Chapitre IV :
Entre Mortels et Immortels, la guerre est déclarée. Trois mois après la chute d'Isanagi et du Golem de Pierre, la tension ne fait qu'accroître. Encore une fois, l'ennemi saura surprendre. Encore une fois, les futures divinités devront se montrer à la hauteur, et les humains, plus unis que jamais.


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Un an

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Le héros noir et blanc
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Un an - Jeu 27 Juin 2013 - 2:22


Un an

__Perdu. Encore une fois, il avait perdu son chemin, il avait, trop occupé à chercher un cadavre dans le décor de la forêt pour faire attention au nombre de pas qu'il effectuait et dans quelle direction, malgré sa boussole. Encore une fois, partout autour, il n'y avait que des végétaux, que du vert, du brun... mais pas le temps de s'amuser à tester les diverses propriétés de ces plantes, il n'avait pas le temps de faire quelque chose d'aussi futile alors qu'il ne lui restait que quelques heures avant le coucher du soleil. D'autre part, il ne s'était même pas rendu compte qu'il était perdu et ne se laissait distraire par rien de ses "importantes recherches". Cela faisait, en effet, très longtemps qu'il faisait attendre le marchand qui lui avait confié cette quête et sa confiance n'était sans doute pas infinie. Il attendait son collier depuis plusieurs mois déjà, même si Vlad cherchait régulièrement à l'extérieur. Il n'était sans doute pas assez efficace, normal, seul et avec un champ de vision réduit, il devait penser à une autre méthode de recherche s'il voulait le trouver avant que le marchand lui enlève le monopole de cette affaire. Mais il était plutôt acharné à l'idée de le trouver ainsi et ne cherchait strictement aucun moyen d'optimiser ses moyens ou de se faire aider... Il n'avait, par ailleurs, pas toujours eu la même chance que la première fois, concernant les prédateurs et avait parfois dû courir et se cacher, mais il n'avait pas eu d'ennui notable et cela n'avait même pas réussi à lui faire salir ses vêtements.

__Soudain, entre deux arbres, il aperçut une forte lumière. Par curiosité, il se rapprocha et c'est très surpris qu'il fit la découverte d'une magnifique clairière.

Spoiler:
 

__D'un côté, de grandes arches de pierres usées par les plantes et les éléments attirèrent son attention. Et si son collier sur pattes était passé par là, ça l'aurait sans doutes intrigué aussi. D'où cela venait-il ? Encore une création de Deus ou une construction d'une authentique civilisation disparue ? En tout cas, cela tenait moins bien que la grotte de l'épreuve. Il s'en approcha doucement, aux aguets, prêt à se défendre de n'importe quoi, car se mettre ainsi à découvert était découvert était extrêmement dangereux. Sans encombre, il réussit à traverser la clairière et à passer par-dessous la première arche, la plus cassée. Le chemin pour passer sous les arches fut facile à suivre, mais ce fut... long. Les arches se comptaient par dizaines et ça lui mit presque une heure de parvenir au bout de ce couloir. De l'autre côté, il n'y avait qu'une forêt, très semblable à la première.

- Hey, vous ! Là !

__Il se retourna en dégainant son pistolet par un réflexe d'auto-défense mal venu. Qui sait en effet ce que l'on peut trouver dans ces zones hostiles et que quelque chose parle n'en faisait pas systématiquement un allié potentiel. La dernière fois, cela avait d'ailleurs faillit partir en pugilat d'apprentis-dieux, pour peu qu'Abygaïl aie été moins habile diplomate.

Spoiler:
 

__La personne qui venait de l'interpeller était assise sur une branche épaisse, uns très grosse chouette était perchée juste à côté d'elle. Elle avait une tenue peu courante, même à l'académie, une tenue de sorcière, très classique, avec un chapeau conique à bord large et une longue robe, blancs tous les deux. Que les vêtements de sorcière soient blancs ne choquait pas, car la sorcière elle-même était noire, pas très noire, mais loin d'avoir une peau laiteuse tout de même, et pas à cause du bronzage. Quelques bandages cachaient son oeil droit, on imaginait bien qu'elle en eusse été privée, mais allez savoir par quoi

- Que fais-tu sur le territoire de la puissante sorcière blanche, Tahara ?

__De toute évidence, elle parlait d'elle-même et pas sur le ton le plus humble. Si lui, se faisait humble, pour une fois, et s'excusait poliment de son intrusion, affirmait, sans mentir qu'il ignorait qu'elle vivait là, elle le laisserait sans doutes partir sans histoires. Mais il lui vint, avant d'ouvrir la bouche, une toute autre idée : si elle était si puissante qu'elle le prétendait, elle pouvait peut-être retrouver le collier... ou, non, mieux ! Retirer son masque. ! Mais pour faire cela, que demanderait-elle ? Son âme ? Des ingrédients pour préparer une potion ? Un objet lui tenant à coeur ? Une partie de son corps ? Peu importait au fond, car il ne le saurait pas avant d'avoir tenté le coup. En rangeant son arme, il affirma.

- Je suis venu vous voir pour vous demander votre aide.

- Eh bien, retourne d'où tu viens.

- Je suis prêt à vous donner beaucoup en échange de votre puissance, ou je dirai même plus : je suis prêt à tout en échange de ce service.

- Je n'ai besoin de rien et de personne, je peux invoquer des démons qui font ce que je veux.

- Mais tout à un prix et je suis sûr qu'ils n'hésitent pas à charger l'addition, des démons restent des démons.

- Tu n'as pas tort, mais qu'est-ce qui me dit qu'accepter ton offre me sera profitable ? Que souhaites-tu en retour ?

- Seulement que vous m'enleviez ce masque. Il est collé et si ce n'est par de la colle, cela doit être par de la magie.

- Ça ne m'a pas l'air bien compliqué.

- Alors, faites-le !

- Ne rêve pas, tu ne me duperas pas si facilement, je ne lancerai pas le sortilège tant que tu n'auras pas suffisamment travaillé pour moi.

- Un payement à l'avance ? Madame est prudente, à ce que je vois. C'est entendu.

- Dans ce cas, suis-moi.

__L'accord était conclu, il n'avait qu'à rendre quelques services à cette sorcière et elle le libérerait de cette saloperie de masque, définitivement. Elle bondit de sa branche, arriva sur le chemin et marcha dans le même sens que celui que suivait Vlad sans pour autant lui accorder un regard. Sans arrêter sa progression, elle tendit le bras pour faire passer le bout de son sceptre à plus d'un mètre d'elle, incanta des formules dans une langue incompréhensible et devant elle un trou noir rectangulaire de la taille normale d'une porte s'ouvrit. Elle y pénétra sans crainte, alors Vlad ne vit aucune raison de ne pas en faire autant, même si, pas vraiment rassuré, il préféra y passer d'abord une main pour vérifier qu'il ne lui arrivait rien de négatif. Une fois passé, il arriva dans ce qui semblait être une petite maison, très convivialement meublée, aménagée pour servir de résidence à la sorcière. Sur ce qui semblait être un portemanteau pendait une autre robe blanche et une veste épaisse, blanche, ça va de soi. Les seuls meubles étaient un lit, un fourneau, une table, une chaise et des bibliothèques remplies d'une bonne centaine de livres chacune. Elle était debout au milieu de la pièce, elle l'attendait avec un petit sourire

- Bien, tous les contractants sont présents, rappelons les conditions du contrat avant de le conclure. Tu t'engages, par ce contrat, ... euh, ton nom ?

- Lord Vlad !

- Par ce contrat, Lord Vlad, tu t'engages à être mon serviteur pendant toute une année.

- Une année !

- C'est trop pour toi ? Dans ce cas, tu peux partir !

- Non, c'est parfait, mais je m'attendais à moins puisque vous avez dit que ce serait simple.

- Par ce contrat, en retour, je m'engage à lancer un sortilège pour retirer ton masque au terme de cette année de travail.

- C'est parfait.

- Dans ce cas, prend ceci.

__Elle alla chercher, dans un petit coffre qu'il n'avait pas remarqué en entrant, un couteau de cuisine très tranchant, du moins en apparence. Une fois que Lord Vlad l'eut en main, elle lui ordonna de façon très naturelle, très calme :

- Tranche-toi les veines du bras avec.

__Il remonta la manche de son costume et s'exécuta sans état d'âme, comme envoûté, mais aucun sang ne sortit, rien ne salit ses vêtements et encore moins le sol. Tahara, à son tour, prit le couteau et se trancha les veines avec, puis elle murmura d'autres incantations. Soudain, sous le regard de Vlad, pétrifié par la magie, certes, mais conscient, des gouttelettes de sang très fines sortirent des deux coupures et formèrent une petite boule de liquide entre eux deux. Cette dernière brilla un peu avant de se désagréger de nouveau dans les veines de chacun.

- Voilà, dit-elle finalement, si le pacte est rompu, celui qui ne l'aura pas honoré mourra à petit feu.

- Réjouissant !

- Ce n'est pas tout, pour faciliter sa réalisation, chacun de nous a des privilèges magiques sur l'autre. J'ai le droit de t'invoquer ici quand je le veux et de me détacher de mon corps pour te parler à distance.

- Et moi ?

- Parler à mon esprit si je repose mon corps, cela t'évitera de me déranger quand je travaille ou quand je lis.

- Merci beaucoup, j'apprécie, ironisa Vlad qui commençait déjà à regretter cet accord.

__Comme si ce n'était qu'un détail, elle fit quelques petites précisions :

- Oh, oui, vivre ensemble un an, cela implique d'avoir une confiance mutuelle parfaite. Et je te laisse trois jours de libre pour t'adapter et te construire un abri en contrebas, pas question que tu m'empêches de dormir... Oh et plus important, déshabille-toi !

__Vlad dût réfléchir un peu, se raviser après avoir pris la décision de refuser et finalement, forcé par le contrat, s'exécuta. (Certains lecteurs m'excuseront pour ce passage évasif, mais je dois m'assurer que ça reste tout public). La sorcière récita d'autres incantations et une autre tenue apparu plus adaptée à sa nouvelle fonction apparu sur son corps tandis que l'ancienne se volatilisa.

- Je te rendrai tes vêtements quand le moment sera venu pour toi de partir, pas avant, ça te servirais trop si tu comptais me fausser compagnie malgré tout.

__Il était devenu un authentique paysan, avec des vêtements en loques tenant à peine ensemble, mais favorisant, par l'amplitude de mouvement permise, le travail manuel.

