Chapitre IV :
Entre Mortels et Immortels, la guerre est déclarée. Trois mois après la chute d'Isanagi et du Golem de Pierre, la tension ne fait qu'accroître. Encore une fois, l'ennemi saura surprendre. Encore une fois, les futures divinités devront se montrer à la hauteur, et les humains, plus unis que jamais.


École des dieux RPG


Forum RPG
 

Le Retour de l'Aube [Terminé]

Aller à la page : 1, 2  Suivant
Invité
avatar
Invité
Le Retour de l'Aube [Terminé] - Mer 13 Fév 2013 - 20:19
La nuit était depuis longtemps déjà. Les ombres étaient de sorties, profitant du clair de lune pour une promenade nocturne. Les spectres faisaient de même, profitant du silence pour se réunir, marchant dans les pas des quelques rares rôdeurs prêts à affronter le froid glacial. L’hiver était là et rappelait à tous sa présence. La neige avait fondu désormais ; à quand les prochaines chutes ? Mais l’épisode glacial semblait loin d’être terminé.
La nuit enveloppait chacun des êtres encore présents, un doux manteau reposait sur les épaules des rares courageux, une écharpe de brume ne vint pas tarder à se lever. Il ne manquait qu’un bonnet de neige et la nature serait parée pour affronter l’hiver, aussi rude soit-il.
Les arbres dénudés faisaient peine à voir. Eux, si magnifiques au printemps, si aimés pour leur ombre durant l’été et si colorés en automne semblaient morts sous les yeux de la demoiselle. Etait-ce des cadavres faits de racines et de troncs qu’elle apercevait depuis sa position ? Cadavre, elle l’ignorait. Mais des arbres à morts, ça oui. Les corps auraient pu pendre à chacune des branches, le sang se mêlant à la neige – si cette dernière avait souhaité offrir se présence à l’académie, pour aujourd’hui du moins – l’écorce aurait pu faire office de cercueils pour ces beaux morts. Un arbre à morts dans toute sa splendeur. Il n’y en avait pas qu’un mais des tas. Ils pullulaient, s’échelonnaient sur des rangées entières, dominant l’académie entière.

Lyra levait la tête pour contempler ces arbre ayant perdu depuis longtemps leurs feuilles. Ils n’étaient pas si laids que ça, à vrai dire ; Il y avait même un certain esthétisme dans ces arbres nus. Il faut croire que le froid gagne contre tous ses adversaires, même la nature. Rien ni personne ne peut lui opposer de résistance. Même pas les arbres, peuvent-ils être garnis de cadavres à la place des feuilles ou de sang en guise de sève.
Elle était désormais seule dans ce parc. Elle observait les abricotiers des lieux. Des arbres fruitiers en hiver, c’était étrange. Les fruits semblaient à l’identique de l’été. Le goût était-il le même ? Inutile de compter sur elle pour goûter, elle savait que ces abricots avaient le don de provoquer des hallucinations. Hors de question de voir tout et n’importe quoi à cause d’un simple fruit.

Alors qu’elle allait faire demi-tour, elle aperçut une ombre se faufilait devant le parc. Un petit malin essayait de braver le couvre-feu ? « Fait chier. Pas envie de jouer au chat et à la souris avant d’aller me coucher. » songea-t-elle. Où étaient les surveillants quand on avait besoin d’eux ? Stupides pions. Elle pressa le pas dans le but de poursuivre le rebelle. Elle n’avait aucune envie de l’engueuler, juste lui rappeler le règlement au cas où il l’aurait oublié. Elle avait déjà prévu de le laisser filer. Elle aurait même pu s’éviter la peine de le traquer mais elle n’allait tout de même pas fermer les yeux devant ces élèves contestant les règles. La loi est la loi.
Assez étonnant de la part d’une personne qui avait toujours contesté les lois, n’ayant jamais respecté la moindre règle. Mais elle avait eu des circonstances atténuantes. Là où se rebeller était synonyme de courage, ici aller à l’encontre des règles avait pour simple motivation l’envie d’impressionner d’autres apprentis. Pitoyable.
Alors qu’elle était enfin assez proche de l’inconnu, elle l’apostropha. Il était de dos. À le voir ainsi, cela devait être sans doute un garçon mais les apparences sont parfois trompeuses.

- Hey toi là-bas ! Tu connais pas le règlement ou quoi ? Le couvre-feu est tombé depuis longtemps alors si tu veux pas tomber sur d’autres repentis moins sympas que moi, file de suite dans ta chambre !

Elle n’aimait pas parler avec des personnes de dos. Elle avait l’impression de parler dans le vide, que ses mots n’atteignaient pas les oreilles de leur propriétaire. Pourtant, la distance était relativement proche alors aucun doute pour qu’il ait entendu son avertissement. Elle attendit qu’il l’écoute et prenne le chemin inverse. Elle ne pouvait pas être certaine du trajet qu’il emprunterait – elle n’avait aucune envie de le pister de toute façon – mais préférait ne pas bouger tant qu’il serait là, dos à elle.


