le risque d'être éliminé dans la plus grande indifférence ?
Éliminer ? Allons... cela ne serait pas si facile tout de même. Pourquoi de suite envisager une situation aussi peu optimiste ?

Bon. Maintenant. Le problème épineux, c'était ce doigt qu'elle avançait vers lui. Elle avait beau ne pas le toucher, cela le gênait. Malpoli, dénonciateur... Le frisson lui monte dans le dos lorsqu'il lève la main, et du bout du doigt, vient poser son index sur le tissu de sa veste. Il n'allait tout de même pas la toucher directement. Appuyant de son index sur sa veste, il repousse la main de la jeune fille sur le côté, comme pour lui faire comprendre qu'il ne tolérait pas une telle chose.
Probablement une erreur, mais la délicatesse et la lenteur du geste était peut-être les éléments qui allaient le sauver dans une telle entreprise. Du moins pour l'instant.

La guilde noire ? Jamais entendu parler de cela. À vous voir, je ne pense pas qu'il s'agisse d'un fan-club de gothiques amateurs de musique. Il penchera lentement la tête sur le côté pour la regarder en coin.
Il me vient à l'esprit que vous n'êtes probablement pas membre de l'Académie, et que l'Académie n'est pas la seule entité à accueillir des êtres... Authentique ?

Cela ne se voit peut-être pas forcément, mais tout son être est tendu, sous ses vêtements. Il est prêt à bondir en arrière et décamper aussi vite que ses jambes le lui permettent, si le besoin s'en fait sentir. De même pour son domaine divin. Il n'en connait pas l'ampleur de la puissance, mais s'il faut faire exploser la jeune fille en mille morceaux, ou juste créer une amorce de pétard mouillé, il tâchera de le faire du mieux qu'il peut pour couvrir ses arrières.
Le hasard. Saloperie de destin qui le fout dans une situation pareille, le premier soir où il pose un pied de nouveau dans le monde des Humains, afin de partir en reconnaissance. Il faut croire que Deus a un sens de l'humour assez particulier en fin de compte.



HRP :Désolé j'ai un peu traîné pour te répondre avec le week end au milieu. J'espère que cela te plaira =x



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Re: I've seen enough H to know where this is going - Mer 17 Sep 2014 - 11:02
Voilà quelque chose qui n'était pas arrivé depuis longtemps. Un contact non-violent entre elle et un autre. Certes, pas l'un de ses pairs ni quelqu'un qu'elle aurait pu considérer comme tel, mais tout de même un être autre que ces animaux éphémères (mais néanmoins délicieux). Intéressant.
Il aurait pu devenir brutal, la repousser violemment et s'enfuir, voire l'agresser pour tenter d'obtenir l'initiative. Mais non. Il avait choisi la délicatesse, la subtilité, et s'était contenté de détourner légèrement sa main. Voilà qui n'était guère commun.
Sans un mot, elle rapprocha lentement son bras et contempla son propre poignet, près de là où Priam l'avait touchée. Elle pouvait encore voir la trace de son doigt, ressentir la pression, la faible chaleur, en sentir l'odeur.
Sa main se referma plusieurs fois. Tout était la, tout fonctionnait, mais il y avait encore cette empreinte, enchâssée dans le tissu, la chair et l'esprit. Les humains le savent, il y a quelque chose de prodigieux dans le contact physique. Une communication, une proximité, un dialogue; le tout à un niveau autre que celui atteint par la parole. L'un ne peut remplacer l'autre. Un manque ?...Peut-être.
Elle approcha son visage, laissa courir son nez et ses lèvres le long de son avant-bras, inspirant profondément. L'odeur du sang, de la transpiration et de la crasse d'un clochard. Et parmi cela, un petit reste, un petit souvenir. Elle ne pouvait le sentir, mais elle savait qu'il était la. Elle savait que, entre deux fibres, se trouvait quelque chose appartenant à l'homme face à elle. Quelques cellules, quelques morceaux de lui, qu'elle était désormais libre d'emporter. Voilà qui détrônait le briquet. Et peut-être même la casquette à boissons.

Sa réflexion à propos des talents de comédien de Priam lui était totalement sortie de l'esprit. En fait, la conversation elle-même s'était évaporée à l'instant du contact entre son doigt et sa manche, pour laisser place à une profonde contemplation au cours de laquelle elle avait perdu son sourire, pourtant apparemment indélébile.
Jusqu'au moment où le mot « Académie » fut prononcé.

