Chapitre en cours :
Entre Mortels et Immortels, la guerre est déclarée. Trois mois après la chute d'Isanagi et du Golem de Pierre, la tension ne fait qu'accroître. Encore une fois, l'ennemi saura surprendre. Encore une fois, les futures divinités devront se montrer à la hauteur, et les humains, plus unis que jamais.


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Mon effet Pygmalion

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Mon effet Pygmalion - Jeu 6 Fév 2014 - 23:46
Maya Tensho
Shinmei Tensho
Erika Lallande
Gérant du Club

Parce que je ne sais pas ce que c'est...

Vous vous en doutez, Maya a énormément hésité avant d'entrer ici... Elle a vérifié plusieurs fois l'adresse, s'est demandé si son correspondant ne s'était pas trompé... mais n'a trouvé aucun autre bâtiment de ce genre dans cette rue. Pour « offrir un verre », il faut effectivement être dans un bar... aussi louche soit-il. Nous voici donc au Strip club bar du coin, « The Sexy Trips »... ça promet.
Très mal à l'aise, notre déesse accomplie a failli se faire rembarrer dès l'entrée. Bafouiller et montrer une carte d'identité sud-coréenne... ça n'a pas contribué à rassurer le type responsable des admissions. Lui ne voulait pas prendre de risque quant à l'âge de la majorité dans ce pays inconnu... ils ont donc dû beaucoup échanger avant qu'il n'accepte finalement de la laisser passer. Le genre de chose qui contribue encore davantage au malaise d'entrer dans un endroit pareil : insister pour y entrer absolument. Mais la demoiselle n'était pas au bout de ses surprises. Au bar, après avoir demandé à voir l'interlocuteur avec lequel elle avait rendez-vous, on lui a indiqué une table... LA table au milieu de la salle, juste devant la scène. LA scène où l'on trouve des barres accrochées au plafond et des... danseurs et danseuses, préférablement biens fichus et peu vêtus. Elle a donc avancé très timidement, tête baissée, jusqu'à cette table encore libre, sous les regards *insérer l'adjectif préférentiel* des autres clients.

Voici la scène : Maya, assise, jambes serrées, fesses serrées, tête baissée, essayant de se faire la plus petite possible. De sorte qu'en définitive, tout le monde la remarque.
Elle sort son portable sous la table pour relire le message qu'on lui a envoyé, quelques jours plus tôt.

« Bonjour Maya.
C'est moi, ton contact avec ton père.
Il s'est passé quelque chose à l'académie et elle a besoin de toi pour une mission de la plus haute importance.
Je te donne rendez-vous le 20 janvier, 23h à Osaka, Matsubara, Takaminosato 4-10-50.

Je t'offrirai un verre. »

Le tout signé sous un nom... : Shinmei Tensho.
On n'allait pas lui faire avaler cela si facilement. Elle a pris quelques jours pour se rendre aux archives, au Japon, et chercher ce nom dans la famille du côté de son père. Un Shinmei Tensho a effectivement existé... le père d'Isanagi, grand-père de Maya. Elle n'en avait encore jamais entendu parler jusqu'à présent, mais il est vrai que la mort de son père a entraîné une coupure nette et brutale entre les deux familles. Ceci pourrait expliquer cela. Charge maintenant de savoir s'il s'agit du vrai, d'un homonyme ou d'un simple affabulateur... Et c'est bien ce qui l'a convaincue de se rendre ici, aujourd'hui.

Faut-il vraiment douter et se poser des questions ? Il est du côté d'Isanagi et des renégats. Il n'a pas quitté Maya des yeux, l'aidant jusque-là à retrouver son père. Cherchant à rassembler les morceaux et reconstruire la famille. Besoin de davantage d'arguments ? Cela doit suffire... et Isanagi doit lui-même s'être renseigné sur son cas. Enfin... il suffit de l'avoir vu dans sa période humaine pour savoir s'il est réellement celui qu'il prétend être. L'ancien directeur de l'académie n'aurait jamais laissé sa fille entre les mains d'un dieu, sauf si celui eut été... justement son propre père. Quel type de relation entretiennent ces deux-là ? Est-ce conflictuel ou plutôt amical et posé ? S'entendent-ils à la perfection ou sont-ils pires ennemis ? Ah... tant de choses, tant de curiosités auxquelles doit s'enquérir la petite dernière de la lignée.

Elle regarde l'heure, puis range son portable dans sa poche et reprend sa posture inconfortable.
Elle ne voulait pas être en retard... mais il aurait peut-être mieux fallu pour une fois.
Bruits de talons sur le sol, juste à sa gauche. L'erreur, c'est d'avoir tourné la tête trop tôt sans réfléchir : la voilà face à un string blanc honteusement trop fin. Vite, réflexe, elle relève les yeux pour découvrir deux gros lolos pas loin de lui tomber dessus. Maya se crispe encore davantage, ne sachant que faire de ses yeux. L'autre créature de rêve lui entame une danse du cul en tournant sur elle-même, très lentement et sensuellement...

- Tu veux une danse ma mignonne ?
- Je... non... merci... madame, j'attends quelqu'un... fait Maya, très bas, en regardant finalement ses pieds.
- Oooh, c'est trognon ! Une petite puce innocente qui fait ses débuts dans le milieu. On peut te faire la totale, t'auras toute ton expérience en un coup. Je peux amener plusieurs autres filles, on prendra soin de toi.
- Non non non non non non non non, merci, non... ! s'affole ladite innocente, en plaçant inconsciemment ses bras devant elle comme si elle tentait de se cacher.

La madame s'accroupit pour retrouver le regard de Maya, puis s'amuse à faire rebondir ses deux gros joujoux dans ses mains. Bon... elle y met l'art et la manière, à tel point que c'en devient quasiment un spectacle d'hypnotisme. Elle se relève ensuite et se remet à se dandiner, à se caresser, tout ça... c'est insupportable. Enfin... insupportable dans un sens bien précis qu'on ne divulguera pas dans ces lignes... à vous de voir.

- Satisfaite du matos ? Quelle formule tu choisis ma jolie ?
- ... n... non non non, excusez-moi, je dois aller aux toilettes... au revoir !

Levée et partie avant même d'avoir eu le temps de cligner des yeux ! Quand elle atteint et s'apprête à ouvrir les portes des WC pour femmes... elle se questionne à deux fois pour savoir si celui des hommes ne serait pas plus sûr. Tout compte fait, non, elle ne tient pas plus à voir des machins qui pendouillent... même s'il peut y en avoir des deux côtés. Elle entre donc chez ses consœurs féminines et s'enferme dans le premier cabinet disponible. Enfin, elle peut souffler, s'essuyer le front et tenter de reprendre son calme. En voilà une aventure grotesque... C'est désormais clair : elle ne comprendra jamais ce qui lui a traversé l'esprit. Ces vingt dernières minutes resteront une énigme à jamais irrésolue... Bon Dieu.
Et ce sont dix bonnes minutes qui s'écoulent avant que la demoiselle ne décide de s'asseoir pour faire une petite affaire. Elle évacue un peu toute émotion étrangère, puis retrouve enfin le courage de retourner dans la salle... même si ça risque d'être plus compliqué que ça n'y parait. De loin, elle jette un coup d'œil pour vérifier que la dame est bien partie... et découvre que son compagnon de soirée est arrivé. Au moins, ils vont pouvoir passer à autre chose, penser à des choses plus... à autre chose en tout cas. Le but, c'est de sortir de cet enfer le plus vite possible, il ne faudra pas y aller par quatre chemins.
La déesse s'approche donc de la table et s'assoit en face de lui, puis lance la conversation sans tarder.

- Mais quel genre de grand-père donne rendez-vous à sa petite-fille dans... dans un endroit pareil ?
- Moi. répond le type du tac-au-tac.
- ...
- Tu le penses toi-même : il faut avoir des raisons vraiment spéciales pour entrer dans un « endroit pareil », comme tu dis. Ça peut être pour la vue...
- ... mais arrête... ! le coupe-t-elle en baissant les yeux, embarrassée de... déjà des souvenirs.
- ... ou parce que l'on sait pertinemment qu'en venant ici, on élimine d'office un grand nombre d'oreilles trop curieuses. L'ouïe n'est pas le sens le plus éveillé face à un tel spectacle.

Tu parles... Il aura beau dire tout ce qu'il voudra et donner autant d'argument qu'il le pourra, jamais elle ne le prendra pour un saint. De toute façon, rien qu'en regardant le camp qu'il a choisi parmi les dieux, on peut conclure qu'il n'a définitivement rien d'un personnage modèle... Ceci dit, ce doit être une tare familiale. Tous moins compréhensibles les uns que les autres, c'est bien leur veine. Il faut reconnaître que certains s'en sortent mieux que d'autres, mais au bout du compte, ils finissent toujours seuls et abandonnés.
Enfin, c'est de l'extrapolation. Les autres doivent bien s'en sortir, c'est juste Maya qui a un petit souci... Rien de grave.

- Bon... vite, dis-moi pourquoi tu as voulu me voir et partons d'ici...
- Tu ne veux pas t'amuser un peu ?
- Non mais... je croyais que c'était important... Je ne suis vraiment pas venue pour ça. fait Maya en se relevant.

Alors qu'elle fait volte-face pour faire mine de partir, pressée, il lui agrippe un poignet. Maya tourne la tête et le regarde, certaine qu'après ce petit show, il va rapidement dévoiler ce qu'il a à lui dire. De sa main libre, elle tente tout de même de lui faire lâcher prise, mais le bougre tient bon. Elle ne va cependant pas essayer de se libérer plus que ça – sans quoi, la technique consistant à attraper le petit doigt et à le tirer sur le côté viendrait à bout de n'importe quelle prise du genre – mais elle va afficher une expression lasse et décontenancée. Il semble saisir le message, mais ne lâche pas pour autant ; pire, il la tire vers lui d'un coup sec, lui faisant faire un bond en avant. Elle se retrouve à quelques centimètres de lui à peine. Il la reluque avec beaucoup d'attention, tel un pervers reluquerait sa proie, et elle déteste ça.

- Hey ! Si tu crois avoir le moindre droit ou je ne sais quoi à mon propos, tu te fais des illusions.
- Il n'y a que ton Papounet qui y a droit ?
- ... et encore... répond-elle, hésitante.
- Je suis son père, ce n'est pas très éloigné. Grâce à moi, il s'est hissé chez les plus grands. Vois ce que tu pourrais y gagner.
- Je ne vous connais pas. fait-elle, soudainement distante.
- Parce que tu le connais, lui ?
- Oui.
- Moins que moi apparemment.
- Prouvez-le.
- Je suis ici.
- Et alors ?
- Et alors, il aura beau le cacher, il est perturbé. Ce n'est pas pour rien qu'il m'avait « envoyé » pour te retrouver, après son départ. Ce n'est pas pour rien que vous vous êtes retrouvés dans une gare. Ce n'est pas pour rien qu'il t'a montré énormément de choses que tu avais besoin de voir.
- Je sais.
- Tu sais ?
- ...

Maya a du répondant... beaucoup de caractère, ce que monsieur semble apprécier. Elle n'est plus moribonde, mais remplie de tonus qui ne demande qu'à être utilisé et libéré. Reste qu'elle est coincée comme pas possible et qu'il faudrait lui foutre un bon coup de pied dans le derrière pour la réveiller. Isanagi a privilégié la discussion, il aurait peut-être mieux fallu employer des méthodes plus radicales, plus « ancestrales »... l'art du savoir s'imposer. Avis que le soit-disant grand-père, sorti de nulle part, ne sera pas aussi compréhensif et docile que les autres. Mais Maya semble prête à s'imposer face à lui, en témoigne son regard aiguisé qui ne flanche pas face au sien. Elle a réellement l'air furieuse... plus encore quand, une nouvelle fois, Shinmei Tensho tente de l'intimider en tirant sur son bras pour l'approcher encore davantage de lui. Maintenant, leurs jambes sont en contact et Maya doit se pencher sur lui pour ne pas trop subir de tension dans son bras.
Ça ne va pas... c'est n'importe quoi, et Maya commence à le comprendre. Elle ne peut plus essayer de libérer son bras sans quoi elle se retrouverait sans défense. Toujours garder un bras pour se protéger ou attaquer, peu importe ce qui advient de l'autre. Cependant, s'il tire un peu plus encore, elle finira par tomber sur lui. Avantage et inconvénient, elle pourra le poignarder sans concessions... et lui également. Mais l'heure est-elle réellement au combat parricide ?