- Bon, avant de te laisser vaquer à tes occupations, je te confie le balai, dans le coin-là. Bien sûr, il est magique : il peut se transformer en n'importe quel outil si tu en as besoin. Et n'aie peur pas de t'en servir, il se répare tant qu'il le faut en changeant de forme.

__Elle lui fit un signe du dos de la main pour lui signifier de déguerpir, ce qu'il fit, encore une fois, forcé par le contrat. Il remarqua cependant, qu'elle n'avait pas l'air très en forme et que deux énormes cernes s'étaient creusées en dessous de ses yeux, utiliser la magie devait lui consommer une énergie considérable. La maison de la sorcière se situait sur une petite colline plus ou moins vierge de strate arborée, tandis que les alentours étaient couverts par une immense jungle qui s'étendait à perte de vue. Au pied de la butte coulait une petite rivière à l'eau claire et pure qui pouvait servir d'approvisionnement en eau douce. S'il avait bien compris, il avait trois jours pour s'installer dans la région, se construire une hutte dans les environs et le meilleur moyen d'avoir un endroit chaud et imperméable était de bien faire un trou habitable dans le flanc de la colline. D'autant plus que c'était rapide, ce qui l'arrangeait, lui qui préférait mille fois dormir dans un endroit prévu à cet effet. Mais malgré son besoin évident d'autre chose qu'un ustensile d'entretien le balai ne broncha pas, ce qui l'énerva assez rapidement :

- Je veux une pelle, tu comprends ? Saloperie ! Camelote !

__Au dernier mot, comme si l'insulte avait eu un effet inattendu sur un objet suppose inanimé, la matière du balai devint liquide et se transforma dans sa main en une pelle faite d'une pièce d'un gros morceau de bois coloré avec une énorme fissure au milieu de la partie principale qui fragilisait salement le tout. Elle ne devait pas être des plus pratiques, la preuve étant d'ailleurs qu'elle cassa après la troisième pelletée, même si la terre était molle et le bois de la pelle, à la base, extrêmement dur. Le soir venu, il avait à peine eu le temps de creuser un trou dans lequel il pouvait se tenir debout. Il valait mieux dormir à la bonne étoile que dans ce début de taudis inconfortable, d'ailleurs, n'était-ce pas le rêve de tant de gosses de dormir dans la nature ? Peu importait, il n'était plus aussi naïf et cette option ne l'enchantait pas, en effet, les terres vierges de l'occupation humaine étaient toujours pleines de prédateurs redoutables et d'herbivore que la peur pouvait rendre dangereux, sans parler des plantes. Cette forêt-là paraissait particulièrement hostile la nuit et il savait d'expérience à quel point il était facile de se perdre dans ce labyrinthe végétal. Il fallait réfléchir... Et si... S'il trouvait un arbre creux... ? Non, il aurait trop de mal à ne pas se perdre et ce ne serait pas plus confortable que le trou... Et un terrier ? Encore une fois, pas facile à trouver et encore moins un inoccupé, assez grand, à l'entrée assez large et assez visible pour être vue dans le noir. Autant demander un casino et une limousine... Ou, s'il allait se percher sur une branche haute pour y dormir ? Il ne risquait pas de tomber, puisqu'il savait ne pas bouger dans son sommeil, ni de se perdre, car il n'aurait pas à s'enfoncer loin dans les bois pour trouver un arbre convenable. En quelques minutes, il avait trouvé son perchoir et se força à dormir, pour ne pas être vidé de ses forces le soir suivant. En effet, s'il n'avait presque plus besoin de manger pour vivre, le sommeille régénérait véritablement et pour être en forme, il ne devait pas être avare sur son repos, après deux nuits blanches, rarement trois, il s'effondrait littéralement.

__Habitué depuis son arrivée à se lever tôt, il se surprit lui-même en ne se réveillant qu'au zénith. Il avait même assez mal dormi, il était fourbu, son dos lui faisait un peu mal. Sans tarder, il se remit au travail et au bout de quelques vingtaines de pelletées, il dut s'arrêter, il avait touché une grosse pierre qui entravait sa progression. Puisqu'il en avait plus qu'assez de brasser de la boue avec un outil de si piètre qualité, il alla examiner les arbres pour déterminer lequel serait le plus simple à couper. Il devait en effet obtenir du bois, s'il ne voulait pas dormir dans un simple trou que la terre pouvait avec une simple pluie, se reboucher ou s'inonder.

- Je veux une hache ! ordonna-t-il à son outil d'une voix autoritaire.

__Et encore une fois, il obtint un outil à la limite de l'acceptable : un bâton solide sur lequel une grosse pierre taillée servait de lame. Énervé que cette saloperie de balai ne reconnaisse pas sa valeur, donna un coup comparable, à l'horizontale, au swing d'un golfeur contre un des arbres proches qu'il comptait abattre. Là, quelque chose se passa, le manche s'illumina comme une ampoule, forçant Vlad à fermer les yeux, pour ne découvrir qu'en les rouvrant que la pierre s'était volatilisée. Elle s'était peut-être arrachée avec le coup, mais heureusement, cela n'était pas important, son ordre de se changer de nouveau réglait ce petit désagrément. Puis il fut très surpris de voir une hache plus fonctionnelle, avec une vraie lame métallique, pas bien attachée et pas de la conception la plus récente, certes, mais d'autant plus utile que la pierre qu'une poêle antiadérante est plus utile qu'une qui n'aurait pas cette qualité. Avec ce bijou, il ne mit que quelques heures à changer l'arbre en un amas de demi-rondins. Et mieux que cela, quand il dut se résigner à retourner creuser, il eut l'heureuse surprise de constater que sa pelle également avait subi des améliorations. Cela lui prit encore jusqu'au soir de dégager un trou suffisant, d'environ deux mètres carrés, alternant la pioche, assez primitive, mais pratique, avec la pelle dégageant les remblais.

__Savez-vous ce que c'est de travailler, de donner des coups de hache, de pioche et de soulever des pelletées de terre et de roches pendant huit ou neuf heures de suite ? De suer à grosses gouttes alors qu'il n'y a pas de soleil, d'avoir froid au moindre coup de vent et chaud le reste du temps ? Et surtout d'être fatigué en fin de journée comme si l'on avait servi de pilier à un pont de chemin de fer ? Peu d'entre vous peuvent répondre oui, et Vlad, la veille à peine, aurait été dans le même cas.

__La nuit tombait et malgré les précautions de la veille, il était mort de fatigue et plus fourbu que s'il avait dormi sur une planche à clous irréguliers. Et ça ne risquait pas de s'arranger, puisque cette nuit, il allait dormir sur une terre à peine molle et irrégulière, aussi sale qu'un charbonnier, sans couverture et aussi à l'aise dans ses habits que dans un cercueil remplis de pointes. C'est pourquoi, il passa le dernier jour après avoir taillé un de ses bois pour en faire une corniche, à se reposer sur l'herbe fraîche, à l'ombre d'un arbre inconnu aux feuilles larges comme des nénuphars. Soudain, il entendit une voix féminine, celle de Tahara, que le travail lui avait presque fait oublier :

- Tes trois jours sont terminés viens chez moi, j'ai quelques choses à te donner.

__Sans attendre, il se remit sur ses inconfortables chaussures et gravit la colline jusqu'à la maison de la sorcière blanche. Elle l'attendait en robe de chambre, assise sur son lit, son bâton à la main. Elle souriait, amusée de le sentir gêné par la tenue qu'elle portait sans pudeur, mais elle lui parla d'un ton grave qui lui fit comprendre qu'il ne devait pas s'arrêter à ça et la prendre au sérieux :

- Dans la bibliothèque au coin, là, il y a un petit sachet, il contient des graines. Tu dois les faire pousser, pour me nourrir, mais comme ce serait trop long normalement, je les ai enchantées : en à peine 24 heures, elles auront poussé et donneront leur produit, mais attention, elles épuisent le sol, donc ne les plante pas trop près d'ici, s'il te plaît. Ah, oui et tout naturellement, elles ont besoin de beaucoup d'eau pour pousser, il faut que tu y fasses attention. En attendant, demain, va chasser, je mangerai ce que tu ramèneras.

__Cela dit, elle pointa son bâton vers lui et ses vêtements se changèrent en vêtements de camouflages, à la fois adaptés et confortables et un couteau apparu dans sa main, un long couteau de chasse, fait d'un os sans moelle et d'apparence, aussi pointu que tranchant. Sans avoir besoin qu'elle l'y invite une nouvelle fois, il sortit précipitamment de la maison et s'engouffra dans les bois en suivant le cours de la rivière. Pour la chasse, encore mieux que son vêtement, il avait un pouvoir des plus adaptés, que les animaux n'avaient pas le temps de comprendre avant de gésir pitoyablement sur le sol. Par contre, son incapacité à se déplacer sans bruit le gênait beaucoup, car cela faisait fuir ou se cacher des proies potentielles. Cependant, l'eau qui coulait avait un autre avantage que l'aider à retrouver son chemin, elle pouvait aussi lui servir à camoufler son odeur et à assourdir le bruit qu'il faisait, sans parler du fait que de nombreux animaux venaient régulièrement y boire. C'était d'ailleurs ce que faisait le cerf qu'il rencontra moins en moins de dix minutes. Il trouvait presque cela étrange de trouver un vrai cerf dans les environs, mais cela ne changeait rien au fait qu'il devait le tuer et en faire le souper de sa maîtresse. Se rendant invisible et arrivant en courant, il dut esquiver les bois du cerf qui regarda soudain dans sa direction, s'arrêter devant lui et d'un geste violent, planter le couteau directement dans son cerveau à travers son crane, pour essayer qu'il ne souffre pas. Il s'écroula dans un bruit mou sur la rive, Lord Vlad avait, pour la première fois, chassé pour manger. Mentalement, il appela la sorcière, espérant qu'elle dormait, pour qu'elle le ramène avec le cerf qu'il serait trop fastidieux de porter. Son appel fut entendu, après une minute, il fut entouré d'un halo bleuté et après avoir été aveuglé par la lumière trop vive qui le formait, il réapparut dans la maison sur la colline, le cerf mort à ses côtés. En voyant la bête, elle s'écria :

- Whaaou, moi qui m'attendais à ce que tu me ramènes un langgart ou une poignée d'insectes, je t'ai sous-estimé... J'ai de la viande pour au moins une semaine, avec ça. Mais tant qu'à faire, tu vas quand même faire pousser les graines, je ne suis pas tant friande de la viande et surtout, quand je ne varie pas mon alimentation, je grossis. Enfin, soit, je te donnerai une récompense si demain, tu m'amènes une bonne récolte.

