Chapitre IV :
Entre Mortels et Immortels, la guerre est déclarée. Trois mois après la chute d'Isanagi et du Golem de Pierre, la tension ne fait qu'accroître. Encore une fois, l'ennemi saura surprendre. Encore une fois, les futures divinités devront se montrer à la hauteur, et les humains, plus unis que jamais.


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Le couloir des âmes perdues [Libre]

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Le couloir des âmes perdues [Libre] - Mar 25 Fév 2014 - 12:35
Stefen avait du mal à réaliser tout ce qui s’était passé ces derniers temps, et la situation dans laquelle il se trouvait désormais. De son vivant, il ne croyait pas en grand-chose, certainement pas en une vie après la mort, en tout cas. Il avait toujours trouvé ridicules toutes ces traditions religieuses auxquelles les gens se livraient avec tant d’ardeur. La foi, il n’avait pour ainsi dire jamais compris ce que c’était. Durant ses premières années, il s’était contenté de faire ce qu’on lui demandait, sans se poser trop de questions. Et puis, dès qu’il avait atteint l’âge de prendre ses propres décisions tout seul, il s’était bien vite éloigné de tout culte.

Et voilà qu’après sa mort, il découvrait une autre existence. Il apprenait qu’il y avait réellement, non seulement un dieu supérieur, mais aussi une multitude de divinités plus secondaires, et même une académie qui les formait. Comble de surprise, il avait apparemment été choisi pour devenir l’un des leurs. Jamais il n’aurait imaginé qu’il serait un jour amené à devenir un dieu. D’ailleurs, pour l’instant, cette idée lui paraissait encore totalement absurde. Il n’avait pas eu une vie exemplaire, loin de là. En tout cas, il n’avait certainement pas suivi à la lettre les préceptes que ses aînés avaient voulu lui enseigner. Il avait trompé la confiance de nombreuses personnes, ne travaillant plus, au final, que pour son propre compte. Bien sûr, il n’avait jamais directement fait de mal à personne. Mais les informations qu’il transmettait… ou ne transmettait pas, avaient entraîné de nombreuses morts, parfois d’inocents, il le savait très bien. Il estimait que c’était un mal nécessaire pour se maintenir à l’abri du besoin.

Enfin, tout cela faisait partie du passé. A présent, il devait comprendre ce nouvel univers dans lequel il venait de prendre pieds, et s’y faire sa place, d’une façon ou d’une autre. L’étrange personnage qui l’avait accueilli à son arrivée ne lui avait pas donné beaucoup de renseignements. Il allait devoir se débrouiller seul. Mais d’une certaine façon, ça ne changeait pas tellement de ce qu’il avait connu en tant qu’être mortel. Il n’avait jamais compté que sur lui-même. Pour commencer, il devait faire le point. Premier avantage, il avait récupéré son corps, apparemment intact, malgré la façon dont on l’avait mutilé juste avant son passage dans l’au-delà. Ses sens semblaient en parfait état. Il lui semblait même qu’il avait rajeuni. En tout cas, il se sentait en pleine forme.

Deuxième élément positif, les vêtements dont il était habillé à son réveil, et qu’il portait toujours actuellement, correspondaient à ce qu’il aimait porter sur terre : confortables et élégants, parfaitement taillés pour lui. Il avait même découvert, dans l’un des boutons de sa chemise, une longue aiguille tout à fait semblable à celle qu’il utilisait jadis à diverses fins, dans ses fonctions d’espion. A croire qu’on avait voulu le conserver tel qu’il était auparavant, au moindre détail près. Après une première inspection sommaire de son nouvel état, il s’était mis à déambuler au hasard, sans trop savoir ce qu’il devait faire ni où il devait aller.

A présent, il se trouvait dans un long couloir dans lequel il marchait à pas lents, entre deux rangées de portes fermées. D’après ce qu’on lui avait dit, il devait s’agir de salles de classe. L’idée de retourner à l’école ne l’enchantait pas vraiment. Mais s’il devait réellement devenir un dieu, il avait certainement beaucoup de choses à apprendre et de capacités à développer. Les mains dans les poches de sa veste, il regardait de chaque côté, guettant le moindre bruit. Les lieux semblaient déserts et silencieux. Finalement, il s’arrêta devant l’une des portes, et, après avoir écouté un court instant, posa sa main sur la poignée, qu’il tenta d’actionner, en vain. Apparemment, la pièce était verrouillée. Un peu frustré, Stefen se pencha pour examiner la serrure, et, portant la main à sa boutonnière, s’apprêta à en extraire l’aiguille, entre deux doigts. Décidément, ses vieilles habitudes non plus ne l’avaient pas quitté.
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Re: Le couloir des âmes perdues [Libre] - Mar 25 Fév 2014 - 15:31
Juste au coin du couloir, quelques dizaines de mètres plus loin, Franz Breitner se déplaçait de son pas lent et mécanique. Cela faisait déjà plus de deux heures qu'il explorait l'Académie. Une sorte de reconnaissance en prévision du jour où il déciderait enfin d'organiser un cours. Non pas qu'il eut l'orgueil d'imaginer que cela l'empêcherait de se perdre. Il n'avait pas l'attention nécessaire pour avoir un sens de l'orientation efficace. Et dans ce cas de figure, il n'en avait pas la motivation non plus. S'il devait arriver en retard, voire rater, son propre cours, qu'il en soit ainsi. Moins de boulot pour lui comme pour les élèves. Peut-être était-ce d'ailleurs la révolution qu'attendait l'éducation. Il songea un instant à envoyer cette suggestion à l'autorité locale. Cela étant dit, l'autorité locale l'ayant engagé sans même demander à voir un diplôme, elle ne devait guère se soucier de l'efficacité de son système.

Sa carte à la main, il avait jusqu'ici eu un semblant de succès dans son exploration. Il savait au moins dans quel bâtiment les cours avaient lieux et comment le rejoindre depuis sa chambre. Maintenant, il s'agissait de parfaire les mesures en tentant de découvrir à quel étage et, si possible, dans quelle salle. Pour ce qui était de l'heure et des élèves, il allait aviser plus tard. Ni précipitation, ni zèle; telle était sa doctrine. Et il comptait bien l'appliquer. Il avait, de son vivant, remarqué que les gens les plus confortablement installés étaient ceux ayant réussi à flotter à l'exacte limite entre « Employé du mois » et « Licencié ». Et il comptait bien jeter l'ancre à cet endroit précis et ne plus en décoller.

Pris par sa réflexion sur la nature de la médiocrité et son lien avec le management en entreprise, il ne remarqua pas tout de suite l'élève en face de lui. Il avait bien vu qu'il y avait un obstacle plus loin dans le couloir, il n'était pas aveugle, mais ce n'était, à ce moment, guère plus qu'un plot humanoïde.
Cela dit, c'était un plot intriguant: il avait l'air d'apprécier la porte, ce qui n'était pas caractéristique de tous les plots qu'il avait pu rencontrer jusqu'à présent. Et cela le rendait nettement plus intéressant que ses raisonnements rabâchés.