Blocage net.

Lentement, ses lèvres s'étirèrent, formant un immonde rictus d'où s'écoulait mépris et dégoût. Son regard se déplaça de son avant-bras vers son interlocuteur, soudainement revenu au premier plan. Évidemment qu'il faisait partie de l'Académie, elle le savait. Tout le monde faisait partie de l'Académie, au début de sa divine vie.
L'Académie...ce repaire d'attardés, de mous, de crétins bienséants et bourrés de mépris. Pauvres esprits étriqués, pauvres demeurés, à la solde d'un être tout-puissant soi-disant endormi. Pauvres idiots infantiles, immatures et sans intérêt...
Bien sûr qu'il en faisait partie ! Bien sûr qu'elle n'en faisait plus partie ! Évidences, évidences. Trop évidentes même. Pourquoi ne s'étaient-elles pas directement implantées dans son esprit ? Pourquoi ne s'était pas centrée la dessus ?...Tout était lié, tout allait de paire. Voilà pourquoi ils étaient la. Des pions, de leurs organisations respectives. Mais cela ne prouvait rien quant à ses hypothétiques mensonges. Quel sbire sait ce que sait son maître ? Et dans cette optique, à quoi bon mépriser le sbire ignorant ? Peut-être est-il dans sa situation, prisonnier d'une pseudo-loyauté assumée, bloqué par l'absence de choix. Ils n'allaient pas vanter l'existence de leur rival, de leur frère de l'ombre. Ce serait stupide, même de leur part.

Son visage se décontracta légèrement tandis qu'elle fixait Priam, et son expression redevint presque tolérable à regarder. Rejette le péché, pas le pécheur.

« Votre esprit est fort aiguisé, très cher. Je ne fais plus partie de l'Académie depuis... »

Elle marqua une petite pause, ponctuée d'un petit rire.

« ...que j'en ai quelque peu réduit l'effectif. Une histoire sans grand intérêt, mais qui m'a permis de découvrir ce que je vais vous apprendre. Votre soi-disant divinité n'a pas de sens. Vous n'êtes que le pion de ceux qui prétendent vous instruire. Une marionnette. Une poupée de chiffon. »

Son regard s'intensifia, comme si elle cherchait à perforer son interlocuteur. Pas de clignement d'œil. Pas de mouvement superflu. Uniquement les lèvres et la gorge.

« Mais plus maintenant. Vous avez désormais le choix. Rester enfermé ou vous libérer. Renier l'Académie ou y demeurer. »

A lui de décider. Elle avait fait sa part, à la fois pour la Guilde et contre l'Académie, mais aussi pour elle-même. Détruire la fausse loyauté, détruire la prison. Offrir une chance à tous ces benêts. Rares seront ceux qui la saisiront. Mais peu lui importaient les résultats. C'était simplement sa manière de se venger de ce qu'on lui avait fait subir. Pas d'altruisme, pas d'objectif à long terme. Juste le goût douceâtre de la revanche à faible coût.

Finalement, pour une sbire sous-payée, elle savait faire preuve de zèle. Mauvaise habitude ça.
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Re: I've seen enough H to know where this is going - Jeu 18 Sep 2014 - 15:02


Priam l'écoutait patiemment. Son discours venait heureusement couper son attitude qui le mettait de plus en plus mal à l'aise. Chaque seconde qu'il rajoutait en la compagnie d'Elena lui semblait une minute de plus. Sa lenteur, la rigidité mécanique de ses mouvements et l'absence d'émotions dans ses sourires n'aidaient en rien. Il fallait nuancer ce dernier propos. L'envie était un sentiment qu'elle parvenait très clairement à exprimer au travers de son regard et de son sourire carnassier qu'elle avait eu du mal à perdre depuis le début de leur rencontre. Une bouffée d'air frais que de pouvoir un instant contempler un visage semi-amical en face de soi, si par amical on souhaitait parler de quelqu'un qui n'affichait pas son intention de vous nuire rapidement.
Il ne sait pas comment réagir réellement face à elle. Il veut ne pas se la mettre à dos en ayant l'air de dénigrer ce qu'elle appelle la Guilde Noire, mais... et bien la vérité avait hélas trop grand besoin de sortir, pour qu'il soit capable de lui mentir sans sourciller.