Dernière édition par Lyra Vilkas le Dim 10 Mar 2013 - 18:51, édité 1 fois
Invité
avatar
Invité
Re: Le Retour de l'Aube [Terminé] - Jeu 14 Fév 2013 - 20:14
« En fuyant la pluie, on rencontre la grêle. »


    Deus academia donnait une nouvelle chance à Lev. Une chance inestimable pour pouvoir vivre pleinement sans personne sur son dos qui lui dicte quoi faire, qui le bat parce qu'il parle à une fille, ou encore qui crève de jalousie parce qu'il par voir une fille. Maintenant il était enfin Libre ! Bien sûr tout n'était pas comme il le voulait : il était seul. Plus de Lyra ou d'Agata près de lui, qui dit nouvelle vie dit nouveaux amis non ? Donc nouvelles aventures ! Mais Lev aurait pu sacrifier tout cela pour revoir ses deux amies : chose qu'il ne pouvait pas faire. Mais il ne devait pas déprimer pour autant alors il prenait sur lui en restant souriant, avec cet air d'enfant bête. Pourquoi penser au passé ? Mieux vaut réfléchir au futur maintenant -chose qu'il ne pouvait pas faire sur Terre. Alors le garçon se changea, son style vestimentaire complétement différent de son ancienne vie, puis sortit découvrir le monde.

    Il faisait nuit. La nuit rendait le garçon nostalgique, c'est toujours dans ses moments sombres que le passé refait surface. Lev n'aimait pas vraiment le noir, parce que ça cache trop de choses, parce qu'il n'aimait pas voir les gens de la secte souffrir dans ces chambres sombres, parce que les souvenirs sont toujours sombres dans ces moments. Il chassa ses idées de sa tête et commença à marcher de plus en plus vite, comme s'il fuyait. En réalité il ne fuyait pas, il cherchait quelqu'un pour l'aider à retourner à sa chambre car oui -l'idiot- avait quitté sa chambre dans l'après-midi mais n'avait pas mémorisé le chemin du retour et c'est ainsi qu'il se retrouva dans un parc. Un magnifique parc avec des arbres immenses pourtant sans feuillage. Ça montrait bien la présence de l'hiver. Monsieur n'avait qu'un gros pull et une écharpe pour se couvrir, il n'avait pas peur de tomber malade. Ça faisait longtemps qu'il n'était pas venu dans un parc à cause de beaucoup de choses.

    Le garçon trouva un lieu pour s'asseoir et réfléchit. Qu'est-ce qu'il pouvait faire maintenant ? Pourquoi était-il dans cette école alors qu'il n'avait pas eu une vie exemplaire ? Comme à son habitude Lev se posa mille et une questions, ne trouvant aucune réponse lui-même. Il pouvait juste émettre des hypothèses comme le fait d'être ici parce qu'il n'avait rien fait lors de sa précédente vie. Ou peut-être parce qu'il était ici parce qu'il avait été tué d'une horrible manière ? Encore et encore des questions sans réponses, mais une chose était sûre : Lev comptait bien profiter de cette nouvelle vie. Le garçon cacha la moitié de son visage dans son écharpe quand il pensa à la manière dont il était mort : il n'en revenait toujours pas. Comment avait-il pu lui faire ça ? À cause d'une fille en plus ! Il ne l'avait pas couverte mais il l'aurait sans doute fait, pour elle. Il lâcha un soupire et se leva : il était temps de partir. Quand il commença sa marche, il sentit quelqu'un derrière lui alors il accéléra le pas. Il ne devait pas se battre, Lev avait bien conscience d'avoir dépassé le couvre-feu mais il avait besoin de se vider, de réfléchir, d'être seule et c'est pas dans sa chambre qu'il pourrait faire ça ! Alors il continua, jusqu'à ce qu'il entende une voix.

    - Hey toi là-bas ! Tu connais pas le règlement ou quoi ? Le couvre-feu est tombé depuis longtemps alors si tu veux pas tomber sur d’autres repentis moins sympas que moi, file de suite dans ta chambre !

    Cette voix. Lev n'en revenait pas. C'était bien Elle. Il n'en crut pas ses oreilles et se retourna brusquement puis il la vit. Il vit son visage angélique, ses longs cheveux soyeux, il vit sa perle de bronze. Il vit la fille pour laquelle il fut tué. Il voyait cette fille qui s'était sauvée, cette fille qu'il aimait aller voir pour lui parler, la réconforter, la protéger. Lyra. Oh tu lui as tant manqué Lyra ! À cet instant la seule chose qu'il voulait faire c'était de la prendre dans ses bras pour sentir son parfum, ce parfum qui lui avait tant manqué. Mais il ne pouvait pas. D'abord parce que si elle était ici c'est bien parce qu'elle est morte désormais. De plus il voulait des explications, il voulait des réponses. Certes elle n'avait pas toutes les réponses mais une bonne partie concernant son passé. À cet instant elle était un peu la « clef » qui pourrait l'aider à éclaircir un peu son passé et aussi qui pourrait l'aider à rentrer dans sa chambre. Lyra était morte : Lev n'avait pas pu la protéger comme il le voulait et il s'en voulait. Il ne voulait pas que sa douce meure si vite. Au moins elle avait aussi eu de la chance de tomber sur Deus academia. Une longue discussion allait avoir lieu.