- Alors tu es pire qu'une gosse pourrie gâtée. reprend-il.
- Je ne suis pas une gosse, je suis une adulte qui prend ses responsabilités. Lâchez-moi.
- Tu abandonnes le père qui te tend les bras alors qu'il ne veut que ton bien.
- Chacun ses arguments et il a très bien saisi et accepté les miens ! Et vous alors ?
- Ton entourage doit être exclusivement masculin... fait-il, éclipsant la question. Des hommes qui te font les yeux doux et qui sont tous très gentils avec toi. Tu crois que c'est de la compassion, mais en réalité, ils te prennent pour une gamine qui a besoin d'un grand-frère pour s'amuser. C'est bien simple : tu ne connais pas la vie, ce qui fait de toi une enfant aux yeux de tous. Et pour le coup, tu as raison : j'ai eu tort de demander à une mineure de venir dans un club pareil.
- Alors, c'était pour des remontrances... moi qui pensais éventuellement vous remercier pour l'autre fois...
- Aussi déçue qu'une fillette qui ne reçoit pas de cadeaux pour Noël.

Aucun but mis à part la critique. Critiquer, critiquer, toujours critiquer... sous prétexte qu'il est plus vieux, qu'il a vécu plus longtemps... qu'il est donc plus expérimenté et plus sage... tout le monde a déjà expérimenté cette situation dans sa vie. Pourquoi serait-elle en tort ? Pourquoi est-ce nécessairement lui qui a raison ? C'est la logique même d'un débat entre adultes : il ne peut y avoir de vainqueur. Pourquoi cet homme pense-t-il qu'il aura un quelconque ascendant sur Maya ? Ce n'est pas le statut familial qui va la faire changer d'avis en tout cas... Elle a grandi sans la présence de son père – juste de son beau-père – et jamais elle n'ira se soumettre à une quelconque volonté ou autorité masculine hostile. Elle réfléchit, cela va sans dire.

La seule réponse qu'elle trouve cependant, c'est le silence. Elle veut partir maintenant, le plus vite possible. Tout ce qui se passe autour d'elle ne la trouble plus, elle s'en moque totalement : ne reste plus que ce type, cet effronté qui tente de lui manipuler le cerveau par des stratagèmes minables. User de la force pour la retenir, voilà un autre exemple de faiblesse... s'il était si intelligent, il n'aurait besoin que de sa langue. Force est de constater qu'il est sans doute plus idiot qu'il ne le croit. Laisse parler les cons, ils finiront bien par se fatiguer et te laisser tranquille.

- Amuse-toi. Cet endroit est rempli d'adultes, hommes et femmes, qui ne demandent qu'à jouer avec toi. Alors vas-y, adulte que tu penses être : monte sur scène et trémousse-toi comme ces dames.
- Mais... bon sang, j'ai jamais entendu des conneries pareilles ! s'énerve la demoiselle. Vous êtes totalement givré, ça ne va pas bien là-haut !

Il va trop loin... alors elle commence à se rebeller.
Elle tire sur son bras pour qu'il la lâche. Elle tire de plus en plus fort, inhibant la douleur au plus profond d'elle-même. C'est le moment qu'il choisit pour se lever et la pousser contre la table, puis pour lui asséner une gifle monumentale qui la couche littéralement sur le socle de bois. Emporté par l'élan, la table bascule et Maya termine sur le sol. Dans la salle, personne ne lève le petit doigt... les danseuses s'écartent même légèrement pour ne pas être prises dans une affaire qui ne les regarde pas.

Shinmei Tensho sort une cigarette et la fourre dans son bec. Sa petite-fille s'est relevée et s'est armée d'un couteau, prête à l'utiliser si son venait à porter la main sur elle une seconde fois. Elle le fusille du regard, dents serrées. Lui, très décontracté, allume sa cigarette et aspire une bonne quantité de nicotine.

- Règle n°1 : on respecte et on obéit à des parents.
- Règle n°2 : on ne frappe pas sa petite-fille sous peine d'être banni à vie de toute instance divine.
- Règle n°2 : ... reprend-il... On ne se cache pas dans les jupons des autres, on n'attend pas qu'ils nous sauvent. Pas de prince charmant, fillette, on se sauve soi-même.

Un prince charmant sur son beau cheval, un ciel rose plein de paillettes, une robe de mariée et des oiseaux qui chantent... mais pour qui la prend-il ?
Encore un qui a tout compris... il sait parfaitement trouver le cheminement pour mettre Maya hors d'elle. Pourquoi s'emporter sur un sujet si ridicule ? Parce qu'elle sait que les meilleures intentions conduisent naturellement aux pires... et que s'il parvient à la faire se considérer comme une enfant, il aura l'ascendant paternel sur elle. On en revient encore et toujours au contrôle, à la manipulation, véritable fléau pour notre malheureuse rose. Alors, pour s'en prévenir, elle doit l'attaquer, lui montrer qu'elle ne se laissera jamais faire et qu'il peut aller se brosser. Ce qui lui fait défaut ? Cette lenteur dans les choix qu'elle prend : il a déjà saisi la main qui tient cette arme et tordu ce poignet pour qu'elle n'ait d'autres choix que lâcher prise. À nouveau, il lui offre une superbe baffe avant de tirer une nouvelle taffe.
Stop. Maya se retourne et se dirige vers la sortie.

- Reviens, j'ai une mission de l'académie pour toi.

Elle ralentit... mais reprend sa marche et sort finalement de la salle, sans que personne ne lui accorde la moindre attention. Un changement radical entre l'entrée et la sortie... allez comprendre les humains après ça : la violence les rend aveugles.
Dehors, le vent s'est levé et la nuit s'annonce glaciale. Maya marche sur le trottoir, toujours dans le but de s'éloigner de ce maudit endroit. La revoilà à l'air libre... et c'est bien ça qui lui fait le plus grand bien. Plus de bruit, plus de seins nus, plus de connards voulant la manipuler... c'est clair qu'en comparaison, elle est au Paradis. Elle ouvre les bras, ferme les yeux pour sentir le vent froid lui caresser le visage. Et bam... une claque derrière la tête.

- Mais aïe !
- Tu sais, ça pourrait beaucoup mieux se passer.

C'est la troisième fois qu'il dépasse les bornes.
C'est facile d'intervenir dans la vie de n'importe qui et se mettre à la battre pour un oui ou pour un non.
C'est facile de lui demander de ne pas le dénoncer sous peine d'être une lâche.
Maya n'imagine même pas se faire harceler plus d'une seconde encore. Il va finir par la mettre tellement hors d'elle qu'elle va... l'attaquer, se faire contrer et se prendre de nouvelles baffes. Peine perdue avant même d'avoir essayé ? Mieux vaut partir dans ce cas... ou fuir, tel qu'il pourrait le présenter. La déesse fait quelques pas en arrière, puis déploie ses ailes avant de s'envoler. Il lui agrippe la cheville. En battant des ailes du plus fort qu'elle peut, elle devrait être capable soulever plusieurs centaines de kilos... alors pourquoi ne quitte-t-il pas le sol ? Pourquoi ses battements d'ailes repoussent la neige à des dizaines de mètres à la ronde, mais n'ont l'air de provoquer qu'une simple brise agréable sur lui ?

Shinmei la tire, lui agrippe la jambe, puis, à l'aide d'une prise de combat d'art martial, il la ramène violemment au sol. Elle ferme les yeux et serre les dents, s'attendant à la « punition »... mais non, pas cette fois. Elle rouvre un œil... vérifie que tout va bien, puis ouvre l'autre et se relève, sans trop brusquer ses mouvements. Son grand-père reste statique face à elle, les bras croisés, sans dire un mot. Maya se retourne et reprend sa marche ; il lui emboîte le pas, se place juste à côté d'elle et se permet même le luxe de passer un bras par-dessus son épaule.

- Parce que vous comptez me suivre longtemps ? fait Maya dans un soupire.
- J'ai une mission de l'académie pour toi.
- Oui, je sais, vous l'avez déjà dit.
- Et tu vas devoir m'aider pour qu'elle soit un succès.
- Non. répond-elle d'un ton sec et direct.
- Ce n'est pas une demande, c'est un fait. D'où est-ce que tu crois avoir le choix ?
- Ça s'appelle la liberté.
- Chez moi, ça s'appelle l'éducation : tu n'as pas encore la bonne mentalité pour pouvoir faire tes propres choix. Donc, tu dois suivre ce qu'on te dit de faire.
- Prenez-moi pour une débile mentale...
- Une ado suffira.
- Je suis très bien comme je suis.
- Ce n'est pas ce que tu te diras dans un mois. Tu trouveras ta « toi » actuelle particulièrement idiote, comparé à ce que tu seras devenu.

Se faire mener à la baguette par un parfait inconnu... personne ne serait assez stupide pour accepter pareille situation. Surtout pas un mois durant. Autant la tuer tout de suite avant qu'elle n'ait l'idée de se suicider à nouveau. Croit-il réellement qu'elle pourrait être subitement touchée par un quelconque souffle divin, la rendant soudainement docile et serviable au possible envers lui ? Ou alors, compte-t-il réellement sur une pseudo utilisation dérivée du syndrome de Stockholm pour la rapprocher de lui ? C'est pire que ce qu'essayait de faire Isanagi... pire que tout ce que l'on pourrait croire. La pire tentative d'éducation qui soit, à n'en pas douter.

- Je t'offre l'hébergement, les connaissances et les bonnes manières. En retour, tu m'aides pour la mission.
- C'est ça... et pour vous remercier, je vais devoir vous sucer le bout.
- Pardon ? Me ?
- Oubliez...

Elle n'en revient pas elle-même d'avoir sorti ça... mais c'est bien quelque chose qui lui a traversé l'esprit. Il suffit d'avoir un rendez-vous avec son grand-père dans un bar réservé aux adultes pour se convaincre que celui-ci serait capable du pire. Pas net ce type. Pas digne de confiance. Pas envisageable de rester ne serait-ce qu'une nuit dans la même bâtisse que lui.

- Alors, tu marches ? Tu es OK ?
- Je croyais que je n'avais pas le choix ?
- Je demande à l'adulte responsable.
- ...

Il est chiant... chiant chiant chiant.
Chiant.
Maya se sent déjà manipulée comme pas permis. Il est habile dans sa façon de parler et dans celle de présenter les choses, à tel point qu'elle sait que sa question n'en est pas réellement une. Il n'attend qu'une seule et bonne réponse, et il veut l'entendre oralement de la bouche de sa petite-fille. Ce sera une sorte de pacte de responsabilité : elle aura accepté, alors elle devra se plier à sa propre acceptation puisqu'il serait ridicule de revenir sur sa propre décision.

- Et si je refuse, vous me frappez et vous me reposez la question ? Ou alors, vous me dites que j'ai un comportement d'ado irresponsable ?
- Exact.
- ...

Comment faire pour se débarrasser de lui ? Si elle essaye de fuir, il l'attrape et la retient. Si elle refuse quoi que ce soit, il la bat... Bien sûr, elle pourrait se prendre des baffes sans arrêt, là n'est pas le problème. Elle finira juste par avoir la joue rouge... c'est d'ailleurs déjà très bien parti pour. Elle pourrait aussi très bien demander de l'aide à une personne de l'académie... Beaucoup lui ont laissé leur numéro et lui ont fait promettre de les appeler sans tarder si un « souci » venait à la perturber. Maya est resté en bons termes avec eux. S'ils la savaient dans cette position délicate, ils interviendraient sous quelques heures à peine... mais, honnêtement, que feraient-ils ? C'est une affaire de famille... peuvent-ils se permettre d'y mettre les pieds ? Jadis, quelqu'un a bien essayé et ça ne s'est effectivement pas bien soldé... et ce, pour aucun des protagonistes.

Silence. Maya s'est arrêtée et a tourné la tête vers Shinmei.
Lui ne la regarde pas : il fume sa cigarette en regardant exactement face à lui, l'air absent. Seuls un bras derrière son dos et une main sur son épaule les lient. La symbolique même de la capture, de l'enchaînement, de la corde autour du cou qui t'empêche de fuir. Sa main est le collier, son bras est la laisse... ses paroles sont des ordres.

- Qu'est-ce qu'il faudra faire... ?

Il sort la cigarette de sa bouche et sourit, en rejetant une longue bouffée de fumée.


Dernière édition par Maya Tensho le Mar 11 Fév 2014 - 22:28, édité 1 fois
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Re: Mon effet Pygmalion - Dim 9 Fév 2014 - 14:01

Pas de bol : je vais devoir foncer, tête baissée

Premier soir, première nuit dans cet hôtel. Maya est assise sur son lit, en pyjama, déjà prête pour se coucher, tandis que son grand-père, Shinmei Tensho, observe la rue depuis la fenêtre. Le silence est d'or. Ils n'ont pas échangé beaucoup de mots depuis la résignation de Maya pour cette mission dont elle ne sait rien...

