Chapitre IV :
Entre Mortels et Immortels, la guerre est déclarée. Trois mois après la chute d'Isanagi et du Golem de Pierre, la tension ne fait qu'accroître. Encore une fois, l'ennemi saura surprendre. Encore une fois, les futures divinités devront se montrer à la hauteur, et les humains, plus unis que jamais.


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[Examen] La mort acide

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[Examen] La mort acide - Mer 10 Juil 2013 - 15:55
Janma avait enfilé sa tenue d'explorateur, attrapé son sabre fétiche attaché ses cheveux en arrière, et il était parti. Il était resté trop longtemps en apathie, des mois durant il n'avait rien fait, rien tenté, rien demandé. Et puis, il était allé prier Deus. Cette expérience l'avait changé, réchauffé, l'avait aidé à y voir plus clair, à ne pas craindre les représailles, à aller de l'avant. De larve craignant un retour de vague, il avait repris son enveloppe de tyran, et recommencé à voir grand.

Quelques jours plus tard, on était venu le chercher. Il avait, semblait-il, atteint un niveau suffisamment élevé dans la maîtrise de son art pour que Deus lui autorise une nouvelle prouesse, à condition qu'il aide l'Académie dans sa misson première, protéger les humains. Il n'avait pas réfléchi, pas attendu, il s'était jeté immédiatement et à corps perdu dans sa tâche.

On lui avait malheureusement collé sur le dos la professeur de philosophie dont le prénom imprononçable et les obus l'avaient immédiatement propulsée dans la catégorie "à ne pas approcher". Ils avaient marché quelques heures à travers la ville pour rejoindre une petite forêt adjacente. Janma aurait très volontiers volé pour ne pas se fatiguer inutilement, mais il se trouvait que Mjolnir était une insupportable ivrogne.

Il l'avait laissée s'arrêter dans une boutique de liqueurs - il semblait que les humains la voyaient, elle - et elle avait tant bu que Janma s'étonnait de la voir encore debout. Une éponge. Avec des obus d'une taille démesurée. Oh oui, elle avait les hanches larges, la taille fine, des traits asiatiques très délicats. Mais bon sang, elle possédait autant de douceur qu'un rhinocéros en pleine période de rut.

Janma tentait de l'ignorer pendant qu'elle délirait toute seule. C'était une alcoolique bavarde. Elle avait commencé par lui raconter sa vie au sein d'un temple pendant son enfance. Puis elle avait dérivé sur les hommes de sa vie, son rôle en tant qu'enseignante, sa relation avec Deus.

Janma ne supportait pas les femmes. Elles étaient fragiles, bavardes, et idiotes. Sans aucune douceur, sans aucun tact, sans aucune cervelle.

Mjolnir : Des gringalets comme toi par contre, j'en ai jamais gouté !

Le repenti fit cesser sa marche un instant. Il resta, parfaitement immobile, fixant le sol et les arbres devant lui. Mjolnir ne sembla pas remarquer la raison pour laquelle il s'était arrêté, et vint passer un bras autour de son épaule. Le dieu des voleurs retint un tic nerveux de dégoût à la sensation de ses masses de chair contre son torse. Beurk. Une poitrine. Poliment, il la retint par la taille pour lui éviter de se casser la figure, attendit qu'elle tienne sur ses pieds, et s'esquiva pour se pencher.

La rupture entre la forêt, verte, douce, fleurie, et la désolation qui recouvrait le reste de l'endroit était nette. D'un côté et de l'autre de son corps, l'herbe était verte et noire. Comme une vieille photographie, le monde était noir, sale, et avait quelque chose... d'acide.

Janma : Qu'est-ce qui a bien pu se passer ici...?

Mjolnir : Aaaah ça c'est une excellente question mon canard. Je croyais que tu savais que tu étais là pour le trouver.

Janma leva son regard de sable sur la dame qui patinait sur ses escarpins pour tenter de se tenir droite. Il lui offrit le visage le plus méprisant dont il disposait, renifla, et se concentra sur sa tâche.