    « Lyra ... »

    Ce fut les seuls mots qu'il put dire. Les émotions prenaient trop de place, les questions le retenaient là où il était. Il devait savoir. Il se força et s'approcha lentement d'elle. Il ne voulait pas lui faire peur, il voulait lui parler sans dispute. Il voulait simplement être avec elle.

    « Pourquoi toi ? Dis moi, pourquoi en sommes nous arrivés là ? »

    Il se retenait de la prendre dans ses bras. La seule chose qu'il fit c'est lui caresser la joue avec son index gauche. Les douloureux souvenirs étaient encore là quand il ferma les yeux un instant mais il était un homme heureux quand il vit le visage de sa dulcinée.
Invité
avatar
Invité
Re: Le Retour de l'Aube [Terminé] - Ven 15 Fév 2013 - 19:42
« Now in my remains
Our promises that never came
Except this silent rain
To wash away the worst of me »


Il ne se retourna pas. La phrase lancée au vol par la demoiselle semblait l’avoir immobilisée. Il l’avait entendue, elle en était certaine. Elle battit des paupières, perplexe. Elle ne savait pas à qui elle avait à faire. Elle allait se détourner lorsqu’il se retourna, la dévisageant. Elle porta la main à sa bouche, horrifiée. Non, impossible. C’était un rêve. Rien de tut cela n’était réel. Elle allait se réveiller, s’habiller et traîner comme à son habitude près des archives avant qu’un nouveau cycle ne s’écoule et ne redémarre. Comme d’habitude.
Il était là, la fixant. Ses yeux dorés briller dans l’obscurité. Mille étoiles planaient dans ce regard, la surplombant de toute sa hauteur. On croirait voir la galaxie entière s’illuminer au fond de ces prunelles. Un regard vide. Un regard triste, désolé. Mille lueurs dispersant une aura faible, menaçant de s’éteindre à tout moment. Pourquoi la fixait-il ainsi ? Lyra, elle, détourna le regard. Elle ne voulait pas qu’il la regarde en face. Elle ne souhaitait pas qu’il lise la culpabilité qui scintillait dans ses perles. Il devait partir. Maintenant.

- Lyra...

Ce mot était pire que tout. On sous-estimait souvent le pouvoir des mots. Le grand don que possédait les mots pour vous tuer grâce à l’un des leurs. Là, c’était un coup au cœur. Il la reconnaissait. Comment aurait-il pu l’oublier ? Elle avait baissé la tête, honteuse. Comment oublier tout le mal qu’elle avait causé ? Tout était sa faute. Entièrement sa faute. Mais pourquoi était-il là ? Non, pure question rhétorique. La raison, elle la connaissait mieux que quiconque. C’était à cause d’elle. Encore et toujours elle. Il suffisait qu’elle l’observe pour voir qu’il n’avait pas changé. Entre là-bas et aujourd’hui, deux ans s’étaient écoulés pour elle. Mais lui, quel répit avait-il eu avant de passer outre-tombe ? Quelques heures ? Une poignée de jours ?

Elle ne voulait plus entendre ses mots, ces horribles mots. Ceux qui lui perforaient le cœur. Il n’avait pas conscience de ce que représentait sa présence pour elle. Elle avait dû lutter chaque jour de sa putain de nouvelle vie pour oublier. Mais maintenant, Deus lui apportait une nouvelle malédiction : le frère qu’elle avait trahi. Parce que ne pouvoir obtenir le repos éternel et vivre avec ses souvenirs n’était pas suffisant, il avait voulu que cette divinité se plaise à la torturer. Lyra avait raison ; tous n’étaient que des pions présents dans le seul but de divertir une entité. Juste pour le détourner des vrais problèmes. Il préférait de loin le divertissement aux tracas existentiels des mortels. Mais là, ce n’est pas d’un jeu d’échecs dont nous parlions mais de deux vies.
Elle ne l’écoutait plus. Allez, va-t-en et disparais. Trop de mal avait déjà été fait. Mais c’était inutile. Il était là, il ne voulait plus partir. Il souhaitait des explications. Il s’approcha, la main tremblante, caressant le visage glacial de Lyra. Elle eut un mouvement de recul.

- Ne me… touche pas. Je ne veux pas de toi ici. Je… Je ne mérite même pas de te parler après ce que je t’ai fait.

La paresse et la lâcheté. Deux beaux défauts que Lyra possédait. La lâcheté plus que la paresse. À moins que ce ne soit l’inverse ? Paresseuse, elle l’était à longueur de journée, préférant éviter de faire son travail. Lâche, elle ne l’avait été qu’une seule fois. Et cela, elle le regrettait énormément. Cette image la hanterait à jamais, elle le savait. Ce souvenir était inscrit dans son crâne. Il n’avait été qu’un souvenir pendant si longtemps qu’elle avait presque pu croire qu’elle finirait par oublier. Presque. Mais désormais, son souvenir était là, devant elle, se tenant bien droit.

- C’est ma faute, n’est-ce pas ? C’est à cause de moi si tu es là devant moi ! s’exclama-t-elle, la voix tremblante. Oui, ça doit être ça. Sinon comment expliquer que tu n’ais pas changé ? Tu es toujours le même malgré le temps qui nous a séparés.