Ils sont passés chez elle pour récupérer quelques affaires et sont directement repartis pour cette chambre... parce que oui : impossible pour le vieux rabougri de laisser sa petite-fille préférée en liberté. Elle ne s'échappera pas à plus d'un mètre sans son accord... et cela risque d'être longtemps le cas. Pourtant, la meilleure chose à faire, ce serait de la renseigner au plus tôt pour en finir le plus rapidement possible, histoire de repartir chacun de son côté, apaisé et débarrassé. Mais apparemment non, ce ne semble pas être au goût de Shinmei... et jusqu'à présent, impossible d'en comprendre la raison.

- Vous n'avez pas eu de fille... Comment comptez-vous faire pour... m'éduquer ? questionne Maya, très sarcastique.
- Je te laisse t'occuper de ta féminité autant que je laisserais un homme s'occuper de sa masculinité. Aucune différence, si ce n'est qu'avec toi précisément, ce sera beaucoup plus simple.
- Sympa...

Il y avait moyen de prendre ça pour un compliment, elle le prend comme une insulte. « Femme facile »... « Bonne femme »... « Docile et obéissante »... Peut-être est-il inutile de discuter plus longtemps avec un individu qui se prend pour on ne sait quoi de supérieur à un Dieu. Un père, sans doute...

Maya se glisse dans son lit, tourne le dos au monsieur et ferme les yeux. La lumière ne va pas la déranger trop longtemps, la fatigue l'emportant facilement sur tout le reste. Non, elle n'est pas inquiète. Non, elle n'a pas peur. Il faut dire qu'avec tout ce qu'elle a vécu depuis sa mort, il devient aisé de faire la part des choses. L'ambiance est relax, le matelas, confortable... le présent fait preuve de calme, c'est ce qui compte. Dans sa tête, Maya va se raconter une histoire avant de s'endormir... l'histoire d'une jeune humaine insouciante de 17 ans, vivant la vie à pleins poumons et imaginant l'existence que pourraient avoir les Dieux, au-dessus de sa tête.

- Debout, habille-toi.
- Qu... quoi ? fait Maya en se retournant dans le lit et en se frottant les yeux.
- Debout, nous retournons au bar.
- P... pourquoi ?
- La mission Maya.
- Vous ne pouviez pas me prévenir plus tôt ?
- Je ne t'ai pas dit de te coucher.
- Vous n'avez rien dit du t...
- Dépêche-toi. coupe-t-il.

La mission se passe au bar. Bien... était-il vraiment dans l'incapacité profonde de la prévenir plus tôt ? Il faut croire que ça change pas mal de choses... si c'est vrai, bien entendu. Par exemple, il reste une possibilité que son grand-père ne soit pas un pervers fini... et du coup, ce n'est plus exactement la même donne. Même s'il reste un homme et que par conséquent, ce n'est pas comme s'il se forçait à y aller... n'y voyez aucune critique. Maya non plus n'est pas stripteasophobe ... mais bon, ce n'est pas non plus de gaîté de cœur qu'elle passera du temps là-bas.
Maya se relève donc difficilement et enfile ses chaussettes, ses collants, son t-shirt, sa robe, sa veste, son manteau, ses chaussures, son écharpe et ses gants, le tout sous les remontrances de son aïeul. Si cela existait en Corée pour les femmes, elle se croirait en direct d'un camp militaire... à la différence près qu'elle n'aurait pas choisi d'y être et qu'elle se moquerait éperdument de finir au trou, à force de lenteur et désobéissance. Alors, elle fait ce qu'elle peut sans se bousculer, et lui se montre moins violent qu'elle ne le redoutait. Peut-être se réserve-t-il pour de plus rares situations, pour ne pas qu'elle s'habitue trop...
Ils sortent de la chambre et de l'hôtel, l'un après l'autre, dans cette nuit glaciale. 2h du matin et pas un nuage à l'horizon. Les températures négatives sont de sortie.

- Tu vas avoir froid à t'habiller comme ça.
- Je croyais que les trucs féminins, c'était juste pour ma pomme ?
- Cesse de faire ta mauvaise tête, ça ne nous avance à rien. Écoute simplement les conseils.

Pour le principe du « ne pas se laisser faire ». Quand il lui donnera un minimum de liberté, elle n'hésitera pas à l'utiliser. Mais bizarrement, c'est exactement le rapport qu'aurait une fille rebelle avec son père : tenir tête à tout prix. Elle se convaincrait presque qu'il a raison de la traiter d'adolescente... mais c'est de sa faute, c'est en la voyant comme ça et en la prenant pour telle que naturellement... elle finit par agir comme il pense qu'elle agit. Mais ce n'est pas ça... enfin... elle est adulte, elle fait juste un choix. Elle s'est toujours habillée de cette façon en hiver sans jamais choper quoi que ce soit de sérieux... alors, y a-t-il une raison de changer aujourd'hui parce qu'un type le lui a dit ? Un homme qui, qui plus est, se prend pour son tuteur ? Ce serait lui donner du crédit. Alors, aujourd'hui plus que tout, elle doit agir en adolescente et lui tenir tête... ou lui donner raison.
Le piège duquel elle ne peut se dépêtrer... parce qu'elle a tort. Et parce qu'elle le sait.

- Je trouvais ça mignon... pratique... fait Maya en baissant la tête et en touchant le bas de sa robe, pensive.
- Je ne critique pas ces deux points.

Maya relève les yeux. Elle ne pensait pas qu'il lui répondrait... cette réponse. Sans doute croit-elle que tout ce qu'il ne dit pas oralement est toujours sous-entendu, ou peut-être cet homme ne sait-il juste jamais voir le bon côté des choses. S'il ne critique pas, complimente-t-il ? Est-ce qu'il vient de dire qu'elle portait des vêtements mignons et pratiques ? Est-ce que cela le tuerait que de ne pas parler en négative et clairement dire ce qu'il pense ? Sans doute... mais pour quelle finalité ? S'il veut absolument entretenir une relation exécrable entre eux deux, il prend la meilleure direction qui soit...
Le père d'Isanagi porte une cigarette à sa bouche et l'allume. La fumée qu'il rejette se mêle à la vapeur d'eau provoquée par son souffle chaud en contact de l'air froid. Maya le regarde faire, puis souffle de la même façon, sans raison. Pas besoin de raison pour s'amuser.

- Tu as déjà fumé Maya ?
- Oui.
- Tu ferais mieux d'arrêter, ce n'est pas bon pour toi.
- C'est bien à vous de me dire ça...
- Ce n'est pas parce que tes idiots de vieux le font qu'il faut le faire aussi. L'éducation des parents consiste à t'apprendre à reproduire les bons schémas et ne pas reproduire les mauvais : rendre leurs enfants plus parfaits qu'ils ne le sont eux-mêmes.
- Vous voulez me rendre parfaite ?

Pas de réponse.
C'est qu'il lui tirerait presque un sourire... mais honnêtement, elle s'en voudrait de se laisser aller. On ne peut pas plaisanter ou trouver son agresseur amusant, jamais : c'est la meilleure façon d'être malheureuse. En témoignent de nombreux couples, le sien au premier rang... La violence ou l'abandon ne se cautionne pas, ne s'amenuise pas proportionnellement à la joie procurée. Il n'y a pas de juste milieu, juste une limite à ne pas franchir. S'ils la dépassent, ils deviennent indignes de confiance et il faut les quitter. Peu importe si cela arrive trop souvent, on finit toujours par trouver les amis qui nous conviennent... contrairement à sa famille que nous portons à jamais sur le dos.

Maya s'arrête soudainement. Son grand-père fait de même, avec un très bon temps de réaction, et cela sans même la regarder. À croire qu'il est sous tension constante et qu'il veut lui montrer qu'elle n'a absolument aucune chance de s'enfuir, malgré sa liberté relative de mouvement. Elle s'accroupit pour refaire son lacet. Puis l'autre. Puis elle se relève et ils repartent ensemble, comme synchronisés sur un « clock signal » d'une horloge atomique.

- Et autrement, vous pouvez m'en dire plus sur la mission ?
- Disparitions inquiétantes d'hommes et de femmes s'étant rendus dans le « Sexy Trips Club ». commence-t-il. On ne parle pas des employés ou des clients, on parle des candidats au poste du devant de scène. Leur profil sont similaires : aucune attache dans les environs de telle sorte que personne ne remarque leur absence. Pas d'activité divine détectée, les membres du conseil suspectent donc des agissements d'humains en bande organisée.
- Et vous avez besoin de moi pour ça ?
- Exact.
- Ah... vous voulez dire... de la femme que je suis, le tout en tant que candidate... ?
- En tant que toi-même.
- Vous ne répondez pas à la question.

Purement malhonnête. Tantôt surprise, tantôt déçue... pourquoi est-ce que cela doit se passer ainsi ? Pourquoi se laisserait-elle traîner dans des situations aussi... bizarres... s'il n'est même pas foutu d'être honnête avec elle ? Comme si elle devait être la seule à fournir les efforts, pendant que lui pourrait se délecter du spectacle, une bière à la main. Et son excuse, c'est... c'est... ce qui a presque entraîné un sourire sur le visage de la déesse quelques secondes plus tôt : le fait qu'il ne soit pas parfait. Il se dénigre, se diminue exprès pour que toute la responsabilité se retrouve sur les épaules de Maya. Et elle l'a laissé faire...
Encore une fois, il lui a mis bien profond.

- Je refuse, j'arrête là. Vous ne me ferez pas faire un truc aussi humiliant.
- Alors, les disparitions continueront.
- C'est pas mon problème.
- ... et c'est une joie que de te compter parmi les renégats, Maya.

Il lui tend sa main.
Elle grimace et la repousse.

- Nous ferons autrement, c'est tout...
- Je t'écoute.
- Nous... nous allons attendre... vérifier ce qui passe et... enfin, nous verrons bien...
- Une semaine pour la première solution, un mois pour la seconde. Je t'offre le choix du nombre d'heures que tu voudras passer à mes côtés.

Elle grimace une seconde fois.
Tantôt des ordres, tantôt des arguments, tantôt des choix... Quoi qu'il dise, quoi qu'il fasse, c'est toujours lui que cela arrange. Il donne l'impression d'avoir trois coups d'avance alors qu'elle ne vient qu'à peine de jeter un œil sur l'échiquier. Comment inverser la tendance ?

- Que choisiriez-vous ?
- Ta solution.

Dans un premier temps, il donne la mauvaise solution. Il sait pertinemment qu'elle va se rebeller et il lui laisse la parole pour trouver l'unique seconde approche, lui offrant un semblant de contrôle dans ce débat pourtant stérile. Une fois cette solution révélée, il déclare qu'elle est, selon lui, la meilleure, parce que Maya le lui a demandé après qu'il lui ait lui-même proposé de faire son choix. Résultat des courses, Maya doit choisir entre la pire solution qu'il n'aime pas (et c'est relatif) ou la meilleure solution qu'il aime. Soit elle va à l'encontre de ses propres principes, s'humilie juste pour aller contre les préférences de son grand-père et le quitter au plus vite, à l'unique condition qu'il ait dit vrai, soit elle reste digne, mais devra supporter Shinmei pendant cette éternité que durera l'enquête. Dans tous les cas, elle l'a dans l'os.
Ce n'est peut-être pas bon de trop réfléchir.
Tant pis pour lui, elle va l'imiter et ne pas répondre. Peut-être qu'au moins, il va comprendre qu'il est très pénible d'attendre la réponse de son interlocutrice. Avec un peu de chance, il modifiera son état d'esprit la prochaine fois. Mais il est rare que les adultes changent d'avis ou de comportement du jour au lendemain, c'est déjà peine perdue. Heureusement pour le couple, Maya est moins têtue qu'une adulte...
... ce qui n'en fait pas une enfant pour autant, ne nous étalons pas là-dessus.

Après un quart d'heure de marche, le Club est en vue. Le clignotement des néons prouve qu'il est toujours ouvert, ce qui, foncièrement, n'a rien d'exceptionnel. À hiver froid, club hot fait recette.
Ils passent devant le videur et entrent, sans dire un mot. Une main derrière le dos de sa petite-fille, le grand-père l'entraîne vers le bar où ils s'installent : Maya dans le coin et Shimnei, juste à côté. Là, ils ne seront pas dérangés, ni par les clients, ni par les employés.

- Tu veux boire quelque chose ? Je t'offre un verre.
- De l'eau.
- Malpolie.
- De l'eau s'il vous plaît monsieur.

