Chapitre IV :
Entre Mortels et Immortels, la guerre est déclarée. Trois mois après la chute d'Isanagi et du Golem de Pierre, la tension ne fait qu'accroître. Encore une fois, l'ennemi saura surprendre. Encore une fois, les futures divinités devront se montrer à la hauteur, et les humains, plus unis que jamais.


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[Quête] Prendre un coup de vieux

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[Quête] Prendre un coup de vieux - Ven 26 Juil 2013 - 11:47
Certains maux rongent les hommes depuis la nuit des temps. La colère, l’orgueil, l’envie, la jalousie. Tous mus par un facteur commun, le battement d’un cœur universel, l’égocentrisme de chaque individu. Chaque personne pense qu’elle est unique. Le fruit d’une union parfaite entre deux êtres, et voué à faire de grandes choses . Pourtant la réalité de la lie humaine est bien plus noire. Tous les vivants ne sont pas voués à réussir. Certains sont des tremplins, des outils sur lesquels d’autre s’appuient pour devenir plus fort. Des milliers de marchepieds tous autant courbés que fourbes, prêts à mordre la main qui les nourrit, à planter une dague dans le dos pour accéder à une parcelle de grandeur avant d’irrémédiablement chuter vers l’ignorance et l’anonymat.

Il est des hommes que la nature gâte. Ceux qui sont nés au bon endroit, au bon moment. J’ai eu la chance d’en faire partie.  L’intelligence d’en tirer parti. Et la bêtise d’être un bon parti. Ce que j’ai passé ma vie à bâtir en écrasant les autres je l’ai perdu au moindre instant de faiblesse. Car là est la réalité de tout homme fort :  il est maître de soi-même tant qu’il n’a pas de femme. Les femmes. Ces créatures poreuses, désagréables, fragiles. Ces croqueuses de diamants prêtes à tout pour faire hériter la chair de leur chair de vos précieux biens acquis. Je les ai méprisées  tout au long de ma vie. A présent que je suis mort, je tente de les comprendre, mais j’y parviens rarement.

Détachées de la peur de mourir un jour, les apprenties déesses sont plus agréables que les humaines qui vivent un peu plus bas. Ce ramassis d’adolescentes aux pensées droites et malheureusement révolutionnaires sont une bande de poules. Elles jactent, pouffent, me regardent du coin de l’œil. J’ai toujours appris qu’il faut être poli même avec le plus abruti de tous les mendiants traînant dans la fange. Aussi, le sourire est-il de mise. Mais lorsque j’en vois une mâcher une mèche de ses cheveux blonds et me regarder comme un énorme loukoum au miel, la patience me déserte.  

L’une d’elle m’a fait prendre conscience de quelque chose, cependant. Alors que je pensais que la mort avait mis sur « pause » le vieillissement de mon corps, elle m’a fait remarquer que je finirais immanquablement par  ressembler à un pruneau sec. J’ai donc commencé à prendre soin de ma personne. A cesser de froncer les sourcils pour un oui ou pour un non. A modérer ma colère. Du moins… à ne pas céder aux provocations énormes que me tendent certains et certaines.  J’en ai parlé avec certains collègues, stupéfaits. Il semblait que personne au sein de cette académie n’avait pensé un jour vieillir. Pourtant il faut bien que les enfants grandissent, que les adultes vieillissent et que les vieillards flétrissent.

Si cette remarque a trotté entre mes tempes quelques jours avant de s’évaporer, elle a fait bien plus de dégâts chez certains esprits faibles. Ethan, un repenti tout juste débarqué de sa petite vie ennuyeuse, a passé la semaine entière à se ronger les sangs. Il n’en dormait plus, se retournait dans son lit, et arrivait le matin venu avec des cernes affreux sous les yeux.  Quel dommage. Un si beau jeune homme. Blond comme les blés, le cheveu coupé court, un air constamment soucieux sur le visage. Il s’est jeté sur moi pour me supplier, m’implorer de trouver  une solution au problème que selon lui j’avais provoqué. Jusqu’à preuve du contraire, je ne suis responsable de l’écoulement du temps. Et si demain je meurs, le ciel m’en soit témoin, le soleil continuera de se lever  à l’est pour se coucher à l’ouest.