Janma : Si vous aviez l'obligeance de faire un effort pour ne pas vous montrer parfaitement insupportable madame, je vous en serai reconnaissant.

Mjolnir : Madame... MADAME ? Hééé mon canard, crois pas que parce que je suis prof, je suis mariée ! Je suis une demoiselle, oui, parfaitement.

Janma : En ce cas, MADEMOISELLE, fermez le cloaque qui vous sert de bouche, et laissez-moi réfléchir. Vous me martelez le crâne avec vos effluves d'alcool bon marché.

Il inspira calmement, tentant d'ignorer la poule vexée qui se mordait l'intérieur des joues pour ne pas l'insulter juste derrière. Son regard se porta sur l'étendue d'herbe juste devant lui. De l'herbe noire. Morte sur le coup. Pas jaunie, non, juste, noire. Empoisonnée, sans doute. Il n'avait jamais vraiment vu d'herbe sur une si grande étendue. Du sable, des herbes folles, des cactus, mais les forêts, il ne les connaissait que des livres d'illustrations qu'il avait consultés à la bibliothèque.

En revanche, il savait qu'elle ne fânait pas aussi brusquement, aussi facilement sur une simple tempête. Quelque chose semblait en avoir extrait toute la vitalité. Tout était acide, poisseux et l'aventurier sentit sa main chauffer doucement lorsqu'il tira sur un brin d'herbe mort. Du poison. Il ne savait pas d'où ni de qui cela venait, mais il s'agissait sans aucun doute de poison.

Janma : Nous allons devoir avancer au coeur de la forêt. Avec vos chaussures vous n'allez pas réussir à marcher suffisamment loin. Je peux vous porter.

Mjolnir se mit à glousser comme une poule. Janma eut un air blasé, leva les yeux au ciel, et s'approcha d'elle. Ce fut le moment qu'elle choisit pour... se déshabiller. Le repenti sentit un sourire narquois s'installer sur ses lèvres. Il croisa les bras, fixa la professeur, interdit. Qu'est-ce que c'était encore que cette plaisanterie ? Sans commentaire, il détourna le regard, n'ayant pas franchement envie d'assister à un spectacle pareil. Elle se rhabilla ensuite, avec un dos nu... enfin. Une sorte de chemise ne couvrant que l'avant de son corps. Janma sentit une boule de colère lui nouer le ventre.

Mjolnir : Par la voie des airs, on y sera plus rapidement.

La salope.

Janma grogna, enleva sa veste et la rangea dans le sac qu'il avait emporté pour y mettre quelques vivres. Il se plia en deux, serra les dents, et laissa ses ailes sortir. Dans une douleur incommensurable, les plumes violines et noires quittèrent le dos de la pie voleuse alors que son accompagnatrice attendait patiemment, voletant à côté de lui. Janma se redressa, assomé par la douleur, tituba quelques pas, et trembla en fixant un point devant lui.

Janma : Allons-y.

Il s'éleva, déplaçant de larges masses d'air pour s'élever. Ses bijoux teintant au doux rythme du vent, il passa par dessus la forêt noire, le regard perdu vers le bas. Il n'entendait rien. Pas un gazouillis, pas un gémissement. Rien d'autre que la mort et la désolation. Par moments, l'épaisseur des arbres s'éclaircissait pour laisser apparaître des furoncles. Des sortes de petits cratères. Le centre était verdâtre, comme le mouchoir d'un géant. Les contours carbonisés, brulés. Autour une étoile s'étendait lentement, déployant ses tentacules morbides en grandes auréoles noires. La source, à n'en pas douter, du mal qui rongeait la forêt.

Janma : Vous pensez pouvoir vous poser sans vous écraser ?

Mjolnir : Oh oui. J'ai réussi à tomber sur mes jambes après la soirée de Noël.

