Chapitre en cours :
Entre Mortels et Immortels, la guerre est déclarée. Trois mois après la chute d'Isanagi et du Golem de Pierre, la tension ne fait qu'accroître. Encore une fois, l'ennemi saura surprendre. Encore une fois, les futures divinités devront se montrer à la hauteur, et les humains, plus unis que jamais.


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 Je crois qu'il faut qu'on parle... [P.V. Janma]

 
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Je crois qu'il faut qu'on parle... [P.V. Janma] - Mar 15 Oct 2013 - 23:45
I remember years ago
Someone told me I should take
Caution when it comes to love
I did, I did …
 
Je me souviens comme hier ce jour…
 
En même temps, comment pourrais-je l’oublier… c’est le jour où je t’ai rencontré.
 
J’étais un animal blessé. Tu étais un prédateur endormi. Je ne sais pas ce qui m’a poussé à venir te réveiller. Devoir ? Envie ? Curiosité, peut-être. Ce dont je me souviens, c’était de t’avoir trouvé beau. Majestueux. J’ai été tout de suite charmé. De ma vie d’avant, je n’avais jamais été intrigué de la sorte par qui que ce soit. Et j’ai vite compris pourquoi. Il n’y avait personne qui te ressemblait, qui puisse te ressembler, à mon époque. Un prince comme toi, il n’y en avait plus depuis des siècles.
 
Ma gorge se serre. J’étouffe un sanglot.
 
Ho non. Je ne t’aime pas. Ni quoi que ce soit du genre. Que l’on ne se fasse pas d’illusion. Seulement… tu étais la seule personne dont je tolère vraiment la présence, la compagnie. Tu étais aussi la seule personne qui s’inquiétait vraiment pour ma personne. Enfin… si tel était vraiment le cas. J’aimais passer du temps en ta compagnie. J’aimais… te chercher du regard, de temps à autre. J’aimais… te savoir au même étage que moi, lorsque j’étais dans ma chambre. Ta présence était… réconfortante.
 
Et puis tu as disparu. Sans dire un mot. Sans prévenir. Sans même une lettre. Rien.
 
And you were strong and I was not
My illusion, my mistake
I was careless, I forgot
I did
 
Je me lève de mon lit. Me dirige jusqu’à la salle de bain. J’ouvre l’eau froide, au robinet du lavabo, et m’en passe sur le visage. Je retourne m’allonger. Mon cœur bat trop fort dans ma poitrine. Je… n’arrive juste pas à me calmer. Comme le pourrais-je ?! Hein ? Tu espérais quoi avec cette lettre ?!
 
Tu as déserté ! Et pas que ton poste, je te rassure. Ma vie aussi. Je t’ai cherché. Oh ça oui, je t’ai cherché... à l’académie. Sur Terre. Partout où tu aurais pu être. Mais… tu n’y étais pas. C’est bien là le problème.  
 
Je soupire. Mon ventre se serre. Je me sens oppressé. A cette heure-ci, tard dans la nuit, tu dois sûrement être dans ta chambre, non loin de moi. Je le… sais. Du moins je crois le savoir. Mais… je ne sais pas, j’ai du mal à croire que cela soit vrai. Je me suis habitué à ton absence. Plus qu’à ta présence, peut-être même… Je ris. Non. C’est ridicule ce que je me dis. Si tel était le cas, j’aurais arrêté de penser autant à toi. D’être autant en colère. De vouloir autant te foutre mon point dans ta jolie gueule. Oh oui… un si joli visage… Qui commence à s’effacer de ma mémoire.
 
Dans ma main, ta lettre. Je la relis, encore une fois. Mon cœur se serre de temps à autre. Ma gorge aussi.
 
« La vérité, Sven, est que lorsque je me trouve avec toi, je m'en trouve changé. »
« …et qui a bousculé mes plans pour ma seconde vie. »
 
Et la suite. Je grince des dents. Froisse le papier. Je la connais par cœur, cette fichue lettre. Tu n’aurais pas pu trouver mieux ? Venir me voir ? En face à face ? Assumer ta connerie ?! Non ! Il a fallu que tu foute tout ça sur du papier !
 
Trop c’est trop. Je boue de l’intérieur. Toute la rage, toute la haine que j’ai pu accumuler depuis tout ce temps ne demande qu’à sortir.
 
Je me lève, m’habille. Des vêtements sobres, les premiers trucs qui me passent sous la main. Un pantacourt sarouel, noir, un débardeur ample, blanc, et des baskets. J’enfile également un gilet un peu ample, qui a tendance à tomber et dénudé les épaules, mais je m’en fou. Je suis couvert. Et je peux sortir. Ce que je fais donc.
 
Je marche lentement, dans les couloirs, sombres, déserts. Des bruits de pas se font entendre de temps à autre. Je renvois les intrus dans leurs chambres, qu’ils soient apprentis ou repentis. Ce n’est pas l’heure de faire le mur.
 
Combien de fois depuis ton départ, ai-je arpenté ces couloirs dans lesquels se trouve ta chambre ? Combien de fois ai-je espéré t’y croiser ? Combien de temps ai-je pu passer devant ta porte, à regarder passer tout le monde sauf toi ? Pendant que toi, tu menais la belle vie sur Terre ? Pendant que tu t’y laissais mourir comme un simple humain ? Pendant que… tu me laissais tenter de t’oublier ? Pendant que j’étais seul, à devoir faire face aux gens, seul ?
 
Nouveau soupire. Me voilà devant ta porte, Janma. Je lève un poing pour y frapper. Je prends l’élan pour et… je me stop. Et si jamais tu n’étais pas là. Et si tout cela n’était qu’un mensonge ? Si cette lettre n’avait été faite que pour se moquer de moi ?
 
Je pose mes deux poings contre la porte, le front aussi, et je glisse petit à petit. J’avoue que j’ai peur… Mais… si je ne le fais pas…
 
Je me relève, retrouve un peu de contenance. Et je toc. Tu as intérêt à m’ouvrir…
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Re: Je crois qu'il faut qu'on parle... [P.V. Janma] - Mer 16 Oct 2013 - 0:38

Qu'est-ce que la vie ? Qu'est-ce que la mort ? Pourquoi vivre ou mourir, pourquoi se sacrifier, pourquoi se battre, pourquoi vouloir, pourquoi posséder ? Les questions tournaient, se bouculaient, emplissaient son crâne à lui en donner la nausée depuis qu'il s'était réveillé. Déclaré en état de choc par l'infirmier qui l'avait aidé à revenir de l'autre côté, Janma n'avait pas travaillé de toute la semaine. Réglé comme du papier à musique, il avait subi un chamboulement violent. Nausées. Sueurs. Réveils brutaux en pleine nuit. Besoin de soins maternels. Peur du noir. Cauchemars de l'abandon. Il avait traversé tellement de phases différentes qu'il avait pendant un moment oublié jusqu'à son nom.

Perturbé était un doux euphémisme destiné à ses amis et ses proches. Autrement dit, pour la totalité des gens venus lui rendre visite, il était devenu totalement fou à cause d'une mort. Pourtant, il était extrêmement lucide. Persuadé d'avoir vécu un moment dans l'Angleterre victorienne, et d'y avoir croisé un certain Jack l'éventreur, Janma avait vécu trois jours de suite prostré dans un coin de sa chambre, à fixer la lumière de son poële. Et puis, entre la brume de son esprit et l'instant où sa propre crasse lui tira un reniflement de dégoût, il se mit à écrire.

Tout ce qui lui passait par la tête, tout ce dont il avait eu besoin de parler. Feuille après feuille, cahier après cahier, quatrième de couverture après dos de magazine de l'Académie, il avait utilisé chaque millimètre carré de support pour y apposer ses mots. Son histoire. Ses pensées. Ses questions. Qui était-il ?

L'homme de bonne famille destiné à fonder une dynastie plus puissante encore. Qu'était-il devenu ? Un voleur de bas étage, puis un esclavagiste. Un homme de pouvoir. Un homme de renom. Le prince des sables. Le roi des voleurs. De sa vie, il n'avait passé un seul instant, un seul jour sans courir après le pouvoir. La possession. Les autres. Et puis, il était mort. D'une lance dans le coeur. D'une autre entre les côtes. D'une troisième en travers du ventre. Il était mort comme un chien.

Tout le pouvoir du monde ne peut acheter la vie éternelle.

Pourtant, il était revenu. Encore une fois, il était revenu. Après s'être écrasé comme Icare visage le très haut, il s'était réveillé. Sa vie, comme la première, n'avait été qu'un échec. La liberté. Il l'avait ressentie avec tant de force qu'il s'y était brûlé les ailes. Au moment où son corps s'était déchiré en centaines de fragments, Janma s'était rendu compte qu'il n'avait jamais éprouvé un bonheur réel.

Il découvrait, pourtant. De nouvelles choses. De nouvelles personnes. De nouvelles saveurs, de nouveaux horizons. Il voyait le monde sous un autre oeil, apprenait que tout n'était pas que possession ou possédé. Que tout ne tournait pas autour de son être.

Il était tellement difficile d'accepter n'être qu'un grain de sable dans le sablier divin.

Dans sa folie, il s'était souvenu. Il avait été heureux. Par moments. Quand il avait rencontré Victoria pour la première fois. Quand il avait grimpé une falaise, poursuivi par un dragon. Quand il avait joué avec les sentiments d'une pauvre jeune fille. Quand il avait tué Corvo. Et quand il avait... embrassé Sven. Sven. Depuis combien de temps ne l'avait-il pas vu ?

Il se souvenait lui avoir écris, même s'il n'avait plus aucune idée de ce qu'il avait bien pu lui dire. Au milieu des taches de sang de son rasoir et des gouttes d'eau de son bain gisait encore la plume qu'il avait utilisée. Oui. Les plumes.

Il se leva brutalement de son tapis de sommeil, s'empêtra les pieds dans son sarouel sale, jura, se déshabilla, et enfila une autre tenue. Puis il se jeta sur la première surface qu'il trouva - son propre mur - et traça quelques mots au henné rouge.

"La plume plus forte que l'épée. Là où certains voient une métaphore de l'écrivain, je conçois une vérité. Les ailes peuvent tuer leurs possesseur aussi brutalement que le fil d'une lame."

*toc toc toc*

Un sursaut, brutal. La dernière lettre de son mot finit dans un arc. Il resta, immobile, fixant la trace de sa surprise. Puis il l'ornementa. Partit dans des arabesques, remonta sur ses doigts, son poignet, son bras, son cou. Partout, il apposait ce mot. Plumes.

Ah. Mais on avait frappé, n'est-ce pas ?

Torse nu, ses créoles salies par le henné écrasé, Janma trébucha légèrement contre la porte, l'ouvrit avec lenteur. Ses cheveu étaient dépeignés. Ils tombaient sur ses hanches, sur ses épaules, devant son visage, lui donnant l'air d'un revenant particulièrement peu à son avantage. Des cernes épais soulignaient son regard d'un ambré soutenu. Devant lui, à genoux, se tenait... Sven.