Jusque-là vous ne m'apprenez rien chère Elena. Cette académie ? Qu'est-ce donc à part le repaire d'anciens humains qui jouent à être des Dieux ? Rien.
Être divin n'est pas quelque chose qui s'apprend si vous voulez mon avis, ce ne sont pas les quelques un choisis par Deus au milieu de cette foule grouillante de moutons formatés dès la naissance, qui vont faire des êtres divins de choix, la plupart n'ont pas su vivre une vie d'humain, Deus espère les voir triompher en tant que Dieu ? Il y aurait de quoi en faire une comédie, si ce n'était malheureusement pas un drame de sacrifier ainsi le temps probablement immortel de tant de gens.

Lui révéler ses pensées sur la plupart des apprentis de l'Académie, ce n'était pas très gênant. L'important c'était de ne pas être trop bavard sur son ancienne condition. Il ne sait trop rien sur ces gens de la Guilde Noire, mais le spécimen Elena était suffisamment évocateur. Son discours sur les marionnettes de l'Académie et le besoin de se libérer d'entraves venait sublimer le tout. Une pincée de sel sur une pièce de viande déjà copieuse. Mais voilà, le plat était beaucoup trop appétissant pour qu'il n'y ait pas anguille sous roche. Les risques qu'il encourait si la Guilde Noire en apprenait davantage sur lui étaient énormes. De fait, cela le fait réfléchir sur autre chose, il était peut-être plus prudent de manière générale, de ne pas trop ébruiter son ancienne condition, pas même à tous les membres de l'Académie. Le passé... restera le passé.
Était-ce vraiment le style de Priam d'accorder sa confiance aussi facilement à une inconnue le premier soir dans une ruelle de banlieue ? Oui ça l'était, à l'époque il l'avait fait plusieurs fois. Mais à l'époque il s'agissait d'une prostituée. Cela aurait pu, mais ce n'était pas le genre de la jeune femme en face de lui, aussi se voyait-il contraint de refuser son offre. Avec délicatesse. Voire même de la repousser sur la durée. Comment prédire la réaction d'une personne de la sorte ? Impossible.
Se racler la gorge, très important dans l'immédiat, sa contenance était nécessaire, et jusque-là il la tenait avec brio, du mois, il lui semblait que tel en était le cas.

Vous me parlez de liberté, mais je ne me sens nullement entravé par qui que ce soit, encore moins le pantin d'une institution qui demeure à mes yeux une grossière pantomime.
Je n'ai rien contre le fait d'allez renier cette institution, mais que pourrait m'apporter votre Guilde Noire ? Pour l'heure, la liberté que vous me promettez, je l'ai déjà et ne saurait quoi faire de davantage de liberté.
Allons, Elena, je suis sur que vous avez pleins de choses à me vendre de fort intéressant sur la Guilde Noire, pour motiver ma décision.

Merde. Merde merde merde merde et mille fois merde. Avait-il besoin d'en rajouter ? Maintenant, si elle lui en vendait trop, il n'aurait plus les moyens de refuser sans la vexer, et risquer de se mettre en danger. Il allait falloir trouver un moyen plus qu'habile pour s'en sortir. Pourquoi Deus lui avait-il fait le cadeau d'une nouvelle vie ?



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Re: I've seen enough H to know where this is going - Dim 21 Sep 2014 - 11:31
Hah ! Le vil comédien. Il lui disait ce qu'elle avait envie d'entendre, pas ce qu'il pensait vraiment. Il n'était pas authentique. Pas du tout.
Et cela lui plaisait énormément. Seuls les crétins se révèlent aussi rapidement. Savoir jouer et porter un masque sont des signes d'intelligence.
Certes, sa performance laissait à désirer et manquait franchement de subtilité mais l'idée était la, engrammée dans son esprit, conscient ou non. Ne manquait peut-être qu'un peu de pratique, un peu d'expérience. Après tout, elle n'était pas non plus maîtresse de cette science. Mais cela suffisait amplement. Nul besoin d'être une parfaite humaine; n'importe quelle personne rationnelle préférera croire se trouver en présence d'une folle droguée plutôt que d'une alien du moment que le doute subsiste.