Janma plia ses ailes, pour tomber en piquée. Il les rouvrit au dernier instant, freinant sa chute, et se posa délicatement, gardant ses artifices dehors. Derrière lui, le petit "hiii" suivi d'un bruit de chute lui confirma que Mjolnir n'était pas si bonne pilote que cela. Il ne lui accorda pas un regard, s'approcha de la "souche", et dut se couvrir le visage. L'odeur lui piquait les narines et les yeux. De l'acide violent, corrosif, tellement puissant qu'il en devenait dangereux à l'approche à moins de cinq mètres.

Janma : Quelle créature serait capable de cracher pareille chose ?

Mjolnir : Garoulouuuuhu !

Janma : Jamais entendu parler.

Mjolnir : DERRIÊRE VOUS !

Janma fit volte-face, et écarquilla les yeux. Dans un "GAROULOUUUHU !" une créature...difforme, humanoïde, poilue, tenta de l'embrocher. Il roula sur le côté, poussa sur ses jambes, tomba un peu plus loin. Bon sang de bonsoir. Qu'est-ce que c'était que CA ?

Mjolnir : Des Gnolls !

Janma battit précipitemment des ailes pour s'élever, il passa à quelques millimètres d'une lance, et serra les dents.

Janma : Vous ne pouviez pas me prévenir plus tôt ?

Mjolnir : Ils sont plutôt rapide et... attention !

Janma fit une pirouette, passant à quelques millimètres d'une lance pointée en plein dans ses plumes. La pie voleuse sentit ses dents grincer l'une contre l'autre. C'était une cible géante. Mjolnir s'éleva à son tour, tournant sur elle-même pour se mettre à l'abri. Janma devait retourner voir ce cratère de plus près. Mais avec ces empêcheurs de tourner en rond...

Janma : Il faut les éliminer.

Mjolnir : Hé, oh, mon canard. Tu les élimines. Moi j'accompagne.

Janma : Si au moins vous étiez utile à défaut d'être élégante...

Le prince des voleurs prit quelques secondes pour réfléchir. Les Gnolls étaient rapides. Ils étaient relativement forts, mais très grands. En revanche, leur intelligence semblait leur faire défaut. Janma plissa les lèvres, à la recherche d'une méthode pour les mettre à mal. Il commençait à fatiguer un peu, à planer de gauche à droite. Il fallait qu'il se... pose. Mais oui. Qu'il se pose.

Janma siffla entre ses doigts, attirant l'attention des trois gredins. Il fonça ensuite vers les cîmes mortes, se jetant à corps perdu dans les branches brisées. Il rebondit deux fois, et finit par se fixer entre les feuilles mortes de ce qui semblait être un chêne. Rabattant ses ailes, il mordit son poing pour ne pas gémir, et attendit.

??? : GAROULOUHUUUU !

Janma touna la tête à droite, attiré par le brillant d'une lance. Svelte, il commença à se déplacer de branche en branche, passa d'un arbre à l'autre avec toute la discrétion dont il disposait.

??? : GAROULOUHUUUU !

Il donna un coup de pied dans une branche, pour indiquer sa piste, et chercha le troisième.

??? : GAROULOUHUUU !

Parfait. Janma bondit au bas de ses branches, dans un concert de cliquetis, et commença à courir comme un éléphant unijambiste. Laissant des traces un peu partout, il se dirigea vers la clairière précédente où Mjolnir volait toujours. Puis, il revint sur ses pas, grimpa dans un arbre, et resta caché. Les trois créatures débarquèrent toutes griffes dehors dans la clairière, mais ne trouvèrent que Mjolnir. Fou furieux, ils se jetèrent sur elle lance dehors, et Janma choisit cet instant pour agir.

Le dieu des voleurs tomba de son arbre dans un grand "CRACK". Il sauta sur le dos d'un Gnoll, et lui traversa le torse d'un coup de sabre bien placé. Son compère choisit cet instant pour se tourner. Janma recula, se servit du cadavre comme bouclier, et laissa tomber le Gnoll. La lance perforante coincée entre les côtes de son camarade, la tête du second vola violemment, roulant à quelques mètres. Janma se mit à courir.