Quand on parle de la vipère, on en voit la langue.

Janma : Innocence.

Il tourna les talons, laissa sa porte ouverte, et se mit à genoux, cherchant frénétiquement ses notes. Ses croquis. Ses réflexions. Sven. Sven. Innocence. Sven. Il avait écrit, sur ce sujet-là. Il en était sûr. A quatre pattes, il retournait tout, transformant le capharnaüm de sa chambre à coucher en une reconstitution de Badgad sous ses pires auspices.

Janma : Le sourire de l'innocence cache une dague derrière sa langue.

Il était perdu.
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Re: Je crois qu'il faut qu'on parle... [P.V. Janma] - Mer 16 Oct 2013 - 23:11
Le bruit de mes frappements qui résonnent dans le silence du couloir désert.
 
Un laps de temps qui s’écoule.
 
Manifestement, c’était un mensonge. Tu n’es pas là. Je me dis que je vais me relever, tourner le dos à ta porte, et retourner dans ma chambre. Mais alors que j’allais le mettre en pratique…
 
Tu ouvres.
 
Et moi je reste là, immobile. Je ne sais ni quoi dire, ni quoi faire. Je suis… paralysé. Tiraillé entre l’envie de te sauter dans les bras, et celle de te mettre mon poing dans la face. Mais à peine je me relève, tu me tourne déjà le dos. Tu retournes te réfugier à l’intérieur de ta chambre, encore éclairée à cette heure. Je te regarde faire. Tu es à genoux, tu cherches quelque chose, dans un tas de papier noirci de mots et de dessins. Tu m’ignores presque totalement.
 
« Le sourire de l'innocence cache une dague derrière sa langue »
 
Tu… parles de moi, là ? Je soupire. Inspire. Expire. Et j’explose. J’entre dans ta chambre, même si je n’y ai pas vraiment été invité. Je ferme la porte derrière moi. J’inspire. Expire. C’est le calme avant la tempête, je le sens…
 
« …. »
 
J’ouvre la bouche. La referme. Je n’arrive même pas à articuler le moindre mot. Mais quand ça va sortir… cela ne s’arrêtera plus. Et tout ce qui me passera par la tête, je te l’enverrais en pleine figure. Mais pour l’instant, je me contente de te fixer. Te toiser du regard. Assassin. Si je pouvais te tuer du regard, je le ferais. Je crois que je n’ai jamais été autant en colère contre quelque qu’à présent. Et pourtant… pourtant tu n’es pas censé m’être si important. Alors pourquoi cela me met dans un pareil état… Je soupire. Je tape du pied. J’aimerais bien qu’e tu me porte attention. Regardes moi. Regardes moi !
 
« REGARDES MOI ! »
 
Je ne me rends pas compte. Pas compte que je viens de crier. Je tremble. Tu ne sembles pas avoir réelle conscience que je suis là. Ou alors tu ne le montre pas. Et c’est encore plus insultant, plus blessant, que ton absence. Si tu ne veux pas de moi, de ma présence, là, dis-le. Renvois moi, tout de suite ou alors regardes moi.
 
Et puis… ton allure me choc. Torse nu, taché de je ne sais trop quoi. De l’encre ? Non. Te connaissais, ce doit être plutôt du… henné ? Les cheveux en bataille, te retombant sur les épaules, dans le bas du dos, devant les yeux. Des… valises sous ceux-ci. Depuis combien de temps n’as-tu pas passé une nuit complète ? Depuis combien de temps ne t’es-tu pas lavé correctement ? Toi qui prends toujours soin de ton corps. Toi qui étais toujours bien habillé, bien coiffé, bien… dans ta peau. Ça me choc de te voir ainsi.
 
« Janma… »
 
Ton prénom m’échappe, dans un murmure. Ce que tu me racontais dans cette lettre… C’était donc entièrement vrai ? Qu’as-tu bien vivre pour finir dans un tel état après ta résurrection ? Qu’as-tu vu ? Qu’est ce qui t’as tant plus pour que tu veuille, à ce point, rester sur Terre ? Je soupire. Je n’ose même pas m’approcher. Est-ce que tu as conscience de ma présence ? Est-ce que tu sais que c’est réel ? Je croise les bras sur mon torse.
 
« Janma ! Je suis là ! »
 

C’est assez pénible comme situation, en réalité. Je… je n’aime pas ça. C’est comme si… il est devenu un zombie. Comme s’il est là, sans être là. Comme s’il me voit sans me voir. Je ne sais pas. C’est pesant. Je ne veux pas de ça…

« S'il te plait... »
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Re: Je crois qu'il faut qu'on parle... [P.V. Janma] - Jeu 17 Oct 2013 - 15:54


Innocence et beauté étaient les maîtres de sa torture. Janma avait passé tellement de temps à rédiger, à penser à lui, à tenter de le dessiner, en vain. Sven. Il se souvenait de sa promesse, il se souvenait d'un moment de lucidité, où il lui avait écrit. Il se souvenait de la sensation de ses lèvres. De son odeur de peau, de lait, d'enfant à peine sorti de l'âge. Un ordre, brutal, le ramena à la réalité. Il écarquilla les yeux, leva la tête de ses papiers, deux feuilles dans chaque main, fixa sans vraiment le voir Sven.

Son regard le cloua sur place, le fit trébucher, envoyant valser plusieurs feuillets jusque dans ses jambes. Sven était en colère. Non. Il était inquiet. Non. Il était en colère, inquiet, prêt à lui sauter à la gorge et se moucher dans son épaule à la fois. Le prince des sables se sentit pencher la tête sur le côté, comme doutant d'informations aussi absurdes. Il avait du mal à y voir clair, craignait une nouvelle hallucination. Il avait si peu dormi que son corps réclamait désormais son sommeil à grand renfort d'évanouissement.

Il s'était écroulé plusieurs fois en quelques jours, et s'était réveillé au bout d'un long cauchemar. Le souvenir de la torture. Ou Sven, le giflant, l'humiliant. Sven se faisant torturer pour lui, incapable de le sauver. L'humiliation la plus cuisante de sa vie lui revenait constamment au visage, les quelques mots rassurants qu'il s'était autorisés disparaissaient aussi vite qu'il y pensait. Janma perdait le nord, non pas à cause de sa mort, mais de ce qu'il avait vécu en se réveillant.

L'Angleterre Victorienne. Il avait pensé à une punition, l'ironie du sort voulait que l'Inde - d'où on aurait pu le croire originaire - n'était à l'époque pas en meilleurs termes avec son empire d'origine. Sous le coup d'un hasard fortuit, et pour une fois en totale innocence, on l'avait déclaré complice de meurtres multiples et sanglants. Sa considération pour les femmes ne l'avait pas aidé, et il avait été proprement torturé, défiguré, avant de finir exécuté sur la place publique.

Ce souvenir lui fit ouvrir les yeux. Il sentit deux coulées chaudes sillonner ses joues. La douleur. Il la connaissait, la cotoyait, mais toujours l'infligeait. Ce n'était pas lui qui subissait. Il donnait et ne recevait pas. Il était le bourreau, pas la victime. Et pourtant là...

Sven : S'il te plait...

La supplique. Il releva à nouveau la tête, laissa tomber ses papiers. Etait-ce un autre cauchemar ? Il semblait déçu. Hagneux. Et pourtant, inquiet. Ah bon. Quelqu'un s'inquiétait pour lui maintenant. Il se laissa choir sur le fessier, attendant de voir quelle tournure allait prendre ce nouveau cauchemar. Sven allait-il s'armer d'une nouvelle lame, et lui poignarder en plein coeur ? Janma sentit son corps réclamer une nouvelle session de sommeil, lutta en se planta les dents dans le poignet et serrant de toutes ses forces.

Il ne voulait pas dormir. Les larmes brûlantes de son corps en morceaux coulèrent le long de son bras alors qu'il fixait Sven avec une haine à peine dissimulée. La douleur lui mit un coup de fouet. La trace bleue de ses dents le raccrochèrent définitivement à la réalité. C'était vrai. Sven était là. Avec lui. Pourquoi ? Il secoua la tête, effaça l'air effaré qui ne lui seyait pas, et redressa la tête. Fier comme un lion en chasse devant sa proie égorgée, il avait l'air d'un fantôme Japonais dans un film d'horreur.

Janma : Où étais-tu passé ?

Il se pencha, saisit sa fragile cheville entre ses doigts, et serra. La peur, la fatigue, l'hébétude mutèrent en une colère noire, qui lui dévora le coeur et l'âme avec une violence telle que ses bras et son dos se mirent à convulser.

Janma : OÚ ÉTAIS-TU PASSÉ SVEN ?

Il s'écrasa, le nez en avant, resta immobile d'interminables secondes. Le dos courbé, la douleur irradiant chacun de ses os, il renifla, se leva, et lui tourna le dos, fixant sans le voir ce qui se passait à l'extérieur, derrière sa fenêtre. Il avait la nausée. A force de s'agiter dans tous les sens, d'écrire, de tourner, de pleurer, il perdait la raison. Sa gorge devint sèche, il regarda, en bas, le sol. Trois ou quatre étages plus bas. S'il tombait sur la tête, il pouvait s'y briser la nuque. Mais il reviendrait.

Il n'avait plus le droit de mourir.

De son vivant, il aurait tout donné pour l'immortalité. Pour vivre éternellement et régner sur le monde. Actuellement, il y était piégé. Enfermé dans le rôle de cuisinier, souffrant de rêves hallucinatoires, obligé de servir et sourire devant des enfants qu'il aurait pu chier chaque matin. C'était devenu Sysiphe. Forcé chaque jour de pousser le rocher de la reconnaissance pour mourir et reprendre à son réveil. Pire. Il avait même ingurgité une potion pour s'empêcher de vieillir. Dans son corps de jeune seigneur, il était condamné à toujours errer dans un cercle sans fin.

Celui de la sienne.

Oui mais... il avait aperçu la lumière. Celle qui détournait son chemin, éclairait sa voie, lui donnait un nouvel espoir. Sven. Le repenti. La vipère. La catin. Mais aussi la seule personne apte à le sauver. Il tourna brutalement le visage, cogna son arcade sourcilière à la poignée de la fenêtre, fixa le surveillant, les pupilles totalement dilatées.

Janma : Ma lumière...

Il se laissa tomber sur le vieux radiateur, renversa la tête à demi en arrière, souriant comme un idiot.