Elle ne l’avait toujours pas nommé. Elle ne s’en sentait pas le droit. Elle était celle qui l’avait tué. Indirectement, certes. Mais tout était à cause d’elle. Elle n’avait pas réfléchi. Elle aurait dû au lieu de réagir sous l’effet d’une pulsion. Elle aurait dû se contrôler. Ou alors rester pour assumer le châtiment qui allait lui être promis. Tout sauf s’enfuir de cette manière. Mourir là-bas à seize ans ou en Europe deux ans plus tard, quelle différence après tout ? Deux ans. Ce n’était rien. Elle aurait dû se sacrifier. Pour éviter qu’un innocent ne paye à la manière de Lev.
Elle se mordit la lèvre inférieure, faisant tout son possible pour contenir ses larmes. Elle ne devait pas pleurer. Pas devant lui. Pas pour lui. Pas pour ça. Pas pour une broutille du passé. Non, c’était plus qu’une broutille. Mais ça, elle ne saurait l’admettre.

- J’te demande pas de me pardonner. T’façon, j’aurais beau m’excuser mille fois, ça ne changerait pas grand chose. J’comprendrais que tu me détestes pour ça. J’avais pas l’droit… J’avais pas l’droit de te condamner à cause de mon égoïsme. Tu devrais pas être là. Tu devrais être là-bas, avec les vivants, avec ceux que t’aimes. Mais pas auprès d’moi. J’mérite pas ta présence. Mais être ici, par contre, ça j’le mérite. Rien que pour c’que j’t’ai fait, j’le mérite.

Sa voix tremblait toujours autant. On croirait un arc bandé à son maximum, menaçant de lâcher sa flèche à tout moment. Ses mots n’étaient pas des armes. Elle disait juste ce qu’elle pensait comme ça, même pas pour se sentir mieux. Juste parce que certaines choses doivent être dites. Manier la langue n’avait jamais été son fort. Pourquoi s’embarrasser à rendre de jolies phrases alors qu’au fond, tout pouvait être exprimé bien plus vite, bien plus simplement ?
Elle aurait dû partir. Loin de tout ce monde. Fuir à nouveau. Elle l’avait déjà fait dans le passé. Pourquoi pas maintenant ? Il faut croire que vient un moment où l’on doit affronter nos démons. L’un de Lyra se trouvait devant elle – sans mauvais jeu de mots.

- Tout c’que j’sais faire, tout c’que j’touche, ça s’transforme en merde. T’as bien vu avec toi. Mais si seulement y avait que toi… C’est toute ma vie que j’ai bousillé, tous ceux qui m’ont approchée que j’ai détruits ! Alors va-t-en Lev. Pour ton bien.

Première fois qu’elle ne nommait. Première fois qu’elle prononçait son nom à voix haute. Elle l’avait dit. Pour qu’il parte. Pour qu’il la laisse tranquille. Vient un moment où on doit faire face à son passé. Mais pas aujourd’hui. Pas maintenant. Jamais. Une nouvelle larme roula sur ses joues. Au revoir, Lev.
Invité
avatar
Invité
Re: Le Retour de l'Aube [Terminé] - Dim 17 Fév 2013 - 19:42
« En fuyant la pluie, on rencontre la grêle. »


    Lev n'a jamais cru à la citation « Le passé te rattrape toujours ». Pour lui le passé restait toujours derrière, il restait là où il était. Après ça devenait soit de bons soit de mauvais souvenirs. Lev avait beaucoup de bons souvenirs, vous savez ce souvenir qui vous donne automatiquement le sourire aux lèvres ? Ce genre de souvenirs auxquels vous pensez pour vous remonter le moral, ce souvenir qui peut vous faire rire n'importe quand, ce souvenir si merveilleux que l'on ne pourra jamais l'oublier. Mais il n'y a pas que de bons souvenirs dans la vie, que ça soit sur Terre ou sur Deus. Oui il y a aussi les mauvais souvenirs. Ceux qui reviennent en permanence pour vous déprimer, pour vous faire arrêter de rire d'un coup, pour vous faire pleurer deux fois plus quand ça ne va pas. Malheureusement Lyra faisait partie des deux. Elle était une des personnes qui lui avait donné les meilleurs souvenirs heureux mais aussi les pires. Lev était quand même morte en partie « à cause d'elle », même si Lev ne voyait pas ça de cette façon. Quand il vit son visage, il était partagé, il ne savait pas ce qu'il ressentait sur le coup. Triste et heureux à la fois. Un mélange de sucré et de salé : on ne sait jamais ce que ça peut donner.

    - Ne me… touche pas. Je ne veux pas de toi ici. Je… Je ne mérite même pas de te parler après ce que je t’ai fait.