- Juste une question... Vous ne comptez pas manger cet animal pendant une semaine ? Il va pourrir et vous allez vous rendre malade.

- Tu sous-estimes fort ma magie. Crois-tu que quelqu'un qui ne sait pas empêcher sa nourriture de pourrir peut lancer un sort de séparation suprême ? Non ! Bien sûr que non ! Allez, sort, avant que je ne change d'avis sur ta possible récompense !

__Comme Vlad avait tout intérêt à obtenir le plus de privilèges possible, il obéit, il était de toute façon, forcé de le faire par le contrat. Une fois dehors, il rentra chez lui pour y prendre son outil universel et il suivit un peu la rivière, en remontant le courant, jusqu'à trouver un endroit assez largement dégagé pour tout y planter en restant proche du liquide vital. Il retourna la terre, y déposa les graines et arrosa copieusement avant de revenir au bercail pour aller se coucher.

__Je sens, cher lecteur, que si je vous raconte l'année à ce rythme, vous n'allez pas suivre jusqu'au bout, je me trompe ? Comme j'aimerais que vous lisiez cette histoire de Lord Vlad, qui est un tournant dans sa vie, je vais résumer, même beaucoup résumer, mais je m'arrêterai tout de même sur quelques anecdotes marquantes.

__Le lendemain, le soir, Vlad revint chez la sorcière avec une brouette pleine de végétaux divers et comme elle était de la même bonne humeur que la veille, elle lança un sort qui changea son simple trou en une maison souterraine plus ou moins tout à fait habitable. Vlad continua à chasser de temps en temps, ramenant des proies de tailles diverses et à bien plus souvent faire pousser les sacs de graines tous les trois ou quatre jours, le reste du temps, il apportait des seaux d'eau de la rivière en haut de la colline. Son outil se perfectionnait de temps en temps, jugeant que son utilisateur avait assez trimé avec de la camelote pour avoir quelque chose de plus pratique. Il faisait attention à ne pas abîmer les environs de là où il vivait, quitte à aller loin simplement pour couper du bois, en prévision de l'hiver, qui serait la plus dure des saisons. Le printemps passa assez vite, sans difficulté, sans rien de notoire, sans mésaventure.

__Dans les premiers jours de l'été, qui se démarquèrent par une canicule de courte durée, alors que, comme la première fois, il avait suivi ce qui restait de la rivière pour chasser, plutôt que, ce qu'il faisait de plus en plus souvent, remonter jusqu'à la source la plus proche pour obtenir de l'eau fraîche et assez rapidement, quand soudainement la terre trembla. Ce n'était pas un tremblement naturel, un séisme, mais un piétinement régulier, de quelque chose de très gros et de très proche, qui soudainement, avait fait un pas.


D'autres suivirent, alors que Vlad restait, stupidement à découvert, sur le qui-vive. Soudain, une grande ombre se forma au-dessus de lui et il se retourna juste à temps pour voir que deux énormes mâchoires se refermaient sur lui, risquant de lui couper les pieds. Il eut l'idée de sauter, simplement, atterrit sur les dents tranchantes, mais plates présentées horizontalement, ce qui lui permit de se tenir debout comme sur n'importe quoi d'autre. Mais cela ne dura pas, le géant qui l'avait gobé remit sa tête droite pour mâcher et facilement avaler, il ne devait pas le laisser faire. Profitant du mouvement, il sauta sur la langue et planta son couteau dedans pour s'y accrocher. Une fois la tête parfaitement droite, il retira la lame, provoquant au passage, un important saignement et couru sur tout le long du muscle jusqu'à la gorge, et faisant traîner son arme sur le palais quand il était trop proche. Arrivé au bout, sans hésiter, il sauta dans la gorge grande ouverte de la créature et s'accrocha, de nouveau en y plantant son couteau jusqu'à la garde, de l'autre côté du tube dans lequel il entrait dix fois. Derrière lui, le sang inondait doucement la bouche, un sang à peine rouge et très liquide, qui s'il était avalé, allait lui donner un mal de chien à rester attaché. Et cela ne tarda pas : assez de sang pour remplir une piscine, à cause d'une nouvelle inclinaison de la tête, coula, ou plutôt tomba vers lui et il dut créer un crochet d'arcanes et le faire pénétrer dans la chair pour ne pas se faire emporter. Ainsi ancré, il se dit que tant qu'à faire, il pouvait se défouler un peu et il planta sans compter combien de fois sa lame dans la paroi à laquelle il était accroché. Puis, profitant de l'appui de sa lame, il libéra le crochet et le replanta plus haut. Il progressa ainsi pendant quelques minutes, après lesquelles, il fut de retour dans la bouche, laissant une large trace rouge dégoulinante derrière lui. L'animal qui l'avait avalé respirait très fort soudainement et le vent qui risquait de le souffler, força de nouveau Vlad à s'ancrer au sol, lacérant la langue à de multiples reprises. La bouche, soudain, s'ouvrit légèrement et un grand souffle vint par surprise de derrière lui, remuant le sang qui continuait de s'accumuler à divers endroits. Malgré qu'il fusse alourdit par le liquide couvrant ses vêtements, il fut détaché et projeté contre une des dents, et il sentit très clairement plusieurs de ses côtes se briser. Mais il n'y avait pas de place pour la douleur dans son esprit, son corps lui fournissait autant d'adrénaline, de dopamine, d'endorphine et de toutes ses autres drogues que nécessaire. C'était se battre pour survivre, c'était à ce moment-là ou jamais. Et sans le savoir, ces souffles qui le plaquaient à cette dure dent étaient signes de sa prochaine victoire : la créature s'étouffait avec son propre sang pas assez rempli de plaquettes pour stopper toutes les hémorragies passant dans les poumons à la moindre tentative de respiration. En quelques minutes, alors que Vlad avait réussi à se faufiler jusqu'aux gencives grâce à la gravité, là où les souffles étaient moins forts, le monstre avait fini par ne plus savoir du tout respirer et s'effondra, laissant Vlad prisonnier de sa bouche qui continuait de plus en plus doucement, de se remplir de sang. Il essaya d'utiliser son privilège pour réveiller Tahara et la faire le sortir de là, mais elle ne dormait pas, il ne put que penser en vain un SOS poétique.

__Il avait de l'air, il avait de l'eau, enfin, à peu près, et il avait de quoi manger. Il ne lui restait plus qu'à attendre. Il n'avait plus sa montre et il était difficile, d'un endroit fermé comme celui-là, de regarder quelle heure il était à l'aide de la progression du soleil, ce qu'il avait à force, pris l'habitude de faire. Peu à peu, il se rendit mieux compte que ses côtes étaient bien cassées : son corps le considérant à l'abri ou ayant épuisé ses réserves, ne lui procurait plus les drogues lui empêchant de souffrir à en crier à s'en déchirer les cordes vocales. Il patienta ainsi pendant presque une heure, puis, enfin, il entendit la voix de Tahara :

- Où es-tu ? Tu t'es encore perdu ? Tu as attrapé quelque chose au moins ? J'ai faim moi ! Attend, c'est quoi ces gémissements ?

- J'ai une proie... grosse proie...

- Oublie ça ! Tu vas bien ?

__Vlad ne réussit pas à répondre immédiatement, reprendre son souffle lui faisait très mal et avant de pouvoir parler, il laissa s'échapper un râle de douleur.

- Non... pas bien...

__La lumière bleue, comme toujours l'enveloppa et il se sentit soudain perdre son appui, il fut comme porté et déposé doucement sur une surface plate. Il ouvrit les yeux, au bord de l'évanouissement et aperçu le ciel. À côté de lui, il entendit la femme s'écrier :

- Oh, bordel ! Comment il a réussi à chopper un tel monstre ? J'ai de la viande pour toute l'année avec ça !

__Il y eut un moment de silence, puis une nouvelle respiration fit râler Lord Vlad de douleur. Comme si elle réalisait soudain qu'il était blessé, elle tendit son bâton au-dessus de lui, à la limite de son champ de vision et il se sentit doucement soulevé et transporté par cet artefact immobile par rapport à lui, jusqu'en haut de la colline, puis jusqu'à la maison, sur le lit. Couché sur le flanc, il vit ce qui se passait ensuite : avec une étonnante coordination, le chaudron qui trônait parfois au milieu de la pièce s'élargit, jusqu'à faire plus d'un mètre de diamètre, la fenêtre s'ouvrit, laissant passer un filet d'eau venant de la rivière qui remplit vite le récipient et un feu s'alluma en dessous de ce dernier. La minute d'après, il se sentait de nouveau soulevé et elle le plongeait délicatement dans l'eau, déteignant ses vêtements du rouge duquel ils étaient couverts. Une autre incantation purifia soudain l'eau et le dénuda complètement, ce dont il ne se soucia pas le moins du monde, étourdi pas la douleur qui ne désemplissait pas. L'eau était chaude, agréable, chauffée par le feu et la magie.

__Tahara et lui n'avaient jamais vraiment pu s'entendre au-delà de leur relation de serviteur à maître, elle lui ordonnait de faire des choses et il le faisait tant bien que mal. Elle prenait soin de lui et le considérait comme une précieuse aide, elle-même avait laissé s'échapper une fois de ses fines lèvres de femme qu'elle n'avait pas eu à invoquer un seul démon depuis son arrivée. Mais ils ne s'étaient jamais parlé l'un à l'autre, se racontant leurs passés, ou discutant simplement de ce qui les tracassait, du temps qu'il faisait, de leurs pouvoirs respectifs... Ils ne s'étaient jamais parlé que comme un serviteur et un maître, liés par un contrat de confiance et d'obéissance absolue.

__Pourtant, elle ôta sa robe et son chapeau et sans hésiter une seconde, elle se glissa dans l'eau avec lui, gardant sa longue tresse au sec. Immédiatement, Vlad se sentit bien mieux, la douleur, peu à peu, s'effaça, laissant place à un bien-être normal quand on prend un bain chaud, ce qu'il n'avait pas eu l'occasion de faire depuis plusieurs mois. Pendant les dix minutes que dura le bain, pas un mot ne fut échangé. Puis, peut-être, la sorcière ressenti-t-elle le besoin de se justifier :

- Je ne fais pas ça pour te faire plaisir... c'est requis pour mon sort de guérison le plus efficace... puis j'avais besoin de prendre un bain... et comme en plus ces sorts ne sont pas difficiles ou fatigants...