A mesure que Priam parlait, le regard d'Elena perdait son intensité pour se reporter, à nouveau, sur sa manche. Approchant son visage du tissu, elle inspira profondément.
Insuffisant. Elle n'arrivait déjà plus ni à le sentir, ni à l'entendre. Pas sa voix, qu'elle percevait parfaitement, mais celle de son odeur, de sa chair. Car il était la, le véritable dialogue. Dans les muscles, dans les tendons, les veines et les tripes. De la pointe des cheveux au cœur des cellules. Pauvres humains, persuadés que tout se passe dans l'esprit...Cela devait être à la fois reposant et ennuyeux que de tout rattacher à quelque sens intangible en ignorant les hurlements de l'organique.
Non, ce qu'elle voulait vraiment, ce n'était pas entendre Priam. C'était l'ingérer, le digérer, l'intégrer. Apprendre par la viande, connaître par la chair.
D'un geste lent, calculé, soigné, elle lécha délicatement sa manche, à l'endroit où les doigts de l'apprenti-dieu étaient venus se poser quelques instants plus tôt. Un filet de salive s'étira entre sa langue et son poignet. Les traces étaient faibles, mais présentes. Quelques peaux mortes, quelques traces de saleté, de transpiration, de vie. Un fantôme, tout au plus. Mais bien assez pour ouvrir le dialogue.
La viande ne ment pas. Elle ne peut pas mentir. Elle est véridique et authentique, même lorsque celui qui l'habite et l'utilise essaye de se maquiller et d'en cacher les défauts. Imperfection ? Réalité !

A nouveau, son sourire s'étira. Il voulait des détails ? Il allait en avoir. La curiosité, contrairement à ce que certains obscurantistes ont voulu, et veulent encore, faire croire, est une des plus qualités données aux êtres pensants. Certes, parfois, cela les amène à découvrir des choses qu'ils aimeraient oublier, au point de s'en faire sauter la cervelle, mais qu'importe ? C'est ainsi que doit être utilisée la raison. Celui qui refuse d'explorer l'inconnu, au risque de le regretter, ne fait que gâcher son potentiel et ne mérite pas véritablement son appellation d'être pensant.
Il n'était pas parfait, manquant de subtilité, mais il avait du potentiel. Et il aurait été malheureux de le gâcher pour en faire un vulgaire tournedos. Peut-être plus tard. Après tout, potentiel ne veut pas dire résultats. Et résultats ne veut pas dire bons résultats. Enfin, tout cela, elle allait s'en occuper en temps voulu. Pour l'instant, il n'était pas question de cuisson mais plutôt de corruption. Ou juste d'apport de connaissances, selon le point de vue adopté.

« Votre individualisme est plaisant, si je puis me permettre de le souligner. Et plutôt mal vu par ceux qui vous hébergent actuellement. Oh, peut-être que vous ne voyez pas la bride autour de votre cou, mais un jour, vous finirez par la sentir, se resserrer, de plus en plus fort, au point de vous couper la respiration. Leurs mots sont sont peut-être mielleux et sucrés, mais ne vous y méprenez pas. Si vous tentez d'aller dans votre propre direction, quelle qu'elle soit, vous serez immédiatement marqué comme un ennemi... »

Elle marqua une courte pause durant laquelle son sourire s'étira lentement. Un bruit de déchirure mouillée se fit entendre, tandis que la commissure de ses lèvres s'arrachait de part en part, et ce jusqu'à mi-joue. Du sang s'écoula le long de son cou, se glissant derrière le col de son tailleur tandis que ses yeux s'illuminèrent de malveillance.

« ...Et vous serez seul. Seul contre tous. Traqué, honni, un paria. Et tout ça pour avoir voulu obtenir un peu de contrôle sur votre destinée. »

Son expression se détendit légèrement. Elle porta deux doigts à ses lèvres, et en inspecta la couleur. Rouge. Misérable enveloppe humaine, si fragile, si délicate...et si merveilleuse, en un sens. Une sorte de porcelaine de chair et de tendons.