    Il avait mal. Elle le rejetait. Elle ne voulait pas de lui. Lev le prit mal, très mal. Quand on vous rejette, ça ne fait jamais du bien. Surtout quand vous aimez cette personne comme votre propre sœur. Certes ils n'avaient aucun lien de sang, mais c'était pas pour autant qu'il ne pouvait pas l'aimer comme tel. Après tout ce qu'il lui était arrivé Lev n'en voulait pas Lyra. Il pouvait comprendre qu'elle voulait vivre une vie « normale ». Après tout elle ne pouvait pas passer sa vie à voir ses proches mourir, à voir des violes et autres choses horribles comme des sacrifices pour une divinité qui n’existe même pas. Il pouvait comprendre les motivations de cette fille. Mais il ne pouvait pas comprendre et accepter que ça soit son père qui l'ai tué pour elle. Il aurait très bien pu le croire et le laisser tranquille. Sur le coup Lev pensa que son père avait seulement explosé après tout depuis que Lev parlait à Lyra, le père de Lev le battait pour qu'il arrête. Celui-ci lui avait même interdit de venir à la secte, mais Lev venait quand même. Pour Elle. Pour cette fille.

    - C’est ma faute, n’est-ce pas ? C’est à cause de moi si tu es là devant moi ! Oui, ça doit être ça. Sinon comment expliquer que tu n’ais pas changé ? Tu es toujours le même malgré le temps qui nous a séparés. 

    Elle s'était écartée. Elle voulait partir. Mais elle connaissait suffisamment Lev pour savoir qu'il ne partirait pas et qu'il ne la laisserait pas s'en aller comme ça. Pas avant d'avoir eu des explications. Il avait beau accepter sa propre mort, il avait du mal avec celle de Lyra : comment est-elle morte ? Pourquoi ? Où ? Quand ? Tant de questions sans réponses ! Il s'en voulait. Il n'avait pas pu la protéger. Elle était morte trop jeune. Il soupira, Lev voulait qu'elle ait une belle vie : ce n'était pas le cas. Dans cette vie il y a les personnes qui font subir et ceux qui subissent : Lyra faisait partie de la seconde catégorie. Elle fait partie de ces personnes qui ne peuvent rien faire mis à part souffrir et qui détruisent tout ce qu'ils ont quand il essaye d'améliorer leurs conditions de vie, ce qui en vérité détruit deux fois plus leur vie. Lyra avait tenté quelque chose et elle en avait le résultat devant ses propres yeux : Lev. Il fallait maintenant qu'elle arrête d'être lâche, qu'elle assume complètement ce qui arrivait -après tout c'est en partie sa faute- et qu'elle regarde les choses en face : les deux étaient morts.

    - J’te demande pas de me pardonner. T’façon, j’aurais beau m’excuser mille fois, ça ne changerait pas grand chose. J’comprendrais que tu me détestes pour ça. J’avais pas l’droit… J’avais pas l’droit de te condamner à cause de mon égoïsme. Tu devrais pas être là. Tu devrais être là-bas, avec les vivants, avec ceux que t’aimes. Mais pas auprès d’moi. J’mérite pas ta présence. Mais être ici, par contre, ça j’le mérite. Rien que pour c’que j’t’ai fait, j’le mérite. 

    Sa voix tremblait. L'envie de pleurer était là mais rien. Elle avait trop de fierté mais le garçon savait que ça ne durerait pas longtemps : elle ne peut rien lui cacher. Il la connaît par cœur et vis versa. Lev ne lui en voulait pas au contraire, la seule chose dont il avait envie c'était de passer des bons moments avec elle, de rattraper le temps perdu, mais elle n'avait pas l'air de la même idée.

    - Tout c’que j’sais faire, tout c’que j’touche, ça s’transforme en merde. T’as bien vu avec toi. Mais si seulement y avait que toi… C’est toute ma vie que j’ai bousillé, tous ceux qui m’ont approchée que j’ai détruits ! Alors va-t-en Lev. Pour ton bien.
    « Ne parle pas comme si tu ne me connaissais pas ! Tu sais bien que je ne partirais pas sans avoir eu mes réponses ! »

    Il lui dit ça en haussant le ton. Mais il s'en voulu immédiatement. Après tout elle était en détresse et lui il osait lever le ton. Mais Lev ne supportait pas que Lyra parle de sa vie et d'elle comme ça parce que c'était faux. Ca pouvait sans doute être vrai pour sa vie sur Terre mais pas ici, pas à Deus, après tout elle avait été choisit pour vivre une nouvelle vie elle aussi alors elle devrait plutôt en profiter au lieu de pleurer pour son passé. Dans la vie il faut toujours regarder devant soi, laisser les problèmes de côté et avancer. Il ne faut pas regarder derrière soi, il faut avancer et détruire tous les obstacles.

    « Je ne t'en veux pas Lyra et je ne pourrais jamais le faire. Alors ne dis pas n'importe quoi, s'il te plait … Je … Moi je t'aime toujours autant. Ce n'est pas toi qui m'a tué, de toute façon mon père ne m'aimait plus alors ça n'aura été qu'une raison pour se débarrasser de moi. »