Malgré cela, j’ai choisi d’accéder à sa requête. D’abord parce qu’il semblait persuadé que j’étais la solution miracle à son problème – et que me sentir important me donnait envie d’accéder à sa requête – d’autre part parce qu’il savait où se procurer une étrange potion baptisée « Elixir de Jeunesse ».

Je n’ai jamais était superstitieux. C’était là une des forces majeures qui me poussait lors de mon existant. Je n’avais peur ni des morts ni de la mort. Je ne craignais aucun dieu ni aucun seigneur. Je me savais intouchable car sans attaches, j’étais en tête à tête avec moi-même. Pourtant, il faut bien que je me rende à l’évidence, l’inexplicable existe. Comment sinon pourrais-je voir des objets brillants d’aussi loin ? Pourquoi des plumes pousseraient-elles dans mon dos et à travers la peau de mes bras ? Qui est Deus ? L’immatériel, le mystique, le magique existe. Et si ce cher Ethan semble à ce point convaincu qu’un breuvage peut arrêter son vieillissement, je me dois de le rechercher.

Je me suis mis en quête de ce bien sur le marché. Demandant à chaque commerçant  ma route pour le prochain, et de fil en aiguille on m’a indiqué de fausses pistes. Un charlatan a même tenté de me vendre ce que j’ai reconnu comme étant du jus d’airelle. Excellent contre les problèmes urinaires, mais parfaitement inefficace en ce qui me concernait. J’ai commencé à désespéré, persuadé de ne jamais parvenir à trouver le fameux « Maître du Temps » qu’on disait propriétaire de ce bien.

Et puis, je l’ai vue.


Elle m’observait du coin de l’œil. Ses six bras divins triaient et rangeaient en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire des fioles de parfum par taille, couleur, forme. Elle réussissait l’exploit de travailler à 360° dans une synchronisation parfaite. La robe bleue qu’elle portait mettait en valeur sa peau pâle. Ses yeux d’un rouge sanguin me dévisageaient avec quelque chose d’ironique. Elle finit de décharger un nouveau carton, me fixa, et me sourit, me faisant signe d’approcher.

Impressionné par les manières cavalières de cette déesse arachnéenne, je me  suis laissé tenter. Rentrant les quatre bras supplémentaires de son anatomie dans son charmant corsage, elle m’a adressé un sourire, et a disposé sur une caisse devant elle trois flacons rigoureusement identiques à premier abord. Je l’ai fixée, intrigué.  Elle a tiré un petit siège pour me permettre de m’asseoir, puis a tiré sur le charmant linge cachant ses formes.

??? :  Il ne fait pas bon errer d’échoppe en échoppe, Janma.

Flatté, je dois le reconnaître, je me suis adouci. J’aime savoir que les autres me connaissent. J’aime entendre prononcer mon nom, quand bien même ce serait en mal. Elle ne semblait pas me vouloir de mauvaises choses. Son sourire était sincère, énigmatique, ironique sans doute même. Mais il était sincère. Elle était contente de me voir. Peut-être m’attendait-elle.

Moi : Charmé de rencontrer pareille créature. A qui ai-je l’honneur ?

??? : Ma génitrice m’a baptisée Marianne. Et je suis celle qui te permettra de trouver le maître du temps.

Le Maître du Temps. C’était un nom vraiment pompeux pour un apothicaire un peu plus malin que les autres. Cependant, je me suis pris au jeu, et me suis penché en avant, pour fixer  attentivement les trois fioles. De même forme, même taille et même matériau, elles étaient ornées toutes trois d’une petite araignée en argent. Les yeux incurvés de la bête fixaient le vide, créant une délicate impression de malaise. J’ai levé le regard, pour fixer Marianne, un sourire aux lèvres. Je savais de quoi il s’agissait.

Moi : Un test de logique. Je suis charmé que cet apothicaire de génie se protège derrière des stratagèmes aussi  bon enfant.

Marianne  : Bon enfant tu dis ? Ces fioles sont bien un test, mais il pourrait te faire passer de vie à trépas aussi sûrement que tu t’es assis bien vite sur le siège que je t’ai tendu, Janma.

Je l’ai fixée un instant,  ai reculé doucement sur mon tabouret pour y voir un petit clou brillant, qui dépassait du siège lorsqu’on me l’a tendu. Je n’ai rien senti me piquer, grâce à la position dans laquelle je me suis mis. Un coup du sort, un coup de chance. Ce petit clou était sans doute possible empoisonné, et m’aurait empêché de réfléchir. Je me suis fendu d’un sourire aimable avant de me lever, et ai examiné les fioles l’une après l’autre.