« C'est à ça que sert la Guilde Noire. Un regroupement de renégats, unis par une volonté commune de se défendre face aux tyrans bienséants. »

Un petit rire narquois ponctua sa dernière remarque, sorte de marque de fierté par rapport à son rôle de vendeuse. Jamais elle n'aurait pensé avoir le profil pour ce genre d'emplois. Un problème de sourire, semblait-il.
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Re: I've seen enough H to know where this is going - Mar 30 Sep 2014 - 21:57


Bon. Bon. Bon. Booooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooon.
Ne jamais se fier aux apparences. Mais bordel, il y a des apparences qui ne trompent pas. Et ce n'était même pas une impression. Non à ce niveau-là, c'était carrément une putain de merde que l'on vous jetait en pleine tête, en vous criant dessus « Tu vois ? Tu le vois bien là ? Alors pourquoi t'as pas réagi plus tôt ? », et la question était posée. Pourquoi n'avait-il pas réagi plus tôt ? La curiosité, probablement. Il voulait en savoir plus, même si cela sous-entendait de devoir tenir compagnie à ce qui se rapprochait le plus de l’hurluberlu démoniaque. Le côté positif, cela ferait toujours une histoire amusante à raconter un soir au coin du feu pour essayer de brancher une demoiselle. « Tu as de très beaux yeux. Il me rappelle le regard affamé d'une femme que j'ai rencontrée un jour dans la rue, et bien qu'elle en soit à s'en décrocher la mâchoire, je peux t'assurer qu'elle s'en chargeait bien mieux que quiconque dans ce domaine ».
Mais depuis quand songeait-il réellement à une échappatoire ? Difficile d'être réellement sur du moment où le déclic s'était fait. Ce qui était sur c'est qu'Elena avec une attitude aussi flippante n'avait pu qu'encourager Priam à réfléchir à comment la discussion risquait de finir. Tout. Tout en elle ne manquait pas de le répugner, dès l'instant où elle avait commencé à fixer intensément sa manche, poser sa langue dess... Il préfère ne même plus y penser. Ce sont des images qui n'ont rien de choquant, mais qui dégagent quelque chose, une impression, un dégoût permanent. Et le dégoût allait devoir cesser maintenant. La retraite s'imposait comme obligatoire, s'il ne voulait pas finir comme tâche de sang supplémentaire sur la tenue de la Demoiselle. Ou de la chose. Du bordel qui se tient devant lui. Avec tout le respect qu'il a pour elle. Lui. Enfin ça quoi.

Ok, Priam. Ce n'est pas si difficile que cela. C'est même facile en réalité. Son esprit se ferme quelque peu au présent actuel, il tâche de ne conserver que le minimum afin de rester attentif à Elena et aux différentes réactions qu'elle pourrait avoir. Le reste, il le concentre sur son domaine divin. Ressentir l'environnement, surtout ce qu'il ne voyait pas. Il fallait pouvoir éprouver dans son cerveau chaque morceau de métal, chaque vis qui faisait partie de l'ensemble qu'il recherchait. Bordel, vivement qu'il soit dans un bon lit à pouvoir se reposer et ne plus penser à tout cela, ne plus sentir son esprit autant s'échauffer que le métal qu'il recherche sous terre.
Quel malheur c'était, tout ce qu'il faisait, il voulait le faire grand ! C'était cela que d'avoir eu un passé glorieux,on gardait de mauvaises habitudes avec le temps.

Je ne doute plus des volontés de la Guilde Noire à vouloir à tout prix démonter la bienséance Elena, grâce à vous de plus. Mais que voulez-vous, je suis trop individualiste pour me retrouver dans l'un des deux camps si je vous écoute. Et si je continue à vous écouter je ne suis même plus sur d'y avoir une place tout entière. Aussi, je suis obligé de vous dire avec tout mon res—...


Il ne finira pas sa phrase. En un instant, une vapeur brûlante inonde les rues dans un grand souffle continu. En un instant les multiples bouches d'égout qui sont enfoncées dans le bitume, sous la pression du domaine divin de Priam, qui tâchait de les localiser et de les faire plier à sa volonté, se brisent, se tordent, se dévissent et se cassent, libérant les flots de vapeur qu'elles retenaient prisonnières. Les bouches d'égout sont noyées en un instant d'un nuage imposant, qui se répand dans la rue, de chaque côté, sur chaque trottoir.
Il n'hésite pas davantage, profitant de la couverture que peut lui offrir ce brouillard passager, il prend ses jambes à son cou. Il ne réfléchit pas à la direction. Devant, derrière, sur les côtés, tout cela n'importait pas, l'important était de mettre la plus grande distance entre lui et Elena dans le délai le plus bref, afin de lui permettre de quitter les lieux et de retrouver un moyen de retourner à l'Académie. Sa mission était probablement ruinée pour la soirée, mais l'important, c'était de pouvoir souffler dans son lit.