- Merci.

__Ce fut le seul mot qu'il prononça, c'était le seul nécessaire. Elle sortit de l'eau, rougissant plus d'avoir été remerciée que d'avoir été vue presque nue pendant si longtemps... Et elle invita Vlad à en faire autant, une fois qu'elle se fut séchée et qu'elle reprit son bâton, lui assurant qu'elle ne regarderait pas si ça le gênait. Il ne répondit rien, il s'en fichait, il avait vraiment acquis une confiance profonde en elle, si cela la gênait, elle l'aurait dit en d'autres mots et que, seulement dans ce cas, il aurait eu une raison de l'être. Il avait perdu en vivant avec elle et les animaux sauvages, toute pudeur. Il n'est pas difficile de comprendre pourquoi il n'en avait pas envers les animaux, que cela ne l'embêtait pas de se mettre à torse nu pour labourer la terre ou couper du bois, mais il faut savoir qu'elle n'était pas plus pudique que ces derniers, que même s'ils se parlaient peu, elle n'hésitait pas à l'invoquer alors qu'elle était en petite tenue ou ne portait que les vêtements d'Eve. La pudeur est quelque chose qui s'apprend. Sans le savoir, elle lui avait donné par cela, la clef de son passé. Elle lança rapidement un sort qui l'habilla de nouveau de ses habits de paysan et il s'apprêta à rentrer chez lui, quand elle se retourna sur son lit et même si c'était anodin, le remercia pour sa prise. Il garda un souvenir très net de cette vision :

Spoiler:
 

__Et juste après elle lui annonça avec un petit sourire d'une voix douce qu'il n'allait pas arrêter de chasser pour autant, car plus de réserves elle pouvait avoir, mieux c'était.

__L'été passa doucement, voici se qui se passa lors du dernier mois de celui-ci. La routine était installée et la vie de servant semblait de moins en moins dure à Vlad qui n'avait plus besoin d'exercices de musculation quotidiens pour s'endurcir. Le climat était doux, mais la vie était rude : il devait dormir chaque jour et en même temps, travailler toujours plus, obéir aux ordres de la sorcière qui comptait sans cesse plus sur lui, épuisant ses réserve de tout, petit à petit et devait se procurer de nouveau de tout ce dont elle avait besoin avant l'hiver, pour préparer des potions, et faire des offrandes permettant de lancer des sortilèges plus puissants que ses habituels tours de passe-passe. C'était étrange d'ailleurs, elle voulait toujours plus d'ingrédients, mais jamais elle ne jetait jamais à sa connaissance, le moindre sort de plus grand niveau que de simples déplacements ou manipulations de matières. À ce qu'il avait eu l'occasion de lire dans sa bibliothèque, pour elle ce n'était rien, pour lancer ce genre de sorts, son sceptre absorbait quelques gouttes de son sang pour canaliser l'énergie magique. Cette vie loin de l'académie et de la civilisation le changeait énormément : il avait notamment commencé à réussir à se repérer dans les zones non-urbaines, ce qui lui évita de se perdre aussi souvent qu'au départ, il avait appris énormément de choses qu'il pensait avant inutile, comme la lecture des os de volailles, qui bien réalisée, pouvait en effet donner des prédictions fiables ou encore le traçage du gibier, ou le découpage des zones comestibles de beaucoup d'animaux.

__Cette anecdote se passe en fin d'été, Tahara l'appela et jugeant qu'il ne venait pas assez vite de la profonde forêt où il découpait avec beaucoup moins de peine qu'au départ, des arbres dont la taille ne lui importait plus et qui seraient sans doute les derniers avant le printemps suivant, car il est une chose sûre que du bois venant d'être coupé ne brûlant pas bien, il valait mieux ne pas trop s'éloigner de chez lui, où il entretiendrait le feu qui chaufferait les deux maisons à la fois, elle le téléporta. Comme, toujours cette traître lumière bleutée l'empêchait de voir le changement de décor et il bondit de surprise, lâchant sa hache qui rebondit sans l'abîmer sur le plancher usé, en voyant que sa maîtresse n'était pas seule et qu'il n'était pas dans l'habituelle chaumière.

Spoiler:
 

Autour d'elle se trouvait une ribambelle de créatures étranges, dont, par exemple, la grosse chouette qui l'accompagnait lors de leur première rencontre, plus leurs armures géantes de diverses formes et des humanoïdes plus différents les uns que les autres de l'idée que Vlad se faisait des démons, ce qu'ils étaient tous, sans aucun doute, vu le nombre de fois que Tahara avait évoqué le sujet. Voyant qu'il ne se remettait pas de sa surprise, elle prit la parole, rompant le lourd silence qui régnait :

- Je sais, je t'avais dit que je n'invoquerai pas de démons en ta présence... Mais, il y a un imprévu qui me force à rappeler tous ceux avec qui j'ai déjà passé un contrat. Mais ne t'en fais pas, tu restes mon serviteur préféré, conclut-elle avec un clin d'oeil, comme si cela suffisait à rendre la situation acceptable. Aux bordures de mon territoire, près du mur végétal, Des grands dévoreurs adultes se réunissent pour se reproduire. Tu sais, ces insectes géants qui mangent tout, ne laissant derrière eux que d'horribles déserts... Il faut les chasser, pas forcément les tuer, mais les éloigner de ma belle forêt.

__Elle avait en fait eu tout à fait raison d'invoquer des démons pour cette tâche. Personne, à moins d'avoir des armes lourdes, de l'artillerie, ou un pouvoir aussi puissant, ne pouvait vaincre ne serait-ce qu'un seul grand dévoreur adulte et Vlad, avec son équipement rustique, n'avait pas la moindre chance.

- Pourquoi m'appelles-tu si tu as engagé des démons pour faire le travail ?

- En fait, je ne peux pas vraiment m'approcher des grands dévoreurs, je ne peux pas sortir de mon territoire, et comme ce sont des démons, j'ai besoin que quelqu'un de confiance les commande et m'assure qu'ils ont fait leur boulot. Il y a bien des démons qui sont spécialisés là dedans, mais ce sont dans les plus avides, je fais bien mieux de te le demander à toi... Puis, ce n'est pas si dangereux, je t'ai trouvé des troupes compétentes.

__Il avait, au fil des mois, réellement acquis une confiance inébranlable en sa maîtresse, qui même si elle était parfois un peu abusive, était fiable et l'aidait toujours un peu à distance. Il prit donc le commandement de l'étrange bataillon et partit en guerre contre les horribles bestioles. Mais au beau milieu du chemin, alors qu'il était sur l'épaule d'une des armures géantes, tous s'arrêtèrent et le regardèrent. Il s'attendait à ce qu'ils lui posent des questions sur le trajet ou quelque chose du genre, mais il comprit bien vite qu'ils avaient d'autres plans en tête quand une flèche vola dans sa direction, venant de trop loin pour ne pas être esquivable. Ils essayaient de le tuer, sans doute pour ne rien faire et le prétendre mort au combat.


Il allait leur montrer qui était le boss. C'est du moins ce qu'il pensait jusqu'à ce qu'un énorme boulet fende l'air à quelques mètres de lui, risquant de détruire l'armure sur laquelle il était perché et aie s'écraser sur le sol un peu plus loin. Tous voulaient sa mort, mais il ne fallait pas oublier que c'étaient des démons et qu'ils n'hésiteraient pas à se taper dessus entre eux.

__Il fallait bouger de là, les deux premières attaques n'avaient pas porté, mais ce n'était qu'une question de temps avant que tout cela finisse mal pour lui. Son perchoir métallique mouvant fit mine de l'attraper avec l'autre bras, mais il se rendit invisible et se jeta en arrière, se laissant tomber dans le vide, ne réapparaissant que lorsqu'il fut à l'abri dans le couvert végétal, derrière un trou d'arbre assez bien situé pour qu'aucun ne le voie. Tous se mirent immédiatement à sa recherche et en osant jeter un oeil, il découvrit que la succube, seul démon féminin du groupe, donnais des ordres aux autres. C'était sans doute une part de son pouvoir de provoquer l'obéissance des mâles et du coup, il se demanda si Tahara avait réfléchit aux démons à invoquer où si elle était juste aussi distraite que d'habitude. Enfin, son objectif était clair : éliminer cette petite garce et prendre de ce fait, les commandes du groupe. Il dut encore se rendre un peu invisible pour ne pas se faire voir d'un diablotin qui passait en pointant sa grande fourche devant lui. Il bénit l'augmentation de la limite temporelle de sa capacité qui lui en laissa même un peu pour déjouer la surveillance de l'armure au boulet, restée près de sa séductrice pour la protéger. Il dut courir jusqu'à elle pour profiter de l'effet de surprise, la jeter par terre et lui mettre un couteau sous la gorge. Dans ses yeux, il lut une immense peur, avant que ceux-ci ne brillent d'une forte lumière rouge et qu'elle lui ordonne :

- Laisse-moi partir ! Tu me fais mal !

__Rien ne se passa. Et elle eut à la fois l'air surprise et apeurée quand ses yeux redevinrent normaux. Vlad aussi était étonné, il était un homme, il était attiré par les femmes, alors, pourquoi le pouvoir de cette succube ne l'affectait pas ? La succube soudain, eu une lueur dans les yeux et plus pour elle-même elle supposa :

- Se pourrait-il que tu ne l'aies jamais fait... ? Ça et le sang de cette pute...

__Il lui mit deux baffes, pour avoir osé insulter sa maîtresse, l'armure au boulet sembla prête à intervenir quand il lui montra bien qu'il n'hésiterait pas une seconde à trancher la gorge qui se trouvait encore sous sa lame. Pour s'épargner ce genre de problèmes, il ordonna à la démone :

- Dis-leur de m'obéir et prête-moi allégeance et je te laisserai la vie sauve.

- Non, tu peux... Aiiieeeee, d'accord, je promets sur ma tête que je te serais toujours fidèle, que pour les siècles de ma vie et celui de la tienne, je te servirai et honorerai ton nom, mais lâche ma queue, je t'en supplie.