Le dernier Gnoll sautait comme un demeuré aux pieds de Mjolnir, tentant d'attraper ses jambes graciles. Le roi des larmes se planta dans son dos, glissa, et sectionna ses tendons, net. Il hurla, se débattit en levant ses grosses griffes, mais Janma le fixa s'écraser lamentablement. Le regard fou, il trancha ses deux membres, et lui offrit un regard incroyablement calme. Une. Deux. Son sabre traversa ses entrailles dans un "protch" qui fit roter la professeur de philosophie. Janma secoua sa lame, l'éloigna de sa victime, et rajusta son sac à dos. On ne badinait pas avec le diable.

Mjolnir : C'est répugnant.

Janma : De quoi vous plaignez-vous, ils auraient fait la même chose avec vous.

Il leva le regard sur le professeur, la toisant jusqu'à ce qu'elle se sente mal à l'aise. Elle redescendit doucement jusqu'à lui, se posa à ses côtés, le sifflet coupé. Elle semblait... intimidée. Janma n'aurait pu ressentir plus de satisfaction qu'en voyant le terrible professeur perdre une ou deux teintes. Un doux sourire prit place sur son visage, alors qu'il emmitouflait son visage derrière une épaisse étoffe pour aller voir cette flaque de plus près.

Par endroits, elle était plus claire. Un fluide jaunâtre, grumeleux, paressait de gauche à droite. En se penchant un peu, Janma constata la présence de morceaux d’animaux en décomposition. Intrigué, indécis, il haussa un sourcil. Une flaque acide dans laquelle flottait une sorte de bave et des fragments alimentaires. Une énorme et nauséabonde… flaque gastrique.

Janma : Il y a quelque chose, dans cette forêt, dont la digestion détruit la végétation.

Mjolnir : C’est ce qu’on disait jadis de mon père garçon.

Elle se mit à glousser. Janma leva les yeux au ciel devant une blague d’aussi bas étage. C’était du niveau d’un apprenti. Et encore, débutant. Le dieu des voleurs attrapa une petite branche noircie, et la jeta dans la flaque. Dans un sifflement aigu, elle se racornit, se recroquevilla, et frémit jusqu’à tomber en une petite poussière enroulée sur elle-même. Ok. Ne pas toucher.

Janma : Qu’est-ce qui peut être assez toxique, et assez gros, pour produire de telles horreurs…

Il réfléchissait à voix haute plus qu’il ne posait réellement la question à la philosophe. Philosophe qui commençait d’ailleurs à se sentir mal, et fit demi-tour pour s’éloigner un peu de lui. Janma compatit d’un sourire en coin, se redressa, et accrocha plus fermement ses cheveux. Il n’avait pas envie de finir avec un carré court à cause d’un jet d’acide.

Janma : Marchons un peu. Les flaques suivent une logique linéaire. Elles dessinent un chemin vers le nord, nous en trouverons sans doute la source un peu plus loin.

Silencieusement, le professeur acquiesça. Elle le suivit, ne prononçant pas le moindre mot pendant plusieures minutes. Savourant ces quelques instants de paix, Janma se laissa porter jusqu’à… une nouvelle clairière. Etrange. Sans aucune marque de brûlure, la forêt à cet endroit-là avait été éclairée de manière pourtant artificielle. Les troncs étaient brisés, les branches dépourvues de feuilles. Et, un peu partout, on retrouvait des traces de lutte. Des marques inconnues, qui avaient démunis les arbres de leur écorce par un frottement régulier. Un peu comme les cornes d’un cerf, ou les dents d’une grosse bête.

Janma s’approcha d’un tronc, posa la main dessus, et détailla la profondeur des marques en se concentrant. Un cerf n’aurait jamais eu la taille nécessaire pour faire des dégâts pareils. Non. Quelque chose de beaucoup plus gros avait dû s’attaquer à ça. Si c’était un cerf, il devait faire au moins deux mètres cinquante de haut. En plus, à intervalle régulier, il retrouvait une substance gluante, sans odeur, mais gluante. De la… bave ?