Moi : Je suppose que l’une d’elles est un vigoureux poison qui me donnera vomissements et maux de tête immédiats, n’est-ce pas ?

Elle s’est penchée en avant, les coutures de son corset craquaient en rythme comme de vieilles poutres dans une maison européenne. Elle semblait quelque peu agacée que je n’aie pas succombé à son stratagème. Amusé par sa grimace, j’ai débouché l’un des parfums, avant de le vaporiser sur la petite table. En la voyant se tendre, j’ai senti une douce euphorie m’envahir. Je savais déjà que j’avais gagné.

Moi : A moins qu’il ne s’agisse en réalité de trois fioles rigoureusement inoffensives…dont l’une d’elle contient quelque chose qui ressemble à de l’anti poison. Ressemble, bien entendu…

Je me suis tourné, et ai passé mon pouce sur la pointe, avant d’y appuyer mon doigt, faisant perler une petite goutte de mon précieux sang.

Moi : Car tout cela n’est qu’une mascarade visant à rendre les idiots malades et les crédules peureux.

Marianne  : …Tu es d’une fourberie…

Moi : Il aurait été fourbe de laisser quiconque comprendre que votre épreuve est un manège destiné aux simples d’esprit.

Elle m’a jaugé. De ses iris pourpres, elle semblait se demander si j’étais intelligent, malin ou juste prétentieux. Je pense pouvoir dire sans me tromper que je suis les trois à la fois. J’ai l’habitude de ne jamais me fier qu’à ce que je vois et ce que je sais. Un autre que moi se serait laissé berner, quand bien même il aurait été maître de la logique. Avoir été un tyran psychologique offre bien des souvenirs utiles dans ce genre de cas.

Marianne  : Bien. Je m’avoue vaincue. Mais ne souris pas trop vite, pie voleuse, car la route pour rencontrer notre seigneur est encore longue.

Moi : J’ai toute l’éternité devant moi. Alors. Quel stratagème diaboliquement élaboré est le prochain sur la liste ?

Elle m’a souri. Amusée. Je ne pensais pas pouvoir amuser quelqu’un avec une remarque aussi légère. Les gens des siècles suivant les miens ont une fâcheuse tendance à tout trouver drôle ou léger. J’ai parfois l’impression d’être en décalage avec cette académie, avec sa manière de penser. Là où l’on se déchire entre ceux prônant l’amour de Deus et les autres, des renégats, je me trouve à voguer entre deux flots à n’avoir que faire de tout ce remue-ménage. Je ne comprends pas les repentis et les professeurs qui ont rejoint le rang des renégats. Pourquoi ? Pourquoi gaspiller leur seconde chance pour obtenir plus de pouvoir ? Pourquoi s’acharner à se battre seuls alors qu’ils auraient pu évoluer entre les mains de Deus, grandir, devenir plus forts, et une fois cela obtenu… le renverser comme le dernier des malpropres. C’est là toute la faiblesse de cette académie, le déraisonnement. Là où l’on se contente de se jeter les uns sur les autres pour se saluer avec amour, je préfère lire, m’instruire, me rendre plus fort pour, d’ici peu, être un véritable dieu.

Si pour cela je dois nourrir quotidiennement quelques apprentis idiots, cela ne  me dérange guère.

J’ai laissé mes pas me diriger le long d’autres étales. Là où je passais, les  boutiques changeaient progressivement de visage. Des petits stands où l’on achetait des babioles sans valeur on passait aux ingrédients rares et insolites. Les uns après les autres, les vendeurs les moins marchands du monde cachaient sous un large manteau des ingrédients sans doute interdits,  factices, et à prix d’or par-dessus le marché. Tous ? Pas exactement.


La dame devait avoir une trentaine d’années. Elle était  d’un blond vénitien particulièrement doux à mes yeux . Moi qui n’ai jamais connu que la noirceur des cheveux de mon pays d’origine,  je reste toujours fasciné par la variété colorimétrique capillaire des apprentis dieux. Détail amusant, elle était vêtue comme un pirate. Elle portait un pantalon de toile brune, coincé dans des bottes noires à boucle dorée. Une longue mèche de cheveux lui tombait devant un œil, pour masquer un morceau de tissu. L’orbite, vide, crevé, ne gâchait rien de sa beauté singulière. Elle était d’une force et d’un charisme écrasant. On lui aurait donné l’âme, le corps et l’au-delà sans aucune hésitation. Je m’approchai, la voyant me faire signe d’avancer. Sur son étal, des dizaine de peaux de serpents pendaient un peu  partout. En poudre, en bijoux, en décoctions, elle semblait le traiter sous toutes ses formes.