Janma : Tu es revenue...
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Re: Je crois qu'il faut qu'on parle... [P.V. Janma] - Jeu 17 Oct 2013 - 19:26
Je t’observe silencieux. Bon sang… qu’est-ce qu’il s’est vraiment passé pour que tu finisses dans un pareil état ? Je veux dire… jamais, même en rêve, j’aurais pu t’imaginer aussi perturber. C’est… effrayant. Je n’aurais jamais cru qu’un jour, je verrais des larmes couler sur ton visage. Cela me brise le cœur. Où est l’homme fort que j’ai rencontré ? Non… ce ne peut pas être toi. Cette loque devant moi ne peut pas être toi… Dis-moi que ce n’est pas vrai, je t’en supplie. Ne brise mes illusions de la sorte. C’est égoïste de ta part… a moins que ce ne soit moi, l’égoïste….
 
Tu relèves la tête. Tu me regardes sans me voir, encore. Je retiens un hoquet. Tout ce que je vois dans tes yeux, ce sont le désespoir et la folie. Un fantôme. C’est un fantôme qui se tient devant moi. Je n’aurais pas dû venir. Je n’aurais pas dû assister à ce spectacle de désolation. Janma, ressaisis-toi bordel ! Comment peux-tu me laisser voir cette part de toi, même si infime soit elle ? Comment peux-tu te comporter en véritable animal blessé devant moi ? Comme un… fou allié.
 
Je n’arrive plus à bouger. Plus à articuler le moindre mot. Ce spectacle me fait perdre tous mes moyens. C’est désolant. C’est… je ne sais même pas comment qualifier ceci. Tu te mords toi-même, violemment, jusqu’au sang. Tu me fixe, haineux… Que… qu’ai-je bien pu faire pour mériter un tel regard… ? Je sens les larmes me monter aux yeux. Je veux faire demi-tour, franchir cette porte. JE veux que tout ceci ne soit un cauchemar. Un mensonge. Un odieux mensonge. Deus ne trouve-t-il pas que j’ai déjà assez souffert de ton absence ? Faut-il qu’en plus, j’ai à supporter ça ? Mais je suis immobile. Démuni. Tu sembles te ressaisir. Un peu. Un lion… tu es un lion. Fier. Un lion… fantomatique.
 
«  Où étais-tu passé ? »
 
Tu attrapes ma cheville, la serre. Et moi, je grince des dents. Tu me fais mal, mais tu à l’air de t’en moquer. Tu es dans ton délire. Dans ton monde parallèle.
 
«  OÚ ÉTAIS-TU PASSÉ SVEN ?  »
 
Tu me fais peur. Je porte la main à mon oreille, là où se trouve cette pierre que tu m’avais offert à notre première rencontre, et que j’ai fait sertir en boucle, comme pour retrouver un peu de courage.
 
Et puis je fronce les sourcils. Où moi j’étais passé ? Toujours au même endroit. A t’attendre, désespérément. Comme un bon crétin… comme un bon objet. Comme… ce que j’ai toujours été. J’ai attendu un signe de vie de ta part. Une lettre, un mot. Quelque chose, n’importe quoi. Je m’en moquais éperdument. Même que ce soit un collègue qui m’annonce que tu pensais à moi. Je m’en foutais, je voulais juste de tes nouvelles, plutôt que de rester dans cette attente perpétuelle. Un couinement plaintif s’échappe d’entre mes lèvres. Lâches ma cheville, je t’en supplie…
 
Tu ne sembles pas vouloir. Alors je te fais lâcher prise d’un mouvement de recul. Elle me lance. Elle doit être rouge. Imbécile… Tu es content de toi ? En plus de me mettre dans tous mes états, il faut aussi que tu me blesse ? Je serre les poings, me mords la lèvre inférieure. Tu tombes, tu saignes, tu te relèves. Tu me tourne le dos, observe par ta fenêtre. Qu’y vois-tu ? Je ne suis pas dans ta tête, je ne peux pas le savoir. Est-ce le vide qui t’attire ? As-tu envie de sauter ? De m’abandonner, ici ? Tu tournes la tête, te cogne. Tu saignes encore. Tu es fier de toi ?
 
« Tsss… »
 
Tu me fixes, encore une fois. Mais pas du même regard. Tes pupilles sont dilattées. On dirait que tu t’es complètement drogué… Mais de ce que je sais de toi, ce n’est pas ton genre. Depuis combien de temps n’es-tu pas sortis de là ? Tu te laisses aller à la folie. Tu la laisse te prendre. Tu la laisse te voler à moi. Moi, j’ai besoin de toi. J’ai besoin de l’homme fort que tu étais…
 
« Ma lumière...  »
 
Je reste stupéfait. Bouche bée. Tu me parles ? C’est… moi ? Si tu penses à « lui », si c’est « lui » que tu vois en mes traits, je risque de tomber de haut. Mais je veux espérer. Laissez-moi y croire. Etre naïf. Pour une fois, dans ma vie…
 
« Tu es revenue...  »
 
Je m’approche de toi, les larmes coulent sur mes joues. Lumière… c’est important, la lumière. Est-ce que cela signifie que je suis important pour toi ? Je tais un sanglot, j’essuie mes larmes. Je me jette à ton cou, te serre contre moi. JE veux te réconforter, te ramener vers moi. Réveilles toi. Reviens-moi de ce monde de ténèbres dans lequel tu sembles plongé.
 
« Espèce d’idiot… Moi je n’ai jamais bougé d’ici, à t’attendre bien sagement… »
 
Je t’embrasse le front. Ce contact m’électrise. Tu es brûlant. Je cherche un morceau de tissu quelconque, en trouve un, un peu plus loin. Je vais le chercher, l'humidifier avec de l'eau froide, et je reviens vers toi. Je t'essuie la peau. Sale. Couverte de henné. Je regarde un peu partout autour de moi. C'est un capharnaüm sans nom. Les murs sont couverts d'écritures, le sol est plein de papier, parchemins et autres supports, noircis de mots. Étais-tu conscient lorsque tu m'as écris? Non. Je ne dois pas me poser de question. Non... 
 
Ce n’est pas grave si tu n’es pas fort, maintenant.
 
Je le serais pour toi.
 

Jusqu’à ce que tu me reviennes… 

Je saurais me montrer patient, pour une fois...
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Re: Je crois qu'il faut qu'on parle... [P.V. Janma] - Ven 18 Oct 2013 - 16:48


Il l'entendait lui parler. Il savait qu'il n'était pas tendre avec lui. Il identifiait chacun de ses mots comme étant une critique, pas une insulte, non, l'expression sincère d'une inquiétude plus sincère encore. Il lui en voulait, et il le lui faisait savoir avec autant de douceur que possible. Il ne méritait pas sa gentillesse. Il ne méritait pas son pardon. Il ne méritait pas ses attentions. Ses caresses, ses bras. Il ne méritait rien.

Idiot. C'était le bon mot. Janma se sentait comme un idiot. Un imbécile ayant oublié que le plus important dans la mort était de vivre. Il avait laissé son goût pour le pouvoir et la puissance prendre le pas sur l'attention et l'amitié... non... c'était autre chose. Janma n'était pas ami avec Sven. Il le connaissait si peu qu'il ne pouvait même pas dire exactement d'où il venait ni quel âge il avait. C'était autre chose. Ils étaient plus qu'amis, ils s'étaient embrassés. Les amis ne s'embrassaient pas... n'est-ce pas ?

Il le serra. Contre lui, les bras autour de sa taille. Il saisit ses hanches fragiles, sa peau blanche et tellement douce. Il appuya sur son dos, le fit se coller contre lui, refusa de lever le regard. Il saignait abondamment de l'arcade sourcilière, le tachait sans aucune vergogne. Sven était là. En chair et en os. En esprit et en reproches. Sa lumière était enfin revenue, et il comptait ne pas la laisser repartir de si tôt.

Janma : Tu m'as tellement... manqué.

C'était vrai. Et il se sentit chuter, en prononçant ces mots. Sven. Sa petite vipère, son insupportable petit prince, la capricieuse catin refusant de se nourrir. Il lui avait manqué. Il avait craint le perdre. Deux fois. Trois fois. Il ne se souvenait plus de ses rêves les plus violents, ceux où il lui souriait, comme Judal l'avait fait, et où il l'abandonnait. Le prince des sables se leva un peu brutalement, chancela sur ses pieds, glissa sur une feuille au sol, et se tourna dans la direction de Sven. Ce n'était pas un mauvais rêve. Il était bien revenu.

Janma : Tout ça... c'est pour toi. Pour que tu saches. Pour que tu lises. Je ne t'ai pas abandonné. Je n'ai jamais voulu... t'abandonner.

Il se mit à ramasser frénétiquement ses écrits, les lança les uns après les autres. Réflexion sur la paresse. La peur du vide. L'intérêt de la mort. L'existence de Deus. Sa condition de repenti. Sven, posé sur sa route, tel un trésor du destin, voué à le rendre meilleur. A lui montrer le chemin. Son étoile du berger. Sa chère victime à protéger, non. Sven. Le grain de sable dans l'embrayage. Celui qui lui avait fait prendre une toute autre route.

Janma : Je suis mort stupidement. Je ne pensais pas que j'en aurai... pour si longtemps. Et j'ai...fait un mauvais rêve.

Il grimaça, plongea son regard sur le surveillant. Son front était encore humide. Il venait réellement de prendre soin de lui ? Il se redressa, croisant les bras sur son torse. Non. C'était son rôle. Il était celui qui soignait l'autre. Celui qui prenait les décisions. Celui qui invitait dans sa couche. Il refusait d'être faible face au faible. Même si ce faible... était son sauveur. Son visage se tordit en une expression d'absolue souffrance. Il ouvrit grand les battants de sa fenêtre, regarda à nouveau en bas, penché à en manquer de tomber.

Janma : Je voulais être plus fort. Apte à te défendre. Trouver qui t'avait mutilé. C'est ma conscience, qui l'a été.

Il se rattrapa de justesse, entassa les unes après les autres ses feuilles, et fixa l'inscription au mur.

Janma : Faible est le fort qui s'oublie. Je me suis oublié. Je devais... te protéger - il attrapa ses épaules, le secoua, avant de finir dans un murmure - je t'ai donné ma parole.

Oui. Il avait toujours vécu selon ce principe. Janma était un égocentrique de première catégorie. Celui de la famille des connards égoïstes. Il ne faisait rien qui n'était pas dans son intérêt ou dans celui de ses proches alliés . La notion-même d'alliés lui était pratiquement étrangère. Il se servait de ceux qui pouvaient le distraire ou l'aider à accomplir ses desseins contre compensation financière ou laborieuse, et cela s'arrêtait là. Il avait eu des amis, longtemps auparavant. Des personnes suffisamment idiotes pour lui faire confiance, marcher dans son jeu, se laisser embarquer dans ses magouilles.

Il pratiquait l'art de la mesquinerie et du maquillage comme personne, était partout considéré comme un homme dont on devait se méfier, et pourtant, il avait du succès. Il était impitoyable. Et c'était cet esprit impitoyable qui l'avait sauvagement puni, lors de son inconscience.

Janma : J'ai vu... ce que jamais plus je ne verrai. J'ai souffert ce que jamais plus je souffrirai. J'ai hurlé à m'en arracher les cordes vocales. J'ai cru mourir. J'ai cru revivre. J'ai cru tout perdre. Je suis un dieu, Sven. Un dieu.