    Sachez que Lev avait pris son courage à deux mains pour dire cela. C'était difficile : lui dire être mort, tué par son propre père. Il ne savait pas comment Lyra prendrait tout ces propos et espérait vraiment qu'elle soit un minimum intelligente pour comprendre. Oui, comprendre qu'il ne lui en voulait pas, que tout ça c'était fini et qu'ils pouvaient enfin vivre ensemble sans personne entre eux. Lev avait peur qu'elle prenne la fuite, qu'elle soit de nouveau lâche et qu'elle le laisse planté en plein milieu du parc. Mais une chose était sûre : elle ne partirait pas. Quand le garçon vit les larmes de Lyra, il ne put s'empêcher de prendre celle-ci dans ses bras, comme avant. Il voulait être là pour elle, pour la protéger et l'aimer comme il voulait. Il ne comptait pas la laisser partir, pas avant d'avoir renoué cette complicité qu'ils avaient avant.
Invité
avatar
Invité
Re: Le Retour de l'Aube [Terminé] - Lun 18 Fév 2013 - 17:14
C’était cela, le karma ? L’univers qui lui faisait payer ses mauvaises actes passées en la confrontant à Lev ? Elle n’y avait jamais cru. Jamais elle n’avait pensé qu’une loi quelconque viendrait bouleverser sa vie. Elle était responsable de ses actes et voilà qu’elle le payait ici, dans cette nouvelle vie. Elle aurait pu choisir de rester en Russie. Elle aurait pu affronter son destin et rien de tout cela ne serait arrivé. Lev serait encore auprès de sa douce même si Lyra aurait perdu la vie, cela ne faisait aucun doute. Mais elle avait été lâche. Elle avait préféré fuir plutôt que de rester. Après tout, quelle différence entre deux ans ou deux jours ? Elle était condamnée de toute façon. Depuis le premier jour où Nikolaï l’avait trouvée dans cette poubelle, tout n’avait été que question de temps avant que sa mort ne vienne. Elle avait juste su y échapper. De la pire manière qui soit.

- Ne parle pas comme si tu ne me connaissais pas ! Tu sais bien que je ne partirai pas sans avoir eu mes réponses !

La demoiselle leva la tête, surprise. Il lui en voulait. Malgré tout ce qu’il affirmait, il lui en voulait. Comment faire autrement ? Il était mort par sa faute. Par sa lâcheté. Elle n’aurait de cesse d’avoir des remords. Au fond, elle la méritait bien, cette place de repentie. Repentir. Voilà tout ce qu’elle pouvait espérer durant l’éternité qui s’offrait à elle. Ce n’était pas tant les meurtres qui lui avaient fait don d’une telle malédiction. Non. C’était davantage ses actes lors de la secte. Son dernier au revoir à Lev en guise d’un coup dans le dos. Elle l’avait trahi, abandonné. Tant de mots existaient pour décrire l’horreur qu’elle lui avait fait subir. Elle aurait beau se mentir, tout était de sa faute. Et ça, elle ne pourrait pas le changer. Jamais.
Des réponses ? Quelles réponses voulait-il donc ? Savoir pourquoi elle l’avait laissé là-bas tout seul alors qu’elle savait à quels risques elle l’exposait ? Connaître sa mort exacte ? Après tout, quelle importance ? Parler ne changerait rien. Ce qui est fait est fait. Rien ne pourra jamais défaire ce nœud créé au fil de ce lien qui les unissait. Eux si proches, voilà qu’ils étaient devenus deux inconnus. L’une était apeurée de croiser son regard. L’autre hurlait pour se faire entendre et écouter. Alors à quoi bon ?

À nouveau elle ne l’écoutait plus. Elle sentit juste les bras de Lev l’enlacer dans le seul but de la consoler. Comme avant. Pourtant, plus rien n’était comme avant. Tout était si différent. Tout avait changé. Ils étaient morts tous les deux. La confiance qu’ils partageaient semblait pouvoir se briser à tout moment. Comment Lev pouvait-il encore vouloir d’elle ? Comment ce garçon pouvait-il la consoler alors qu’elle était la cause de sa mort ?

- Tu mens, je sais que tu mens… On ne pardonne pas aisément à nos bourreaux. Moi j’ai toujours pas pardonné aux miens alors que j’connais même pas leur identité. Tu es comme tous les autres, Lev. Tu passes ta vie à mentir juste pour obtenir c’que tu veux. Tu veux avoir bonne conscience, ça ? Jouer ce rôle te plait tant que ça ? Au fond, je te plains… Toi qui sais aimer, pourquoi ne sais-tu pas haïr ?

Elle avait levé la tête vers lui, les yeux embués de larmes. Pourquoi agissait-il ainsi ? Cela n’aurait pas dû se passer ainsi. Tout plutôt que de l’entendre prononcer ces mots, ces cruels mots. Elle aurait tant préféré qu’ils l’insulte ou qu’il se mette à la frapper plutôt que de rester de marbre.
Elle se doutait des souffrances qu’il avait dû endurer. Elle était mieux placée que quiconque pour savoir. Pendant dix ans, la souffrance des autres avait été son quotidien. Elle n’avait fait qu’observer ou entendre, bien à l’abri derrière Nikolaï qui agissait comme un bouclier avec elle. Pour toutes ses conneries, d’autres prenaient à sa place. Grâce à Nikolaï. À cause de lui. Jamais elle n’avait dû assumer la moindre de ses erreurs. Mais lorsque le moment est venu, lorsque le moment qu’elle attendait tant est arrivé, elle s’est défilée. Elle qui avait toujours abhorré la lâcheté avait fini par se détester elle-même. Par sa faute, un innocent était mort. Lev. Un de plus.