Il paraît que pour se dissimuler dans une foule, le plus simple est de ne pas attirer l'attention. Il n'en a pas le temps, il veut juste mettre de la distance le plus vite possible, inutile de jouer les discrets ou les fourbes. C'est courir pour survivre. Et vu le sprint qu'il pique, à en faire traverser son cœur depuis sa poitrine, il est sûrement en train de réussir.



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Re: I've seen enough H to know where this is going - Lun 6 Oct 2014 - 15:05
Sourire. Toujours sourire. A travers la douleur et le plaisir...sourire.

Un jet de vapeur la frappa en pleine face, lui brûlant la moitié du visage. Sur l'instant, aucune réaction, alors même que sa peau virait à l'écarlate, se couvrant de cloques et laissant apparaître la chair meurtrie. Pas de geste, pas de cri, pas même un misérable réflexe. Juste un sourire, cependant que son œil droit se déchirait et se transformait en une informe masse brunâtre.

Juste un sourire, à travers la douleur et l'horreur.

Voilà qui était imprévu. Et fort malpoli. Couper ainsi une cordiale discussion avec une dame ? Cet homme était décidément aussi pragmatique que mal éduqué. Quelle est donc cette réalité où la survie nous pousse à oublier tout ce qui fait de nous des êtres civilisés ?...Certes, continuer notre existence passe avant tout le reste, mais tout de même. Il existait bien d 'autres manières de conclure cette conversation. Qui n'impliquait pas de s'enfuir en courant en plein milieu d'une phrase, comme si le feu venait de se déclarer dans son salon.
...Pas encore véritablement mieux que du bétail. Pas encore véritablement un être digne d'intérêt. Le chemin allait être encore long. Probablement allait-il s'égarer, refuser d'avancer voire même faire demi-tour, et retourner à sa condition de bœuf. Même les animaux cherchent à sauver leur peau, et uniquement la leur. La différence est que les êtres intelligents emploient la meilleure solution possible, et non la plus simple. Fuir ? Primitif. Déplacé. Pauvre idiot. Pourquoi tout devait-il toujours se trouver limité au court terme ? Pourquoi se consacrer au danger face à soi pour se jeter, en s'en éloignant, en plein dans un ravin ?...

Déception. Et douleur...douleur...Douleur. Misérable enveloppe de chair fragile, stupide effigie éphémère.

Elle n'y tint plus.

Un hurlement inhumain s'éleva du brouillard qui avait englouti la rue. Un cri de haine, de plaisir et de souffrance. Un cri à la fois bestial et humain, vibrant dans des sonorités à la fois universelles et incompréhensibles. Un cri portant un message simple et pourtant indicible.
A travers les volutes de fumée, une ombre grouillante pouvait être aperçue, laissant une ultime chance aux malheureux spectateurs de détourner les yeux. Une masse de chair et d'organes, secouée de pulsations et de convulsions se dessinait à l'endroit où, quelques instants plus tôt, une jeune femme se trouvait encore. Une odeur ignoble de marais et de cadavres se répandit aussitôt, masquant même la puanteur qui s'élevait des égouts. La putréfaction, la déchéance, la pestilence. Tout dans cette parodie de fragrance aspirait à la mort.

Si Priam n'avait pas eu la chance d'avoir le dos tourné, il aurait probablement pu apercevoir quelques tentacules agités de spasmes percer la couverture qui empêchait la réalité de se rendre compte quelle abjecte créature elle abritait. L'un de ces appendices de chair frappa le poteau d'un réverbère proche. Un crissement de métal arraché et d'os broyés vint rejoindre la symphonie des horreurs, suivi des remous d'un marais qui s'éveille s'étire.
Parmi la chorale du mucus et des tumeurs, une voix s'éleva, à la fois distincte et incompréhensible.