Il leva le regard sur lui, tremblant presque d'excitation.

Janma : Te rends-tu compte. Un dieu. Les possibilités sont infinies. Notre vie en va de même. Tu pensais pouvoir te reposer ? Non. A tout jamais tu seras bloqué ici, à essuyer le nez de merdeux incapable d'aligner trois mots. Et moi, je servirai le carburant qu'ils utiliseront pour nous dominer. Des larbins éternels. Repentis, mon cul.

Il le lâcha, donna un coup de pied rageur dans un coffre.

Janma : MON CUL !

Il tremblait de colère, en proie à la plus violente de ses prises de conscience depuis son réveil. Cuisinier. Il était passé de prince à cuisinier sous le coup d'une mort soit-disant bienveillante. Et au lieu de cela il était bloqué, entre deux fourneaux, à regarder les élèves le toiser de haut. Il les tuerait tous. Il les massacrerait jusqu'au dernier... s'il ne craignait pas un rêve plus terrible encore.

Janma : J'ai conquis des contrées. J'ai vendu des corps et des âmes. J'ai acquis plus de richesse que ne pourront jamais en chier ces enfants. Et malgré cela, c'est moi, qui leur sert leur repas, la tête basse.
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Re: Je crois qu'il faut qu'on parle... [P.V. Janma] - Ven 18 Oct 2013 - 18:43
Tes bras qui s’enroulent autour de mes hanches… Ca y est ? Tu sais que je suis là ? Tu sens que je suis réel ? Mon souffle s’interrompt quelques secondes. En apnée totale. Si tu savais comme j’ai pu rêver de ce moment où je te sentirais à nouveau… Je n’ai jamais totalement pu oublier la sensation de tes lèvres sur les miennes. Tu m’obsèdes. C’est là, la réalité. Je veux t’apprendre. Te connaitre. Je veux savoir chaque chose que tu veuilles bien me laisser savoir.
 
« Tu m'as tellement... manqué. »
 
De nouvelles larmes roulent sur mes joues. Pourquoi tes mots me touchent à ce point ? Tu me perturbe. Tu me chamboule. Comment réussis tu ce miracle ? Comment réussis tu à me faire réagir, moi qui ai un cœur de glace ? Moi qui n’ai jamais pu ressentir la moindre émotion auparavant ? Quel est ton secret… si ce n’est que tu es bien plus sombre que moi ? Bien plus puissant. Bien plus fort. Si ce n’est que tu es le rocher auquel j’aimerais pouvoir m’accrocher… La force brute. Séduisante. Lacérante. Tu es… ce que j’aurais voulu être. Puissant. Droit. A savoir ce que tu veux, et à l’obtenir. Tu es… tout ce que je ne serais jamais. Tu es tout ce en quoi je crois. Tu es celui que j’aimerais suivre. Un modèle. Un dominant. Un alpha. Pourtant tu tiens plus du lion que du loup. Oui… un lion. Majestueux. Prince capricieux. Toujours obéis.
 
Tu te lèves, tu me lâches. Je me sens brusquement retomber sur terre. Tu dérives dans ta folie. Non, c’est faux… tu commences à voir le ciel. La lumière. Tu sors de cet état qui me dégoutait. Oui. Je l’avoue sans honte. Et si c’est un crime de t’avoir trouvé repoussant dans ta faiblesse, alors je mérite d’être châtié. Pourtant je ne t’ai pas fui. Je suis resté. Je ne sais pourquoi. Enfin si… Parce que tu es toi. J’ai trop attendu pour pouvoir t’abandonner sans essayer.
 
Je t’observe, te regarde, te fixe.
 
« Tout ça... c'est pour toi. Pour que tu saches. Pour que tu lises. Je ne t'ai pas abandonné. Je n'ai jamais voulu... t'abandonner.  »
 
Alors pourquoi m’as-tu laissé le penser ? Penser que tu m’avais laissé. Penser que tu m’avais abandonné. Pourquoi ne pas m’avoir dit. J’aurais pu t’accompagner. J’aurais voulu t’accompagner. Je ne suis pas un homme d’action, mais j’aurais aimé te suivre… Janma, pourquoi… ?
 
Ton attitude devient frénétique. Tu ramasse des feuilles, les jette derrière moi. Je ne les lirais pas, tu sais… Le simple fait que tu me sois revenu me suffit. Je ne veux pas savoir. Laisses moi dans l’ignorance.
 
« Je suis mort stupidement. Je ne pensais pas que j'en aurai... pour si longtemps. Et j'ai...fait un mauvais rêve.   »
 
Je ne veux plus savoir. Je ne veux plus te demander pourquoi. S’il te plait, tais-toi…
 
« Je voulais être plus fort. Apte à te défendre. Trouver qui t'avait mutilé. C'est ma conscience, qui l'a été.  »
 
Les larmes roulent sur mes joues. Je tombe à genoux. Tais-toi ! Ne réveilles pas ces souvenirs, je t’en supplie… Ne me fait pas me rappeler ces évènements. C’est du passé… je t’avais demandé de laisser tomber. Que c’était mes affaires… pourquoi vouloir t’en mêler…
 
« Faible est le fort qui s'oublie. Je me suis oublié. Je devais... te protéger…  »
 
Tu me tiens par les épaules, me secoue.
 
Pourquoi vouloir me protéger… je suis faible, je le sais, et ce sera sans aucun doute à tout jamais. Mais je n’ai pas besoin de quelqu’un pour me materner. Je suis grand, je sais me défendre… en suis-je si certain… ai-je réellement envie de répondre cela… non. Je veux que tu restes à mes côtés, et que tu prennes soin de moi. Quel égoïste je fais…
 
« Je t'ai donné ma parole.   »
 
J’ai presque l’impression que mon esprit va quitter mon corps. C’est le bordel à l’intérieur de moi. Tu me mets sens dessus dessous. J’ai envie de pleurer, de crier, de hurler, de rire… de t’enlacer, t’embrasser…
 
Tu viens de me donner la preuve que tu tiens tes promesses… Et j’aimerais que tu m’en fasses d’autre. Promets-moi monts et merveilles, promets-moi de ne plus me faire pareil coup. Promets-moi… de me rester… Non. Tu ne le feras pas. Et je ne te le demanderais pas. Cela me demande d’oublier ma fierté. De la pietinner sauvagement. De la jeter aux oubliettes.
 
Oh…
 
Cependant, juste un geste de toi, et je le ferais. Pour toi.
 
Je ne sais pas pourquoi. Mais je sais que je le ferais.
 
« J'ai vu... ce que jamais plus je ne verrai. J'ai souffert ce que jamais plus je souffrirai. J'ai hurlé à m'en arracher les cordes vocales. J'ai cru mourir. J'ai cru revivre. J'ai cru tout perdre. Je suis un dieu, Sven. Un dieu.  »
 
Je le sais. Ça oui, je le sais. Tu es un dieu. L’un des plus beaux que je n’ai jamais vu. Et si personne ne veut te prier, alors je le ferais. J’endoctrinerais des gens pour t’en faire des croyants. J’ai bien compris que tu ne voulais pas être en arrière. Tu veux être le tout puissant. Le respecté. Tu veux être ce pour quoi tu es fait. Tu veux régner.
 
« Te rends-tu compte. Un dieu. Les possibilités sont infinies. Notre vie en va de même. Tu pensais pouvoir te reposer ? Non. A tout jamais tu seras bloqué ici, à essuyer le nez de merdeux incapable d'aligner trois mots. Et moi, je servirai le carburant qu'ils utiliseront pour nous dominer. Des larbins éternels. Repentis, mon cul.  »
 
Je n’avais pas vu la chose sous un tel angle. Mais… moi cela ne me gêne pas. Je baisse les yeux, un peu honteux. Oui. Cela ne me gêne pas. Je dois me repentir. J’ai tué pour ma vénalité. Pour mon envie. Pour ma luxure. J’ai manipulé, j’ai menti, j’ai poussé au crime. J’ai créé des conflits autour de moi. J’étais un objet de désir, et de vice. Moins redoutable qu’Hélène, mais tout aussi passionné. Pas pour un homme. Pour de l’argent. Pour du pouvoir. Pouvoir inutile. Car la vie ne tient qu’à un fil. Et les Moires sont implacables… Clotho a filé mon destin, Lachésis l’a fait tourner, et Atropos l’a scellé.
 
« MON CUL !  »
 
Je sursaute. Tu y as mis tant de véhémence. Tu trembles de colère. En proie avec toi-même.
 
« J'ai conquis des contrées. J'ai vendu des corps et des âmes. J'ai acquis plus de richesse que ne pourront jamais en chier ces enfants. Et malgré cela, c'est moi, qui leur sers leur repas, la tête basse. »
 
Je me relève, m’approche lentement de toi. Je prends ton visage entre mes deux mains, et je te fais me regarder dans les yeux. Je te souris, tendrement. Pourquoi ne suis-je plus en colère contre toi… pourquoi tout mon être n’est-il que douceur pour toi… je l’ignore.
 
« Pourquoi le lion devrait il courber l’échine devant les agneaux ? Pourquoi devrais-tu baisser la tête devant les apprentis ? Tu es cuisinier… oui, et alors ? Ce n’est pas ce qui te définit, Janma. Ce n’est qu’un statut. Un statut peu élevé, mais ce n’est pas toi. Tout comme je ne suis pas le surveillant. Ce n’est pas comme cela que je me vois. Ce n’est pas comme cela que je te vois. Ce n’est ainsi qu’ils nous verrons si nous nous imposons… Je ne te dis pas de les tuer, ou de les faire plier devant toi… Simplement, montres leurs qui tu es. Brilles à leurs yeux comme tu brilles aux miens…  »
 
Je ne sais pas ce qui m’a poussé à dire cela. C’est… tout simplement ce que je voulais dire. Ce que je voulais te faire comprendre. Tu parles bien. Et moi bien trop peu. Je parle pour dire l’essentiel de ma pensée. Sans quoi… ma gorge se serre. Je n’arrive pas à m’exprimer. Je ne sais pas pourquoi. Tu m’intimide. Ou bien tout simplement n’ai-je rien à te dire. Peut-être n’ai-je qu’envie d’agir. Je veux te réconforter, te soutenir si tu en as besoin. Je veux être là…
 
 Mais pour quoi vais-je passer… une groupie ? Une amoureuse transie ? Amoureux… non. Il ne me semble pas l’être… Je… ne veux pas l’être. Non… s’il te plait non.
 
Pourtant… j’ai très envie de t’embrasser.
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Re: Je crois qu'il faut qu'on parle... [P.V. Janma] - Dim 20 Oct 2013 - 19:45


La sensation, douce, fraîche, de ses doigts sur sa peau lui tira un frisson du tréfond de son âme. Il sentit sa gorge s'assécher, sa colère s'envoler. S'évaporer, disparaître, comme la trace invisible d'un mauvais rêve dont il venait de le tirer. Ses yeux, clairs, d'un bleu si limpide qu'il mourait d'envie d'y plonger, ses yeux le regardaient.