« C'est bel et bien une porte, je vous le confirme. »

Sa voix résonna légèrement dans le couloir vide. Il avait à peine haussé le ton, juste de quoi se faire entendre. De toute façon, il ne savait pas vraiment être autoritaire. Ça demandait trop d'énergie.
Il se rapprocha lentement du plot devenu élève. Ou du moins, il espérait qu'il s'agisse d'un élève. Sinon son sarcasme allait sans doute tomber à plat. Puis se relever et le gifler en pleine face. Peut-être même littéralement. Tant pis, c'était fait.

Une fois à distance convenable, il regarda Stefen, la porte, et de nouveau Stefen, sur lequel il se fixa.

« Vous avez besoin d'entrer ? »

Il regretta d'avoir dit cela dès que les mots eurent quitté sa bouche. En fait, il regrettait même d'avoir interpellé le jeune homme en face de lui. Il aurait très bien pu passer en silence ou en se contenter d'un « Bonjour ». Mais non, il avait fallu qu'il soit spirituel. Et serviable. Ce qui était pire. D'autant plus qu'il ne savait même pas s'il allait pouvoir ouvrir la porte avec ses clés. Ah ça, des clés, il en avait. On lui en avait même donné un trousseau complet. Sans étiquettes. Il n'était pas idiot et se doutait bien qu'elles ouvraient les salles de classe, mais lesquelles précisément, c'était un mystère. Qu'il allait se retrouver forcé de résoudre sous peu. Soit. Ça valait bien un autre moment, après tout.
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Re: Le couloir des âmes perdues [Libre] - Mar 25 Fév 2014 - 20:59
A peine avait-il saisi l’extrémité de l’aiguille entre ses doigts que Stefen entendit des pas approcher. Un coup d’œil sur le côté, vers l’extrémité du couloir, lui confirma que quelqu’un arrivait. C’était bien sa veine, il était sur le point d’être surpris pour sa toute première tentative d’effraction dans cet endroit. Avait-il tant perdu la main en si peu de temps ? D’autant plus que le jeu n’en valait certainement pas la chandelle. Derrière cette porte, il n’y avait probablement qu’une salle vide, dans laquelle il n’aurait rien trouvé d’intéressant. Tout en se redressant tranquillement, il repoussa du bout du doigt l’aiguille dans son emplacement, puis fit mine de réajuster le col de sa chemise.

La phrase du nouvel arrivant le fit se crisper un peu. Il se moquait de lui, semblait-il. Ca commençait bien. Stefen se tourna pour observer son vis-à-vis. Le premier adjectif qui lui vint à l’esprit fut « négligé ». Etait-ce un élève lui aussi ? Un professeur ? Dans le doute, mieux valait se montrer prudent et ne pas faire de vague. Il se composa donc un sourire de politesse et laissa l’autre individu s’approcher, sans bouger. Quand ce dernier lui demanda s’il voulait entrer, le jeune homme passa une main derrière sa tête et eut un petit rire géné.

« En fait je… cherche une salle de classe où on m’a demandé d’aller. Je suis nouveau, je ne connais pas du tout ici. Je voulais juste voir s’il y avait quelqu’un dans celle-là, mais ça ne doit pas être ici. »

Il pointa du doigt la porte. A cet instant, il ne devait pas avoir l’air malin, mais il estima que ça valait mieux que d’avoir l’air suspect. N’importe quoi plutôt que d’inspirer la méfiance, ça avait toujours été une règle à laquelle il s’efforçait de se tenir. C’était seulement en gagnant la confiance des gens qu’on pouvait ensuite en obtenir ce que l’on souhaitait, il en était persuadé. Pour le moment, l’image du petit élève complètement perdu était la plus sûre qu’il pouvait adopter. Et après tout, ce n’était pas si loin de la réalité.

« Le pire, c’est que tout était noté sur mon emploi du temps, mais je crois que je l’ai perdu. »

Il avait dit sa dernière phrase comme une bonne blague. Autant en rajouter une couche. Bien évidemment, il n’avait jamais eu d’emploi du temps. Pas encore, en tout cas.

« Vous ne sauriez pas où les élèves de première année ont leur premier cours, par hasard ? »

Tant qu’à faire, autant en profiter pour rentrer directement dans le vif du sujet, après tout. Stefen était curieux de savoir quels étaient les enseignements, ici.
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Re: Le couloir des âmes perdues [Libre] - Mar 25 Fév 2014 - 22:37
Finalement, cela n'allait probablement pas si mal se passer. Non seulement son sarcasme hâtif n'allait pas lui apporter le moindre ennui mais en plus il n'allait pas avoir à expérimenter avec son trousseau de clés.

De toute évidence, le jeune homme avait l'air plus sérieux qu'il ne l'était. Cela ne l'étonna guère. Jusqu'ici, il avait vu pas mal d'élèves bien habillés. Et vu qu'il n'avait jamais mis les pieds dans une salle de classe, eux non plus n'y étaient pas très souvent. Soit ils séchaient sciemment les cours, soit ils étaient perdus depuis le début et avaient cessé de chercher à comprendre ce qui se passait. Dans les deux cas, ils étaient sûrement plus sage que lui, pauvre idiot de quasi-trentenaire s'acharnant encore à trouver une logique à ce qui en était dénué.

« Vous ne sauriez pas où les élèves de première année ont leur premier cours, par hasard ? »

« Pas avec moi en tout cas. »

Il marqua une petite pause et continua du même ton monocorde.

« Enfin j'espère. »

Un incompétent et un fainéant. Voilà sans aucun doute l'image qu'il allait renvoyer. Cela ne le dérangea pas outre mesure puisque non seulement il s'en moquait, mais en plus cela était vrai. Certes il ne comptait pas s'en vanter mais il ne voyait pas non plus de raison de ne pas être un minimum franc. C'était une qualité qu'il appréciait, la franchise. Du moins lorsqu'elle était convenablement dosée. Il était bien trop pragmatique pour la pousser jusqu'au vice. Ou trop apathique. Il n'y avait pas forcément tant de différence que ça entre les deux au final.

Il aurait sans doute pu s'arrêter la, mais il décida de développer davantage. Plus pour lui-même que pour son interlocuteur. Répéter ce qu'il savait, c'était cimenter cette connaissance. Déjà qu'il ne savait pas grand chose, mieux valait s'assurer qu'il s'agisse d'un pas grand chose solide. Et s'il pouvait apprendre quelque chose de plus, tant mieux. Peut-être allait-il finir par comprendre quelle sorte de logique dérangée régissait cet endroit.
Et puis, même s'il refusait souvent de l'admettre, il avait tout de même un brin de respect pour la fonction qu'on lui avait attribuée. Pas forcément un gros brin, mais un brin quand même. Et ce brin était suffisamment conséquent pour qu'il ne puisse pas laisser un élève en plan sur un sarcasme.

Il lui tendit la main.