Savoir que son père avait été son exécuteur l’étonnait à peine. Elle en avait vu d’autres. Là-bas, la mort était distribuée tous les jours. Un peu comme une loterie où le gros lot serait les applaudissements de la foule en délire devant une mise à mort. C’était exactement la même chose. Déjà des siècles plus tôt, les hommes s’éprenaient à tuer en public. Ici, la mort n’était pas seulement un divertissement. C’était aussi une mise en garde. Une mise en garde que Lyra avait suffisamment craint.

- J’voulais pas t’laisser là-bas tout seul. J’te jure. Tu savais que j’avais l’intention de fuir mais j’voulais t’emmener avec moi une fois les derniers préparatifs effectués. Sauf que tout est allé trop vite. J’ai rien pu contrôler. J’étais avec Nikolaï et… Et j’ai paniqué. Pour rien. Alors je l’ai tué. Après, j’savais que si j’restais, j’mourais. Alors entre mourir dans la forêt ou là-bas devant la foule, j’ai préféré tenter le coup.

Elle avait bien fait. Elle avait su saisir la chance qui s’offrait à elle même si cela signifiait condamner son ami. Mais tant pis. Au moins avait-elle pu vivre pendant deux ans. Deux belles années. Elle avait connu les joies de l’Occident. Elle avait découvert un nouveau monde. Elle avait pu vivre. Et ça, c’était plus beau que tout. Voir la vie qui s’agitait autour d’elle sous ses yeux. Là où elle avait grandi tout n’avait été que terreur et désolation. Là-bas, elle avait partagé de nombreux éclats de rire. Cela aurait pu continuer ainsi longtemps. Mais le rêve s’était achevé. Une balle au bon endroit. Et c’était fini. Tout s’était terminé si vite. Deux ans de pur bonheur dilapidés. Impossible de revenir en arrière.

- J’avais l’intention de revenir te chercher, tu sais. J’avais juré que si j’m’en sortais, j’y retournerai pour toi. Mais… Mais j’l’ai pas fait. Sitôt le calvaire terminé, j’ai jamais pu trouver la force de remettre les pieds là-bas ! Mais chaque nuit et chaque jour, j’ai pensé à toi. J’me suis demandée où tu étais. Et aujourd’hui, j’ai ma réponse. Tu es mort et c’est ma faute.

Elle enfonça sa tête dans le creux du cou de Lev. Pourrait-il la pardonner un jour ? Elle en doutait. Il avait beau dire qu’il ne lui en voulait pas, elle avait du mal à le croire. Comment pouvait-on être si altruiste ? C’était impossible. Elle l’avait toujours connu ainsi. Il avait toujours été son rayon de soleil, celui qui lui redonnait le sourire grâce à ces contes et fables sur le monde de l’extérieur. Le vrai monde. La réalité.

- Mais maintenant, c’est trop tard. Ce qui est fait est fait.

Elle l’enlaça à son tour. Son Lev. Celui qu’elle avait considéré comme son frère. Elle l’avait connu très peu de temps avant sa fuite mais cela avait suffit à créer entre eux deux un lien très puissant. Un lien qui saurait se reconstruire au fil du temps passé dans cette académie. Elle ignorait si tout serait à nouveau comme avant. Non, plus rien ne serait plus jamais comme en Russie. Tout allait changer maintenant qu’ils s’étaient retrouvés. Leur lien allait changer. Elle en était certaine. Ils allaient désormais pouvoir partager leurs rires et leurs joies sans se cacher. Les peines seraient toujours là, certes. Mais ce ne serait plus leur quotidien. Ils pourraient être ensemble, l’un près de l’autre, sans devoir craindre les foudres du père de Lev. Tout allait changer à partir d’aujourd’hui.
Invité
avatar
Invité
Re: Le Retour de l'Aube [Terminé] - Lun 18 Fév 2013 - 20:08
« En fuyant la pluie, on rencontre la grêle. »


    Dans la vie on ne peut pas changer le passé. On ne peut pas non plus l'oublier quand celui-ci est douloureux. Il faut toujours assumer ce que l'on a fait, ce que l'on a subit et ce que l'on a fait subir. La seule chose que l'on peut faire avec le passé c'est seulement en tirer une leçon afin de ne pas faire les mêmes erreurs dans le futur. Beaucoup ont des passés difficiles, beaucoup regrettent ce qu'ils ont fait et ce qu'ils ont fait subir : Lyra faisait partie de ce type de personne, malheureusement pour elle. Le passé nous hante, que ça soit Lyra, Lev ou quelqu'un d'autres : seuls les souvenirs changent. La douleur elle reste la même, on subit seulement de manières différentes : physique ou psychologiques. En vérité l'un ou l'autre ne change pas grand chose puisque les deux font mal. Les deux peuvent pousser une personne à faire des choses horribles comme le suicide, la fugue ou encore d'autres tentatives désespérées pour se sauver de son destin. Le destin ... Lev n'y croit pas. Pour lui on décide soi-même des choix que l'on fait dans la vie, les choses arrivent à cause de ce l'on a décidé avant. Pour Lev, on peut changer cette chose nommée "Destin". On choisit soit-même de vivre heureux ou de pleurer chaque jour de son côté. Tout arrive à cause de nos choix, bons ou mauvais. Certes, il y a des choses que l'on ne peut pas changer : comme la famille. C'est sans doute la seule chose que l'on ne peut pas changer. Mais on peut s'adapter pour bien vivre avec. Pratiquer l'éloquence ça aidait beaucoup, mais cela était une chose que Lyra ne faisait pas. Mais l'éloquence ne nous sauve pas la vie, elle peut seulement nous aider à manipuler les personnes. Jouer avec les mots, est-ce si difficile que ça ?