Ils n'étaient pas lointains, dissimulés, il ne se cachait pas, non. Il le regardait comme jamais personne ne l'avait vu. Il se sentit perdu. Un marin abandonné au milieu des flots, et repêché par la plus belle de toutes les sirènes. Sven. Il se tut, ne trouvant plus quoi lui dire. Il n'en avait pas besoin. C'était un silence qui s'imposait de lui-même. La déclaration la plus sincère qu'il lui ait faite depuis leur première rencontre.

Un lion. Janma eut un sourire, sincère, un peu de biais. Un lion. C'était une adorable métaphore, mais les lions n'étaient en réalité que de gros paresseux. Ils engrossaient leurs femelles, et les laissait ensuite faire tout le travail à leur place pendant qu'ils dormaient pour certains jusqu'à dix-huit heures par jour. Un lion devait courber devant l'agneau, car l'agneau s'il n'avait ni ses griffes ni ses dents vivait de son propre ressort. Janma n'était pas un Lion. Il en avait peut-être les crocs, mais sa volonté était plus violente, plus... divine.

Il l'écouta sans l'interrompre, bien que les remarques lui viennent les unes après les autres. Le statut était pour lui tout ce qui déterminait un homme. C'était lui qui dictait son avenir. Qui naissait en bas mourrait plus bas encore. Seuls ceux de haute classe pouvaient aspirer un jour à une vie meilleure. Il le savait mieux que quiconque, il était passé par toutes les étapes de la plèbe avant de devenir un dieu. Un privilégié. Du moins, c'était ce qu'il avait pensé en arrivant dans le temple. Quel beau mensonge.

Ce n'était pas un cuisinier, Sven n'était pas un surveillant. Janma était quelqu'un d'autre, qui s'était oublié. Il avait pourtant tellement de potentiel. Tellement de puissance entre ses doigts. Tellement de volonté pour une vie meilleure. Il ne voulait pas être "un" dieu. Il voulait être "le" dieu. Celui qu'on prierait lorsqu'on en aurait besoin. Celui qu'on craindrait lorsque l'on s'en prendrait à des voleurs. Celui qui aidait les miséreux. Celui qui existait pour la seule raison d'exister : vivre. Il haïssait ce qu'on l'avait forcé à devenir. Il détestait ce qu'il s'était mis en tête d'être.

Il était méprisable. Il ne méritait pas le regard de Sven. Ses doigts. Son attention. Il l'aurait battu, jeté entre les bras de son violeur et battu encore si cela avait pu le faire plier. Il l'aurait peut-être même tué comme il avait tué Corvo. Il l'aurait humilié, traîné cent fois dans la boue plutôt que d'être humilié. Oui. Janma avait une estime si haute de lui-même qu'il ne supportait pas d'être un mortel parmi les immortels. Il ne supportait pas d'être cuisinier. Il ne supportait pas de devoir se soumettre. Il pencha lentement la tête en avant, serra Sven dans ses bras.

Le contact de ses épaules frêles entre ses mains lui tira un sourire. Il était tellement fragile. Et lui... n'avait pas su comment gérer cette fragilité. Il n'était pas sensé être celui se laissant aller aux larmes. Celui perdant la raison. Celui qui sombrait dans la haine et la rancoeur... parce qu'il était incapable de voir ce qu'on avait à lui offrir.

Janma : Qu'est-ce que c'est, briller, Sven...

Il murmurait, n'ayant plus assez de force pour s'exprimer la gorge grande ouverte. Ses doigts remontèrent lentement le long de la nuque de Sven, qu'il pressa contre lui. Il s'y accrochait avec la force du désespoir, refusant de le voir partir une nouvelle fois. Il n'avait pas terminé. Il ne comprenait plus rien.

Janma : J'ai cru qu'être dieu "pie", c'était être le dieu des autres. Celui qui volait les dieux. Celui qui leur mettait des bâtons dans les roues. Celui qui restait en marge, se faisait admirer et détester. Un Hermès. Un Loki. Un voleur. Un trompeur. Un manipulateur. Mais toi, comme moi, comme tous ces enfants incapables de comprendre ce qu'ils sont, tous avons oublié quelque chose.

Il leva le regard sur le repenti, ramena une de ses mèches longues derrière son oreille. Ils étaient tellement fins... il aurait pu tisser de la soie avec sa délicate chevelure d'ange. Sven... était tellement beau que Janma s'estimait ô combien heureux qu'il soit réel.

Janma : Sans les hommes pour nous prier, nous ne sommes qu'une bande de clowns. Si les dieux meurent, le monde perdure. Alors pourquoi existons-nous, Sven ? Est-ce que l'on m'a fait revenir pour toaster des oeufs et du pain de mie, ou bien attend-on autre chose de nous ?

Il se laissa choire, croisa les jambes. Son mouvement entraîna le frêle surveillant dans sa chute. Il caressa doucement son bras, son épaule, sa peau blanche et délicate. Tellement douce. Son regard ambré le perça comme une flèche, acéré, inquisiteur.

Janma : Je veux être le dieu qui te protègera comme celui qui protège les hommes. Si nous sommes ...tant. C'est parce qu'un seul homme est incapable de sauver sept milliards de personnes. Je veux devenir suffisamment fort... pour descendre, sur Terre, et donner de la chance à ceux qui volent pour leur survie.

Ses doigts doucement saisirent le bout de son nez, s'attardèrent sur son oreille. Il était si près de son visage que son souffle répondait à celui de Sven. Son coeur manqua un battement. Oui. Si sa raison d'exister était encore inaccessible, il avait une raison de vivre. De survivre. De supporter. Et elle était juste devant lui...

Janma : Je veux briller et vivre pour toi, Sven.

Un mouvement infime le poussa vers lui. Comme mu par une volonté autre que la sienne, il saisit ses lèvres entre les siennes. Le temps s'écroula, se suspendit. Un instant unique, sans autre témoin que son esprit déranger et ses quatre murs. Son coeur battait. Lui qui le croyait mort depuis des années, il en avait le rouge aux joues. Un avoeu. Une promesse.

Janma : Je ne t'abandonnerai jamais.
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Re: Je crois qu'il faut qu'on parle... [P.V. Janma] - Dim 20 Oct 2013 - 20:30
Tes bras qui m’enlacent. Je sens mon cœur palpiter dans ma poitrine. Comme un oiseau fou dans sa cage. Ça fait mal. Ça fait du bien. C’est horriblement bon de te sentir contre moi… J’ai chaud. J’ai froid. Je me sens mal. Je me sens bien. Ne me lâches plus, je t’en supplie…
 
« Qu'est-ce que c'est, briller, Sven... »

 
Tu murmures. Et moi je frissonne. Tes doigts qui glissent le long de mon dos, qui viennent se placer sur ma nuque. Tu me presses contre toi. Je veux rester là pour toujours… Tu t’accroches à moi. As-tu peur que je disparaisse, comme j’ai peur que toi, tu ne disparaisses ? Pour ne plus revenir ? Pour ne plus… jamais me revenir ?
 
« J'ai cru qu'être dieu "pie", c'était être le dieu des autres. Celui qui volait les dieux. Celui qui leur mettait des bâtons dans les roues. Celui qui restait en marge, se faisait admirer et détester. Un Hermès. Un Loki. Un voleur. Un trompeur. Un manipulateur. Mais toi, comme moi, comme tous ces enfants incapables de comprendre ce qu'ils sont, tous avons oublié quelque chose. »

 
Je ne t’écoute plus que d’une oreille. Ton contact me rend toute chose. Je l’avoue… Je sens mon cœur, dans ma poitrine. Je l’entends battre. Cela faisait si longtemps… J’aimerais que tu le sente. Que tu te rendes compte de l’effet que tu as sur moi.
 
Tu lèves ton regard. Tu replaces l’une de mes mèches. Je rougis légèrement. Tes doigts qui m’effleurent… si doux, si chaud…
 
« Sans les hommes pour nous prier, nous ne sommes qu'une bande de clowns. Si les dieux meurent, le monde perdure. Alors pourquoi existons-nous, Sven ? Est-ce que l'on m'a fait revenir pour toaster des oeufs et du pain de mie, ou bien attend-on autre chose de nous ? »

 
Trop de question. Tu me demandes trop de choses. Je ne sais pas. Voilà. Je n’ai pas les réponses à tes questions… Tu tombes, m’entraine dans ta chute. Tu me caresse le bras, l’épaule, le cou, la peau… J’ai chaud. De plus en plus chaud. Ce contact… il me fait perdre la tête. Je n’arrive plus à penser correctement. Janma, tu me perturbes… Ton regard me perce. Profond, acéré. C’est comme une dague que l’on enfoncerait dans ma chair. Et pourtant, je ne détourne pas les yeux. Si beau… tu es si beau…
 
« Je veux être le dieu qui te protègera comme celui qui protège les hommes. Si nous sommes ...tant. C'est parce qu'un seul homme est incapable de sauver sept milliards de personnes. Je veux devenir suffisamment fort... pour descendre, sur Terre, et donner de la chance à ceux qui volent pour leur survie. »

 
Ma bouche s’ouvre. Se referme. Arrêtes de dire de pareilles choses, je t’en supplie. Arrêtes de me faire perdre contenance de la sorte. Arrêtes de me tirer des larmes tant tu me rends heureux par tes mots…
 
Ton souffle fait écho au miens. Tu es si près… Je peux voir chaque détail de ton visage parfait. De ta peau gorgée de soleil, de tes yeux aux couleurs du désert. Je peux voir de près tes lèvres que je rêve d’embrasser encore et encore. Ton nez que je souhaiterais sentir glisser sur ma peau…
 
« Je veux briller et vivre pour toi, Sven. »

 
Tes lèvres s’emparent des miennes. Humide baiser. Je pleurs. Je n’arrive plus à me contenir. Mes bras se glissent autour de ta nuque, ils t’emprisonnent contre moi. Ne me lâche pas. Ne me laisse pas tomber. J’ai bien trop peur de me briser…
 
Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices ! Suspendez votre cours : Laissez-nous savourer les rapides délices, des plus beaux de nos jours !
 
Je deviens fou. Fou de toi.
 