Est-ce qu'elle le fait exprès ? Fait-elle tout pour l'emmerder ? D'habitude, elle aurait naturellement sorti cette petite formule magique, sans même y penser. Se forcer à être malpolie, c'est bien de la mauvaise foi...
Le serveur lui donne son verre d'eau, où quelques glaçons flottent, puis repart à ses affaires. Shinmei n'a rien pris : il préfère continuer de se massacrer les poumons avec ses maudites feuilles de tabac. La maladie ne peut pas tuer quand on est un Dieu, mais empêche-t-elle d'avoir les dents jaunes et de tousser gras le matin ? Pour sûr, non. Entraîne-t-elle une perte de neurones et de concentration ? Pour sûr, oui. Bien fait pour eux. Maya pose ses mains sur son verre et le porte à ses lèvres pour les humidifier et boire une toute petite gorgée.

- Le gérant du bar et le gérant du club sont une seule et même personne. C'est lui qui fait passer les entretiens d'embauche. Cela se déroule de la manière suivante : la personne vient et s'inscrit, pas besoin de CV. Elle monte dans une salle d'attente où des employés confirmés lui donnent quelques conseils et astuces. Elle passe au vestiaire, puis entre dans le bureau. Elle est photographiée, mesurée, puis elle tente de convaincre son auditoire de ses talents d'artiste danseur. Si elle est convaincante, ils ont une relation sexuelle.
- Et... et vous vouliez que je fasse ça... ? s'indigne la déesse.
- Je te laisse t'occuper de ta féminité comme tu l'entends.
- Mais là...

Pas protecteur pour un sou... on voit bien qu'il ne la considère pas du tout comme sa propre fille. Ni sa petite-fille d'ailleurs, personne n'oserait proposer à un membre de sa famille de se prostituer pour résoudre une enquête. Ni à un ami, ni à qui que ce soit.
Et lui continue son discours, sans être plus gêné que ça.
On voit vraiment de tout dans ce monde.

- Par la suite, après analyse des résultats, le gérant donne son verdict. S'il est négatif, la personne repart, s'il est positif, elle vient directement sur scène et se présente aux clients pour son premier show en public. Elle choisit un adulte dans la salle et le somme de monter sur scène avec elle. C'est une « Sex Lottery », une soirée où ce client sera roi.
- Brrr... frissonne Maya.
- Tu as toutes les cartes en tête maintenant. Sache que plus personne n'a vu de « Sex Lottery » depuis plusieurs semaines, quand la fréquence était d'une par jour environ.
- Ils ont juste arrêté le principe alors...
- Plusieurs embauches ont été concrétisées, mais la personne n'est jamais apparue sur la scène.
- Pourquoi tu dis toujours « la personne » ? Ce sont des femmes, non ?
- Pour les hommes, le processus est le même.
- ... oh... oh non, beurk...

Dégoûtée par cette information et pour éviter d'avoir un haut-le-cœur, mademoiselle boit son verre d'une traite, puis le pose sur le bar avant de se couvrir les yeux. Des glaçons dans la bouche, ça calme tout de suite.
Comme si ça allait l'aider.

- Avec les filles, ça ne te dérange pas, mais entre hommes, oui ?
- Ce serait beau s'il était... jeune et mignon... mais vu sa tronche, n'essaye même plus de me faire imaginer. Ce doit être... Brrr... non non non. Bon, du coup, tu penses que c'est lui qui fait le coup ?
- Possible. Mais la première fois que c'est arrivé, la personne a disparu entre le moment où elle a quitté le bureau du gérant et le moment où elle devait se rendre sur scène pour sa présentation. On l'a annoncée et personne ne l'a jamais revue. Les recherches effectuées par les employés n'ont rien donné et on raconte que le gérant était très ennuyé par la situation. Il l'a mal gérée.
- Si c'est sa première fois, il est possible qu'il n'ait pas su garder son calme parce qu'il était justement coupable. fait Maya, dont la logique reflète le visionnage de séries américaines.
- Coupable de quoi d'après toi ?
- Enlèvement... séquestration... ou alors, il a eu un accident avec la femme qu'il a rencontrée ?
- Quel genre d'accident ?
- Je ne sais pas si vous avez vu ses mains... il porte une bague à son auriculaire gauche et une trace à son auriculaire droit. Ça veut dire... à mon avis... que sa femme travaille ici et qu'il a une autre relation quand il quitte le club. Peut-être sa vraie femme. Il doit changer de bague comme il change de facette dans sa vie. Peut-être que sa vraie femme s'est présentée ici pour un poste et qu'ils ont eu une dispute ?
- Alors, tu as regardé ses mains. Intéressant. Continue donc je te prie.

Intéressant ? C'est une théorie vaseuse déversée sans le moindre argumentaire valable... Pourquoi Shinmei trouve-t-il cela intéressant ? Il aurait plutôt dû la traiter d'abrutie et lui mettre une bonne baffe pour lui avoir fait perdre son temps... Preuve est faite qu'elle ne le comprend toujours pas le moins du monde. Mais puisqu'il aime les histoires et qu'elle adore en raconter, notre conteuse va se creuser l'esprit plusieurs secondes encore pour lui sortir de nouveaux arguments.

- Il devait être nerveux. Ils ont dû se disputer. Elle a voulu le quitter et lui a refusé : il l'a donc enfermée, quelque part dans cet endroit où personne n'aurait le droit d'entrer. Ensuite, il a pris goût à ce nouveau... cette nouveauté... et a décidé d'enfermer d'autres filles pour son plaisir... personnel... fou. complète-t-elle.
- Tu as vraiment beaucoup de talent pour te mettre à la place d'un humain. Impressionnant.
- ... merci...

Ce n'est qu'une histoire... très loin de la réalité. À quoi joue-t-il ? Ce n'est pas la peine de lui faire croire qu'elle est intelligente parce qu'elle invente des histoires : d'ailleurs, le passé lui a confirmé quelle était très en deçà de la moyenne dans ce domaine. Pas futée, pas forte, incapable de tout et du meilleur... bref.

- Les personnes seraient donc retenues quelque part. Facile à vérifier. S'il vous plaît !
- Oui mon chou ?

Une femme se dirige vers eux après que Shinmei l'ait interpellée. Comble de chance, il s'agit de la danseuse qui en a fait voir de toutes les couleurs et de toutes les formes à Maya, quand celle-ci s'était présentée au Club seule, trois heures plus tôt. Leurs regards se croisent d'ailleurs et la danseuse, dont la facilité de socialisation avec Maya est directement proportionnelle à la taille de ses bourre-pifs poitriniaux, s'approche de notre déesse en la prenant par-dessus le cou.

- Que voulez-vous mes choux ? Une petite balade t'a finalement décidée, chérie ?
- Beuh... euh...
- Notre amie aimerait savoir si elle peut postuler pour un job par ici.
- Mais...
- Ah. Je serais toi, je ne ferais pas ça, trésor.

La danseuse a pris un air un peu plus inquiet... ce qui est censé confirmer l'hypothèse d'une crainte quant à une nouvelle disparition. Mais à vrai dire, ce qui suit ne le confirme pas tellement.
À cause de Shinmei, la professionnelle tente de toucher la marchandise pour constater des chances de succès d'embauche... et heureusement que Maya veille au grain pour la contrer. Elle n'a rien demandé, elle... Pourquoi est-ce qu'on l'embête sans arrêt ?

- Reviens-nous plutôt dans quelques années, quand tu seras grande.
- Je suis sûre que c'est des faux... fait Maya tout bas, totalement HS.
- Vous pourriez lui faire visiter ? Elle adorerait voir comment vous vivez, en coulisses.
- Pour sûr, beau gosse. Par ici, poupée.
- Mais... mais...
- Bonne chance Maya. Tu es très talentueuse, je suis certains que tu y arriveras.
- Maya ? Quel mignon petit nom ! Moi, c'est Erika. Viens, soit pas timide, je vais te présenter aux filles.
- Au secours !!

Bouh...
Cette femme l'a prise par la main et l'entraîne sur scène, puis derrière les rideaux.
Que va-t-il lui arriver... ?
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Re: Mon effet Pygmalion - Mar 11 Fév 2014 - 22:29
Donner de sa personne pour les autres

Cernes sous les yeux, mal de tête, envie incessante de dormir... une semaine entière à somnoler seulement 2 ou 3 heures par nuit, ça ne pardonne pas, surtout quand on est réputée « bonne dormeuse ». Dès que le cycle interne est déréglé, plus moyen de refaire surface : c'est la plongée assurée dans l'abîme.
Seule, au bar, Maya soupire. Oui, seule... cela signifie qu'il n'y a pas de Shinmei en vue. Combien de temps lui aura-t-il fallu pour s'en débarrasser ? Une bonne grosse semaine et une promesse de bien rester dans le Club pendant qu'il fait « autre chose ». La déesse a bien réfléchi à cette « autre chose »... et elle est désormais certaine à 90 % que cela consiste à rester bien au chaud dans son lit pendant que sa petite-fille se tape le sale boulot. Classique, logique, imparable, injuste, ça ne peut être que cela.

La demoiselle boit un remontant à base de jus d'orange sans pulpe, espérant que les vitamines contribuent à la garder éveillée et en pleine possession de ses moyens pendant encore de longues heures. Il doit être pas loin de cinq heures du matin... presque le temps de se lever. Du temps où elle animait une radio à l'académie, c'étaient exactement ses horaires de prédilection. Voyez ce qu'on lui fait faire aujourd'hui...
Des bruits d'escarpins à sa droite lui indiquent que Miss Maxi-Airbags 2014 vient lui tenir compagnie.

- Salut Eri.
- Bonjour ma poupoune. Toujours pas prête pour ta candidature ?
- Non, toujours pas... Mais le cœur y est, le cœur y est.

Elles pouffent de rire.

- Allez, viens, suis-moi, faut que je te montre quelque chose.
- Ah ?

Est-ce enfin la bonne ? Depuis une semaine, Maya fait chou blanc... et Erika ne lui a rien révélé à propos des disparitions mystérieuses. Personne n'en parle jamais d'ailleurs, comme si elles n'avaient jamais eu lieu. Ou comme si tous les employés étaient au courant et dans le coup, au choix.

Elles passent ensemble derrière le rideau, puis s'engouffrent dans le couloir pour se rendre jusqu'aux loges. Ce doit être la troisième fois que Maya est invitée, elle commence à connaître. Et puis, étrangement, dans ces loges, les employés sont plus habillés que d'habitude... alors, c'est tout de suite moins intimidant. Erika referme la porte derrière elles et tout le monde salue Maya.

- Mesdames, c'est aujourd'hui le grand jour pour Maya. Je compte sur vous.

La susnommée se retourne et ouvre de grands yeux surpris. De quoi parle-t-elle ? Ne fait-elle pas une tronche bizarre au passage ? Un sourire malveillant, une peau rougeâtre, de longues dents, de longs ongles... Ce n'est pas vraiment clair quand on est exténué, mais suffisamment explicite pour commencer à se méfier. La déesse recule donc de plusieurs pas avant de percuter quelque chose de mou. Elle tourne la tête et se retrouve alors face à pas moins de quatre monstres tentaculaires, sorte de croisement entre des arbres et des poulpes. Piégée entre une Succube et des Octopus des Plaines... si c'est pas beau ça.
Pas la peine d'essayer de discuter, Maya existe en tant que divinité pour tuer toutes créatures monstrueuses afin de protéger les humains. Ces trucs doivent être responsables des disparitions, il faut donc mettre un terme à leur vie. Ni une ni deux, la déesse sort son pinceau magique et dessine, d'un trait vertical, une barre de fer. Elle l'a déjà fait des centaines de fois : le dessin et sa matérialisation ne prennent plus qu'une seconde à peine, pas de quoi laisser le temps aux monstres de l'assaillir. C'est donc notre pitchoune qui va s'élancer la première, visant la Succube qui bloque le passage jusqu'à la porte, seule issue de la pièce. L'assaut est facilement stoppé par les ongles incassables de la créature, qui, d'un coup d'épaule, repousse Maya vers le milieu de la pièce. Le petit brin de rose tente une seconde approche, mais une forme gluante vient s'accrocher à sa cheville : les choses tout droit sorties d'une imagination Japonaise fourbe sont passées à l'attaque. D'un geste vif et puissant, notre héroïne écrase le tentacule. Des dizaines d'autres s'abattent sur la demoiselle, qui tente tout ce qu'elle peut pour ne pas se faire ligoter.

Peine perdue : un tentacule vient s'enrouler autour de son poignet et lui force à lâcher sa seule défense.
Bientôt, les choses s'enroulent autour de ses chevilles et poignets, puis commencent à remonter le long de ses jambes et de ses bras. Elles se faufilent partout sans crier gare. Maya force, se débat, subit... et c'est le moment que choisit la Succube pour s'approcher. Elle s'approche, s'approche, tend le bras, tend la main et...






- Aaaaah !