__Lord Vlad ne se doutait pas qu'attraper et légèrement écraser comme il l'avait fait le bout de la queue de diable de certaines races de succubes était souvent un bon moyen de la soumettre. Mais l'expérience le lui fit apprendre. Elle cria aux autres de revenir et d'obéir à Vlad s'ils voulaient leur paiement. Puis la route reprit, plus calmement encore, puisqu'aucun autre coup bas ne se préparait dans l'ombre. Assis sur les épaules d'un des immenses soldats démoniaques, il conversa avec sa nouvelle servante. Elle s'appelait Alays, c'était une succube inférieure, elle savait hypnotiser et absorber l'énergie d'un seul mâle à la fois, mais contrairement à beaucoup d'autres, son pouvoir fonctionnait sur toutes les espèces. Elle avait connu Tahara quand elle était jeune pour un petit service et elle avait été tentée de lui demander une énorme récompense. La jeune fille avait acceptée, mais plus maligne qu'elle n'en avait l'air, elle avait caché, un double sens dans le pacte qu'elle lui avait fait signer qui la forçait à lui venir en aide jusqu'à ce qu'elle juge que son payement était compensé.

- Qu'est-ce que tu entends par payement ?

- Tu ne sais pas ? Ce n'est pas pour rien que les humains pensaient que les sorcières fricotent avec le diable, il y a énormément de démons qui demandent ce genre de service en échange des leurs. Ces idiots ont tous un petit faible pour les jeunes sorcières. Je suis de ceux-là, en fait, je ne sais pas tellement ce qui m'a plu dans cette gamine, mais j'ai voulu le faire avec elle, lui montrer que les hommes ne sont que des brutes... Mais malgré ça et malgré qu'elle me force à lui obéir, elle a quand même engagé des idiots de ce genre et les a payé elle-même... C'est pour ça que je l'appelle "la pute".

- Tu n'aimes pas qu'on te résiste. Tu n'aimes pas que le contrôle des choses t'échappe, tu te frustres, cela te met en colère... Classique.

__Elle lui expliqua ensuite qu'elle possédait un artefact qui drainait l'énergie de ceux ne tenant pas leurs contrats avec elle, les tuant à petit feu, ce qui rendait très dangereux de lui désobéir et confirmait quelque chose qu'elle lui avait dit en concluant le leur. Puis ils finirent par arriver à la frontière du territoire. Elle était très facilement trouvable : elle était formée d'un épais massif végétal de près de 6 mètres de haut si dense que même les oiseaux n'osaient pas entrer de peur d'y rester coincé. Mais il s'écarta à leur passage, comme l'avait promis la sorcière. De l'autre côté, il y avait une autre forêt, bien moins dense, presque la lisière d'un bois par rapport à la précédente. Elle était naturellement ainsi, la terre dans le coin était récente, la terraformation n'était pas parfaite, et peu d'arbres prenaient racine, cela prouvait que Tahara tenait à ce que la nature soit florissante, sans qu'il sache pourquoi. La chouette qui était en fait un démon éclaireur, volait plus loin, au-dessus du petit essaim qui se rapprochait en effet dangereusement de leur position. Ils s'approchèrent mutuellement de l'autre groupe : les insectes avançaient lentement, très occupés à manger tout ce qui se trouvait sur leur passage et à pondre des oeufs qui écloraient le jour suivant et dont il sortirait des larves tout aussi vorace, tandis qu'eux avançaient en restant au couvert des arbres, doucement, pour, comme Vlad adorait le faire, frapper un grand coup par surprise et achever les survivants. Ils arrivèrent à vue des immondes insectes qui ressemblaient à ceci :

__Le récit de la bataille serait sans doutes très ennuyeux, ce ne fut qu'une attaque barbare des démons qui, ne suivant pas exactement les ordres se firent trop vite repérer et peinèrent plus à vaincre leurs opposants. Aucun insecte n'y survécu et Vlad constata à quel point la nature était fascinante quand elle créait de telles abominations. Elles étaient faites pour pouvoir tout broyer, tout avaler, même des pierres, tout digérer, y compris le sol si leur suc digestif s'y répandait et enfin, rejeter sous forme de boules de différentes matières, souvent très bonnes à d'autres choses, les éléments qu'ils ne gardaient pas. Vlad et Alays, les moins offensifs, restèrent en retrait. Chacune des faux des grands insectes était aussi grande qu'une épée bâtarde, ce à quoi elle pouvait sûrement servir si elle en était retirée. Il trouva, en analysant un des corps, une étrange ressemblance entre le couteau, qu'il avait cru en os, qu'il tenait en main et une des mandibules internes d'une des bêtes. Vu la qualité de ce couteau, il prit un peu de son temps, avant de repartir pour en prendre une qui semblait encore moins abîmée que les autres et donc bien plus tranchante, il savait se battre avec deux armes et ce ne serait pas de trop s'il attrapait du gros gibier. Tant qu'à prendre un trophée, il emporta une des faux, se jurant de la vider et d'y couler du métal pour en faire une arme. Puis ils rentrèrent tous en écoutant les démons refaire les éloges de leur propre personne à travers la narration de la pittoresque bataille en se moquant de leurs mensonges.

__Suite à cela, Alays dut vivre avec eux, dans leur petit monde en autarcie. Pas question, en effet, de quitter son nouveau maître, même si aucun artefact ne rendait leur relation impérissable. En fait, c'était plutôt par plaisir qu'elle restait là, elle s'était découverte un véritable penchant masochiste et prenait toujours plus de plaisir à ce que Vlad la maltraite comme lors de leur rencontre... Bon, d'accord, c'est étrange, mais c'est une démone et un fou masqué, vous vous attendiez à quoi ?

__Elle faisait, comme une servante de la culture occidentale, le ménage, la cuisine, des petites tâches diverses et tout ce qui était relatif au bien-être de Vlad, comme des massages, des bains,...Mais quoi qu'il fasse, il ne devait pas céder à la tentation qu'elle causait en lui, sinon, ce serait lui qui deviendrait le serviteur, sans son immunité aux pouvoirs de la succube. Pour s'aider un peu dans cet objectif, il passait presque toutes ses journées à l'extérieur, ou chez Tahara qui acceptait enfin de le voir chez elle sans bonne raison, à condition qu'il ne lui manque rien. L'été passa ainsi.



[

Je parle en SILVER, j'ai un Journal de bord et un masque.


Dernière édition par Lord Vlad le Ven 5 Juil 2013 - 17:20, édité 7 fois
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Re: Un an - Jeu 27 Juin 2013 - 2:23


Un an

__L'automne fut la seule saison sans histoire, à part une fois où Tahara à failli empoisonner Vlad avec la vapeur d'une de ses potions, il n'y eu pas d'événements particuliers. Vlad avait atteint, selon la sorcière, le stade ultime de la maîtrise de l'outil magique qui lui permettait alors d'utiliser des outils qu'elle ne connaissait pas, telle une tronçonneuse, un souffleur de feuilles, un aspirateur ou une fendeuse. Mais il se plaisait à utiliser des outils plus basiques, de tout faire à la main et de continuer à se muscler à la sueur de son labeur, à vivre comme un paysan, un chasseur, un pêcheur, comme un homme du passé qu'il n'a jamais pu être, mais qu'il lui plaisait bien de devenir, comme un retour aux sources.

__Au début de l'hiver, une nuit, alors qu'il avait repéré une grosse bête, aussi volumineuse qu'un hippopotame, mais en dont il s'échappait un gaz manifestement toxique, une des étrangetés des marais du proche sud-est, dont la viande était, parait-il, un régal sans égal, qu'il allait se jeter sur lui en exploitant l'angle mort de son champ de vision, de façon à économiser le temps trop court de son invisibilité magique, Tahara le téléporta sans le prévenir. Il arriva d'ailleurs, encore une fois, ailleurs que dans sa chaumière, pas très loin, d'ailleurs, il connaissait l'endroit, on y trouvait énormément de champignon, surtout quand, comme à cette période, le froid ne s'était pas encore bien installé. Plus que Tahara, il y avait là toute une clique de démons, dont Alays semblait être la meneuse, encore une fois.

Spoiler:
 

Une fois que la lumière bleue se dissipa complètement, que le sort fut achevé, Tahara prit la parole :

- On a un problème, un très gros problème : un autre magicien est entré sur mon territoire, il vient sûrement pour m'attaquer, sinon, il aurait signalé sa présence.

- En effet, c'est très problématique. Laisse-moi deviner : je dois prendre la tête de ta petite troupe de démons et lui faire passer l'envie de mettre les pieds chez toi ?

- Tu dois le tuer.

- Ce sera fait.

__Quand il eu dit cela, il tourna les talons et partit en marchant droit devant lui, d'un pas assuré, puis, de moins en moins, en se rendant compte que ses troupes ne le suivaient pas. Il se retourna après dix mètres et vit que la sorcière se tenait la tête en se demandant sans doute ce qui lui était passé par la tête en se fiant à un pareil idiot et que les démons tendaient tous ce qui leurs servait de bras vers le nord pour lui indiquer la direction à prendre.

__Plus tard, en route, il demanda à Alays des renseignements sur chacune de ses unités et sur leur ennemi à Alays. Il n'avait aucune puissance de frappe, aucun fer de lance, à part peut-être le golem, qui était un peu lent à la détente, mais qui était résistant et puissant et le crocodile géant à la puissante mâchoire. Certains avaient l'air parfaitement inutiles, comme le squelette avec une tête de citrouille, qui pouvait juste se répliquer en créant une tige sur le sommet de sa tête sur laquelle poussaient d'autres citrouilles, mais n'étant ni résistant, ni offensif, il pouvait à peine créer une diversion. Certains étaient problématiques, comme les deux fantômes qui ne pouvaient pas s'entendre, mais ne savaient prendre possession d'un corps qu'en additionnant leurs pouvoirs. Le petit dragon, lui, n'était pas assez puissant, ses flammes, bien que très chaudes, ne sortaient que rarement de sa gueule, si bien qu'il devait mordre quelque chose pour le brûler. La petite momie au haut-de-forme pouvait soigner, rien de plus, les êtres possédant du sang. Et le pouvoir d'Alays comportait également ses désavantages, puisqu'elle prenait plus ou moins trente secondes par cible et qu'elle ne pouvait séduire qu'un mâle à la fois, sans compter tout ce qui pouvait le rendre inefficace. Leur ennemi était un puissant magicien, vu la facilité avec laquelle il avait percé le mur végétal, qui venait du nord. Pensant de plus en plus qu'il était obligé de tendre une embuscade, il cria :

- Stop ! On reste ici et on lui tend une embuscade. Vous allez écouter très attentivement le plan, ok ? Bon, alors...