Le dieu des voleurs se tourna face à la professeure avec un air pensif. Elle lui répondit avec une moue enjôleuse.

Mjolnir : T’es tellement… sexy.

Le cuisinier fut sorti de sa rêverie aussi brutalement que s’il avait pris un coup de poing. Ah bon. Elle le prenait comme ça ? Et bien, les femmes, même mortes, avaient des comportements étranges… Il ignora sa remarque, passa à côté d’elle pour ramasser un fragment… se fit attraper par le bras.

Mjolnir : C’est pas très poli… de passer devant une demoiselle qui déclare sa flamme sans se retourner.

Janma : Madame.

Janma récupéra son bras en tirant dessus d’un coup sec. Il se recoiffa en silence, cherchant les mots pour ne pas perdre son allié le plus efficace depuis… le gamin qui l’avait aidé à ramasser la corbeille de pain deux jours plus tôt. Enfin. Elle était professeure. Visiblement très forte bien qu’avinée, et il aurait sans doute besoin d’elle… plus tard.

Janma : N’en déplaise à votre sourire et vos rondeurs affriolantes, je ne suis, définitivement… pas attiré par vous. Les femmes. Jeunes, âgées, belles, moins belles, rondes ou minces, plates, en chair, je n’aime pas les femmes. Toutes les femmes.

Mjolnir le fixa, interdite. Janma s’inclina doucement, et continua sa diatribe.

Janma : je ne veux pas vous froisser. Vous m’êtes sympathique bien que cela me coûte de l’admettre. Je vous prie de bien vouloir accepter mes excuses les plus sincères et cesser vos avances.

Mjolnir perdit une ou deux teintes de peau, devint presque livide. Elle se mit même à trembler. Janma cilla, ayant peur qu’elle lui fasse un malaise entre les bras. Il se redressa bien vite, chercha les mots pour ne pas la blesser, pour ne pas...
Mjolnir :…Horrible…

Il la vit lever le bras. Chargé d’une aura électrique puissante, Janma recula d’un pas pour se protéger, mit ses mains en paravent, et vit passer au-dessus de sa tête une énorme boule électrique. La décharge, violente, divine, fit rugir quelque chose derrière lui. Rugir ? Un arbre ne rugissait pas …

Il fit volte-face, s’attendant à voir un autre… truc armé d’une lance. En lieu et place de quoi, il tomba nez à nez avec…

Janma : Un cerf ?

Le cerf : BRAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH !

Pas exactement.

Haut de deux mètres trente au bas mot, les bras larges comme des troncs d’arbre, la gueule grande ouverte, palpitante. Il se tenait debout sur des jambes d’homme terminées par des sabots, ses mains, recroquevillées en petites formes chétives contre son corps ne tenaient rien. Elles pendaient là, inertes. Il avait les naseaux dilatés, l’œil complètement retourné. Ses bois avaient poussé sens dessus dessous, comme naissant sur un corps qui n’était pas sensé les accueillir. Terminés par des morceaux tranchants comme des pieux, ils portaient encore la trace d’animaux éventrés.

Mjolnir : Un mutant. Et il a un copain avec lui.

Janma recula, se rapprocha de Mjolnir. Merde. Il était coincé. Un deuxième mutant, accroupi, fit son apparition. Recouvert de pustules, la peau verdatre et maladive, il laissait traîner entre ses pieds (pattes ?) sa longue langue. Feuilles mortes, insectes, tout se collait contre cet appendice mortel. Le dieu des voleurs aurait aimé avoir un pouvoir suffisamment développé pour en venir à bout seul. Malheureusement… il allait devoir compter sur Mjolnir.

Le cerf chargea. Tous bois dehors, il lui fonça dessus à toutes berzingues. Janma eut tout juste le temps de rouler sur le côté. Ok. Il était agressif, rapide, mais peut-être pas très malin… Du moins, il devait penser à cette option.

Janma : Mjolnir, je vais servir de cible. Occupez-vous du second.

Mjolnir : TOUTE SEULE ? Mais je vais me… aaah c’est répugnant.