Elle s'est redressée. Elle halète, transpire, complètement perdue. Elle tourne la tête autour d'elle pour remarquer qu'il fait noir et qu'elle est dans son lit... saine et sauve.
Bing ! Elle se prend une claque caractéristique sur le dessus du crâne.

- Aïe !
- Qu'est-ce qui te prend de crier comme ça ?

Il est toujours là lui... fausse alerte, elle ne l'a pas quittée en une semaine. C'était tout de même évident, trop beau pour être vrai : elle aurait dû s'en rendre compte et se réveiller. Finalement, on est en droit de se demander s'il s'agissait d'un cauchemar ou d'un rêve... La question est lâchée.

- J'ai fait un cauchemar complètement absurde... je me demande où est-ce que j'ai été pêché un truc pareil...
- Développe.
- Hmm... non merci, je passe mon tour pour cette fois.
- J'insiste.
- Un truc de fille, t'occupe.
- Ok.

Pratique ça... C'est une façon de dire « prouve-moi que les femmes rêvent de la même façon que les hommes » et en même temps, c'est l'argument le plus simple pour lui faire lâcher l'affaire en un rien de temps. Comme il l'avait dit au départ, il n'est pas intéressé pour discuter de ces choses-là. Après, c'est bien oralement qu'il n'est pas intéressé... rien ne prouve qu'à l'intérieur de sa tête, il y fasse tout de même attention.
Une semaine n'est pas suffisante pour le comprendre et le cerner. Ce type est réellement très discret, secret, énigmatique...

Bref, Maya se rallonge et referme les yeux, espérant profiter d'encore quelques heures de sommeil.
Que nenni : elle se prend une culotte en pleine poire.

- Tu es réveillée : debout. C'est l'heure du petit déjeuner.
- Mais, arrête de toucher à mes fringues ! s'indigne Maya en prenant son sous-vêtement et en le balançant par terre.
- Arrête de les laisser traîner alors.
- Mais... je suis fatiguée le soir après ma douche... J'ai qu'une seule idée en tête, c'est dormir...
- Débrouille-toi pour ranger d'abord, ce n'est pas mon problème.

Oui... non, ça ne s'est pas amélioré d'un poil, tout est cool. Au moins, Maya sait qu'elle ne rêve pas : même son cerveau endormi ne serait pas capable de lui faire subir des atrocités pareilles.
Résignée, Maya se découvre de son drap et se redresse. Pendant plusieurs secondes, elle va rester inerte, assise, le temps d'émerger de son sommeil. Heureusement, son pyjama lui tient chaud... parce qu'un certain type a décrété qu'il ne fallait pas allumer le chauffage dans la pièce, pour des raisons de... aucune idée. De son temps, il ne devait pas y avoir de radiateur, peut-être veut-il faire regretter sa petite-fille d'être née dans le luxe de la chaleur tout au long de l'année. Toujours est-il que la demoiselle se lève, vacille un peu, puis se rend dans leur petit coin cuisine aménagé, éclairée par la seule lumière des lampadaires à l'extérieur. En qualité de grand-père un minimum attentionné, monsieur Tensho lui a déjà préparé une tisane chaude, pas forcément sa boisson préférée, mais très pratique pour éveiller tout le corps.

- Prête pour aujourd'hui ?
- Hmm... ronchonne-t-elle.
- Je me demande ce que mon fils a fait de mal pour hériter d'une fille aussi désagréable.
- Oui, je suis prête... se reprend-elle, pas beaucoup plus enthousiaste.
- Parfait. Avec un peu de chance, on pourra mettre fin à toute cette histoire cette nuit.
- J'ai hâte... Pas d'y être, mais que ce soit terminé.

Ils ont un plan. Depuis une semaine, ils se rendent au club pour que les employés s'habituent à leur présence. Maya fait semblant de vouloir postuler, ce qui lui permet d'observer des heures durant les allers-retours des employés sans qu'on ne vienne la déranger. Dans un même temps, Shinmei papote avec le gérant du bar pour lui soutirer des informations au compte-gouttes. L'enquête avance à son rythme, ce qui convient finalement tout à fait à nos deux protagonistes :

I. Le gérant n'est pas coupable. En effet, Shinmei a eu beau le retenir toute une soirée alors qu'il avait un entretien, la postulante a finalement disparu avant même qu'il ait eu le temps de la rencontrer. Ses affaires ont été retrouvées dans les vestiaires, là où les candidats se changent avant de rencontrer leur futur employeur.
II. Aujourd'hui encore, la femme du gérant ne sait pas qu'il bosse ici, elle est donc écartée de tous soupçons.
III. Erika, 4 autres filles et 2 hommes sont innocents, étant présents pour différents shows lors de la disparition.
IV. Aucune présence divine repérée.

Dans les employés, il ne reste que deux possibles coupables : un homme et une femme. L'homme est un serveur qui était absent le jour de la disparition, pour cause de maladie. Le jour de son retour, il avait effectivement l'air en phase de rétablissement, ce qui tendrait à le blanchir. La femme, quant à elle, est la dernière arrivante avant le début des disparitions et accessoirement la plus jeune employée. C'est une petite protégée d'Erika, qui, d'après elle, est « aussi mignonne qu'inoffensive », fin de citation. Tout cela ramenant à très exactement 0 suspect, grand-père Tensho a mis en place un plan. Il espère la complicité du gérant sur ce coup-là... et bien entendu de Maya.


Le soir venu, à 23 heures précises, Shinmei et Maya quittent l'hôtel. Après une semaine, le ton est beaucoup plus détendu, plus communicatif... et le trajet, pour le coup, beaucoup moins lourd et ennuyeux. Ils ne parlent plus de sujets qui fâchent, juste de tout et de rien... et c'est ainsi que Maya évite toute discussion polémique qui pourrait lui coûter une joue rouge. D'ailleurs, en parlant de ça, des baffes, elle n'en reçoit plus énormément. Soit parce qu'il se calme et apprend à faire autrement, soit parce qu'elle s'adoucit vis-à-vis de lui, chacun préférant choisir l'argument qu'il lui sied davantage.
Devant l'entrée du Club, ils serrent la main du videur et échangent quelques banalités, le tout sur le ton de l'humour.

Ils se dirigent directement vers le bar, prenant des airs sérieux et beaucoup plus professionnels que d'habitude. Plus la peine de faire semblant : cette fois, c'est la bonne !

- Monsieur, désolé de vous avoir menti toute cette semaine. Inspecteur Tensho et voici ma collègue, l'inspecteur Su Lin.

Voilà qui a de quoi surprendre Maya. Su Lin ? D'où connaît-il ce nom de famille ? C'est celui qu'elle portait quand elle était humaine, après que sa mère se soit remariée avec un Coréen. Sur sa carte d'identité japonaise – qu'elle a égaré elle ne sait où – elle est restée Tensho, mais sur sa carte coréenne, c'est Su Lin qui avait été adopté. Cette remarque qu'il vient de faire la touche en plein cœur... mais elle ne sait pas encore pourquoi.

- Je m'en doutais. Vous posiez beaucoup de questions. Très habiles. Vous êtes du Naichō, c'est ça ?
- Interpol, enquête conjointe avec la Corée du Sud.
- Interpol ? La Corée ?
- Nous avons détecté la trace de l'une de nos concitoyennes parmi les disparus.
- Eh ben... effectivement, ça me revient. Une petite jeune, très douée avec ses petites mains... Et que puis-je pour vous, monsieur ?
- ...
- Nous souhaiterions faire une reconstitution d'une disparition classique. explique l'enquêteur Tensho. Ma collègue se chargera de jouer le rôle d'une candidate tandis que j'observerais que tout se déroule bien. Nous allons suivre scrupuleusement étape par étape les démarches habituelles, puis nous ferons notre rapport. Soyez assuré que nous n'ébruiterons pas les résultats de l'enquête. Cependant, veillez à ce que les employés ne soient au courant de rien : tous sont suspects.

Le mieux à faire, quand on élabore un plan, c'est de répéter et suivre à la lettre ce que l'on met en place, pas d'improviser soudainement un conte à dormir debout. Pourquoi est-elle devenue coréenne tout d'un coup ? D'accord, il n'allait pas la présenter comme sa petite-fille, ça aurait été suspect... pas professionnel... mais pourquoi l'éloigner autant de lui ? Une proximité intime aurait été plus simple pour ce qui va suivre. À l'évidence, grand-papa a un plan à l'intérieur du plan, de quoi mettre tout le monde à l'Ouest.

Le gérant part se préparer, comme il le ferait pour un vrai entretien d'embauche. Erika, qui a eu vent de la nouvelle, adresse un clin d'œil à Maya qui y répond tout naturellement. Peu après, les Tensho montent ensemble au premier étage retrouver le gérant, juste devant une porte close.

- Voici les vestiaires. C'est ici que passent les candidats avant d'entrer dans mon bureau. Euh... je vous laisse... ?
- Oui, oui, faites exactement comme d'habitude. fait Maya, imperceptiblement amère.
- Laissons l'inspecteur Su Lin se préparer et allons dans votre bureau.
- Très bien monsieur.

Maya les regarde partir tous les deux et entre dans cette petite pièce mal éclairée.
Elle commence par retirer son manteau, ses chaussures et ses collants, puis attend quelques minutes en balançant ses jambes d'avant en arrière. Celle dont les atouts font rougir de honte les pastèques rentre à son tour, comme le veut le protocole d'embauche habituel : ce sera une sorte de marraine. Celle-ci paraît toute excitée et contente pour son amie... et serait presque en mesure de rassurer la jeune apprentie déesse, lui donner confiance et lui coller un sourire aux lèvres.

- Alors ça y est ? C'est le moment ?
- C'est le moment, oui.
- T'en fais pas, c'est qu'un mauvais instant à passer !
- Tu ne crois pas que... que c'est du chantage que de devoir faire... tout ça ?
- Ce sera peut-être la pire demi-heure de ta vie, mais après, tu seras totalement libre. Libre de manier des hommes et des femmes à ta baguette. À leur braguette. Libre d'en faire ce que tu voudras. Ils seront tous à tes pieds, chérie.

Ça ne donne pas plus envie que ça... mais pour certains, ce doit effectivement être puissant. Le sommet de la chaîne, qu'il soit d'un domaine ou d'un autre, est toujours le sommet... et forcément, il attire. Certains peuvent résister à son appel, d'autres non, ainsi va la vie. Pour Maya... non, pas spécialement. Il fut un temps où elle aurait aimé appartenir au conseil des élèves de l'académie, mais ça lui a passé. Pas assez d'estime comparé au boulot a accomplir... et surtout, personne à impressionner.

- Allez, vas-y, montre-moi !

Petit moment d'hésitation tout de même, où Maya repense à son rêve. Est-ce qu'Erika est une Succube ? Mis à part les ballons de baudruche taille XXL, elle n'en a vraiment pas l'air... Après, bien sûr, tout le monde cache sa vraie nature, il est impossible d'être sûre à 100%. Est-ce que les rêves prémonitoires existent ? Faut-il pour autant baisser sa garde ? La meilleure solution, c'est de croire en l'honnêteté, mais pas trop pour ne pas être déçu.
Maya retire sa veste, sa robe puis sa chemise... pour apparaître uniquement vêtue d'un bikini d'un bleu brillant reflétant la lumière, confectionné exprès pour attirer les regards. Ok, les formes de son corps ne suivent pas, mais, ainsi vêtue, elle tente de séduire par un autre moyen.

- Très sexy ! Tu fais bien de ne pas en montrer trop, ça laisse l'imagination faire le boulot.
- Tu crois que ça pourra le faire ?
- Hmm. Mon conseil : reste à un mètre de lui. Soit une méchante fille, lance-lui des regards noirs tout du long. Il ne faut pas qu'il puisse te toucher en tendant le bras, à peine effleurer. Rends-toi désirable, il faut faire monter le truc en lui pour l'obliger à te sauter dessus. Si tu arrives à faire ça, tu gagnes !
- Merci du conseil.

Erika lui adresse un clin d'œil et sort des vestiaires en sifflotant, toute joyeuse.
Beurk... Quel monde louche. C'est toujours ce problème d'agir n'importe comment avec n'importe qui : c'est contre nature. Jamais elle ne sera capable de faire un show pour qui que ce soit... déjà parce qu'elle n'en a pas envie, ensuite parce qu'elle n'est pas une méchante fille et enfin, parce que jamais elle n'aura le degré de complicité suffisant avec un partenaire, qui qu'il soit. À la limite, entre filles, dans une soirée... et avec des conditions très particulières inenvisageables, elle pourrait s'amuser à le faire. Après tout, cela ressemble à de la gymnastique, activité que connaît très bien notre demoiselle pour l'avoir pratiqué quelques années, concours exclus. Elle ne voulait déjà pas se produire devant d'autres personnes que les autres du groupe de gym et l'entraîneuse... ceci explique cela. Toujours est-il que dans cette situation précise, c'est ridicule, alors oubliez immédiatement toutes ces précédentes lignes SVP.