__L'air passa en quelques secondes, de sept à moins deux degrés, changement qui ne pouvait évidemment pas être naturel et qui trahissait la présence de leur ennemi. La première créature à apparaitre dans le champ de vision de Vlad fut un humanoïde fait de neige dont la tête était une citrouille, sans doute un démon ou un golem animé par la magie de son maitre. Une dizaine d'autres suivirent, mais leur route fut barrée, soudain, par tout un bataillon de squelettes végétaux, dont les yeux brillaient. Deux démons un peu plus grands que des humains arrivèrent en courant, ils avaient la peau bleue, comme des gens morts de froid, deux petites cornes ornaient leur front et ils étaient armés de piques dont la pointe transparente devait être faite de glace. Ils n'usent pas le temps de venir en aide aux petits golems, surgissant de derrière un arbre, Alays en hypnotisait un pendant que les deux fantômes entraient dans le corps de l'autre, sans réussir s'entendre sur quoi faire, et ne faisant donc rien, ce qui n'était pas plus mal étant donné le contexte. Rien ne se passait comme prévu, mais tout se passait bien, c'était déjà ça. En un seul coup, le grand golem, sous les ordres de la momie au chapeau fit tomber un arbre sur les bonhommes de neige à tête de citrouille dont aucun ne survécu, détruisant au passage quelques un de ses plus faibles alliés. Puis tout tourna au vinaigre : de grands pics de glaces sortirent du sol et embrochèrent le corps des démons bleu et percèrent le flanc d'Alays. Une voix retentit et cassant une branche d'arbre gelée comme si c'était du verre, apparu aux yeux de tous, le sorcier, venant de l'est, les prenant à revers, brisant tout ce qui restait d'utile dans la stratégie initiale.

- AHAH, c'est tout ce dont est capable le comité d'accueil de la moche ? Elle n'a pas changé.

__Cet arrogant mage était un homme qui devait avoir au moins la quarantaine, mais pouvait être beaucoup plus vieux, considérant que les sorciers avaient sans doute l'un ou l'autre sort pour redevenir, ou du moins avoir l'air, jeune comme un chanteur à la mode. Il avait une crête de cheveux blancs cernée, des deux côtés, de dessins faits de cheveux courts, une courte barbe, blanche également, ornait son menton et finissait de lui donner un air austère. Sur ses vêtements des lignes d'un bleu clair lumineux semblaient conduire du froid ou de l'énergie magique depuis le grand groupe de glaçon pointus qui ornait son épaule. Autour de lui, les arbres se couvraient de givre et devenaient cassants comme de l'argile sèche, la différence de température était telle que l'air modifiait la course si rapide de la lumière en l'approchant, le rendant un peu flou, même avec une bonne vue. Il portait d'une main, en appui sur son épaule, une énorme hache, dont il serait dur de trouver le composant, comme si elle pesait le poids d'une plume. Il ne semblait pas avoir froid, même si la température autour de son corps fraulait le zéro absolu, il était torse nu en dessous d'un épais manteau de fourrure et portait, tenu par une ceinture, un pantalon trop large pour être chaud, de ses bottes fourrées sortaient des pointes de glace qui faisaient fort penser à des griffes.

Spoiler:
 

__Il ne semblait pas avoir remarqué qu'une partie du groupe était encore embusqué vu ce qu'il dit ensuite :

- Alors ? Vous ne m'attaquez pas ? Votre chef est à terre ? Vous n'êtes plus assez nombreux ? Je vous prends de court ? Très bien, si vous ne réagissez pas, cela va être à moi de vous attaquer.

__Vlad n'était pas à terre, c'était donc qu'il pensait que la succube commandait le groupe et cela le conduirait à sa perte. Il était perché non loin, sur une branche, rendu difficile à repérer par son habit de camouflage, du moment que son masque n'était pas trop visible, il pouvait voir toute la scène de là, il ne serait pas prudent, pourtant, d'agir tout de suite : il était devant l'ennemi et sa hache pouvait lui porter un coup mortel à l'atterrissage. Le plus malin et donc celui qui donna l'assaut en premier, fut le revenant au haut-de-forme, qui chuchota au golem de charger en direction du magicien avant de sauter de son épaule et de se diriger vers les blessés. Le dragon tomba du haut d'une branche haute directement sur le bras du sorcier et les squelettes à tête de citrouille fondirent sur lui en une véritable marée vivante. Toutes les attaques furent facilement parées : le dragonnet n'eut même pas le temps de l'atteindre que déjà son corps ne supportant pas un tel froid le faisait passer en hibernation, le réseau de démons inférieurs, touché par un sort se figea sur place et explosa en d'innombrables éclats et le golem fut stoppé et mit à terre d'un coup de hache qui le priva d'un de ses bras mécaniques. L'occasion était parfaite, en donnant le coup, il avait un peu avancé et pendant ce temps, Vlad était passé d'une branche à une autre et en sautant, invisible, sur le tapis de feuille mortes, il fut juste dans le dos du magicien et sans perdre une seconde, lui planta son grand couteau dans le dos jusqu'à la garde avant de dégainer l'autre, fait avec la dent de grand dévoreur qu'il avait récupéré l'été dernier, et de reculer en poussant son adversaire en avant. Il ne devait pas rester trop longtemps à proximité s'il ne voulait pas finir comme le lézard, endormi ou tué par le froid. D'ailleurs, son arme ne résisterait peut-être pas à la température de ce dans quoi elle était plantée.

__Le mage s'écroula... Il avait été plutôt facile à vaincre. Il n'y eu pas de sang, son corps tomba en poussière, comme quand dans les dessins animés reprenant de vieux contes, des sorcières ayant trois fois leur âge voyaient leur sort de jeunesse se briser. Restant encore un peu sur ses gardes, Vlad regarda aux alentours. Rien, il n'y avait plus d'ennemis, nulle part, la forêt était devenue un lieu sûr. Il était temps de s'occuper des blessés. Il frissonna en récupérant son couteau qu'il rangea dans  Le petit titan de métal se relevait sans trop de difficulté et ne méritait donc pas son attention. Le dragon semblait mort, le crocodile géant, caché sous un tapis de feuille ne se portait pas mieux et il ne restait que des morceaux du démon ayant une cucurbitacée pour seul visage. Il s'approcha des trois dont la momie s'occupait avec pour seul outil des ciseaux. C'est en la voyant faire qu'il comprit pourquoi : elle coupait un morceau de ses bandelettes et l'appliquait sur la plaie, puis celui-ci, en même temps qu'il aspirait le sang, grandissait et couvrait de lui-même la blessure, tout en blanchissant, comme si le sang avait été digéré, cela finissait par devenir un vrai bandage, bien serré autour du membre ou de la zone blessée. Alays était déjà enveloppée de ces bandelettes et le petit démon s'appliquait à soigner les autres, les grands trucs bleus, même s'il y avait peu d'espoir qu'ils en réchappent.

- Panser leurs plaies ne suffira pas.

- Détrompes-toi, humain, ces bandages ne sont pas normaux, ils peuvent servir plusieurs fois, mais seulement au premier usage, ils sont imprégnés d'une puissante panacée, d'où l'utilité de m'avoir engagé plutôt que d'avoir réutilisé ceux de mes précédentes visites.

- D'ailleurs, pourquoi tu soignes des ennemis ?

- Ce ne sont pas mes ennemis, ce sont des blessés, ce sont mes semblables. Ils ont juste été engagé dans le mauvais camp il y a peu, mais comme leur employeur les a trahis et qu'en plus il est mort, je n'ai aucune raison de ne pas les soigner. Je ne m'attends pas à la moindre gratitude, mais j'aurais fait ce que j'ai à faire.

- Tu fais preuve d'une certaine grandeur d'âme pour un démon...

- C'est un préjugé dont tu devrais vite te défaire, humain, les démons ne sont pas tous mauvais, les anges ne sont pas tous bon et je suis à peu près sûr que toi-même tu n'es pas tout à fait neutre.

__Vlad se contenta de se taire et de le regarder faire.

__Les deux des trois blessés se relevèrent après une vingtaine de minutes, alors que Vlad tentait de faire tenir en un morceau l'homme de fer en utilisant les vis qu'il lui avait donné et des bandelettes venant du corps de la momie miniature. Un des deux démons bleus n'avait pas survécu à s'être fait transpercer le corps par plusieurs piques de glaces et cela n'avait rien d'étonnant, mais ce qui était étonnant, c'était que les deux fantômes qui essayaient de prendre possession de son corps n'en ressortent pas. Peut-être étaient-ils morts en même temps que leur hôte... Peu importait, ces esprits, il ne les connaissait pas, il s'en fichait, en fait, la bataille était terminée. Mais en ce qui concernait sa servante, il aurait tué le magicien pour ça si ce n'était pas déjà fait. Comment pouvait-on faire tant de mal à un être si plein de charme ? Puis, c'était dans des moments comme ça qu'il se rendait compte à quel point il était attaché à cette vie, à Tahara, à elle, à tous ces souvenirs éternels qu'il accumulait depuis presque 9 mois. Même s'il avait peur de l'aimer, il adorait Alays, qui était, certes, une masochiste des plus dangereuses, mais qui réussissait même parfois, par un trait d'esprit, à le faire rire, par une bêtise, à le faire soupirer, par un mot doux, à le faire sourire. Avant de partir, il prit le manteau troué de sa victime comme preuve que le travail était fait et l'arme de l'ennemi mort malgré les soins, car il aurait été dommage de la laisser là. Le golem, pour sa bravoure, ou sa bêtise, eut le droit de garder la grande hache qu'il avait autant de facilité à tenir que son précédant propriétaire. Le groupe réduit prit ensuite le chemin du retour.


__Sur la route, Vlad remarqua soudain que la température n'avait pas remonté, pas du tout, depuis que leur ennemi avait été repéré. D'un signe de la main, il arrêta le groupe et il demanda à voix basse de regarder aux alentours. Tous étaient aux aguets quand soudain, par surprise, un massive forme blanche apparu derrière les arbres et fonça sur le golem, qui, trop lent à la détente, ne fit rien pour riposter. En quelques secondes, on vit des pics de glace sortir du sol en dessous de lui, un peu plus loin, où il avait été projeté avec la grande forme blanche. Des éclats volèrent un peu partout et quand la chose se mit sur ses pattes arrières, on put voir que c'était en fait un ours, un grand ours blanc avec des signes bleus sur le corps, des piques de glace sur le dos, des yeux brillants et de grandes griffes translucides et sans doutes très aiguisées sur une patte.