Méfiant à l’idée de me faire réellement empoisonner cette fois-ci, je me suis tenu à distance, et cela l’a fait rire.

Anathéa  : Si on m’avait dit que la Pie Voleuse chercherait à trouver cet élixir…

Moi : Anathéa. Ma vipère préférée.

Anathéa  : Je suis un cobra Janma, un Cobra. Et ici, c’est chez moi. Tu as une requête à me présenter, alors baisse la tête, et soit poli.

Un sourire est venu orner mon visage. J’aimais beaucoup Anathéa. C’était une habitante du monde plus antique encore que moi. Les oreilles taillées en pointe et son unique canine grosse comme un petit doigt en témoignaient. Elle avait existé bien avant que l’homme ne voie le jour, et en cela elle était plus calme et réfléchie encore que moi. Elle semblait avoir tout vu, tout entendu, et était d’une force que peu de femmes parvenaient à atteindre. Oui. Anathéa avait la puissance dans le sang. Quelque chose d’indicible, de perceptible par des sens qui n’étaient pas physiques.

Moi : Je t’en prie.

Anathéa  : Merci. Tu as vexé Marianne avec ton sourire suffisant, saleté de corbeau.

Moi : Pie…

Anathéa m’a offert un haussement de sourcils. La tête penchée en avant, elle m’a fixé, avec un air qui me rappelait désagréablement la bibliothécaire la première fois que je lui ai demandé si elle savait faire du point de croix.

Anathéa  : Quoi qu’il en soit. Ici l’épreuve est très simple. Mon frère ainé n’aime pas être dérangé. Alors il m’a demandé… d’écarter les gêneurs.

Je n’ai pas eu le temps de réagir. Saisissant mon bras avec la force d’un constrictor, Anathéa  m’a tiré à elle aussi simplement que si j’avais été un enfant. Sa longue dent a plongé vivement dans mon poignet, une sensation de brûlure intense l’a parcouru. Je l’ai fixée, effaré. Elle s’est mise à rire, et m’a balayé d’un revers de main. Humilié n’est pas le mot… je me suis senti perdu. Je savais Anathéa très vieille. Et je savais aussi que son rythme de vieillissement corporel n’était pas le même qu’un être humain. Evidemment. Pourquoi n’y avais-je pas pensé ? L’égorger pour lui prendre du sang aurai été plus efficace que courir après un hypothétique filtre.

Anathéa  : Wilelm est quelque part là-bas, entre les rayons. Enfin, si tu parviens à le trouver.  

J’ai senti mon estomac descendre dans mes talons. Marianne avait été une mauvaise menteuse, fragile, délicate. Anathéa n’était rien de délicat, charmant, hésitant ou même agréable. Elle avait eu une mission à accomplir, avait fait son devoir, et c’en était fini. Une bouffée de chaleur parcourait lentement mon corps tout entier par reflux, je me sentais mal. A deux doigts de m’effondrer. Entre la forêt transformée en marécages et l’empoisonnement d’une autre déesse mon cœur balançait.

J’ai continué la marche en m’écroulant à moitié. Je renversais sur mon passage boîtes et objets encombrants.  Je bousculais les dames, poussait les messieurs, j’avais besoin d’air, et pourtant le soleil de l’été ne m’en donnait que trop. Au bord de l’apoplexie, les yeux écarquillés, le front dégoulinant, je me suis finalement arrêté devant la première bassine d’eau que j’ai trouvée, et j’y ai mis la tête.

Un. Deux. Trois.

Lentement, j’ai compté les secondes. J’avais trop d’air, j’avais trop chaud. L’eau était délicieusement douce, malgré la chaleur et les impuretés. J’ai relevé le visage, mettant de l’eau tout atour, et ai lâché un long soupir de soulagement. J’allais mieux. Mieux oui. Bon sang.