« Professeur Franz Breitner, j'enseigne la psychologie. Et si ça peut vous rassurer je suis au moins aussi perdu que vous. »
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Re: Le couloir des âmes perdues [Libre] - Mer 26 Fév 2014 - 19:24
Un professeur, donc. Stefen avait bien fait de faire profil bas. Cela dit, la chose n’était pas si évidente, à première vue. Malgré ses traits fatigués, l’homme semblait encore relativement jeune. Il aurait pu passer pour un élève, en fin de formation. Quant à sa tenue vestimentaire, elle faisait plutôt penser à celle d’un membre du personnel d’entretien. Vraiment, ce personnage ne correspondait pas du tout à l’image que Stefen se faisait d’un enseignant dans une académie divine. Il se demanda d’ailleurs quelle autorité pouvait avoir un type pareil face à une classe.

Le jeune homme fronça un sourcil en entendant la réponse à sa question. Ca ne l’avançait pas à grand-chose. Il observa plus attentivement le visage de son interlocuteur. Continuait-il à se moquer de lui ? Mais il ne décela aucune trace d’ironie dans les traits du professeur. Il en conclut que non seulement l’homme n’avait pas l’air très au courant du programme de l’établissement, mais qu’en plus il n’aimait pas les débutants. Au moins, il le laissait entendre franchement, c’était déjà ça. Le nouvel élève sentit son excitation refroidir considérablement. S’ils étaient tous comme ça, ici, la qualité des cours devait être plutôt médiocre.

Quand l’individu lui tendit la main, Stefen la regarda un court instant avant de la saisir et de la serrer brièvement, avec une certaine réticence, remontant son regard au niveau de celui de son propriétaire.

« Stefen Doblovich, pour ma part. Enchanté de faire votre connaissance. »

Il ne l’était pas tant que ça, en réalité. D’ailleurs, il avait perdu son sourire de circonstance et affichait à présent un air neutre. La psychologie ? Cela lui semblait une discipline plutôt… terrestre, pour une académie d’apprentis dieux. Il s’attendait davantage à des thèmes comme la gestion d’un monde, la création de la vie ou la manipulation des éléments, par exemple. Mais la psychologie… Les choses lui paraissaient de moins en moins intéressantes, décidément. Il se demanda un instant si avoir atterri ici était une si bonne chose que ça, finalement. Comble de malheur, la première personne sur laquelle il tombait semblait ne pas en savoir beaucoup plus que lui sur l’endroit. Et non, cela ne le rassurait pas du tout.

Il prit un pas de recul. Il aurait bien eu envie d’écourter cette conversation dont il ne voyait pas bien l’intérêt, mais il avait besoin d’aide pour se repérer par-ici. Si ce professeur ne pouvait pas le renseigner lui-même, peut-être pourrait-il au moins le diriger vers quelqu’un d’autre. Il demanda donc, prenant un air de surprise naïve :

« Pardonnez-moi, mais… on ne vous a pas donné de consigne sur le cours que vous deviez animer ? Ou au moins, un plan du bâtiment ? »
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Re: Le couloir des âmes perdues [Libre] - Mer 26 Fév 2014 - 21:51
« Déçu ? Je peux le comprendre. »

Il avait senti que l'Académie ne correspondait pas exactement aux attentes de Stefen. Ou que lui n'y correspondait pas. Au vu de sa position de professeur, c'était à peu près la même chose. D'autant plus si, comme cela avait l'air d'être le cas, Franz était le premier qu'il ait eut l'occasion de rencontrer. Il s'était toujours dit qu'il ne ferait pas une bonne figure de proue. Pas assez photogénique. Un truc avec son nez sans doute.

« Vous apprendrez assez vite...enfin vous l'avez déjà appris, qu'ici, les informations sont distribuées au compte-gouttes. »

Euphémisme de l'année. Au moins, avec un compte-gouttes, il suffit d'appuyer plus fort. La, il fallait aller chercher, fouiller, remettre en ordre, lire entre les lignes. Et il ne s'était même pas encore interrogé sur le pourquoi de l'Académie. Ou alors il était vraiment aussi incapable qu'il en avait l'air et il n'avait pas trouvé le panneau d'informations. Et raté les réunions.

Son regard dériva vers la fenêtre la plus proche. Temps un peu grisâtre. Un peu de vent d'après les arbres. Rien d'exceptionnel à cette époque de l'année. Il devait sans doute faire le même temps sur Terre.
Il revint vers Stefen.

« Pas eu la moindre consigne. Le directeur n'a pas été très loquace. Juste une mention du plus long CDI qu'on puisse imaginer. »

Il déploya la carte qu'il avait à la main. Il ne se rappelait même pas exactement où il se l'était procurée. Surement étaient-elles distribuées quelque part. Où en revanche...c'était une bonne question. Il aurait du en prendre plusieurs, ne serait-ce que parce qu'il était à peu près sûr que celle la allait finir perdue. Ou détruite.

« Voilà tout ce que je sais sur l'endroit. Nous, on est ici. Le double bâtiment en haut, c'est les quartiers des élèves. Ceux du personnel sont la. L'espèce de gros kiosque, c'est la cafétéria. La mangeaille est offerte. Et pas ignoble je dois dire. »

Il montra les lieux en même temps qu'il les énonçait. La carte avait été annotée par ses soins. Un gros cercle de graphite entourait l'emplacement approximatif de sa chambre. Une flèche annotée « Boulot » pointait vers les salles de classe. Une autre, portant la mention « Repas » était dirigée vers la cafétéria. Le Temple lui, était désigné par un simple « Entrée ».

« L'église au toit violet la, c'est où les gens ressuscitent. Et vont prier. A qui ou quoi exactement...je sais pas. Pas vraiment demandé non plus je dois dire. Le parc la...c'est un parc j'imagine. De ce que j'ai entendu, on a aussi un marché pas loin mais j'ai pas été vérifier. Et...je crois que j'ai fait le tour. »

La plupart des autres bâtiments étaient simplement désignés par un point d'interrogation. Peut-être qu'un jour il allait enfin découvrir leur fonction. Ou peut-être pas. Cela dépendait de ce qui l'attendait dans ceux-ci.
Il se gratta le sommet du crâne. C'était bien beau d'avoir montré tout ça à son interlocuteur, mais cela n'allait sans doute pas l'aider plus que ça. Ne serait-ce que parce qu'il allait probablement tout oublier d'ici quelques minutes.