Maya récupère son pinceau et cherche un endroit pour le planquer et le garder sur elle, dans l'éventualité d'une agression. Elle choisit de l'attacher dans ses cheveux : ce sera bizarre, mais pas trop louche. Comme tous les candidats avant elle, la déesse laisse ses affaires telles quelles et sort du vestiaire, direction le bureau, quelques mètres plus loin. Elle toque, le gérant lui intime d'entrer. Grosse respiration, gros soupire et elle pousse la porte avant de la refermer derrière elle. C'est parti pour la désagréable impression d'être observée de la tête aux pieds par deux hommes dont les pensées lui échappent. Comment chasser ce malaise et rester professionnelle ? En essayant de faire comme d'habitude, même si les gens ne la regarderont plus dans les yeux quand elle s'adressera à eux...
Approchant du bureau, tout ce qu'elle peut faire, c'est détourner leur imagination vers un sujet plus important qu'un bikini ficelle.

- Alors voilà : le candidat entre. Pas de faux pas pour le moment ?
- Non, c'est bon. Ensuite, nous calculons ensemble les mensurations.
- On va oublier. Quoi d'autre ensuite ?
- Ensuite... euh... fait-il, se rappelant qu'il n'est pas là pour la même chose que d'habitude. … pour vous, ce serait une démonstration des talents de showgirl.

Elle tourne sur elle-même, puis se penche en avant pour faire le salut.
C'est une ancienne gymnaste, gracieuse et entraînée. Ne l'oublions pas.

- Bien, c'est fait. Ensuite ?
- Tu vas trop vite Maya, c'est censé être long. Les employés le savent, ils sont tous passés par là. Il ne faut pas que cela paraisse louche.
- Oui, bon. On va attendre un peu après, c'est pas grave. Juste dérouler tout maintenant pour ne rien oublier. Next ?
- Après... c'est tout, je décide si embauche il y a ou non.
- Vous avez oublié les relations sexuelles. fait Maya, très directe et sans hésitation.
- Ah... euh... oui... ça arrive, c'est vrai... quand la personne est consentante, bien sûr...
- Bien sûr. Oubliez. Quoi d'autre ?
- Nous n'avons plus qu'à remplir le formulaire et l'embauche est entendue. Après, la personne ressort du bureau, puis passe par le petit couloir, à droite. Je ne sais pas si vous l'avez vu en arrivant : il mène directement à la scène. C'est ici que disparaissent les gens, dans 75% des cas. Nous l'avons vérifié plusieurs fois sans jamais rien trouver...
- Vous pouvez remplir le formulaire s'il vous plaît ? Il faut être parfaitement dans les règles habituelles.
- B... bien sûr. Tenez, remplissez les champs et je signerais.

Il tend feuille et crayon à Maya, qui récupère les fournitures sans un mot et va s'asseoir dans le canapé qui se trouve dans la pièce. Elle pose la feuille sur la table basse et commence à remplir nom, prénom, taille, poids, date de naissance, nationalité... jusqu'au moment où Shinmei vient s'asseoir à côté d'elle. Elle le regarde. Ses yeux sont rivés sur sa fiche. Dès lors, elle se promet de ne plus écrire les informations réelles... et puis, elle ne voit pas pourquoi elle devrait. Adresse, situation familiale, nombre d'enfants, mensurations... pas question de remplir toutes ces choses-là honnêtement. Et puis, elle n'en sait fichtrement rien, ce n'est pas sa tasse de thé.

Une fois toutes ces formalités remplies, la déesse recopie les phrases demandées et rend la fiche à son employeur, qui complète le tout et signe.
Une bonne chose de faite !
Ne leur reste plus qu'à patienter une quinzaine de minutes pour concorder avec le temps d'un entretien habituel. Le gérant propose bien à Maya d'émettre quelques gémissements disgracieux pour rendre le tout plus réaliste, mais... disons qu'il se fait remettre à sa place vite fait bien fait. Il propose également l'hypothèse selon laquelle le processus n'est pas respecté à la lettre et qu'il est possible que l'on découvre la supercherie en l'absence de sécrétion vaginale de la part de la nouvelle employée... et, sans se démonter, Maya lui retourne que d'une, chez un homme, ce serait également difficile à trouver et de deux, elle ne montrera pas son minou au premier venu, promis. Ce ne sont pas exactement les mots employés, mais l'idée est là...

Après ces quelques échanges philosophiques, le ton redevient plus calme, même si la demoiselle garde très longtemps l'envie irrésistible de lui foutre un coup de boule. Au bout d'un quart d'heure, pas une seconde de plus, nos trois acteurs sortent du bureau et terminent leur mise au point.

- Madame Su Lin, vous allez passer par ce couloir, comme je vous l'ai expliqué. Pendant ce temps, nous allons redescendre par l'escalier et je vais vous annoncer aux clients.
- Impeccable. Et dès que j'arrive sur scène, on peut mettre fin à la reconstitution.
- Si tout se passe bien, c'est ça. Vous voulez... vraiment y aller seule ?
- Quel intérêt d'une reconstitution sinon ? Si nous sommes deux, ça n'a plus d'intérêt.
- C'est vrai. Bonne chance alors.
- Allez-y, monsieur, je dois dire un dernier mot à ma collègue.
- ... ?

Il le regarde s'éloigner.
Puis, il s'approche ensuite de Maya et pose sa main sur sa tête pour lui caresser les cheveux.

- Allez championne, ça n'a rien à voir avec la chance. Tu nous fais ça vite fait bien fait et tout ira bien.
- Yes Sire ! fait-elle, joyeusement. On se retrouve dans 5 minutes !

Et elle part dans son petit couloir tandis que Shinmei emprunte le même chemin que le gérant quelques secondes plus tôt. Il le retrouve derrière le bar à servir un verre à un client. Voyant l'inspecteur arriver, l'affreux jojo lui fait un signe de tête, puis il active son micro. Sa voix résonne dans tout le Club, qui se montre soudainement très attentif.

- Mesdames, messieurs, accueillons ensemble une nouvelle recrue parmi nous : Maya ! N'hésitez pas à avancer vers la scène et peut-être qu'avec un peu de chance, c'est vous qu'elle choisira ce soir. Voici Maya !

Un grand nombre d'hommes et de femmes se lèvent de leur table pour se rapprocher de la scène.
Shinmei reste assis au bar, les yeux balayant la salle pour vérifier présence et absence des employés.
Personne ne manque à l'appel. Absolument personne.
Soudain, le père d'Isanagi se lève et bondit jusqu'à la scène pour disparaître derrière le rideau. Il a senti quelque chose. Cru entendre une voix. Il suit le sentier, le couloir que sa petite-fille était censée emprunter et arrive jusqu'au bureau du premier étage. Il redescend et continue de chercher dans les moindres recoins. Tout est sombre, mais il n'y a pas 14 chemins... impossible de se perdre. Erika et d'autres employés arrivent en affichant des mines étonnées, puis effrayées.

- Non ! Ne me dites pas que... ?
- Maya... fait Shinmei tout bas, impuissant.
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Re: Mon effet Pygmalion - Sam 15 Fév 2014 - 14:37

Pour qui, le succès ?

Percuter quelque chose de mou... à force, ça la connaît. Qu'est-ce que sera cette fois ?
Un gémissement caractéristique lui indique que c'est une femme. Maya se relève et s'excuse... avant de remarquer qu'il y a beaucoup de monde ici. Une trentaine de têtes, parité hommes-femmes, tous très peu vêtus... un peu comme elle finalement. Le regard de mademoiselle se perd du côté du corps de ces messieurs, ce qui tend naturellement à faire resurgir son côté timide face à ces choses de la vie. En quelques mots, ses joues la trahissent légèrement, et certainement pas parce qu'elle a reçu une baffe cette fois.

- Encore une ? fait un premier type.
- ... Hmm... bonjour...
- Pourquoi laissent-ils faire sans rien dire ? Il faut qu'ils appellent la police !
- Où est-ce qu'on est ?
- Aucune idée.
- Ça fait des heures qu'on cherche...
- Des mois même, je dirais. complète Maya, se souvenant de la date exacte où tout cela a commencé.
- Je suis prisonnière d'ici depuis 12 heures... et j'étais là la première.
- Euh... non... vous avez disparu depuis plus d'un mois... La disparition la plus récente date de 3 jours selon mes informations.
- Euh... je... je suis ici depuis seulement quelques minutes...
- Quoi ?

Horreur...
Maya regarde autour d'elle et ne voit que du noir. Elle distingue pourtant parfaitement les corps des humains, ici présents à ses côtés... Couplé à cette idée que le temps s'écoule plus lentement ici, on ne peut conclure qu'une seule chose : il s'agit d'une dimension parallèle. Le pire, c'est que Maya en a déjà entendu parler, mais qu'elle n'a jamais écouté quand on débattait sur la manière d'en réchapper... Bien fait pour elle. Petit calcul : 32 jours multiplié par 24 heures... comparé à 12 heures... avec une marge d'erreur, il doit y avoir un facteur... 60. Une heure là-bas égal une minute ici. Maya grimace, comprenant que voilà déjà plus d'une heure qu'elle a disparu. Une heure que son grand-père doit se démener pour la retrouver et qu'il n'est arrivé à rien... et rien que de le savoir, c'est un supplice pour elle. Il faut trouver une solution très rapidement !

- Vous avez l'air bien informée. Vous êtes de la police ? fait un homme observateur, avec un brin de scepticisme.
- Je m'appelle Maya Tensho... Je suis une Déesse.

Tous sont soudainement beaucoup plus intéressés par cette nouvelle arrivante. Elle ne leur laisse pas le temps de se moquer d'elle ou quoi que ce soit : elle déploie ses ailes majestueuses et leur force le respect. Ils sont tous bouche bée. La demoiselle porte ensuite ses mains à ses cheveux pour récupérer son pinceau, puis s'adresse à eux, sûre d'elle.

- Nous devons faire vite maintenant. Soyez attentifs s'il vous plaît et nous pourrons sortir d'ici. Savez-vous s'il y a des limites, des murs ?
- Euh... fait une petite femme très jeune, bafouillant d'admiration devant l'ange. Non...
- Non, pas de murs ou non, vous ne savez pas ?
- P... pas de mur...
- Un plafond ?

Tout le monde se regarde, mais à vrai dire, leurs yeux interrogatifs parlent pour eux : ils ne se sont pas posé la question. Maya n'attend pas que l'un d'entre eux prenne la parole et décolle, une main levée. Elle touche un dôme vers 10 ou 11 mètres de hauteur, puis jette un coup d'œil vers le bas. Quelqu'un vient de crier. Tous regardent en direction du sol, comme si quelque chose venait d'en sortir. Sans perdre un instant, Maya retombe au sol et va s'enquérir de la situation. Les plus fragiles d'entre eux ont l'air choqués, les autres sont mal à l'aise...

- Un... un bras ! Là-dessous... !
- Dessous ? Je ne vois rien.
- Il était juste là ! fait un type musclé, apeuré. On le voyait sous le sol !
- Hum...

Maya a posé une main sous son menton. Bizarrement, la réponse lui vient très naturellement : elle était là-haut quand la main est apparue en bas... cela ne vous dit rien ? Elle a tendu une main pour toucher le plafond... et c'est probablement ce que les autres ont vu. Une sorte de dimension circulaire, où la gauche amène à la droite et le haut amène au bas ? Le tout sur une circonférence d'une dizaine de mètres ? Pour en avoir le cœur net, il faut réessayer. N'oublions pas que le temps presse... et que plus elle en perd, plus Maya sait que l'inquiétude va monter à l'extérieur.

- N'ayez pas peur, vous êtes en sécurité tant que je serais là. Je vais retourner là-haut et vous allez me dire ce que vous voyez.

Sachant qu'il est inutile de gâcher de précieuses secondes à attendre leur approbation, la Déesse redécolle vers le plafond. Cette fois, après avoir touché la limite avec sa main, elle y approche sa tête et ses yeux... et elle les voit. Oui, eux, ceux qui se trouvent en bas... enfin, juste leurs pieds nus et une partie de leurs jambes, le reste étant rapidement plongé dans une sorte de brouillard obscur et sombre. Elle les voit comme si elle regardait à travers un plafond fait de verre. L'hypothèse est vérifiée. Qu'est-ce que cela change ? Malheureusement rien... si ce n'est qu'elle appréhende déjà mieux cette étrange dimension.
Dans un silence de cathédrale, elle remet pied à terre et fait disparaître ses ailes célestes. Elle s'assoit en tailleur et se met à réfléchir en faisant tournoyer son pinceau entre ses doigts.