La grenouille géante avait commencé à s’agiter de manière étrange, presque obcène. Elle fixait Mjolnir avec l’air d’un psychopathe devant sa prochaine proie. Le roi des larmes n’eut pas le temps de s’y attarder, le cerf lui fonça dessus une seconde fois. D’un bond, il l’esquiva, roulant dans les feuilles mortes. L’autre dérapa, se cabra, et se cogna légèrement à un arbre proche.

Janma eut un sourire.

Janma : Hé, grosse bête ! Par ici !

Mjolnir : T’es cinglé ? Cette bête va te ... GARGL !

Elle envoya une décharge violente sur la grenouille pour la tenir à distance. Janma campa solidement sur ses pieds et laissa le cerf foncer sur lui. Il sauta de côté, compta deux secondes, et se tourna dans l’autre sens. Le voyant hors de son champ de vision, la bête dérapa, et se cogna la tête la première dans un arbre avec un grand «CLANG ». Le malheureux tronc, n’ayant plus aucune chance, s’écroula dans un craquement sinistre.

Janma recommença. Le cerf tenta de le prendre de côté, Janma le balada dans un buisson. Il essaya de l’embrocher sur une souche, et finit avec du bois mort sur la tête. Une fois, deux fois, la pie voleuse finit par s’amuser, et oublier le sérieux de sa mission. Après tout Mjolnir tenait bien cette grenouille non ? Ah. Non.

Bavant tout son saoûl, le mutant s’était approché du professeur. Le regard extasié, il venait de lui sauter dessus, s’apprêtant visiblement à… à faire quoi au juste ?

Mjolnir : C’est répugnant. JANMA ! AIDE-MOI !

Le voleur se mit à courir dans sa direction, le cerf aux fesses. Il se plaça juste derrière elle, et fit un pied de nez à la bête. Le cerf beugla, se pencha tête en avant, et fonça droit sur lui. Mjolnir se mit à hurler de peur, Janma s’écarta au tout dernier instant, juste assez tôt pour voir les bois du mutant s’enfoncer mollement dans la chair de son compagnon. Un jet d’acide fut projeté un peu plus loin. Le cerf atterrit sur la tête, transperça comme du beurre le corps de son comparse, et brailla bêtement en tentant de s’en extraire. Janma se baissa pour ramasser Mjolnir, et la secouer un peu.

Janma : Faites votre… truc, avec l’électricité. Avant qu’il ne se dégage.

Mjolnir : O…Oui…

Mjolnir, pâle comme un linge, se concentra. Elle ferma les yeux, récita une prière à Deus, et les rouvrit… changée. Dessaoulée, les yeux luminescents, elle ramena ses bras en arrière, et propulsa avec une force inouïe un long éclair sur leurs adversaires. La carcasse encore chaude du crapaud tressauta, le hurlement du cerf mourut dans sa gorge aussi soudainement qu’il y était apparu.

Une affreuse odeur de chair brûlée parvint jusqu’à ses narines, et le fit grimacer. Grâce à Mjolnir, les mutants n’étaient plus. Impressionné, Janma eut un hochement de tête admiratif.

Janma : Redoutable.

Mjolnir : Oh ça va. Chui secouée maintenant.

Pâle, elle se pinça le nez, et le fixa de ses grands yeux ayant viré au bleu électrique. Janma eut un sourire sincère, et lui tendit son bras pour l’aider à marcher. Il n’aimait pas les femmes. Toutes les femmes. Surtout celle-ci. Mais la voir, de cette manière, prendre toute la puissance dont disposait son corps ridiculement séduisant pour réduire un mutant en charpie… ça le forçait à une certaine forme de respect. Mjolnir. Il retiendrait ce nom.

Fatigué, encore tout excité par le combat, il tint son bras dignement pour parcourir le reste du chemin. Ils avaient rencontré des créatures tout sauf humaines. Des mutants visiblement nés de l’acidité atmosphérique. A chaque pas que Janma faisait, il avait la singulière impression de se rapprocher de la source de tous les problèmes de cet endroit. Mjolnir le dévorait du regard, ce qui était particulièrement horripilant compte tenu du fait qu’elle était maintenant presque sobre. Il lui répondait par des sourires polis, continuait son chemin sans rien dire, attendant d’arriver devant… une énorme bête.