« Vous voulez en faire une copie ? J'ai de quoi écrire si vous n'avez rien. »

Et voilà, il avait encore trop parlé. S'il avait eu le choix, il aurait bien apprécié pouvoir retirer la seconde partie de sa phrase. Que Stefen fasse une copie de sa carte, passe encore. Lui prêter son crayon, pareil. Il n'était pas jaloux.
En revanche, il n'avait qu'une seule source de papier et c'était son bloc-notes. Et ça, il n'avait pas l'intention de le partager. Même s'il n'en comprenait pas le quart de la moitié, c'était ses souvenirs à lui. Et il préférait largement rester dans l'ombre plutôt que de se faire éclairer par un inconnu.
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Re: Le couloir des âmes perdues [Libre] - Ven 28 Fév 2014 - 21:43
Stefen laissa échapper une petite grimace. Visiblement, le professeur avait parfaitement compris l’impression qu’il lui avait faite. Ce n’était pas bon signe du tout, il avait vraiment perdu la main. Durant sa vie de mortel, masquer ses émotions, ce qu’il pensait réellement des gens qu’il cotoyait, avait été l’un de ses atouts majeurs, une capacité qu’il maniait presque à la perfection. Et là, voilà que le premier individu qu’il croisait lisait en lui comme dans un livre ouvert. Etait-ce sa nouvelle enveloppe qui laissait davantage passer ses sentiments, ou bien ce professeur était-il particulièrement perspicace ? De toute façon, il ne pouvait plus faire marche arrière maintenant. Il opta donc pour la franchise, accompagné d’une moue visant à minimiser le propos :

« Disons que je m’attendais à un peu plus de… prestige, de la part d’un enseignant. Mais peut-être que les codes ici sont différents de ceux que j’ai connus. »

Quand l’homme parla des informations livrées au compte-gouttes, en illustrant ses mots par son propre exemple, Stefen ne put s’empêcher de sourire, répliquant d’un ton vaguement méprisant :

« Si je comprends bien, on nous fait atterrir ici, et on nous laisse nous débrouiller. Bel accueil… »

Il réfléchit un court instant, puis ajouta, sarcastique :

« A moins que la première capacité que nous devions développer ici soit celle d’avoir la science infuse ? »

A ce moment, son interlocuteur sortit une carte qu’il déplia, et le sourire du jeune homme s’effaça, son regard se posant sur l’objet, intéressé. Cette rencontre ne serait peut-être pas si inutile que cela, en fin de compte. Il vint se placer à côté du professeur pour jeter un coup d’œil au plan, suivant les indications qu’il donnait. Il mémorisa un maximum d’informations, celles qui concernaient les bâtiments vitaux, du moins. Le temple l’intrigait, il se demandait ce qu’on pouvait y faire. Pour lui, seuls les mortels priaient les dieux. Mais qui les dieux priaient-ils ? Il faudrait qu’il aille faire un tour par-là, un de ces jours. Il pouvait y avoir des choses intéressantes.

Le reste des lieux connus du professeur lui semblait d’une affligeante banalité. Là encore, il s’attendait à des choses plus impressionnantes, plus fantastiques. Son regard s’atarda encore un instant sur les bâtiments désignés par un point d’interrogation. Il ferait sa petite enquête. Peut-être cette académie cachait-elle quelques secrets dignes d’intérêt. Quand l’homme lui proposa de recopier sa carte, il secoua la tête.

« Merci, ce ne sera pas nécessaire. »

Encore un vestige de sa vie passée. En tant qu’informateur infiltré, il avait pris l’habitude de retenir les éléments essentiels sans utiliser de support. Ne jamais laisser de traces était vital dans les fonctions qu’il occupait. Il revint face au professeur.

« Bon, cela ne nous dit pas où chacun de nous doit se rendre maintenant. »

Il tourna la tête pour observer les environs, toujours aussi calmes.

« Si au moins il y avait quelqu’un qui passait par-ici… C’est peut-être un jour de congé, non ? »

Il fit quelques pas en longeant le mur, se penchant vers les portes les unes après les autres pour écouter quelques secondes. Mais il ne perçut pas un bruit. Finalement, il retourna se planter au beau milieu du couloir, les mains sur les hanches, et poussa un soupir avant de demander d’un ton vaguement agacé :

« Vous n’avez croisé personne avant d’arriver ici ? »
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Re: Le couloir des âmes perdues [Libre] - Sam 1 Mar 2014 - 16:27
Du prestige ? Il n'y avait guère de prestige à se faire enrôler de force. Il aurait bien sûr pu essayer de trouver une raison au choix de son employeur, mais cela ne lui sembla ni pertinent ni important. Soit il s'agissait d'une entité si complexe et si différente que toute tentative d'y apposer des critères humains se solderait par un échec, soit il allait simplement réfléchir en fonction de ce qui flatterait le plus son égo. Ou les deux en même temps. C'était d'ailleurs le plus probable.

Entendre Stefen décliner son offre le rassura. Il se demanda un instant la raison de ce refus, mais pousser l'investigation ne lui sembla pas nécessaire. Il avait probablement meilleure mémoire que lui et voilà tout. Ce n'était pas bien difficile. Dans tous les cas, il n'allait pas avoir à sortir son bloc-notes et c'était bien le principal.
Il replia sa carte et la garda à la main. Pas la peine de la ranger, il allait devoir la ressortir d'ici la fin de cette conversation de toute manière. « Perdus » était bien le meilleur mot pour les définir tous les deux.

« Un jour de congé ? C'est tous les jours jour de congé ici. L'endroit où j'ai vu le moins d'élèves, c'était dans les salles de classes. »

Pendant que Stefen faisait les cents pas dans le couloir, Franz décida de sortir son paquet de cigarettes et d'en allumer une. Bâtiment ou pas, il n'avait vu aucun signe « interdit de fumer » dans l'Académie. Il y en avait peut-être, mais de tout façon, qui allait le rappeler à l'ordre ? Le directeur ? Si enfreindre le règlement pouvait servir à l'invoquer alors c'était d'autant mieux. Il avait des tas de questions à lui poser.
Il s'adossa contre le mur, côté fenêtre, en attendant que Stefen ne revienne de sa reconnaissance. Son regard dériva vers l'extérieur. Ciel gris. Quelques flocons. Un peu de vent. Il faisait probablement le même temps sur Terre. Rien d'exceptionnel, vraiment. Et pourtant...il y avait quelque chose. Il devait y avoir quelque chose.

Une voix passablement ennuyée le tira de sa contemplation. Il tourna la tête vers la source de celle-ci.

« Personne dans le bâtiment en tout cas. »

Il marqua une pause.
Même s'il aurait adoré pouvoir se contenter de faire le minimum possible et de se laisser porter par le courant, il n'en était pas capable. Certes, c'était reposant et presque sans risque, mais c'était également ennuyeux. Trop ennuyeux. Et il avait déjà eu sa dose d'ennui.
Depuis son arrivée, il avait réfléchi. A ce qu'il allait pouvoir faire. A ce qu'il allait devoir faire. A ce qu'on s'attendait qu'il fasse. Et il avait quelques hypothèses. Peut-être était-ce le moment de les partager avec quelqu'un.
Il tira sur sa cigarette pour se motiver et regarda Stefen, le visage grave.

« Je vais vous dire ce que je pense de tout ça, les règles floues, l'absence d'infos, le laisser-aller...Je pense que ça fait partie de la formation. Peut-être même que c'est la formation. »

Il s'arrêta un instant, pas totalement sûr de vouloir continuer. Si pour l'instant ce qu'il disait lui semblait logique, cela n'allait pas durer. Tant pis, il allait falloir faire avec. Il savait que ce genre de pensées commençaient doucement mais finissaient par se rependre et devenir des obsessions. Une sorte de chiendent mental dont il était impossible de se débarrasser si on l'avait laissé pousser.