« À͚̬͔ ̤̪u̴n̷̝̘͉̤̺̹̦ḙ̻̬̲̀ ̫͎̳͕̳͟p͎̲͚̝͍̹̙r̵̭o̻̝̗c̼͖̙̩̟͠h̥̪̦̮̺̯̟a̱̤̣̬ͅi̵n͎̝̥e̖͕̳̱̫̦ ̬̳̱̼̪̦͢ͅf̬͢o̙̙̩̬͓͘ḭs͎͕̺̱̩͜,͏̮̲̞̭͚͍̠ ̴̰͔͇̤̤̙ͅc̫͍̫̩h̪̘̗͈̫è͝r͈̣̟͈͎̰e̸̜̤̭̤̭ A͔͖̘n̯͇͖͉͙͙̥ó̱͍m̸͈̲̘̘̥̫̠á̰l̙̮̺̮͔̤i͉̖͇̖̯̥͎e̥͍̮̣̞̰͠ͅ.̺͙̹̝͈ »

Un clapotis narquois ponctua cette seule et unique phrase, suivi du bruissement d'une masse organique et gluante en mouvement. Puis, des éclaboussures. Des viscères éclatés contre un mur et aspirés par une paille.

Et enfin le silence. Pesant. Inquiétant. Aussi malsain que la scène qui venait de se conclure.

Le brouillard se dissipa peu à peu. Le lampadaire portait les marques de plusieurs longues griffes, qui avaient déchiré et tordu le métal. Le sol était couvert d'un mucus visqueux rougeâtre, à l'odeur pestilentielle, proche de celle d'un cadavre en putréfaction retrouvé dans un marécage.
Au milieu de ce lac immonde, des vêtements féminins en lambeaux, tachés de sang et de bile. Et partant de la, une longue traînée, qui partait s'engouffrer dans la bouche d'égout la plus proche.

Au petit matin, la zone était bouclée par la police. Un meurtre, avait-on dit. Mais aucun de ceux qui avaient pu apercevoir la scène ne croyaient à une explication aussi simpliste. Ils s'y raccrochaient, désespérément, mais n'y croyaient pas. Ni homme, ni animal, ni plante n'était à l'origine de ce qui avait secoué, en cette nuit, ce quartier de New York.
Durant la semaine qui suivit, plusieurs disparitions parvinrent aux oreilles des forces de l'ordre. Un clochard, mais surtout, des membres de gang et autres petites frappes. Des règlements de compte, avait-on dit. Personne ne lia les deux évènements, et la vie reprit lentement son cours. Pour quelques temps du moins.

Si seulement ils savaient...

Ils allaient savoir. Oh oui, ils allaient savoir. Ignorez, tant que vous le pouvez. Le jour de la révélation est proche. Très proche. Et nombreux seront ceux qui regretteront d'avoir pu percer les secrets auxquels ils ne sont nullement préparés.
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Re: I've seen enough H to know where this is going - Dim 1 Fév 2015 - 20:52

Arrêtez-moi si je me trompe, mais je crois qu’il n’y aura pas de seconde rencontre – en tout cas pas intentionnelle – entre nos deux camarades… au risque de décevoir Mlle Elena. Au risque de la choquer aussi, je crois qu’elle n’est pas la plus… à même à… « attirer » de nouveaux arrivants chez la guilde noire. Ça ne regarde que moi après… et je dois dire que ça en arrange certains… alors…

Ce qui est remarquable, et ce n’est pas la première fois qu’on le voit, c’est cette aisance qu’a Elena à fasciner ses interlocuteurs masculins. Heureusement, Priam était sur ses gardes… mais un peu plus et il finissait en ̤̪c̼͖̙̩̟͠h̥̪̦̮̺̯̟o̙̙̩̬͓͘u̴c̫͍̫̩r̭̻̬̲o̙̙̩̬͓͘u̴te̥͍̮̣̞̰͠ͅ ̤̪,͏̮̲̞̭͚͍̠g̯͇͖͉͙͙̥̯͇͖͉͙͙̥a̱̤̣ͅr̵̭n͎̝̥i͉̖͇̖̯̥͎e̸̜̤̭̤̭. (j'avoue, je le fais moins bien...)

Au passage, mention spéciale pour les images de Priam !
Allez… remettons cela, voulez-vous ? Je ne suis pas totalement rassasiée de cette rencontre, moi ! =3

Priam Soak : 475 xps
Elena Altman : 510 xps

Xps attribués : Yep
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