Les cheveux trempés jusque dans le milieu du dos, j’ai entendu quelqu’un rire. Ou plutôt, j’ai entendu quelqu’un pouffer. C’était un mélange étrange entre un gloussement de poule et la moquerie la plus ouverte. Les yeux embués par l’eau sale et le poison qui était toujours bien présent – bien qu’un peu moins fort – j’ai fait un pas en avant, cherchant l’imbécile qui se faisait une joie de se moquer ouvertement de ma personne.

Je n’ai pas eu  à le chercher bien loin puisqu’il était juste en face de moi. Les yeux carmin, le cheveu vert. Un vert olive, sombre, quelque chose de naturel et pourtant de terriblement inquiétant. Son visage blanc était déformé par une bouche démesurément grande bardée de dents toutes triangulaires. De même qu’Anathéa, oubliée dans la chaîne de l’évolution par Deus, je supposais que je me trouvais face à son « frère »,  Wilelm.


Il me fixait avec quelque chose de très désagréable. A mi-chemin entre la moquerie pure et le sadisme profond ancré en chacun de nous. Ce garçon si je puis le nommer ainsi avait tout de ce que je nomme communément un fou furieux. Son visage, son allure, jusqu’à l’armure qu’il portait autour des poignets et des épaules démontraient un profond mal-être et une distorsion des conventions sociales. En un mot comme ne cent, Wilelm était un sociopathe. Une personne évoluant selon des règles et des lois propres à lui-même. Un véritable fou qui trouvait qu’arriver coulant de sueur et empoisonné par sa chère sœur était la plus élémentaire des politesses.

Wilelm  : Oui oui. Avons-nous à nouveau des visiteurs ? Qui peut-ce être ?

Il a mis son doigt à son oreille, semblant lui parler. Indécis, je l’ai fixé, attendant la suite.

Wilelm  : Ah. Mon petit doigt me dit que c’est un voleur ? Un voleur ! Que fait-on, faut-il le punir ?

Son regard de dérangé s’est posé sur moi. Douloureusement, j’ai relevé la tête. Je n’avais aucune arme sur moi. Et si le poison refluait petit à petit, il m’avait laissé trop faible pour que je puisse sortir mes ailes pour m’enfuir d’ici. J’espérais simplement que cette entrevue ne sonnerait pas le glas de la fin de mon existence. Une seconde fois.

Wilelm  : Non non . L’aventurier a bien travaillé. Il est impressionnant. Qu’il parle, que veut-il ?

Moi : Mes hom…

Wilelm  : Il veut ce que tous veulent. Ah. Vils mécréants. Putains de bas étage. Gens de peu de foi. Tous sont à la recherche de ta connaissance Wilelm. Oui, oui. Ils ont peur de vieillir. Toi seul sait comment arrêter le temps sur un visage. Mais eux veulent le posséder aussi. Quel dommage. Quelle folie ! Le temps est merveilleux. N’est-ce pas ?

Je ne savais pas ce que je devais lui répondre. Devant la folie véritable mon instinct  de survie me dictait de ne pas le contrarier. D’autant que Wilelm, chaque fois qu’il me fixait pour me parler, se mordait la lèvre supérieure. Elle commençait à perler et goutter sur sa langue. J’ai compris réellement à ce moment-là ce que voulait dire « repenti ». Certains plus que d’autres nécessitaient le pardon du Très Haut. Wilelm devait faire partie du haut de la liste.

Wilelm  : Tu es pourtant tellement jeune, belle âme. Ah. Qu’une personne de ta stature soit esclave de dizaine de dieux en couche culotte, quelle misère. Quelle hérésie. Quelle bizarrerie. C’est drôle. Amusant. Du thé ? Ah.  Mais nous n’avons pas de théière .

Il m’a tourné autour. Droit sur mes pieds, mais ne réclamant qu’un bon lit pour m’y poser et y dormir tout mon saoul, je l’ai regardé faire son numéro en silence. J’espérais simplement qu’après avoir subi tant de péripéties je ne finirais pas haché menu par ce repenti de mauvaise facture.

Wilelm  : Tu n’as pas encore vidé tes entrailles par un orifice ou l’autre. La sœur de Wilelm doit t’apprécier. Oui, oui. Oui elle doit t’apprécier. Tu dois donc pouvoir prétendre à recevoir ce que tu cherches. Ah. Mais où avons-nous la tête ?

Il s’est approché de moi, et  a posé sur mon poignet une étrange mixture. Pâteuse, jaunâtre, odorante, elle a été chaude un instant, puis m’a endormi le poignet. Le mal de crâne inhérent au venin d’Anathéa s’est aussitôt dissipé. Soulagé, j’ai rangé mes cheveux proprement, et fixé Wilelm, sourcils froncés.