Je sens ton cœur battre. Et c’est comme si mon cœur se callait sur le rythme du tiens. Nos deux cœurs. A l’unisson. A moins que ce ne soit qu’une impression ? Je ne sais pas. Mon souffle se mélange au tiens. J’ai peur de m’accoutumer, même en si peu de temps, à tes baisers, et venir à en manquer, lorsque ce sera terminé…
 
Hélas la fin arrive. Bien trop rapide à mon goût. J’en veux encore. Encore plus. Encore plus fort. Encore plus… fort. Oui… Je ne te lâche pas. Je ne veux pas te lâcher. Et si tu venais à disparaître ? Je me briserais. Je ne le veux pas. Tu es mon unique raison de rester. Mon unique raison de vivre ici. Je veux te garder avec moi. A côté de moi. JE suis égoïste, je le sais. Je doute. De moi. De tout. J’ai peur. Peur… oui. J’ai peur de toi. Et pourtant…
 
« Je ne t'abandonnerai jamais. »
 
Je souris. Je suis heureux, je crois. Une promesse… Tu la tiendras, hein ? Dis-moi que oui. Je t’en supplie… Je me sens comme un oiseau en papier. Fragile. Sensible. J’ai peur de me froisser… Mais si… tu prends soin de moi, alors je tiendrais. Je serais fort. Et je m’endurcirais. Je ne me briserais pas. Pas tant que j’aurais tes bras. Pas tant que je t’aurais près de moi…
 
« Janma… tu ne te rends pas compte, mais tu brilles déjà… Tu as toujours brillé… C’est naturel chez toi… »
 
Ma voix se serre dans ma gorge. Je colle mon front contre le tiens. Mes bras se délient d’autours de ton cou. Une de mes mains vient chercher la tienne. Elle l’enlace. Ma main dans la tienne… me semble si petite… Ne la lâche pas. Ne me lâche pas. Je t’en prie… Mon nez frôle le tiens. Je frémis. Je me colle contre toi. J’ai chaud… Je suis bien là.
 
Ne me lâche pas…
 
J’ose enfin un regard sur ton visage. Ma vue est embuée, mais cela ne m’empêche pas de te voir rougir. Est-ce à cause de moi ? J’espère ne pas t’embarrasser… Je ne le veux pas. Non. Ce n’est pas mon but.
 
Je souris comme un idiot. Et dire qu’à la base, j’étais venu pour t’engueuler, me voilà dans tes bras, à pleurer, et à t’embrasser. A prier pour que tout cela ne soit pas qu’un rêve. Que tout cela soit réel.
 
Tes mots se gravent dans mon esprit. Je ne suis pas près de les oublier, crois-moi…
 
« Je n’ai pas de réponses à tes questions… Mais… je peux toujours t’aider à en trouver… Si tu veux bien de moi…pour t'accompagner... »

Janma… le mien… hein ?
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Re: Je crois qu'il faut qu'on parle... [P.V. Janma] - Sam 26 Oct 2013 - 19:34


Un sourire sincère, la promesse retenue. Il sentit son coeur de pierre battre à lui en faire mal, sa tête pulser, son corps s'engourdir doucement. Il avait si peu dormi qu'un instant d'émotions tellement intenses le rendait presque nauséeux. Il se faisait violence pour ne pas s'écrouler dans ses bras une fois son pardon acquis. Il savait, quelque part, que Sven lui en voulait toujours. Qu'il s'était inquiété pour lui, et qu'il avait sans doute même espéré qu'il meure dans la situation la plus grotesque possible. Pourtant, ses mots étaient d'une douceur et d'une force qui le firent frissonner.

Sven : ...Tu as toujours brillé...

Il le sentit sur le point de se briser. Sur le point de fondre en larmes une nouvelle fois, de partir en poussières entre ses bras. Il le serra, resta immobile, en suspension entre deux mondes. Sa main dans la sienne, son front contre le sien. Il se sentait sale. Idiot. Inutile. Une gêne, un parasite, une larve. Il s'était laissé aller depuis tant de temps que l'image de lui-même qu'il voyait à travers les yeux de Sven lui paraissait être un lointain souvenir. Il n'était pas aussi brillant que ce qu'il semblait dire. Ce n'était plus un prince, un roi. Non, ici il n'était plus rien.

Rien qui avait été laissé là dans le but de devenir. Il n'était personne d'autre que celui qu'il luttait pour devenir. S'il voulait briller, il devrait s'en donner les moyens. S'il voulait devenir le dieu, et non pas un dieu, ce serait à lui de se donner les moyens d'être. S'il voulait être le roc de Sven il devrait de lui-même prouver qu'il était capable de le protéger, au lieu de lui dire de lui faire confiance. La confiance, cela s'acquiérait par gouttes. En revanche, elle se perdait en litres. Il caressa doucement les cheveux de Sven, s'allongea sur le dos - ou se laissa tomber ? Il était tellement fatigué... - et ferma les yeux, avant de lui répondre.

Janma : Si je n'avais aucun but, je serais resté mort.

Il se sentit violemment partir dans le sommeil, rouvrit les yeux. Ils étaient rouges, très abîmés, au bord du blackout forcé pour récupération dans l'urgence. Il sentit ses lèvres trembler d'un sourire, et murmura du bout des lèvres quelques mots dans sa langue natale. Il enlaça Sven, embrassa doucement ses cheveux, et l'empêcha de s'enfuir. Il était revenu. Sa lumière était de nouveau à lui.

Janma : Je veux devenir. Avec toi, je veux être plus qu'un "être". Je rendrai honneur à ma lumière. Je t'en fais la promesse.

Il pivota doucement sur le côté, faisant tomber Sven. Il sentait tellement bon. La peau propre et délicate. L'odeur douce d'un corps qu'on entretient, qu'on bichonne. D'un corps que lui voulait entretenir, protéger, et voir tous les jours. Dans sa folie existentielle, Janma ne donnait plus d'importance au reste du monde. Tout ce qui comptait pour lui était désormais réuni en un seul être. Sven.

Janma : Sy Miseèna.

Puis ce fut le noir. Un sommeil nécessaire, réparateur et terriblement long l'arracha à la conscience de son propre corps. Il partit pour un allé simple au pays des rêves, sentant simplement le repos enfin présent entre ses bras. Sven était revenu. Sven le voyait briller. Sven était à lui. Enfin. Sa petite vipère. Sa lumière. Son oeuvre d'art.

Il eut un sommeil agité. Son corps était trop faible pour réagir, mais sa conscience le torturait horriblement. Il se tournait, se retournait entre ses souvenirs, plus violents les uns que les autres. La vanité de sa propre existence lui sauta au visage comme une évidence qu'il n'avait jamais considérée. Il était né fils, était mort seigneur. Qu'avait-il accompli de sa vie de réellement important ? Il revoyait ses décisions toutes plus égoïstes et lourdes de conséquences les unes que les autres. Sa rupture avec Judal. La mort de son épouse. Le début de sa clique de bandits. Sa prise d'Al Suraja.

Janma était un voleur, un manipulateur, mais il n'avait jamais été un menteur. Il voulait quelque chose, il l'obtenait. Quel bien cela faisait-il autour de lui ? C'était le seau de sel qu'Atila versait sur les terres ennemies. C'était la boîte de Pandore dont on avait perdu la clef. Il était méprisable. Un furoncle sur la fesse de l'espèce humaine. Il avait tellement de volonté, et choisi de l'utiliser pour faire le mal. Un être sage aurait renoncé à son rang pour vivre son amour. Ah, oui mais... Judal l'aimait-il vraiment ou le craignait-il ?

Il rouvrit les yeux, aperçut le visage de Sven, se rendormit aussitôt. S'il avait eu Sven comme esclave, l'aurait-il considéré de la même manière ? Oui. Il avait brisé l'innocence et la bonté de Judal aussi sûrement qu'il l'avait trainé dans la boue. Il se revit, montant sur son dos, le forçant à ramper dans la boue de la rue principale pour ne pas qu'il salisse ses babouches. Il se revit ensuite, le faisant fouetter pour avoir eu l'indécence de s'écrouler de fatigue. Et quelques heures plus tard, s'occupant de lui à en faire rougir les gardes qui tenaient sa porte sauve.

Ce n'était pas un être brillant, contrairement à ce que prétendait Sven. C'était quelqu'un de profondément noir.

Il rouvrit une seconde fois les yeux, et ne réussit à articuler que deux mots. Pour lui. Pour Judal. Pour sa femme, son père. Pour tous ceux qu'il avait mutilés, vendus, battus à mort, fouettés. Pour chaque être vivant ayant subi son courroux surdimensionné.

Janma : Pardonne-moi...
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Re: Je crois qu'il faut qu'on parle... [P.V. Janma] - Ven 1 Nov 2013 - 21:37
Je ne sais pas à quoi tu penses. Je n’arrive pas à percer les mystères de ce qu’il se cache dans ton esprit. Cela me perturbe. Tu te contentes de rester silencieux, alors que moi je parle. J’ai l’impression de trop me livrer à toi. Je soupire, doucement. Je ne sais plus quoi dire ou quoi faire. Je… ne veux pas te lâcher. Et je ne veux pas que tu me lâche non plus. Je me sens tellement bien là… C’est peut être ridicule. Et peut-être que d’ici peu de temps, tu vas finir par me dégager totalement, ne voulant plus avoir de contact avec moi. Cela m’effraye, oui… Je doute de tout, de rien. Je me pose des questions. Tu m’intimides. Tu m’effrayes un peu, en fait. Oui. Parce que j’ai envie de croire en toi. J’ai envie d’y croire. Mais j’ai peur d’être déçu. D’être blessé. D’être… tout ce que l’on peut être en espérant quelque chose. En y croyant.

Je soupire.

Ta main glisse dans mes cheveux. Je frémis. J’aime bien cette sensation. Moi qui déteste d’ordinaire que l’on touche à mes cheveux… Et puis soudainement, tu tombes sur le dos, et moi, je reste à genoux, à tes côtés.

« Si je n'avais aucun but, je serais resté mort. »

Un but, hein… Je te regarde, tu fermes les yeux, les rouvres. Tu sembles épuisé. Vide de toute énergie vitale… Je te couve du regard, comme une Pieta. Tu murmures quelques mots dans une langue que je ne comprends pas. Surement ta langue natale. Elle me semble douce. Comme du miel. Elle m’inspire le soleil. Je ris. C’est absurde. Tes bras m’enlacent. Tu embrasses mes cheveux. Je sens le rouge me monter aux joues. Jamais l’on n’avait eu pareille attention pour moi…

« Je veux devenir. Avec toi, je veux être plus qu'un "être". Je rendrai honneur à ma lumière. Je t'en fais la promesse. »

Je rougis de plus belle. J’essaye de me libérer, j’ai envie de fuir. C’est… gênant comme situation… Je sens mon cœur battre la chamade dans ma poitrine. Mais tu me retiens. La fuite est impossible. Et puis tu pivote, m’entrainant avec toi. Bloqué dans tes bras, allongé contre toi… Je ne peux rien faire d’autre que rester là. Je respire comme je peux, difficilement. Je pose mon front contre ton torse. Je sens ton souffle me chatouiller le crâne.