« Ça va probablement sonner complètement tordu, mais...je suis convaincu que l'entité qui nous tous réunis ici est tellement détachée de nous, pauvres humains, qu'il est inutile d'essayer de savoir exactement ce qu'elle veut que nous fassions. »

Il ajouta alors, en marmonnant, plus pour lui-même que pour son interlocuteur. « S'il y a même une entité... »
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Re: Le couloir des âmes perdues [Libre] - Dim 2 Mar 2014 - 14:21
La remarque du professeur sur les jours de congé fit gagner encore un niveau à la consternation de Stefen. Qu’est-ce que c’était que cette école où les élèves n’allaient jamais en classe ? Tout cela devenait de plus en plud surréaliste à ses yeux. Le jeune homme s’était remis à faire les cent pas au milieu du coulloir, les mains enfoncées dans les poches de sa veste, l’air renfrogné.

« Peut-être que si on ressort d’ici, on finira par croiser quelqu’un. Cette académie ne peut pas être entièrement déserte quand même. »

Les hypothèses que formula ensuite son interlocuteur amplifièrent encore sa nervosité.

« En résumé, vous pensez qu’on est en train de nous tester ? »

Il imagina un conseil de dieux divers, réunis quelquepart, en train de les observer tous les deux, de jauger leurs réactions, de commenter leur comportement. Il avait horreur d’être surveillé sans voir par qui, habitué qu’il était à ce que ce soit lui qui observe sans être vu. Mais surtout, il détestait ne pas savoir quel était l’objectif à atteindre, la tâche à accomplir. Si les choses continuaient ainsi, il allait se fixer ses propres buts, et tant pis si ça ne correspondait pas à l’esprit des lieux. La suite des paroles de Breitner le tira de ses ruminations. S’arrêtant à nouveau, il sortit une main de sa poche pour se gratter le menton, l’air profondément contrarié.

« De pauvres humains et une entité hypothétique et mystérieuse ? Ca ne valait pas la peine de nous faire venir ici en nous disant que nous étions des apprentis dieux, si c’était pour nous remettre exactement dans la même position que quand nous étions mortels, vous ne croyez pas ? »

Pour Stefen, ça ne sonnait pas complètement tordu, non. Ca sonnait plutôt comme une énorme escroquerie. Revivre avec la même impuissance et les même questionnements stupides qu’un vulgaire mortel, mais pour l’éternité. Après tout ce qu’il avait subi juste avant son passage dans l’au-delà, cette idée de revenir quasiment à la case départ le mettait hors de lui. Le jeune homme planta son regard dans celui du professeur, l’air buté.

« J’espère sincèrement que vous vous trompez. »

Réalisant alors qu’il était en train de perdre patience, il se força à se calmer et à examiner froidement la situation. Il prit une profonde inspiration en détournant les yeux. Visiblement, il ne parvenait plus à masquer ses émotions aussi efficacement qu’à la fin de sa vie. Peut-être que le corps plus jeune dont on l’avait doté ici était le siège de réflexes plus immatûrs, eux aussi. Bien sûr, le contexte complètement inédit, l’absence de tout repaire, tout cela n’aidait pas non plus à rester de marbre. Il allait falloir qu’il réapprenne à se contrôler, comme il l’avait fait jadis.

Pour commencer, relativiser la situation. Ils étaient perdus, mais après tout, ils avaient tout leur temps. Le nouvel élève alla se poster devant une fenêtre pour regarder dehors, comme Breitner l’avait fait lui-même. Puisque le professeur ne semblait pas en savoir beaucoup plus que lui sur l’endroit où ils se trouvaient, autant essayer d’en savoir un peu plus sur lui. Cela pourrait s’avérer utile à l’avenir, on ne savait jamais. Sans se retourner, Stefen demanda donc, d’un ton redevenu parfaitement serein.

« Si ce n’est pas indiscret, qu’est-ce que vous faisiez avant d’arriver ici ? De votre vivant, je veux dire. »
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Re: Le couloir des âmes perdues [Libre] - Dim 2 Mar 2014 - 19:12
« J'espère aussi. Mais ça ne m'empêche pas de penser avoir raison. »

Visiblement, Stefen n'avait pas apprécié son hypothèse. C'était compréhensible. Lui aussi n'avait pas beaucoup d'amour pour sa vie d'avant. Refaire exactement la même chose ? Hors de question. Il s'était déjà assez ennuyé la première fois. Et il avait pu sortir du jeu bien avant sa fin naturelle. Il ne le savait évidemment pas, mais il partageait le point de vue de son interlocuteur: s'ils n'avaient pas reçus d'objectifs clairs, ils allaient devoir le créer eux-même. Ce n'était pas si mal après tout...peut-être...une seconde chance, de réussir cette fois ce qu'il n'avait pas réussi à faire avant. Au moins, il en savait davantage. Ils en savaient tous davantage, même ceux qui n'avaient pas pris le temps de réfléchir à quoi que ce soit.

Il laissa échapper quelques volutes de fumées en observant Stefen se recomposer. Au moins, il prenait la chose sérieusement. Un agréable changement par rapport aux élèves insouciants et épicuriens qu'il avait pu voir jusqu'ici. Oh bien sûr il n'y avait probablement pas que ça ici, mais c'était pratiquement tout ce à quoi il avait été exposé.
A son tour, le jeune homme avait décidé de se placer devant la fenêtre. Franz le regarda en silence. Quelques instants s'écoulèrent ainsi, pendant lesquels la tension retomba légèrement. Il se demanda si lui aussi pouvait ressentir ce qu'il ressentait lorsqu'il regardait le ciel de l'Académie. Cette sensation de présence d'une force qui n'existait pas sur Terre. Pas une force divine, pas forcément. Quelque chose de plus étrange, de plus profond, de plus...indescriptible.
Il s'apprêtait à lui poser la question lorsqu'il entendit sa voix lui demander ce qu'il avait été. Il marqua une pause, la main sur la cigarette. Pas que la question l'eût déstabilisé; il s'était attendu à ce qu'on la lui pose bien avant. Il avait juste besoin d'un peu de temps pour trouver quoi y répondre.

« J'étais veilleur de nuit. »

Il s'interrompit pour absorber une nouvelle dose de nicotine. C'était...à peu près tout ce dont il était sûr. Le reste était flou, rien que des suppositions. Néanmoins, il décida d'en faire part à Stefen. Plus pour remettre de l'ordre dans ses idées et stabiliser son propre passé que pour satisfaire la curiosité de celui-ci.