But du jeu : trouver un objet qui permettra de les sortir d'ici.
Alors que sa conscience et ses yeux sont dans le vague, perdue dans ses pensées, les petits humains se rassemblent volontiers autour d'elle. Dès qu'elle le remarque... la tension et la pression montent à l'intérieur de son corps. Sa concentration s'amenuise, ses idées s'embrouillent... il ne fait pas bon avoir un cœur pusillanime dans ces moments-là. Allez être parfaitement zen quand vous êtes en bikini et qu'une trentaine d'humains, hommes et femmes, plus mûrs que vous, vous prennent pour leur sauveur et veulent se rapprocher de vous pour se sentir plus que jamais en sécurité... Quand on est pudique et délicate, ce n'est pas simple, c'est certain. Mais il n'y a pas vraiment le choix : il faut faire honneur à son statut. Membres du conseil, si vous voyez cette scène...


5 minutes... au moins 5 minutes qu'elle est là désormais. Si elle angoisse déjà énormément, que doit ressentir Shinmei ? 60 fois pire, 60 fois plus long... et Maya se sent mal vis-à-vis de ça.
Par habitude, elle va commencer par dessiner sa barre de fer : un trait dans l'air, une matérialisation et c'est fait. Elle se relève et les autres s'écartent, impressionnés par cette magie qui n'a rien d'une illusion... On ne sort pas d'objet si long d'un maillot de bain d'habitude, sauf peut-être quand on a des grandes tailles... ha ha.
La jeune femme jette un regard à tous ses compagnons de fortune, puis lance son bâton à l'homme qu'elle identifie être le plus musclé. Elle crée deux autres barres de la sorte et les confie à d'autres hommes, presque tout aussi bodybuildés que le premier.

- Éloignez-vous de nous et essayez de briser le sol s'il vous plaît.
- Bien madame.

Ils sont obéissants en plus... mais mieux vaut ne pas laisser son esprit batifoler, ça finirait par se voir.
Le reste du groupe s'éloigne de quelques mètres, comme convenu, pour éviter les projections. C'est à eux qu'elle va s'adresser ensuite, laissant les trois plus gros morceaux faire leur job.

- Je vais être honnête : je ne sais pas comment sortir d'ici. En revanche, je sais ce que nous allons faire : rendre cet endroit absurde. Quelqu'un ou quelque chose a créé cet espace et le maintien... « vivant ». Il peut le maintenir tant qu'il maîtrise ce qu'il s'y passe... mais si nous commençons à le transformer, nous pourrons le déstabiliser. Avec un peu de chance, nous trouverons une échappatoire à ce moment-là.

Les gens restent statiques... puis quelques-uns acquiescent et tous ont l'air finalement rassurés. Elle leur sourit, contente du résultat. Contente qu'ils soient si réceptifs et de son côté. Contente d'elle-même.
Elle s'accroupit, se concentre et commence à dessiner un objet plus volumineux et plus compliqué : une sorte de masse. Commencer par le manche : elle le fait assez long et tente de l'adapter à une prise d'homme. Elle observe plusieurs fois la paume de sa main pour comparaison, place ses doigts comme si elle voulait l'attraper, puis redessine quelques traits au fur et à mesure pour l'améliorer. Pour l'embout qui servira à frapper, elle visualise une masse classique avec ses bords arrondis. Alors qu'elle dessine, un homme vient s'accroupir juste à sa droite et lui conseille de modifier la chose : une masse permet d'enfoncer, pas de défoncer. Il faut absolument des coins droits, voir des pointes, c'est assurément cela qui viendra à bout d'un sol de verre.
Surprise, Maya le regarde... réfléchit... et décide de lui faire confiance. Il a raison, peut-être vaudrait-il même mieux faire une sorte de pieu géant. Un autre homme vient s'accroupir, cette fois à sa gauche, et pense plutôt qu'il faudrait des embouts pyramidaux. C'est le volume du rectangle composant la base de la pyramide qui déterminera la résistance et la force globale de l'outil selon lui. Maya n'en sait rien, elle s'en remet aux autres. Une femme se penche en avant sur le dessin immatériel flottant dans l'air et précise que s'ils partent sur ce principe, le manche ne sera plus assez résistant pour supporter toute la structure... et c'est somme toute assez juste, puisque la déesse l'a dessiné avec un design en bois. Tout en fer ? En métal ? En acier ? En plomb ?

Il faut allier poids et résistance aux chocs. Il ne faut pas qu'il soit difficile à manier.
Les marteaux classiques sont faits en métal, ce doit être pour une bonne raison.
Ils décident tous ensemble de la taille et de la forme qu'aura l'outil, même s'ils doivent pour cela effacer et recommencer plusieurs fois leur petit bijou. Fin prêt, la déesse demande à tout le monde de s'éloigner un peu, puis se concentre pour donner existence à ce dessin constitué de peinture dans l'air. Maya souffle, ferme les yeux, se décontracte... et un bruit sourd vient confirmer que l'objet matérialisé vient de tomber sur le sol. Tout a merveilleusement bien fonctionné. Maya se penche pour ramasser la masse pyramidale... et doit utiliser toutes ses forces rien que pour la soulever et la garder contre elle, dans ses bras. On vient rapidement à son aide et le petit groupe peut rejoindre les trois monstres de muscles.

- Madame... les barres n'ont pas tenu le coup. fait le plus musclé en montrant une barre de fer complètement tordue.
- Je me doutais : essayez avec cette arme maintenant.

Difficilement, elle lui tend... et pour lui aussi, ce ne sera pas si simple à manier.
Attendez... quand même, elle a beau avoir une apparence toute frêle, c'est une Déesse !

- Faites-le tous les trois. Le manche est très long exprès pour que vous puissiez le manipuler à plusieurs. J'espère juste que vous puissiez vous synchroniser pour donner le maximum d'efficacité à la frappe.
- Nous allons tout donner.
- Oui, tout donner, merci à vous Déesse !

Elle acquiesce en souriant et tous les simples spectateurs reculent à nouveau. Les trois hommes les plus puissants du groupe se regardent, prennent l'objet chacun à leur manière et enchaînent quelques coups faibles pour s'échauffer et s'habituer avant de s'y mettre sérieusement. Tous les plus faibles ont le cœur qui bat la chamade, Maya plus encore que tous les autres.

Clang !
Nada.
Clang !
Un minuscule morceau de verre vole, de l'ordre du micron. Insuffisant.
Clang !
Une petite fissure se forme là où ils ont frappé... d'un demi centimètre à peine.
Clang !

- Stop ! Arrêtez !

Elle court vers eux et s'agenouille par terre sans perdre un instant. La lueur disparaît. Une lueur ? Oui, de l'autre côté du sol, elle a vu un point briller durant deux secondes, pas plus.
Maya lève la tête au plafond, puis baisse les yeux à nouveau vers le sol.

- Ok... je crois que quelque chose cloche. L'énergie de la frappe a traversé le sol et s'est concentrée de l'autre côté...
- Concentrée de l'autre côté ?
- Après, elle se diffuse dans tout le sol... Du coup, ses effets sont amoindris.
- Alors, nous ne pouvons rien faire ?
- Si... il faut frapper des deux côtés à tour de rôle.
- Frapper au plafond ? Mais comment allons-nous faire ?
- Je m'en charge. fait Maya en redéployant ses ailes.

L'énergie part d'un côté, reste de l'autre, puis se diffuse et perd tout intérêt : il faut frapper des deux côtés du sol pour que l'énergie des frappes ne soit pas perdue. Celle-ci finira alors par s'accumuler et faire éclater le verre... ce n'est qu'une question d'endurance.

- Vous ne pourrez pas frapper aussi fort que nous, est-ce que ça marchera ?
- Ça marchera, croyez-moi.

Ils ont beau déglutir de doute, ça marchera. Avec ses ailes, Maya peut atteindre une très grande vitesse sur une très courte distance. Il lui suffira alors d'un coup d'épaule, de la même façon que l'on donne un coup d'épaule pour enfoncer une porte... et ça marchera. Elle le fera plusieurs fois s'il le faut, ça marchera !
Elle s'éloigne un peu d'eux, sachant néanmoins pertinemment qu'elle devra être parfaitement alignée verticalement pour frapper au même endroit qu'eux... tout du moins à l'opposé d'eux. Combien de temps aura-t-elle entre chaque frappe ? Quatre secondes, ce doit se jouer autour de ces eaux-là. Quatre secondes de récupérations avant un nouveau choc... ce sera difficile, mais ils n'ont pas le choix. Tout ça pourquoi déjà ? Une hypothèse selon laquelle, il pourrait être possible que cela leur permette de sortir de là. Mieux vaut partir gagnant que perdant.

Maya pose un genou au sol, souffle un coup et fait signe de la tête aux trois hommes. Ils lèvent la masse... et bang ! Le marathon est lancé.
La déesse visualise sa cible au plafond, pousse sur ses jambes et sur ses ailes et va fracasser son épaule contre le verre, relançant la lueur du côté des hommes. Ça fonctionne ! Bang ! Ils relancent vers Maya... et cette fois, cela a été trop rapide pour elle. Deux secondes, c'est vraiment trop court pour tenter de se remettre du choc... mais il ne faut pas lâcher. Elle a eu le temps de redescendre de cinq mètres pour prendre de l'élan et elle se fracasse à nouveau l'épaule sur le plafond, à plus de 30 kilomètres/heure. Une énorme fissure est apparue... leur donnant à tous du baume au cœur, même si celle-ci se révèle être très peu profonde. Clang ! Phénomène exactement similaire de l'autre côté. Marathon de la douleur, il faut résister jusqu'au bout... alors, Maya s'écrase au plafond pour une troisième fois. À priori, son bras est déjà mort... et le fait est que les chocs deviennent plus douloureux encore. Saletés de nerfs. Saleté de vulnérabilité. Clang ! Quelle épaisseur fait cette limite ? Les deux fissures sont-elles proches de se rejoindre et ne former plus qu'une ? Maudite soit cette dimension aux propriétés si solides... et Maya rencontre une fois de plus le plafond avec son épaule fracturée. Elle grimace en se tenant le bras : un morceau de verre vient de s'enfoncer dans son épaule. Il cède... il va céder, pas le moment de flancher. Clang ! Elle arrache le morceau de verre et y retourne. Dans un bruit de craquement, elle s'enfonce un peu dans le verre, qui doit sûrement remonter de l'autre côté. C'est presque gagné ! Elle redescend beaucoup plus bas encore, histoire de prendre un dernier élan et se fracasser le plus fort possible contre cette maudite barrière. Crash ! Maya aime bien son corps : sa peau est douce, tendre, mignonne... c'est une chance, elle devrait en prendre soin. Elle le fera, comptez là-dessus, mais le bruit que vient de faire le sol-plafond indique qu'il cède, la déesse n'a pas le droit de s'arrêter maintenant. Et c'est à plus de 50 kilomètres à l'heure qu'elle percute une dernière fois cette limite, brisant le verre mais ne le détruisant malheureusement pas totalement.



Les ailes disparaissent et Maya tombe dans les bras d'un humain et d'une humaine qui la rattrapent de volée.
Impuissante et à bout de souffle, elle regarde les trois muscles du groupe frapper un dernier coup de toutes les forces... et éclater définitivement le sol sur une trentaine de centimètres de circonférence. Alors... c'est tout d'un coup le sol entier qui se craquelle, se brise puis disparaît soudainement.

Toutes les personnes ici présentes se mettent à tomber dans ce vide qu'est devenu cette dimension. Tomber ou flotter, telle est la question... mais au vu de la douceur de leurs mouvements, gageons qu'ils sont tous comme flottant dans le vide de l'espace, sans être capables de se diriger. Dans tous les cas, Maya reste exactement où elle est : dans les bras des deux jeunes gens qui l'ont si gentiment attrapé. Un peu de chaleur humaine pour le réconfort...

- Observez autour de vous, cherchez le moindre signe, la moindre petite chose suspecte : ce pourrait être notre point de sortie !

Haut, bas, gauche, droite, devant, derrière, proche, distant... ils sont une trentaine à se concentrer sur leurs yeux pour tenter de trouver cette échappatoire.
De son côté, Maya regarde sa blessure ouverte au bras et compresse la plaie pour diminuer le volume de sang perdu chaque seconde. L'équivalent d'une goutte qui tombe toutes les 5 secondes, elle ne se sent pas en danger le moins du monde... et quand elle sera rentrée chez elle, il suffira d'un claquement de doigt pour tout réparer. Le plus gênant dans cette histoire, problème qui n'a pas changé depuis tout à l'heure, c'est le fait que le temps passe beaucoup moins rapidement ici que dans la réalité... et elle doit avoir dépassé les 20 minutes désormais. Bientôt un jour... c'est trop, beaucoup trop.