« Sy Miseèna. »

Je ne comprends pas ce que tu viens de me dire, mais je n’ai pas le temps de te demander de me traduire que déjà tu t’es endormi. Et moi, je reste là, comme un parfait idiot. Je pose une main timide contre ton torse, juste en dessous de mon visage. Je sens ton cœur battre au creux de ma paume. Ton cœur… est-ce qu’il pourra m’appartenir un jour ? Est-ce que c’est vraiment ce que je veux…

And will we ever end up together… ?

Je te regarde dormir. Tu sembles agité, même si ton corps ne réagit pas. Prince immobile, dormant contre moi, simple humain souillé de bien des manières… Pourtant je te trouve rayonnant, même si je sais, au fond de moi, que tu n’es pas pur. Mais qui mieux que moi pourrait te comprendre… J’ai manipulé, j’ai forcé à tuer, je me suis moi-même salit les mains, à quelques reprises. Et j’ai vendu mon corps. Ce même corps que celui que j’ai aujourd’hui. A quelques détails près, peut être… Notamment à celui que… je suis mort, entre temps. Et ressuscité. Et violé. Une deuxième fois. Une de mon vivant, une de ma mort. Décidément, j’attire les cas… Je sens des larmes me monter aux yeux d’avoir pensé à cela. Macky… son visage, ses mots, ses gestes, ses coups… C’est douloureux de m’en souvenir. Mon corps ne me l’a pas fait oublier, contrairement à quand j’étais sur terre… à Londres… J’oubliais tout, là-bas… Ici, non.

Je me hisse jusqu’à ton cou, je m’y niche, et je me serre contre toi. Ta présence est rassurante… et apaisante. Tu m’as promis de prendre soin de moi… de tels incidents ne m’arriveront plus, n’est-ce pas… ? Je me sens sombrer. Ton corps assoupit m’attire au pays des rêves, moi aussi… Et dire que j’étais résolu à t’en vouloir… Je ne le peux plus. Pour l’instant…

Je m’endors, tout simplement. Je me sens à ma place dans tes bras, comme si c’était ici que je dois être tout le temps. Je dors quelque temps, et je rêve. Pour une fois. Je te sens, proche de moi. Tu me prends dans tes bras, tu me souris. Mais… ton sourire sonne… étrange. Faux. Malsain. Ironique. Tu me murmure quelque chose à l’oreille, puis une douleur fulgurante me fait m’agenouiller. Tu me tourne le dos… et tu t’en vas. Sans un seul regard. Sans un seul geste. Sans un seul mot. Juste… tu pars. Sans prévenir. Comme….

Je sens une larme rouler sur ma joue. Je me réveille, du plomb dans le moral. La gorge, l’estomac et le cœur serré. Je retiens un sanglot. Non… ce n’était qu’un rêve pas la réalité. Je suis pris de panique, je m’accroche à toi, colle mon visage dans ton cou, pour m’y cacher et me persuader que cela n’arrivera jamais. Ce n’était qu’un rêve.

« Pardonne-moi... »

Tu es réveillé. Tu as murmuré. Je sens un sanglot remonter. Te pardonner ? De quoi ? Est-ce que par hasard tu compterais m’abandonner ? Est-ce que tu comptes me laisser ? Maintenant ? Je m’accroche de plus belle, je refuse de te lâcher… Je me mets à sincèrement avoir peur. Mais… je tente de me calmer. Non. Il me demande pas de lui pardonner pour ce qu’il pourrait faire mais ce qu’il a fait. Ce n’est pas ça. Son pardonne moi est juste mal tombé. Il veut juste s’excuser … pour ce qu’il a fait. Oui, c’est ça. Hein, c’est ça ? A moins qu’il n’y ai vraiment une autre raison … je ne sais pas.

Je relève lentement le visage vers toi, ravale ma tristesse et mes larmes. Je dois me calmer. Ce n’était qu’un rêve. Ce n’est pas la vérité. Ce ne sera pas la vérité.

« … Bien dormi ? »

C’est là tout ce que je trouve à demander. Je lève une main, timide, la pose sur sa joue. Il a toujours l’air un peu fatigué. Je ne sais pas combien d’heures de sommeil il va lui falloir pour rattraper toute cette fatigue accumulée. Ma main vient se perdre dans tes cheveux. Je soupire, me hisse doucement pour avoir mon visage au niveau du tiens. Je te regarde, encore un peu endormi.

« Je… suis toujours là… »

Je murmure. Je ne sais pas pourquoi je dis cela, mais j’en avais envie. Voire même besoin. Oui. Il fallait que je le dise. Que cela sorte. Que je lui fasse bien remarquer que j’étais toujours là… Que moi, je ne l’avais pas abandonné. Je baisse les yeux. Crétin que je fais…

« Enfin… »

Ma gorge se serre. Je me tais. Je ne sais plus quoi dire d’autre. Alors autant rester silencieux. Je sens le rouge me monter aux joues. Je me colle contre lui, sans trop m’en rendre compte. Son contact… j’ai l’impression que je vais me sentir sacréemnt vide, lorsque je ne serais plus contre lui…

No, I think not… it’s never to become…

For I am not the one…
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Re: Je crois qu'il faut qu'on parle... [P.V. Janma] - Jeu 7 Nov 2013 - 12:01


Sven : Bien dormi ?

Non. Il n'avait pas bien dormi, il ne dormait jamais bien, il ne dormait jamais. Sa conscience toujours était en éveil, prête à lui sauter à la gorge, à le faire supplier de s'arrêter, à le faire prier d'être achevé. Janma n'était plus qu'un homme, et un homme torturé par deux peurs totalement contradictoires. Celle de mourir. De souffrir dans la mort, de faire souffrir avec lui celui qui comptait le plus au monde. La trace volatile de sa vie s'évaporerait aussi facilement qu'elle était apparue, et il disparaîtrait aux yeux de tous. Son autre peur, à l'inverse, était celle de ne jamais mourir. Rester toujours bloqué dans ce corps qui ne vieillirait même plus, toujours larbin, toujours cuisinier. A tout jamais baisser la tête et couper des aliments pour une bande de porcs aux mains douces.

Non. Janma ne dormait pas bien. Parce qu'il avait mal aux articulations, au dos. Parce qu'il avait l'impression d'être un vieillard qu'on aurait tabassé à coups de barre de fer, une loque qu'on aurait piétinée, un corps brisé qui ne se relèverait jamais. L'angoisse d'être emprisonné dans un corps qui pour toujours refuserait de bouger, les yeux grand ouverts, la conscicence en éveil, le fit trembler. La main de Sven, douce, lui tire un sourire fatigué. Il laisse ses mains sur sa taille, sa cambrure gracile, sa colonne fragile. Oui. Sven était toujours là. Il avait toujours été là. Et au moment où stupidement il était parti, prenant son égoïste résolution pour la solution la meilleure, il avait encore été là. Si Janma avait laissé de côté son égo de mâle dominant pour sauter dans les bras de Sven, jamais, non, jamais il ne serait tombé.

Jamais il ne serait tombé. Jamais jamais il ne se serait relevé. Jamais il n'aurait eu la force de dresser le menton, de présenter son majeur au ciel, de défier Deus de le foudroyer sur place. La vérité pourtant était triste, Deus avait peut-être fait revivre ses apprentis et ses larbins, mais il les avait laissés livrés à eux-même. Comme un certain Voltaire, Janma devenait déiste. Sa renaissance tenait peut-être d'un être supérieur, mais qui était parti vaquer à d'autres occupations. Pourquoi, sinon, aurait-il autorisé la guilde noire ? Un être tout puissant n'éprouvait pas de colère. Pas de plaisir. Il n'éprouvait qu'un amour inconsidéré pour toute chose et voyait à travers le monde la beauté de la création et du chaos. Tout ce qui montait était voué à redescendre. Pourtant...

Ce trognon qu'il avait reçu sur la tête, dans le Temple.

Et si Deus n'était qu'une énorme mascarade ? Une entité créée par les directeurs pour disposer d'une armée propre à asservir les humains. L'esclavage, c'était son domaine de prédilection. Il savait que tout homme était asservissable. Que n'importe quel parent, pour peu qu'il ait un couteau sur la gorge ou les poches pleines d'or jusqu'à la fin de ses jours, laissait ses enfants passer de mains en mains. Que la liberté n'était pas un droit, mais un acquis. Et si c'était ça, l'ironie du sort ?

Janma : Les repentis libres ne demeurent pas. Nous sommes les esclaves de Deus sous la coupe d'un ordre social jusque dans notre mort.

Il serra Sven contre lui, caressa doucement sa nuque, les yeux plongés dans les sien. Il délirait un peu, mais dans une absolue lucidité qui rendait le monde beaucoup plus blanc. La solution n'était pas de suivre le mouvement et de plier l'échine pour correspondre aux attentes de l'être supérieur qui les méprisait depuis son temple. Non. Ils étaient esclaves, mais tout esclave s'affranchissait en montrant suffisamment de véhémence.

Janma : Aucun de nos frères d'infortune n'a ni couilles ni coeur pour sortir de l'affre où nous sommes enfermés. Deus prépare ses fesses, je finirai par les lui botter.

Il décalla doucement Sven, se fit violence pour se lever, et attrapa un crayon de papier pour griffonner sur ce qu'il trouva de plus blanc - en l'occurence, le dos d'une assiette en carton.

Un grand pouvoir confère de grandes responsabilités. Un dieu, imparfait possède dons et responsabilités qui le rendent instable entre les murs de cette académie. Chacun d'entre nous est une bombe à retardement qui ne demande qu'un coup de main sur la colonne pour spollier ses organes sur les autres. Réaction en chaîne. Si tu ne peux pas devenir le maître, alors deviens le bourreau. L'avenir n'est pas dans la confrontation. Soit proche de tes alliés, mais plus proche encore de tes ennemis. Mani...

Il releva la tête, dévisagea Sven. Sa lumière. Sa solution. L'être le plus important de toute sa mort en cet instant. Oui. C'était lui, la clef de voûte de sa vie toute entière.

Janma : Mon berger. Mon étoile. Mon trésor.

Son bras l'invita à le rejoindre. Il se cacha, le nez contre son ventre. Sven sentait la douceur candide de l'innocence. Cette enveloppe de naïveté fausse prête à refermer ses claquoirs sur le cou de qui ferait un pas de travers. Oui. Son amour. Amour, hein ?

Janma : Reste avec moi toujours, tu ne le regretteras pas.

Il lui sourit, sincère, le garda contre lui. Son crayon toujours entre les mains. Son Sven. Son ange. Sa lumière. Le sien. Et la seule possession qui avait jamais eu un sens de toute son existence.
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Re: Je crois qu'il faut qu'on parle... [P.V. Janma] - Sam 9 Nov 2013 - 0:47
« Les repentis libres ne demeurent pas. Nous sommes les esclaves de Deus sous la coupe d'un ordre social jusque dans notre mort. »
 
Deux phrases. Quelques mots qui résonnent en moi. J’en oublie presque le corps chaud de Janma contre le mien. Ses doigts sur ma nuque m’arrachent à mes pensées, en plus de m’arracher un frisson. Son regard, plongé dans le mien, me captive. Ses yeux couleur sable me happent. Ses mots flottent dans mon esprit. Est-ce l’influence d’un quelconque délire qui lui fait dire pareille chose ? Je l’ignore. Cependant, il y a une part de vérité, là-dedans… Nous, repentis, devons nous contenter d’obéir aveuglément aux ordres, nous qui, de notre vivant, avons vécu librement, comme bon nous semblait. Dorénavant, nous sommes pieds et poings liés. Contre notre gré. Nous n’avons rien demandé.
 