Moi : Je suis venu pour quelqu’un d’autre. Un repenti du nom d’Ethan. Il s’inquiète de se flétrir un jour et de te trouver, Wilelm.

Wilelm  : Ah, et ainsi la pie voleuse trouva-t-elle Wilelm. C’est un noble geste qu’elle accomplit là. Nous qui pensions les pies innocemment égoïstes, haha. Il faut croire que nous nous trompons aussi, parfois.

Moi : Cependant…si d’aventure tu me confirmais que ta décoction fonctionne, j’aimerais moi aussi posséder cette cure de jeunesse.

Il m’a dévisagé, son sourire mort me montrant toutes ses dents.  Je me suis senti horriblement mal à l’aise. Prenant mon courage à deux mains, j’ai inspiré longuement, et poussé sur mon don d’éloquence. Les yeux plongés dans les siens.

Moi : Je ne conçois pas de vivre flétri comme un pruneau sec. Tu ne comprends pas ça, toi dont le temps s’écoule différemment, mais je ne veux pas me laisser rattraper par les âges.

Wilelm  : Nous en sommes conscients. Mais le sang est quelque chose de précieux, pie voleuse. Qu’as-tu à nous proposer en échange de notre bonté ?

J’ai réfléchis un instant. Le regard toujours dans le sien, j’ai attrapé une petite fiole sur son étal, et entaillé mes poignets. Dans une gerbe de sang plutôt impressionnante,  je me suis mis à saigner. La douleur était violente, d’autant que le poison était encore là. J’ai grogné, le toisant.

Moi : Sang pour sang. Une fiole du mien, deux du tien.

Wilelm  : Deux.

Moi : Je ne suis qu’un homme. Empoisonné. Je souffre. Deux fioles serait… un supplice.

Son sourire s’est élargi plus encore. Il s’est léché les lèvres, murmurant  avec  mignardise un « deux ». Vexé, mal en point, j’ai attrapé une autre fiole, et laissé le sang couler, avant de déchirer les tentures de son étal, et de serrer comme si ma vie en dépendait.

Car ma vie en dépendait. Le poignet sectionné, j’avais de fortes chances de me vider de mon sang si je n’y prenais pas gare. J’ai donc appuyé de toutes les forces dont je disposais, dents serrées. Furieux, douloureux, je l’ai toisé. Son sourire devint satisfait. Entre ses doigts fins armurés de noir, il m’a tendu deux petites fioles carmines.

Wilelm  : La clef de toute vie réussie est le partage avec autrui.

Chancelant, je me suis saisi des deux fioles, et les ai rangées sous ma tunique. Le monde s’est mis à tanguer. A bout de forces, je me suis  retiré. Pourquoi rien ne pouvait être normal sur cette terre ? Etais-je réellement forcé de passer mon temps à courir après des biens au péril de mon existence ? Là où quelques esclaves et un saphir aurait servi de salaire annuel, je devais maintenant mettre de ma personne pour obtenir ce que je convoitais. C’était parfaitement juste.

Pourtant, je dois bien avouer que l’hésitation était grande, lorsque j’ai repris mes esprits. Quand, allongé sur mon lit, revenant d’un long sommeil réparateur, j’ai pensé à ce que je ferai de la seconde fiole. Après avoir bu la mienne, âpre, métallique, à vomir, j’ai repensé à Judal. Aux sangsues qu’il avait refusé d’avaler. A la pendaison à la muraille. Et, irrémédiablement, à Sven. Supporterai-je de le voir lentement dépérir ? Rien n’est moins sûr.

Le regard vague, je me suis endormi. Avec la sainte promesse de livrer mon bien. Mais aussi, de retrouver Sven, et de lui parler un jour de cet étrange garçon promettant la vie éternelle.
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Re: [Quête] Prendre un coup de vieux - Dim 28 Juil 2013 - 18:19

Quête rudement bien menée ! Félicitation ! C'était très sympa et agréable à lire, et j'ai bien aimé les personnages que tu as inclus dans cette quête, surtout Wilelm à la fin, il m'a fait énormément rire à certains endroits !

Janma : 200 xps + une potion de jeunesse + 200xps

Xps attribués : Yep
[Quête] Prendre un coup de vieux
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