« En fait, je ne sais pas grand chose, même de moi-même. Peut-être parce qu'il n'y a pas grand chose à savoir au final. J'ai fait des études de psychologie, j'ai ramé pour trouver du boulot et j'ai passé mon temps à regarder des écrans. Je crois que j'étais allemand...ou autrichien. Ou suisse pour ce que j'en sais. »

Il parlait lentement, l'air un peu ailleurs. Il se racontait son histoire autant qu'il la racontait au jeune homme. Il la connaissait, il l'avait déjà répétée maintes et maintes fois. Mais jamais à quelqu'un d'autre. Il savait que c'était la, dans ce couloir, qu'il allait pouvoir lui donner forme. Et il avait bien l'intention de faire cela avec soin.

« Pas dépassé la trentaine en tout cas. Je me suis demandé pas mal de fois ce que je pouvais avoir d'intéressant pour devenir un dieu, mais j'ai jamais vraiment trouvé de réponse. J'imagine que c'est complètement aléatoire. Ou que les critères sont tellement tordus que ça pourrait aussi bien l'être. »

Il s'arrêta la. Il n'avait plus rien à dire hormis quelques banalités. Il estima en avoir déjà assez déballé comme ça pour la journée. Et probablement les trois suivantes aussi. Il décida donc de conclure son récit ici, même s'il n'avait eu ni développement ni conclusion.

« En bref, j'étais un type tellement normal qu'il en a oublié qui il était. »

Il laissa tomber quelques cendres avant de tourner la tête vers Stefen.

« Et votre histoire ? »

En temps normal, il n'aurait posé la question que par pure politesse. Ou il ne l'aurait pas posé du tout. Mais cette fois-ci, il avait réellement envie d'en entendre plus sur son interlocuteur. Pas parce qu'il le trouvait intéressant en lui-même ou mystérieux, ça non. Il voulait plutôt...comparer. Comparer le néant de sa vie avec celle des autres.
Il n'était pas totalement sûr de ce qu'il espérait entendre. Si c'était le récit d'une vie trépidante et fabuleuse, alors c''était entièrement sa faute si la sienne avait été plus ennuyeuse qu'un mauvais épisode de Derrick. En revanche, si tout le monde avait vécu les mêmes banalités que lui, alors c'était la réalité qui était défectueuse.

Dans les deux cas de figure, il était perdant. Restait juste à déterminer lequel était le moins négatif.
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Re: Le couloir des âmes perdues [Libre] - Dim 2 Mar 2014 - 22:21
Sa question posée, Stefen s’était un peu perdu dans la contemplation du ciel gris qui surplombait l’académie. Il trouva cette vision assez hypnotique, et il eut du mal à garder l’oreille attentive au début de la réponse de Breitner. Cette uniformité céleste avait quelque chose d’apaisant, lui semblait-il. Finalement, quand le professeur reprit la parole après une première pause, le jeune homme se retourna pour s’extraire de cette sensation étrange, appuyant son dos contre la fenêtre. Il fit un petit effort pour concentrer à nouveau son attention sur ce qu’il entendait, et haussa un sourcil, intrigué.

« C’est plutôt inhabituel de ne pas se rappeler de sa propre vie… à moins d’avoir eu un accident ou quelque chose comme ça… »

Quand son interlocuteur évoqua les critères mystérieux pour devenir un dieux, Stefen laissa échapper un sourire, accompagné d’un hochement de tête. Il se disait exactement la même chose. Après la fin du récit, un silence s’installa, durant lequel l’élève observa le professeur d’un regard un peu différent de celui qu’il lui portait jusqu’alors. Certes, l’homme ne payait pas de mine, à première vue, et semblait avoir eu une vie sans grand intérêt, il le reconnaissait lui-même. Mais il paraissait doté d’une capacité à prendre du recul et à considérer les choses avec détachement, qui commençait à plaire à Stefen. Et puis, au fond, ils avaient l’air de partager la même perplexité sur leur situation actuelle.

Cependant, la question qui suivit jeta un froid sur son intérêt naissant. Le jeune homme se raisonna aussitôt. Après tout, il était logique qu’après s’être confié, son interlocuteur lui retourne son interrogation. Son premier réflexe fut de trouver un moyen de l’esquiver. Il avait eu toute sa vie durant l’habitude de mentir sur son identité, ce qui était généralement une nécessité pour son travail. Un espion ne crie pas sur les toits quel est son métier. Mais ici, cela avait-il autant d’importance ? Il hésitait, mais il fallait bien qu’il donne une réponse. Il sentait le regard de Breitner posé sur lui, en attente. Finalement, il opta pour un compromis, et répondit en haussant les épaules, comme si ça n’avait pas grand intérêt :

« Pas grand-chose à dire non plus, je travaillais dans l’administration, en Europe de l’est… Je n’ai pas eu une existence bien longue, moi non plus. »

Ce n’était pas un mensonge, simplement une description plutôt vague de la réalité. C’était bel et bien au sein d’une administration qu’il récupérait des informations, pour le compte des autorités soviétiques tout d’abord, puis pour son propre intérêt par la suite. Quant à la fin de sa vie, elle avait effectivement été très prématurée, et particulièrement violente. Mais ce dernier détail, Breitner n’avait pas besoin de le connaître. Pour éviter que son interlocuteur ne demande des précisions, il enchaîna sur une autre partie de sa vie, qu’il jugeait moins sensible.

« Cela dit je n’en suis pas mécontent. Je n’avais pas vraiment d’attaches là-bas… Pas grand-chose à quoi je tenais. »

Rien que la vérité, là encore. Sa voix ne trahissait aucun regret, il énonçait simplement des faits. Il en profita pour poursuivre avec une nouvelle question, tout en portant la main à son visage pour réajuster ses lunettes, du bout de l’index.

« Et vous, vous avez laissé quelqu’un derrière vous en partant ? »
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Re: Le couloir des âmes perdues [Libre] - Lun 3 Mar 2014 - 18:44
« Inhabituel en effet. Mais j'ai pas l'impression d'avoir perdu grand chose. »

Ça, c'était un bel exemple de déni. Bien sûr que si, il avait perdu quelque chose. Quoi, il n'en était pas sûr. Mais étant donné qu'il n'arrivait même pas à accepter la possibilité que sa vie ait pu être un peu plus intéressante que prévu, la réponse n'était pas prête de se faire connaître.
Quant à l'accident...il ne pouvait pas se prononcer. Il ne savait même pas de quoi il était mort. Rien de brutal, violent ou prolongé en tout cas. Il se rappelait bien de son cadavre intact. Et paisible, il donnait l'air de s'être endormi. En plus pâle. Ou peut-être que c'était ainsi qu'il avait décidé de s'en souvenir; après tout, rien n'indiquait que la cabane dans laquelle il s'était « éveillé » était la vraie. Ah peu importe; si il était mort dans d'atroces souffrances, autant ne pas s'en souvenir.