Spoiler:
 

__L'animal se jeta ensuite sur Vlad qui utilisa la pique comme un bâton pour tenir ses pattes le plus loin possible de son corps, même si la charge le renversa. Il était par terre, les pieds et les bras déployant toute la puissance du primate en danger qu'il était, le manche tenu droit par la force des deux pattes avant de la bête menaçait de la blesser si elle enlevait une patte pour frapper. La situation aurait pu être qualifiée de figée si Vlad avait pu tenir longtemps ainsi, mais un ours étant trop lourd pour un homme, même musclé par des mois de dur labeur et si une voix ne retentit pas dans sa tête :

- Tu vas me payer la destruction de mon si beau corps, saloperie d'humain.

__Bien qu'aucun son autre qu'un grognement de rage ne soit sortit de la gueule de la bête, Vlad répondit à voix haute :

- Je ne suis pas un humain, je suis un dieu, et va te faire ******.

__Il avait fait une erreur en utilisant pas sa magie tout de suite, ou en ne pouvant pas le faire, car, s'étant trop avancé au dessus de lui, Vlad eu assez de longueur pour donner un coup de pied dans les parties génitales de ce corps qui tentait vainement de le mordre et, par un énorme effort soudain, une puissante impulsion dans ses jambes, d'utiliser l'énergie qu'il déployait pour le retourner par dessus la barre métallique sur laquelle il appuyait toujours. Au passage, les griffes de glaces rentrèrent dans son vêtement et lacérèrent son torse de quatre lignes rouges. Il ne pouvait pas se laisser abattre par si peu, ça avait l'air superficiel, même si ça faisait très mal. Cela allongea cependant le temps qu'il mit pour se relever et l'empêcha d'asséner le moindre coup à son ennemi qui était déjà sur ses quatre pattes. Ne pouvant pas rivaliser de front avec une pareille machine à tuer, il se rendit invisible pour que son attaque ne soit pas prévisible et tout en donnant un coup de pique vers la tête, il couvrit la courte distance entre lui et le magicien. Son coup, inhabituellement esquivé, atteignit l'épaule de l'ours alors qu'il fut forcé de lâcher l'arme pour ne pas être repérable en faisant un grand bond à droite. Malgré tout, le crissement des feuilles, l'odeur du sang, le mouvement sur le sol, trop évidents pour ne pas être repérés par les sens aiguisés d'un prédateur trahirent son déplacement. De la patte droite, il se propulsa alors que la patte gauche armée des griffes meurtrières fonçait dans la bonne direction pour pourfendre Vlad qui était pris au dépourvu, n'ayant pas le temps de se saisir d'un de ses couteaux de chasse. Mais quand on est un dieu, on n’est jamais vraiment désarmé. Ses réflexes s'étant aiguisés avec la chasse et la vie dans la forêt où il devait parfois dormir à la belle étoile, il pensa juste à temps à faire apparaître une épée d'arcanes qui apparu trop tard pour son ennemi au dessus de sa patte qu'il transperça et cloua au sol. Redevenant, malgré lui, visible, il lâcha l'arme pour esquiver un coup de griffes de l'autre patte. Son ennemi était bloqué, même si ça n'allait pas durer, il pouvait le contourner par la gauche et attaquer des zones sensibles. Il dégaina les deux couteaux et le premier, alors qu'il contournait rapidement la bête, ouvrit sans qu'il aie besoin de faire un effort pour cela, une grande plaie dans la patte immobilisée avant d'aller se planter dans les flancs de l'animal et de servir d'appui, en s'enfonçant dans l'os, à Vlad qui montait sur son dos en cassant facilement les piques de glaces trop fines. Le second couteau vint se poster au dessus de la nuque, près à être enfoncé et à transpercer la gorge de ce corps robuste, mais devenu vulnérable. Tant qu'il y était, Vlad demanda :

- Une dernière parole, pour la postérité ?

- Pourquoi ? Pourquoi veux-tu me tuer ?

- J'ai mes ordres et mes intérêts à les suivre. C'est tout ?

- Non, prend ça, ******* !

__Alors que, par réflexe, ayant senti le danger avant qu'il n'arrive vraiment, il tranchait la gorge et les artères de l'ours, les pics de glaces qu'il avait enlevées repoussèrent, le projetant en arrière et le blessant gravement sur tout le corps, sans qu'un seul d'entre eux ne traverse tout son corps. L'ennemi s'effondra, et lui, tomba de son dos et roula au sol, cassant les pieux de glace qui le transperçaient. Il entendit des cris, de la peur, puis plus rien.

__Il se réveilla chez lui, dans sa maison souterraine, dont il reconnu tout de suite les poutres au dessus de son lit. Une forte douleur sur tout l'avant du corps lui fit comprendre qu'il ne servait à rien de se relever, qu'il était encore gravement blessé, mais son essai fit réagir quelqu'un dans la pièce :

- Ah, il est réveillé.

__Des pas légers, qu'il reconnu facilement comme étant ceux de sa servante, se rapprochèrent et il put la voir à travers les trous restrictif du petit champ de vision que permettait son masque. Elle se pencha sur lui et lui demanda d'une voix douce de succube qui a ferré une proie :

- Comment te sens-tu ?

- Encore plus mal que toutes les autres fois où tu me l'as demandé.

- Sais-tu quel jour nous sommes ?

- Le jour de la courte bataille contre un vieux qui utilisait de la glace comme une arme mortelle, ou le lendemain, j'imagine.

- Le lendemain.

__Une autre voix, que Vlad ne reconnu qu'après quelques mots, la voix de la momie au chapeau, lui fit un bilan de sa situation médicale :

- Le patient est hors de danger, du moment qu'il reste calme. Il a de très nombreuses plaies ouvertes, mais tous le saignements sont arrêtés grâce aux soins magiques rapidement prodigués. Une réouverture n'est pas à craindre puisque vous avez une sorcière expérimentée à proximité. Cependant, la magie à ses limites et il aura besoin de beaucoup de repos avant de pouvoir supporter les sorts puissants. La magie répare mais ne recrée pas, du moins celle que vous avez à disposition... Bon, c'est tout, j'ai fini mon travail ici, je crois, je vais récupérer mes potions et je rentre chez moi.

- Tu as entendu ? Il faut te reposer, Vladounet.

__Il n'eut pas la force de protester contre ce surnom ridicule, d'autant moins qu'une aiguille vint se planter dans son bras, lui injectant un puissant sédatif.

__La guérison fut longue et ennuyante, Lord Vlad resta près d'une semaine allongé, trop souvent conscient, sans pouvoir bouger d'un iota sans être rappelé à l'ordre par une vive douleur. Il pouvait remercier son masque, lui avait dit celle qui s'occupait de lui jour après jour et ne quittait que rarement son chevet, car sans lui, sa tête et son cou auraient été touchés et il serait mort trop rapidement pour être soigné. C'était paradoxal, puisqu'à la base, il se battait pour protéger celle qui pourrait le lui enlever. Et un jour, Alays revint en compagnie de cette dernière et après un court rituel, il retrouva son corps intact et ses fonctions de serviteur polyvalent, ce qui lui convenait très bien, n'aimant pas ne rien faire, ni recevoir des surnoms affectueux par une succube masochiste à qui il n'en avait pas donné l'autorisation. Il garda un rouleau de bandages, puisqu'ils pouvaient servir autant de fois qu'il le faudrait.

__La suite de l'hiver fut pénible, le froid était devenu un danger et le bois que Vlad avait coupé tout au long de l'année s'épuisa presque trop vite dans l'âtre de sa maison, qui chauffait également celle de Tahara. Mais tous furent content de ne presque pas avoir à sortir, même si cela impliquait que leur nourriture était faible en végétaux, et se composait, en fait, presque uniquement de la viande de l'énorme animal qui avait fait l'erreur d'essayer de dévorer le grand Lord Vlad. Lui et Alays passèrent alors plus de deux mois cloitrés dans quelques pièces, ne pouvant jamais éviter l'autre et ne pouvant sortir que quand la température remontait au dessus de -30. La sorcière, seule à savoir se transporter d'une maison à l'autre sans sortir, était une fois descendue pour leur parler du temps, plutôt inhabituel dans la région où les hivers étaient doux. Elle associait ça, sans doute à raison, au passage récent d'un magicien des régions du nord.

__Elle parla aussi, un autre jour, du magicien en question. Il s'appellait Julius. Il était venu chez elle, un jour, elle devait avoir 16 ans, de façon tout à fait amicale. Elle l'avait tellement bien reçu qu'il avait décidé de s'attarder et de lui apprendre quelques sorts de sa magie pour l'y initier. Mais cette force de destruction, ce froid de mort, n'avait pas plu à la sorcière qui avait fini par se disputer avec son hôte et par le chasser hors de chez elle. Il était parti sans violence, mais ce ne fut que pour revenir, quelques mois plus tard, avec quelques démons et de saccager sa maison, faute de l'y trouver. Elle ne s'attendait pas à ce qu'il revienne à la charge après quelques années. Ce fut une des rares fois où elle remercia Vlad pour avoir obéit à un de ses ordres, car, tacitement, il lui avait vraiment sauvé la vie en lui évitant un combat sans issue contre un adversaire trop puissant. Elle lui offrit son manteau, qu'elle avait réparé.

__Et les beaux jours finirent par revenir, le printemps chassa l'hiver en un rien de temps et ils purent à nouveau sortir. Peu à peu, la fin du contrat approchait, Vlad trépignait de plus en plus d'impatience de voir enfin ce masque tomber, mais en attendant, il continuait de travailler, comme toujours. Et le dernier soir, Tahara, sans plus se gêner que d'habitude à le téléporter sans prévenir, l'amena devant un lac. Elle lui fit signe de s'asseoir et dessina un cercle magique autour de lui. Puis, toujours sans un mot, elle marcha sur l'eau, jusqu'au centre de l'étendue liquide trop paisible pour être normale. Et elle commença à incanter. Sans sa montre, Vlad eut du mal à savoir combien de temps cela dura, mais ce fut si long qu'il dut se battre contre le sommeil et son corps qui voulait bouger alors que la nuit tombait. Puis, enfin, les choses devinrent intéressantes, spectaculaires : des pierres jaillirent sans un clapotement de l'eau du lac, furent entourées successivement de terre, d'eau, de feu, de glace et de feuilles d'arbres avant de s'agglutiner autour de Tahara et de ne plus former qu'un seule masse une seule boule d'énergie bleutée qui explosa alors en des dizaines d'étoiles qui se disséminèrent partout autour d'elle.

Spoiler:
 

__Puis elle pointa son sceptre sur lui cria un des mots incompréhensibles qu'elle déclamait depuis des heures et tout disparu, mais rien d'autre ne se passa. Elle revint vers lui et lui ordonna :

- Enlève ton masque.