Enorme n’était pas vraiment le bon mot. Disons que c’était … une… chose. Un corps en carapace monté sur deux petites pattes de poule aussi blindées que des tatous. De là où il était, Janma comptait six yeux. La bête avait une crête étrange, une sorte de corolle inutile de petits appendices qui s’agitaient avec sa respiration. De loin, cela avait la même tête d’une murène. Des dents démesurément grandes et une langue… armée de piques ? Il n’avait aucune idée de ce que cela pouvait être. En revanche, il en était sûr, c’était la source de ses problèmes.

Mjolnir : Il est endormi. Nous devrions profiter de l’effet de surprise pour…

Janma : Un ennemi endormi est un ennemi mort, chère Mjolnir… réfléchissons… Je vais passer discrètement derrière lui, et l’attaquer à la nuque. Un sabre sur le point vital devrait être suffisant.

Mjolnir : Et si ce n’est pas suffisant.

Janma se tourna vers Mjolnir. Il saisit délicatement sa main blanche, et la porta à ses lèvres avec un regard de tigre. Sûr de lui, il cilla à peine en sentant une petite décharge statique traverser son visage.

Janma : Si cela n’est pas suffisant, je compte sur vous pour exécuter ce monstre avec toute l’élégance dont vous êtes capable.

Elle gloussa, il lui fit signe de se taire. Silencieusement, Janma attrapa des lambeaux de tissus produits par les mutants sur la robe de Mjolnir, et enroba ses chaussures pour étouffer le bruit de ses pas. Le plus discrètement possible, il se rapprocha de la créature. Attentif au moindre de ses mouvements, il se plaça juste derrière lui… et se décomposa. Cette bête, quoi qu’elle soit, n’avait aucune ouverture une fois allongée. De là où il était, Janma pouvait voir la faille dans son immense carapace, mais aussi ce qu’il devrait faire pour l’atteindre. A savoir, le réveiller.

Le dieu des voleurs inspira calmement. La discrétion et l’attaque furtive n’étaient plus envisageables. Il se balança d’un pied sur l’autre, cherchant comment agir. Une odeur de porc grillé lui monta aux narines. Intrigué, il se pencha en avant, et mit quelques secondes à comprendre… que ses orteils trempaient dans une flaque d’acide.

Janma : BWAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAÏE !

La créature : GRAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH !

Mjolnir : HIIIIIIIIIIIIIII !

Janma sauta d’un pied sur l’autre. Vif comme l’éclair, il planta son sabre dans la carapace de la bête, qui s’ébroua. Elle se mit à claudiquer, courir sur ses deux pattes de poule à une vitesse ridiculement élevée. Janma, secoué de bas en haut, retint son envie de vomir en fermant très fort les yeux. Par les couilles de Deus au nom de QUOI devait-il servir d’appât pour une bête aussi GROSSE ?

Mjolnir : Janma ! Janma ! JANMA !

Janma : LA FERME !

Il avait mal, il avait chaud… et il vit le monde sens dessus dessous. Avant qu’il ne puisse s’en rendre totalement compte, la bête venait de se rouler en boule, et commençait à jouer les bolides. Il sauta au bas de la créature, entendant un « crotch » répugnant : son sabre transperçant la carapace. Le hurlement qui suivit fit dresser les poils sur sa nuque. Mjolnir se mit à courir en perdant classe et délicatesse, deux boules d’énergie foudroyante dans les mains.

Janma : QU’ATTENDEZ-VOUS POUR AGIR, IL VA NOUS…

Mjolnir : A COUVERT !

La bête, la tête levée vers le ciel, cracha un long jet de bile dégoulinante. Acide, fumante, elle plana quelques instants, avant de s’abattre brusquement à quelques mètres de Janma, tuant instantanément toutes les plantes alentours.