En parlant de souvenirs, Stefen sembla avoir besoin d'un instant, lui aussi, pour les remettre en ordre. En tout cas, c'est ainsi que Franz interpréta la pause que celui-ci marqua avant de lui raconter son récit. Assez court et banal lui aussi. Un cas en plus en faveur de la réalité défectueuse.
Quoique l'administration en Europe de l'est, ça devait être quelque chose. Vodka, corruption, raids du KGB, ticket de rationnements...enfin, c'était comme ça que ça se passait dans les films en tout cas. En vrai, ça devait n'être guère différent de son ex-travail. La paye en moins.
Il esquissa un sourire à cette pensée. C'était amusant, les stéréotypes. Les scripts de conversation aussi. Il s'était attendu à ce que la question des attaches arrive à un moment ou un autre. Pas qu'il ait un don de prescience quelconque. C'était juste...la suite logique de la chose. Cela ne l'empêcha pas de s'assombrir presque instantanément. Il avait...évité d'y penser. Autant que possible bien sûr. Il s'agissait de quelque chose de trop important, trop profond pour qu'on puisse simplement le mettre sous le tapis. Soit. Il fallait bien qu'il y passe un jour ou l'autre. Du moins il allait essayer. Pas question de forcer, ça n'aurait fait qu'empirer la chose.

Il tira longuement sur sa cigarette et alla se poster à la fenêtre adjacente à celle occupée par Stefen. Il ne savait pas trop quoi faire de ses mains. Une dans la poche, l'autre sur la clope ? Il allait devoir s'en contenter.
Pour une fois, il n'était pas très à l'aise. Pas vraiment triste, mais pas aussi neutre qu'il l'aurait voulu. Des regrets. Pas mal de regrets même. Enfin, déjà, répondre à la question. Bon moyen d'ôter le couvercle qui recouvrait tout ça. Ensuite seulement il allait pouvoir travailler dessus. Mais seul. Du moins dans un premier temps.

« Une sœur. Et mes parents j'imagine. M'en rappelle plus aussi bien que je le voudrais. On devait plus être très proches, donc je sais pas si on peut considérer ça comme des attaches. Peut-être pas si mal après tout, ça évite de se morfondre sur ce qu'on a perdu.  »

Enfin ça, c'était la théorie. En pratique, les bienfaits de la solitude étaient plus mitigés. Il considérait toujours que c'était la meilleure voie, mais parfois, il s'autorisait à se remettre en question. Est-ce qu'il aurait oublié aussi aisément un lien fort avec ceux qui auraient dû être ses proches ? Pas sûr. Est-ce que cela aurait été mieux ? Pas sûr non plus. Et c'était cela qu'il regrettait. De ne pas être sûr.

« On aura bien le temps de décider si c'était pour le mieux. C'est long une Éternité.  »

Il fit tomber la cendre de sa cigarette avant d'ajouter:

« Même si j'ai le pressentiment qu'elle va nous sembler très courte une fois qu'on aura trouvé nos objectifs. On n'est plus vraiment censés travailler à l'échelle humaine après tout.  »

Enfin ça, c'est la manière dont il le concevait. Et il espérait que, pour une fois, la réalité allait être en accord avec lui.
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Re: Le couloir des âmes perdues [Libre] - Lun 3 Mar 2014 - 22:47
Stefen ne voyait pas bien comment on pouvait estimer ne pas avoir perdu grand-chose quand on ne se rappelait pas ce qu’on avait pu avoir. Il trouvait que le discours du professeur manquait de cohérence, sur ce point. Peut-être celui-ci cachait-il quelque chose ? C’était à creuser. Mais pas tout de suite, une autre fois. Il ne fallait jamais aller trop loin dans des investigations, lors du premier contact, sous peine d’attirer de la méfiance. Il ne releva donc pas. Et puis, il était plutôt soulagé que Breitner non plus ne lui demande pas de détails sur ce qu’il venait de révéler. Au fond, chacun restait prudent. Quand le silence s’installa après sa question sur les proches que son interlocuteur aurait pu laisser derrière lui, le jeune homme crut bien que la réponse ne viendrait pas. Peut-être avait-il commis une erreur en s’engageant sur ce terrain plus intime. Il suivit des yeux le professeur qui allait se poster devant une autre fenêtre, et attendit.

Finalement, Breitner reprit la parole, et surprit une fois encore l’élève. Ca aussi, il l’avait oublié ? Etait-ce possible de ne plus se souvenir de sa famille ? Stefen, lui, se rappelait parfaitement de la sienne, tout comme il se rappelait parfaitement de sa vie sur terre. Il se demanda un instant si ce n’était pas lui qui avait un problème. Peut-être qu’il était normal, quand on passait dans l’au-delà, de voir une partie de ses souvenirs effacés. Peut-être était-ce une sorte de récompense de ne plus avoir en tête les moments les plus douloureux. Et peut-être que lui n’avait pas mérité une telle récompense. En effet, chaque seconde de son agonie était restée profondément encrée dans sa mémoire. Il lui suffisait de réévoquer les derniers moments de sa vie en pensée, pour en revoir les moindres détails.

Pour se soustraire à ces réflexions qui commençaient à devenir désagréables, le jeune homme lâcha un commentaire, d’un ton léger :

« Vous ne vous rappelez pas de grand-chose, décidément. »

Cela dit, Stefen était plutôt d’accord. Limiter les attaches au maximum était le meilleur moyen pour ne pas avoir de regrets. Comme il l’avait dit quelques instants plus tôt, lui-même n’avait jamais établi de liens intimes avec les gens qu’il avait rencontrés. Et à présent, il réalisait qu’il avait plutôt bien fait. Il lui aurait été particulièrement pénible d’être torturé par les remords pour l’éternité. Parce que l’éternité, comme l’avait très justement fait observer Breitner, c’était long. Au moins, telle que sa vie avait été, tout ce qui pouvait le hânter désormais était des souvenirs de souffrances physiques, sur une période assez courte d’ailleurs. A la réflexion, c’était peut-être aussi pour ça que le professeur avait oublié. Il pouvait s’agir d’une sorte d’oubli volontaire, pour se protéger de choses trop sensibles. Ou alors, plus simplement, c’était une façon de répondre à ses questions en se donnant une bonne excuse pour ne pas en dire trop. Mais pour le moment, l’élève n’avait aucun moyen de savoir laquelle de ses hypothèse était la bonne.

La dernière remarque de son interlocuteur le fit sourire. Il imagina tout ce qu’il pourrait faire, une fois qu’il aurait intégré les lois régissant ces lieux et qu’il y aurait pris ses marques. Peut-être qu’en définitive, l’avenir était rempli de promesses, d’opportunités intéressantes. A cet instant, l’idée de repartir de zéro pour conquérir un nouvel environnement l’enthousiasma. Sans qu’il s’en rende trop compte, les paroles du professeur avaient changé en quelques instants sa vision de la situation.

« Des possibilités infinies dans un temps infini, en quelque sorte… C’est intéressant. »

Il jeta un regard oblique à Breitner.