- Ici, de la lumière !

Tout le monde tourne les yeux et essaye de distinguer ce que l'homme qui vient de parler a vu. Une femme s'exclame la même chose, puis une autre... mais en attendant, ce n'est pas le cas de Maya. Elle ne peut pas déployer ses ailes, comme ça, juste pour aller voir s'ils ont raison ou si leur esprit leur joue des tours. Mais lorsque tout le monde l'a vu sauf elle, la demoiselle commence à se poser des questions. Est-ce un point faible qu'on lui cache délibérément ou un piège ? La personne ou chose qui a créé cet espace, cette dimension... s'il sait que Maya est une intruse parmi les humains, peut-être lui cache-t-il ce point faible. Peut-être en a-t-il encore la force malgré l'absurdité désormais avérée de son univers, qui doit l'empêcher de tout contrôler comme il le souhaiterait.

- Lancez-moi là-bas s'il vous plaît. fait notre petit brin de femme à celui et celle qui la portent.

Ils la regardent et, rapidement, acquiescent.
Si la gravité agit désormais comme dans l'espace, Maya ira tout droit vers ce point lumineux qu'elle ne voit pas. Si les humains visent juste... peut-être arriveront-ils à sortir de là. Mais si ELLE sort, qu'est-ce qui prouve qu'eux aussi pourront s'échapper ? Trop tard, ils l'ont lâchée. Elle serre les jambes et monte droit, essayant de percevoir ce que tous les autres ont perçu : la lumière au fond de la grotte. La lumière au bout du tunnel. Elle avance, avance, avance... tourne la tête et voit ses compagnons, loin derrière elle. Plus de 10 mètres... plus d'une centaine de mètres même, alors que jusqu'ici, la dimension bouclait sur une dizaine de mètres. Plus Maya s'éloignera, plus la dimension devrait être grande, impossible à maintenir en l'état.
Elle se concentre. Elle ferme les yeux et détruit les objets qu'elle a matérialisés pour recouvrer davantage ses capacités.
Elle soupire et se détend.

Elle sent l'air sur son visage. Elle sent l'air sur ses épaules, puis sur ses bras.
Elle rouvre les yeux et met son épaule saine en opposition... et percute le mur en face d'elle, le tout à vitesse modérée. Elle retombe facilement sur ses pieds, sans dommage. Volte-face immédiat pour constater l'impensable : c'est un Geulimja... une ombre dévoreuse qui se cache dans le couloir du Sexy Trips Club. L'absence de suffisamment de lumière lui a permis de vivre ici et de faire prisonnier tous ceux qui avaient l'imprudence de passer par là. Tous ? Certainement pas... Seuls ceux qui seraient assez visibles, assez inoffensifs comme... les gens peu vêtus. La peau blanche réfléchit très efficacement la lumière, c'est ce qui a permis à ce monstre de faire ses choix. Pour tous les autres, pour Shinmei, cette ombre se sera fondue et confondue avec leur propre ombre pour se dissimuler. Imparable...
Maya et ces humains se trouvaient donc dans le corps de cette ombre, lentement digérés...
Cela a de quoi nouer l'estomac.

Le Geulimja est affaibli, immobile et vulnérable, mais pas encore mort. Pour tuer une ombre, il faut... le dissoudre dans la lumière, bien sûr.
Maya regarde à gauche et à droite : personne. Le couloir est très étroit et plutôt long, les lumières sont trop espacées et trop éloignées de ce point pour être efficaces. Dessiner un matériau qui émettrait de la lumière ? Un miroir peut-être ? Il faut faire vite, des gens comptent sur elle... même s'ils ne l'ont vue disparaître que depuis une seconde dans leur propre échelle de temps. Une allumette ? Est-ce assez lumineux ? Est-ce dessinable ? Sans doute le mélange de trop de composés chimiques, ce sera difficile.

- Laisse sortir les humains ou je te supprime.

Pinceau en main, elle dessine rapidement une sorte de couteau. Elle court vers l'ampoule murale la plus proche et coupe le fil qui la relie à l'électricité. Voilà l'idée : redessiner et reconstruire le fil beaucoup plus long qu'il ne l'est actuellement, afin de rallumer l'ampoule quand elle sera face au monstre de l'ombre. Après avoir fait disparaître le couteau, elle s'arme de nouveau de son pinceau, saute et commence à dessiner un fil de cuivre à partir de l'embout découpé sur le mur. Elle court ensuite dans le couloir pour revenir à son point de départ, en maintenant sa fonction dessin pour former une ligne très longue. Arrivé au niveau de l'ombre, la déesse se montre menaçante... avec une simple ampoule, reliée à une accroche murale dont le fil est totalement coupé.

- Dépêche-toi ou crève !

Une ombre ne peut parler... mais peut aisément entendre.
Le Geulimja se met à trembler... et d'un coup, plus d'une trentaine de personnes sortent de ses entrailles et viennent s'entasser dans le couloir. Le contrat est respecté, l'ombre a coopéré... Maya baisse les yeux.

- Je dois le faire. Mille excuses.

Reliant le fil de l'ampoule au dessin, Maya recrée ce fil de cuivre. L'électricité s'y engouffre en un éclair et le filament s'illumine. Alors, l'ombre devient parfaitement visible sur le mur... puis, petit à petit, elle disparaît, sans bruit, sans rien.






Rideau.
Une petite femme en bikini azur s'avance sur scène. Les regards se tournent vers elle : elle leur retourne un sourire délicieux, parfaitement détendu. Suivent une trentaine de tops modèles, tous plus désirables les uns les autres. À eux la détente, à eux la gloire, à eux le pouvoir sur les Hommes.

Maya descend de scène et se dirige vers le bar, où une certaine personne semble fumer tranquillement sa cigarette. La jeune femme se place de profil, tend son bras et un doigt vers lui, mimant un pistolet, puis presse la détente, un sourire radieux sur les lèvres.

- Bang ! Alors grand-père, tu t'inquiétais ?
- Un jour entier. Peux mieux faire, petite cheffe.
- Chez-moi, ce serait plutôt 24 minutes chrono ! Considérant que tu as eu 60 fois plus de temps que moi, on dirait que tu as chaumé !
- Allez la pipelette, va t'habiller, tu vas prendre froid.

Nope, pas tout de suite... elle veut d'abord le prendre dans ses bras. Un câlin pour décompresser et pour se sentir rassurée, voilà le rôle qu'elle lui fait jouer. Peu importe que le barman gérant trouve la conversation ou l'acte un peu bizarre entre deux personnes censées être d’Interpol : tout est bien qui finit bien. GigaBoobs vient se joindre à la famille et enlace également son amie, rassurée de la voir revenir en un seul morceau avec tous les autres nouveaux employés.

- Maya Maya ! Ma puce ! Où étiez-vous tous passé ?

Maya sourit... recule et lui inflige un coup de pied circulaire en pleine poire.
Erika tombe au sol, assommée. La Déesse s'approche d'elle, la retourne sur le ventre, joint ses mains dans son dos et dessine des cercles autour de ses poignets, rejoints par une ligne. Le tout matérialisé donne une paire de menottes de fortune. Dans le club, silence total...






Erika ouvre les yeux. Elle saigne du nez.
En face d'elle, Maya et Shinmei la regardent.
Elle tente de bouger, mais la solidité des menottes ne peut pas être remise en doute. Le temps n'est éminemment plus aux sourires et aux accolades.

- Mais qu'est-ce que vous faites ? demande l'agressée.
- On t'empêche de faire du mal, petite humaine.
- Du mal ? Mais je n'ai rien fait, je n'ai rien à voir avec tout ça ! se défend-elle.
- Tu es venue voir tous les candidats personnellement. Tu as fait des remarques sur leur attirail vestimentaire. Ils devaient être habillés d'une telle façon qu'ils se feraient bouffer par le Geulimja... et ça, c'était ton boulot. Tu étais plus intéressée que tu ne voulais le faire croire...
- Quoi... ? Vous racontez n'importe quoi !
- Tu sais ce que je crois ? Mon grand-père a senti une magie quand j'ai disparu, et moi aussi...
- Le monstre a passé une sorte de pacte avec l'humain. À cause de cela, ils sont liés.
- Ce qui t'a perdu, c'est que tu recevais quelque chose en échange des humains que tu lui fournissais.
- Un quelque chose qui entraînait un échange d'énergie entre la créature et l'humaine.
- Je n'ai jamais fait de pacte ou je ne sais quoi ! Libérez-moi ou j'appelle les flics !

Maya a enfilé sa robe... elle se sent plus à l'aise maintenant. Au fur et à mesure de la conversation, elle enfile le reste de ses affaires, tout à fait détendue.

- Deux choses pour ta gouverne : d'une, j'étais sûre qu'Ils étaient faux, de deux, j'ai fait un rêve... Un rêve où tu étais Succube. Il s'avère que les rêves des dieux ne sont pas toujours aussi insignifiants que ceux des humains...
- V... vous mentez ! Je suis humaine !
- Je n'ai pas dit que tu n'étais pas humaine, j'ai dit que j'ai senti en toi la même chose qu'en présence d'un monstre. En l'occurrence, un démon à l'apparence féminine qui use de son physique pour attirer les humains et les piéger dans sa toile.
- Vous êtes des dieux, vous devez me protéger et me libérer !
- Manque de chance, la question est : sommes-nous des dieux ?

Shinmei plante un poignard en plein cœur de Erika... sous le regard indifférent de Maya.
L'humaine souffre, crache du sang... et les observe avec un air pittoresque avant que sa vie ne lui échappe définitivement.

La petite-fille s'est arrêtée net.
On voit bien sur son visage, son expression, qu'elle hésite. Elle ne sait pas si ce qui vient de se passer est une bonne ou mauvaise chose... mais elle sait qu'elle doit y réfléchir très sérieusement, sans perdre une seconde. Considération énorme, que Shinmei, s'asseyant à côté d'elle, va tenter de lui expliquer avec ces mots :

- C'est ce qu'on appelle la justice divine : punir les éléments perturbateurs. En tant que dieux, il revient à chacun d'établir et d'appliquer sa propre table de loi. Tu peux décider de donner des secondes chances, comme tu peux punir de la mort tous ceux qui ne reconnaissent pas leur tort et recommenceront.
- On n'a pas eu d'aveux... on ne peut même pas prouver qu'elle était au courant ! Tout n'aurait pu être qu'un malheureux hasard...
- Alors, on l'a sacrifiée pour le bien des autres humains.
- … tu n'aurais pas dû...
- Nous l'avons fait tous les deux.
- Non... tu l'as fait.

Il prend une bouffée de fumée avant de poser sa main sur les cheveux de la demoiselle.

- Contrairement à la semaine dernière, tu es grande. Souriante. Tu as l'esprit clair. Et tu sais désormais que ce que j'ai fait...
- … était nécessaire. complète-t-elle.

Il sourit.
Il a enfin de quoi être fier de sa petite-fille, de sa descendance.
Considérant que sa mission est un succès dans tous les domaines, monsieur Tensho dépose un baiser dans les cheveux de sa progéniture, lui ébouriffe les cheveux, puis se lève et se dirige vers la sortie des vestiaires.

- Au besoin, tu sais où me trouver et tu sais à quoi t'attendre. Même chose pour ton père. Pour le reste, il y a tes amis, mais surtout toi-même. Ce sont tes choix qui doivent primer, pas ceux que les autres font pour toi.
- Merci pour tout... et porte-toi bien !

Shinmei sort et disparaît au bout du couloir.
Maya termine de s'habiller puis sort à son tour du Sexy Trips Club. Dehors, il fait toujours aussi nuit, toujours aussi froid... et tout cela contribue à garder la déesse dans sa forme olympique. Sourire éblouissant, envie de sauter dans tous les sens, envie de s'amuser...
La mort d'Erika ne l'a pas bouleversée le moins du monde. Maya se sent détendue, son cœur ne battant rapidement qu'à cause de l'excitation. L'excitation qui nous fait voir la vie en rose, qui nous éclaire les idées... L'excitation que l'on ressent quand on tombe amoureux...

Oui.
Tout ce qui s'est déroulé cette semaine...
… Maya en est amoureuse.
♦ Rose ou chou ? : Rose
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Re: Mon effet Pygmalion - Dim 16 Fév 2014 - 18:42
Félicitations pour ce solo plutôt impressionnant par sa longueur et drôlement bien mené.
J'ai pris du plaisir à le lire, mais je ne m'attendais pas à cette fin.
Maya est-elle en train de tomber du côté obscur de la force ?
Bref je continuerai à suivre tes aventures, tu as un très bon niveau ^^

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