Songeur, je caresse son visage, sa peau, douce, halée, gorgée de soleil. Je dessine ses traits du bout des doigts sans vraiment m’en rendre compte.
 
« Aucun de nos frères d'infortune n'a ni couilles ni cœur pour sortir de l’affres où nous sommes enfermés. Deus prépare ses fesses, je finirai par les lui botter. »
 
Je souris tristement, avant de me retrouver décalé de lui. Je le regarde sans vraiment le voir, perdu dans mes songes. Ni couilles, ni cœur… J’en fais partie. J’ai honte de l’avouer, mais je me complais dans cette cage dorée qu’est l’académie. Je vis comme un joli animal de compagnie dans sa cage, montant pseudoïquement la garde, comme demandé par son maître.
 
Je soupire, regarde Janma chercher de quoi écrire, et griffonner sur sa trouvaille. Je le laisse faire, garde de la distance. Je lui laisse son espace vital, ne m’imposant pas tant que je ne suis pas invité. Je lui laisse son intimité. Jusqu’à ce qu’il reporte son attention sur moi, de lui-même.
 
« Mon berger. Mon étoile. Mon trésor. »
 
Il m’invite d’un geste du bras à venir le rejoindre. Je sens le rouge me monter aux joues. Je me lève, le dirige vers lui, le laisse enfouir son visage contre mon ventre. J’enlace sa tête, tendrement.
 
« Reste avec moi toujours, tu ne le regretteras pas. »
 
Mon cœur manque un battement, avant de brusquement s’emballer, cogner contre ma poitrine, comme s’il voulait s’échapper, aller se lover dans le creux de la main de l’homme contre moi. Je rougis de plus belle, je le sens, tout comme je souris comme un imbécile heureux. Son souffle transperce le tissu de mon t-shirt, me réchauffant ainsi la peau, et me faisant frissonner.
 
Je donnerais n’importe quoi pour savoir ce qu’il pense en cet instant…
 
Je le regarde d’en haut. Mon cœur rate un nouveau battement. Il affiche le sourire le plus sincère que je ne lui ai jamais vu. Je sens des larmes me monter aux yeux. Mais ce n’est pas de la tristesse qui m’envahit. Non… je me sens bien. Je n’arrête pas de sourire. Mon cœur se prend pour un oiseau fou, dans sa cage. Des papillons prennent naissance au creux de mon estomac. Je crois que je suis heureux…
 
Je lève une main, la pose sur sa tête. Mes doigts glissent dans ses mèches, avant de venir jusqu’à son front pour en écarter quelques-unes, et les replacer.
 
Rester avec lui pour toujours, hein… C’est long, toujours. J’ai peur qu’il ne finisse par se lasser. Tout comme l’on se lasse d’un beau tableau, d’une lubie du moment, d’un animal de compagnie… d’un jouet.
 
Je secoue la tête. Non. Je ne suis pas un jouet. Mais je ne peux m’empêcher de me demander s’il a déjà dit cela à quelqu’un d’autre… à… Judal… ? Je secoue la tête. Je me pose trop de questions. Je dois arrêter. C’est inutile de penser à pareille futilité. Là, maintenant, c’est à moi qu’il l’a demandé.
 
Je me baisse pour arriver à sa hauteur, enroule mes bras autour de son cou. J’hésite à l’embrasser. Alors pour le moment, je me contente de le fixer, mon regard s’amusant à faire des allés retour yeux-bouche-yeux.
 
« Si je refusais… je le regreterais, je le sais… »
 
Je finis par oser, colle mes lèvres aux siennes, tendrement, presque chastement.
 
« Tout bonnement car j’en meurs d’envie, de rester à tes côtés pour toujours…  »
 
Je m’assoie, à ses côtés, pose ma tête sur son épaule. Je ne peux réprimer un bâillement. Ma fatigue à moi aussi me rattrape. Je soupire. Je regarde un peu autour de moi, cherche son lit des yeux, mais il n’en a pas. Il se contente de matelas à même le sol, ressemblant à des futons. Je retire mes chaussures, enfin. C’est plus confortable de dormir sans.
 
Je me traine vaguement jusqu’à arriver au bon endroit, me rallonge, lentement. J’ai trop d’habits sur le corps pour être totalement à l’aise, mais je ne veux pas qu’il s’imagine que j’attende quoi que ce soit, où que je ne sois là que pour ça…
 
Je me tourne sur le côté, vers lui, me redresse un peu, prends appuie sur mon coude. De mon autre main, je tape sur le matelas, juste à côté de moi, lui enjoignant de venir me rejoindre. Il est épuisé, je le sais. Et moi de même… Peut-être pourrais-je lui rendre service en dormant à ses côtés…
 
« Laisses l’écriture pour aujourd’hui, et vient te reposer… »
 
Je lui souris, tendrement. Janma… le miens…
 
« S’il te plait… ? »
 
Je lui fais les yeux doux. Mais il ne va pas assez vite à mon goût. Alors je me rallonge. Mon t-shirt me gêne. Je n’aime pas en porter, pour dormir… Je finis par me tourner, dos à Janma, pour le retirer, même si… j’en suis légèrement honteux. Puis je me re-retourne, tends un bras vers Janma.
 
« …Janmaa… »
 
Je finis dans un bâillement, plaquant ma main devant ma bouche… Je pars petit à petit…
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Re: Je crois qu'il faut qu'on parle... [P.V. Janma] - Sam 9 Nov 2013 - 20:17


Insensible ou totalement concentré sur son être, Janma mit de longues secondes à remarquer la gêne de Sven. C'était poignant, sincère, cela venait du fond du coeur. Sven avait les yeux rouges d'une émotion violente. La même qui lui tirait ce sourire d'imbécile heureux et cette patience sans fin qu'il avait découverte au contact du repenti. Janma n'osait pas mettre des mots sur les sentiments confus qui l'assaillaient. Il refusait de prononcer deux syllabes, de se placer en homme faible.

L'amour, oui, c'était une faiblesse. Pas pour lui, mais pour Sven. En l'aimant, en reconnaissant l'aimer, il le plaçait immédiatement en danger pour quiconque lui voudrait du mal. De même que les femmes des hommes de pouvoir étaient les cibles préférées des enlèvements - après les enfants - Sven devenait son bijou à protéger à tous prix. Il le serra un peu, étouffa un frisson lorsqu'il sentit ses petits doigts se frayer un chemin dans ses cheveux. Il réalisa à cet instant qu'il n'avait jamais été câlin avec quiconque.

Les moments qu'il passait avec Judal avaient un parfum de fruit défendue et de nudité interdite. C'était un instant entre deux mondes parce qu'il bravait tous les interdits de sa famille et son époque pour son plaisir personnel. Là...c'était autre chose. Il aurait pu se tuer une seconde fois pour Sven. Il aurait lapé la boue entre le portail et la cafétéria s'il le lui avait demandé. Son regard. Ses gestes. Sa chaleur. Sa présence. Il sentit son estomac se contracter, descendre dans ses talons. Il avait peur. Quoi. Peur ? Non. Janma n'avait peur de rien. Pas même de la mort.

Si. Il avait peur de décevoir la seule personne dont le jugement comptait pour lui. Son pouce caressa doucement la joue de Sven lorsqu'il s'agenouilla à sa hauteur. Il le fixa calmement, écoutant le son de sa respiration sifflante. Son bras couvert d'inscriptions en arabe et en langue commune dénotait avec la blancheur et la pureté de celle de son amour. Amour. Il l'avait pensé. C'était trop tard. Il était perdu. Il frissonna une seconde fois lorsque Sven colla ses lèvres contre les siennes. Janma le laissa partir, les bras ballants, l'âme vide, le regard lointain. Il avait l'impression d'être passé sous un rouleau compresseur émotionnel. Et d'être aussi faible qu'un chaton.

C'était ridicule. Il était Janma Urvaratā. Le roi des voleurs. Le prince des sables. Le conquérant d'Al-Suraja. Et il était aussi totalement dépendant de la présence de Sven. Les mains posées sur ses genoux, totalement dépeigné, le cerveau tournant à plein régime, il jeta un regard en coin à l'autre repenti. Il "mourait"  d'envie de rester à ses côtés. Il ne put réprimer un gloussement ironique. Lui était vraiment mort une fois. Processus nécessaire. L'éternel cycle de sa prise de conscience. Il fixa sans le voir Sven qui s'était allongé... sur son tapis de dégustation. Un sourire ironique prit naissance sur ses lèvres, il se leva pour attraper le repenti entre ses bras, et jeter un regard au véritable emplacement de son matelas de sommeil. Sous les tonnes de coussins, à coté de la fenêtre.

Janma : Tu ne dors pas sur ta table chez toi Sven. Ne dors pas sur la mienne alors.

Il le tira jusque sur son lit, et roula comme un chat en manque de sommeil, tout contre son épaule. Les cheveux dépeignés, le henné bavant légèrement, la tête lui tambourinant toujours, il serra Sven à lui en faire mal. Pour ne pas le perdre, encore. Pour ne pas le voir partir, jamais. Il s'enfonça dans les coussins, balaya certaines des feuilles qui lui chatouillaient les pieds et ramena son drap pour le couvrir. Il avait besoin de sa présence. Besoin de sentir son petit coeur battre contre sa main. Besoin d'entendre son souffle régulier balayer ses cheveux ébouriffés. Besoin de savoir qu'il tiendrait sa promesse, lui aussi. Rester à ses côtés pour toujours. Au-delà de la mort et jusqu'en enfer s'il devait y aller.

Janma : Je ne t'abandonnerai plus...

Il sentit son visage se détendre doucement, le sommeil le gagner une nouvelle fois. Le voyage fut doux, neutre, et sans souvenir. Son ange gardien était revenu. Sven...était à nouveau à lui.
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Re: Je crois qu'il faut qu'on parle... [P.V. Janma] - Dim 10 Nov 2013 - 11:23

Alors, franchement, je suis un fan de ce genre de rp. Tout est dit mais avec douceur et subtilité, chaque sentiment et sensation est décrite avec justesse, rendant le vécu poignant et plus réel que possible. Je ne peux que vous encourager à continuer de la sorte. En plus, Sven et Janma font un très joli couple. Atypique mais adorable. ^^

Sven :  625 xps
Janma :  630 xps

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Je crois qu'il faut qu'on parle... [P.V. Janma]
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