« Vous savez par quoi vous allez commencer, pour trouver les vôtres ? »
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Re: Le couloir des âmes perdues [Libre] - Mar 4 Mar 2014 - 2:42
Franz esquissa un sourire à la réflexion de Stefen à propos de sa mémoire. C'était exactement ça. Parfois, il voyait ça comme une bénédiction. Et parfois cela le rendait malade. Mais la plupart du temps, il faisait juste avec. Il n'était pas amnésique; trop de ses connaissances étaient encore intactes pour cela. Et puis ce dont il ne se rappelait pas n'avait rien d'aléatoire. Des détails de sa vie privée, de ses relations, de son enfance...uniquement des choses profondément et définitivement humaines. Une conséquence de la mort ? Il n'y croyait qu'à moitié. Il savait, quelque part, qu'il était bien plus responsable de cela que n'importe quelle magie. Ça aurait été bien trop simple de pouvoir rejeter la faute sur un défaut de résurrection.

« On peut dire ça comme ça. »

Jusqu'ici, il n'avait pas eu trop de problèmes vis à vis de cela. Oh bien sûr, ça n'allait pas durer, il en était conscient. Mais il avait déjà eu bien assez à faire. Revivre, s'adapter, laisser derrière soi à la fois une vie et un système logique...c'était du boulot. Et il n'allait certainement pas y rajouter une psychothérapie. Non seulement il doutait de pouvoir trouver quelqu'un avec qui la réaliser mais en plus de ça, il était hors de question de la faire alors que sa situation n'était pas stabilisée. Faire plusieurs choses en même temps avait toujours été le meilleur moyen de ne rien réussir. Et cela comptait double pour tout ce qui est d'ordre psychologique.
Du temps et de l'ordre, voilà ce qu'il lui fallait. Il avait le premier, restait à travailler pour faire venir le second. Et c'était exactement ce qu'il avait à l'esprit lorsqu'il avait parlé d'objectifs. Réussir à se mettre en accord avec soi-même n'avait peut-être pas la même force que « comprendre toutes les lois de la physique » ou « connaître tous les secrets de la création », mais cela représentait probablement la même quantité de travail. Ne serait-ce que parce que outil et sujet sont confondus. Un peu comme essayer d'utiliser une paire de ciseaux pour couper cette même paire.
Dans tous les cas, Stefen avait parfaitement saisi ce qu'il avait voulu sous-entendre. Car c'était cela dont ils allaient avoir besoin. Des ciseaux, du temps et de l'imagination. Ils avaient le premier, la mort leur avait donné le second, restait à travailler le troisième. Et pour ça, il fallait avoir une base.

« Je vais observer. Ça ne fait pas assez longtemps que je suis la pour me décider. Pas assez d'expérience, pas assez de connaissances. Je veux dire, je ne suis pas fichu de savoir où et quand je suis censé bosser, alors progresser, n'en parlons pas. »

Il n'avait pas détaché son regard de l'extérieur. Un peu de buée s'était formée lorsqu'il avait soufflé sa fumée contre la vitre. Pas grave, il ne regardait rien en particulier. Juste l'Académie et le plan qui la soutenait. Tant d'espace, tant d'endroits encore inconnus. Ils devaient regorger d'informations, d'objets et de personnes capables d'aider ceux qui les trouvaient à avancer. Et mieux encore, de leur permettre de savoir vers où avancer.

« Très concrètement, je vais juste me laisser un peu porter par le courant. Faire quelques cours, aller manger à la cafétéria, observer quelques groupes d'élèves, occuper ma chambre... »

Il marqua une pause. Son regard venait de se fixer sur la bâtisse en face. Bien décorée, d'une taille immense; une sorte de Parthénon divin. Sans en détacher les yeux, il poursuivit, l'esprit fort d'une nouvelle idée.

« ...et tâcher de trouver la bibliothèque. Il y en a forcément une. Probablement pas de catalogue, mais eh, Éternité. »

Il se tourna alors vers Stefen avant d'ajouter, la cigarette au coin des lèvres:

« Pas très original tout ça, je l'admets. Mais j'aime les recettes éprouvées. Moins de risques et moins d'efforts. A moins que vous n'ayez une autre approche à suggérer, auquel cas je suis prêt à l'écouter. »
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Re: Le couloir des âmes perdues [Libre] - Mar 4 Mar 2014 - 15:26
Stefen hocha la tête. Observer, écouter, se laisser le temps de découvrir, cela lui paraissait effectivement la seule option pertinente, pour le moment. Et, pour sa part, fouiner un peu ici et là, aussi, en utilisant les quelques compétences qu’il avait gardées de sa vie précédente. Un peu comme ce qu’il s’apprêtait à faire quand il avait été surpris par Breitner, en fait. Trouver la bibliothèque lui paraissait également une bonne idée. Des livres sur l’académie, son histoire, ses coutumes, ses secrets peut-être, permettraient d’en savoir plus sur ce nouvel univers. Et encore une fois, ils avaient tout leur temps pour faire la lecture.

A la réplique finale du professeur, le jeune homme haussa les épaules.

« Je suis assez d’accord avec vous. Inutile de tenter des expériences hasardeuses sans rien connaître de ce qui nous entoure. Et pour ma part, je préfère l’efficacité à l’originalité. »

Il leva les yeux pour observer le plafond, pensif. Il réalisa qu’il ne s’était pas encore soucié de savoir où était sa chambre, si toutefois on lui en avait attribué une. Jusqu’à présent, il pensait qu’en tant qu’être déjà mort, il n’éprouverait aucun des besoins vitaux d’un mortel. Mais la simple présence de chambres et d’une cafétéria démentait cette croyance. A moins que tout cela ne soit mis en place que pour perpétuer des habitudes humaines, un moyen de ne pas trop dépayser les arrivants… Là encore, il en savait trop peu pour résoudre cette énigme. Il ferma brièvement les yeux, à la recherche d’une sensation de faim ou de fatigue, mais ne ressentit rien de particulier. Perplexe, il prit le parti de partager ses interrogations, même s’il doutait que Breitner en sache plus que lui.

« Des endroits pour dormir, pour manger, pour apprendre… C’est tout de même étrange que beaucoup de codes de notre vie passée aient été conservés ici, vous ne trouvez pas ? Ca ne correspond pas vraiment à l’idée que les gens se font de la mort et des forces supérieures, en général. La plupart seraient bien surpris s’ils découvraient qu’après la mort, le corps répond aux mêmes lois que de son vivant. »

Il préférait en passer par une généralité, fût-elle abusive, plutôt que de livrer ses pensées en son nom propre. Il soupçonnait vaguement que les gens sur terre avaient toutes sortes d’opinions sur ce qui se passait après la mort, mais pour lui, très peu se seraient attendus à un état si similaire à celui des vivants. Après tout, les religions ne promettaient-elles pas du grandiose, de l’extraordinaire, des paradis imperturbables et des enfers sans repos ? Lui-même n’avait jamais vraiment cru à tout ça. Mais de là à envisager une sorte de continuité avec son existence passée… Distraitement, il joignit ses mains, et pinça entre deux doigts la peau de sa peaume. Une sensation de douleur tout à fait familière lui confirma que, sur ce point en tout cas, son corps n’avait pas acquis de résistance hors du commun.
Le couloir des âmes perdues [Libre]
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