Ok. Maintenant il voyait d’où venaient les flaques.

Mjolnir : Janma, ton arme…

Janma : Défait ton kimono.

Mjolnir : QUOI ? Pervers.

Janma : Mjolnir. L’intérêt pour ta poitrine n’aurait pour moi que… GAUCHE !

Il se jeta brusquement sur le côté, embarquant le professeur avec lui. D’une main ferme, il attrapa un pan de son vêtement, et la déshabilla sous un concert de cris et de hurlements. Oh ça va. Il avait autant envie de la tripoter que d’embrasser ce truc… qui émit un rot énorme, projetant une pluie de postillons acides.

Janma : EBLOUISSEZ-LE !

Comme par réflexe immédiat, Mjolnir projeta une boule qui atterrit dans les yeux de la bête. Janma se mit à courir, sauta, et grimpa sur sa queue. Projeté violemment contre son dos, il s’y accrocha comme un désespéré, et banda sa gueule et ses yeux du tissu large comme une toile de tente. Merde. Son sabre était resté plus loin. Sous la force de l’élan de la crevette géante, il fut balloté de haut en bas si fort qu’il jura de ne plus jamais s’asseoir sur un banc de toute son existence. Dents serrées, au bord de la crise d’hystérie la plus totale, il saisit son arme. Mjolnir le fixa, une lance faite d’éclair à la main.

La voilà qui se prenait pour Zeus.

Janma : MAINTENANT !

Sa lame se planta, nette, à l’arrière du crâne de la bête. Il appuya de toutes ses forces, s’éclaboussant au passage de relents verdâtres. Il recula brusquement en voyant un éclair fendre la bête par l’avant, et détacha son arme. La créature fixa Mjolnir, s’écrasa, morte. Janma descendit de son dos, essuya sa lame contre son cadavre, et soupira un grand coup. Oh bon sang. Si Deus avait d’autres fantaisies du genre, il pouvait se les garder.

Le repenti enleva sa veste, et la tendit au professeur pour lui offrir un peu de pudeur. Ce n’était pas parce que lui se fichait de ses melons comme de ses premières chaussettes qu’il devait la condamner à l’exhibitionnisme. Il rengaina son arme, fit craquer sa nuque.

Janma : Mission accomplie.

Mjolnir trembla un instant, pointa du doigt derrière lui. Janma tourna la tête… et vit l’enveloppe de la bête, debout, le fixant avec avidité.

Janma : Nom…de…

Mjolnir : COUREZ !

Obéissant sans trop comprendre pourquoi, le dieu des voleurs fonça tête baissée. Il attrapa Mjolnir par la taille, et la balança par-dessus son épaule comme si sa vie en dépendait. Il traça tout droit sur plus de cent mètres, avant d’entendre un sifflement strident, et un énorme explosion. Le souffle de la déflagration acide le propulsa tête en avant, il ferma les yeux, prêt à subir la chute.

Mjolnir : AÏE !

Et releva le nez, coincé entre les attributs de mère Nature. Inquiet, il jeta un coup d’œil nerveux derrière lui. Mais la bête semblait bel et bien détruite, en lambeaux. Le nez froncé, il se redressa, tendit sa main à Mjolnir. On lui avait demandé d’enquêter sur la source de la mort de la forêt. De vérifier qu’il ne s’agissait pas d’un coup de la guilde noire. Ouais. Et bien si ça, c’était une créature de la guilde noire, lui, c’était Ali Baba. Tremblant d’adrénaline, légèrement nauséeux, il étouffa un long frisson. Nom de Deus. Quelle horrible mission.
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Re: [Examen] La mort acide - Lun 15 Juil 2013 - 15:49
Bien, je viens de finir ta mission et je l'ai trouvé très sympathique à lire ;)
Très fluide, très bien rangé et avec de l'orthographe, y a pas mal de moments épiques de plus avec Mjolnir qui m'ont bien fait rire ~
Bien joué, tu as réussis ta mission.
[Examen] La mort acide
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