__Il essaya, en vain. Il la vit blêmir. Elle se justifia en béguaillant :

- Je pensais que... enfin... je... je ne savais pas qu'un sort pouvait résister à celui-là. Je suis désolée...

- Tu es pardonnée, c'est moi qui ai fait l'erreur de penser que quoi que ce soit pouvait me détacher de ce masque de malheur. Puis, à vrai dire, cette année n'est rien de gâché. Je me sentais bien ici, avec toi, avec Alays, en travaillant chaque jour, en chassant, en dormant à la belle étoile, en portant des vêtements différents... en oubliant que je suis un monstre, en vivant comme quelqu'un de normal ayant accepté la même servitude.

__Cela leur suffit. Ils rentrèrent dans la chaumière où Alays les attendait, assise sur le lit, leur montrant le dos. Elle les accueillit avec cette phrase, prononcée entre deux sanglots :

- Tu t'en vas ?

- Je le dois.

- Pourquoi ?

- Parce que j'ai un devoir à remplir et que je dois obtenir suffisamment de pouvoir pour ça.

- Je viens avec toi...

- Tu ne peux pas.

- Pourquoi ?

- Parce que Tahara a besoin de toi pour manipuler les démons qu'elle invoquera pour me remplacer.

- Qu'elle se débrouille elle sait très bien le faire toute seule.

- Au nom du serment d'allégeance que tu as prononcé, je t'ordonne de rester ici.

- Tu sais que les serments des démons ne valent rien.

- Ça a toujours été le cas et pourtant...

__Soudain elle se retourna, elle avait les yeux rouges dénonçant sa tentative d'utiliser son pouvoir et elle dit d'une voix d'outre-tombe :

- Reste avec moi !

- Tu sais que ça ne marche pas sur moi.

__Elle se leva et quitta la maison en courant et sans doute en pleurant. Vlad ne savait pas, avant d'en côtoyer, que les démons pouvaient pleurer. Il passa la nuit à préparer ses affaires, choisissant avec difficulté ce qu'il devait laisser aux deux femmes et ce qui lui serait très utile à l'académie. Il n'emporta que très peu de choses : les bandages, le couteau en dent de grand dévoreur qu'il avait fabriqué, le manteau du sorcier que Tahara n'aurait pas voulu qu'il lui laisse et une pierre précieuse qu'il avait trouvé en automne. Le reste de ses bagages étaient dans sa tête et dans son corps. Il sortit à l'aube et arriva vers midi aux arches, là où, un an auparavant, il était entré, cherchant un collier sans importance. Il était de nouveau habillé avec un costume noir et blanc, aussi impeccable que s'il sortait du nettoyage à sec et portait, sous le bras, le manteau plié contenant le reste de ses affaires. Il traversa le long couloir d'arches.

__Puis en arrivant au bout, avant de passer la dernière, la plus abimée, il se ravisa. Tant pis s'il ne devenait pas un dieu, Deus en avait d'autres sous la main pour prendre sa place, lui, il voulait rester avec les drôle de duo qu'il venait de quitter. Il se retourna. Les arches derrière lui avaient toutes disparues, il n'y avait plus là qu'un long couloir vide, une clairière longiligne. Sans comprendre pourquoi, il se mit à courir pour rentrer au plus vite. Après quelques secondes de course effrénée, une averse se déclara.


__Il ne restait presque rien de la chaumière, quelques pans de mur, à peine. La colline redevenait sauvage, sa forme avait changé, à la fois à cause de l'érosion et à cause des éboulements ayant comblé le grand trou dans lequel Vlad avait eu l'habitude de vivre. Il n'y avait aucun signe des deux femmes. Qu'est-ce qui avait bien pu se passer ? Un autre sorcier était-il venu pendant sa courte absence ? Non, si c'était le cas, la bataille aurait fait du bruit, à la distance où il était, il aurait entendu. D'autant moins que le temps semblait avoir passé, il semblait avoir énormément passé. Alors ce devait... *Peu importe* s'interrompit Vlad en fondant en larme, ce qui importait, c'était qu'il était seul, qu'elles avaient disparu, que tout avait soudainement disparu et qu'il était condamné par son indécision à prendre la voie qu'il avait refusé de suivre. Qu'il était condamné à rester à jamais cet idiot qui a quitté un endroit agréable où le peu d'habitants l'aimaient et où il aimait vivre pour rentrer dans un cloaque de divinité se battant belliqueusement pour savoir si une espèce devenue inférieure doit avoir le droit de vivre. Il essaya de se raisonner, de se convaincre qu'elles ne pouvaient être qu'en vie, ailleurs, mais il avait du mal à s'y faire croire, il avait toujours été mauvais en autosuggestion. En serrant les poings, il frappa la cheminée, qui, extrêmement résistante, s'élevait encore, par endroits, à presque deux mètres du sol. Il avait enlevé ses gants, il voulait se châtier de sa bêtise frapper et frapper encore sous la pluie battante jusqu'à ce que ses mains deviennent plus rouges que ses pensées. Puis en voyant son sang sur les pierres qui ne bronchaient pas, il réalisa à quel point c'était stupide, que ça ne changerait rien, que ça ne les ferait pas revenir. Pansant alors ses blessures avec deux bouts de bandages qui se mirent d'eux-mêmes parfaitement autour de ses doigts sans même entraver ses mouvements. Il pleura, se lamentant sur son futur, ne sachant s'il valait mieux se laisser mourir également, ne plus manger, boire, dormir, se défendre des animaux sauvages ou rentrer mourir éternellement à l'académie. En soupirant, il prit le chemin du retour. La vie avait été ainsi faite et la sienne se résumerait à voir mourir les autres avant lui, il devait l'accepter. Il n'y pouvait rien, après tout, qui aurait pu prévoir quelque chose qu'il ne parvenait même pas à expliquer ? Sa seule erreur avait été d'être trop borné, de suivre un but idiot malgré son total manque d'intéret quant au sort des humains en général. C'était égoiste, mais il se jura de ne plus jamais prendre la moindre décision de cet acabit sans y avoir murement réfléchi. La nuit tombait, alors qu'il rentrait à l'académie des dieux ou plus personne ne devait attendre son retour.

__En le voyant arriver, encore un peu humide d'être tant resté sous la pluie, deux repentis, suposés assurer que les créatures réussissant à traverser la barrière magique ne rentrent pas dans l'enceinte et que les élèves ne la quittent pas trop, ne semblèrent pas surpris. C'étaient pourtant les deux nigauds auquel il avait échapé en quittant l'établissement, un an plus tôt.

- Alors, on ne dit pas bonjour ?

__Devant son ton provoquant, l'un d'eux s'énerva :

- Primo, on t'a dis bonjour ce matin. Deuxio, si tu veux qu'on soit gentil, tu l'es aussi et tu restes sagement à l'intérieur si tu tiens tant à faire cavalier seul. Et tertio, si tu me parles encore une fois comme ça, je t'éclate.

__Vlad avait arreté d'écouter après "ce matin". Cet homme ne mentant pas, cela voulait dire que le temps n'avait pas passé pour ceux de l'académie... ou qu'il avait déliré tout ce temps... ou... Les théories se bousculaient dans sa tête... il avait besoin de repos, de réfléxion, de méditation. D'un hochement de tête, il essaya de faire comprendre à l'énervé qu'il était d'accord et fila sans se retourner vers sa chambre noire et froide qui ne lui paru jamais plus inhospitalière.

__Couché dans son lit, il réfléchissait à ce qui avait bien pu se passer et peu à peu, une théorie folle lui paru plus que plausible : *Et si les arches étaient des créations de Deus, permettant de se déplacer d'un an dans le passé ou le futur, alors Alays et Tahara ont vécu il y a bien longtemps et leur disparition m'a coupé de cette époque. D'autre part, comme je suis resté un an dans le passé, ne pas passé sous la denière arche m'a ramenné quelques heures après mon départ...*

__Une autre voix, résonnant dans son crane, l'interrompit :

*Qui s'en soucie ? On se fiche de savoir ce qu'elles sont devenues, ce qui compte, c'est ce que tu en tires et t'as ramené un sacré butin, sans parler du muscle.*

*Non, les biens matériels n'ont de la valeur car ils sont associés à de précieux souvenirs, son questionnement est légitime, laisse-le tranquille.*

- Qui êtes-vous ? Où êtes-vous ? demanda Vlad à voix haute, sans être sûr que les voix venaient de sa tête.

*C'est tout à fait normal que tu ne comprennes pas, cet idiot a soudainement pris la parole alors que nous aurions dû d'abord t'apparaitre.*

__Devant Vlad, deux hommes se matérialisèrent, parfaitement visibles malgré la pénombre. Ils n'étaient que des hallucinations, des créations de son esprit, mais ils semblaient plus vrai que nature. Ils se ressemblaient comme trois gouttes d'eau, mis à part que l'un avait un costume blanc, l'autre un costume noir et Vlad, les deux à la fois.

*Nous sommes des esprits frappeurs venus hanter tes nuits.*

*Arrête donc de dire des âneries, nous ne sommes pas des revenants. Nous sommes, je crois, des divisions de ton esprit, de ta conscience. Black est l'incarnation du mal, de l'envie et du désir qui sommeillent en toi et moi, White, suis la représentation de toutes les qualités de ton esprit. Comme nous pouvons te parler librement, il est de notre devoir de veiller à ce que tu aies une conduite ...*

*... des plus déplorables. Mais nous ne pouvons que te conseiller, même si l'un de nous réussi à faire taire l'autre, tu restes le seul à pouvoir faire un choix et agir en conséquence.*

__Un silence de plomb s'installa, les deux esprits attendaient la réaction de Vlad qui restait impassible, écoutant sans penser, puis il parla d'un ton glacial, laissant lentement siffler chaque syllabe à travers ses dents serrées :

- Dégagez de ma tête...

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Je parle en SILVER, j'ai un Journal de bord et un masque.
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Re: Un an - Sam 6 Juil 2013 - 0:52

Franchement j'trouves que ton solo est génial ! La trame est originale avec des protagonistres attachants. J'ai aimé les illustrations aussi, elles sont très belles ! En plus y'a du combat, j'ai pris beaucoup de plaisir à lire. Bon y'a quand même des fautes, mais c'est pas super grave. Concernant les musiques je n'ai pas pu les écouter, mais vu que ça te tiens à cœur j'penses te mp pour t'en parler.

Lord Vlad : 550 xps

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Un an
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