    - Tu mens, je sais que tu mens… On ne pardonne pas aisément à nos bourreaux. Moi j’ai toujours pas pardonné aux miens alors que j’connais même pas leur identité. Tu es comme tous les autres, Lev. Tu passes ta vie à mentir juste pour obtenir c’que tu veux. Tu veux avoir bonne conscience, ça ? Jouer ce rôle te plait tant que ça ? Au fond, je te plains… Toi qui sais aimer, pourquoi ne sais-tu pas haïr ?

    La rancune. Lev en avait, bien sûr, mais pas contre elle. Il l'aimait trop pour pouvoir lui en vouloir pour ce genre de chose. Pour lui la mort n'était qu'une étape, tout le monde naît et tout le monde meurt. Logiquement lui aussi allait y passer alors pourquoi rallonger le processus ? Le démon en voulait à son père. Comprendre le père de Lev c'est comprendre un tueur en série, c'est comprendre quelqu'un qui est sadomasochiste, c'est comprendre quelqu'un qui est à la limite de la schizophrénie : une chose que Lev avait bien envie de découvrir. Lev était bien content de ne pas avoir hérité du caractère de son paternel, il avait seulement hérité de ses yeux. Ses yeux qui lui ont causé tant de soucis, le garçon se dit qu'avant même sa naissance, l'homme lui voulait déjà du mal. La rancune est un sentiment qui est effrayant, il peut nous pousser à devenir un monstre car qui dit rancune dit vengeance. Même le plus gentil des hommes voudrait se venger, Lev en avait bien envie en tout cas. Il ne se voyait pas haïr Lyra, la seule personne qu'il haïssait c'était son père, son bourreau sans coeur.

    Mentir pour vivre ? Non, ce n'était pas Lev ça. Ca ne lui ressemblait pas du tout. À quoi bon vivre dans le mensonge ? Aucun mensonge ne peut rester secret, un jour, tôt ou tard, quelqu'un apprend la vérité. Mentir ne mène à rien, dans la vie il vaut mieux jouer avec les mots que mentir. Quand on commence à mentir, on continue, pensant que notre entourage est complètement stupide, mais on ne se rend pas compte que cela n'est qu'un tourbillon de mauvaises choses à venir. Quand on nous découvre, plus personne ne nous fait confiance. Vous connaissez l'histoire du "Garçon qui criait au loup" d'Esope ? Et bien nous finissons ainsi, sans confiance et seul.

    - J’voulais pas t’laisser là-bas tout seul. J’te jure. Tu savais que j’avais l’intention de fuir mais j’voulais t’emmener avec moi une fois les derniers préparatifs effectués. Sauf que tout est allé trop vite. J’ai rien pu contrôler. J’étais avec Nikolaï et… Et j’ai paniqué. Pour rien. Alors je l’ai tué. Après, j’savais que si j’restais, j’mourais. Alors entre mourir dans la forêt ou là-bas devant la foule, j’ai préféré tenter le coup.

    Lev serra la fille dans ses bras. C'est comme si les paroles qu'elle disait le réconfortait, ça le réconfortait dans l'idée qu'elle ne l'avait pas laissé tomber, qu'elle ne l'avait pas oublié et qu'elle l'aimait toujours. Il lui caressait sa cascade de chocolat, profitant de chaque instant avec elle. Lev voulait oublier le passé, tourner la page et en écrire une nouvelle avec elle. Lev lui donnait raison, encore. Quand on aime on est aveugle : c'était un peu le cas de Lev, mais il préférait rester aveugle que vivre dans l'illusion.

    « Je préfère être mort et à tes côtés que vivant et seul. »

    Oui il avait Agata, il ne faut pas l'oublier. Mais pour Lev, Agata et Lyra ne sont pas pareilles. Même s'il a grandi avec Agata, il avait plus de complicité avec Lyra : c'est d'ailleurs pour cela qu'Agata n'aimait pas Lyra. Lev n'avait pas de mère, il détestait son père et sa seule famille était la secte, cette même secte qui n'a pas bougé d'un poil pour le sauver ce jour-là. C'est dans les mauvais moments que l'on voit nos réels amis, ce jour montra uniquement à Lev qu'il était seul. Il ne voulait plus lâcher Lyra. Il voulait renouer avec elle, il voulait que leur lien soit plus fort. Il voulait simplement pouvoir faire ce qu'il ne pouvait pas faire pleinement sur Terre : il la voulait près de lui. Deus lui donnait une nouvelle chance avec Lyra.

    « Plus personne n'est entre nous maintenant ! Si être heureux avec toi veut dire être mort alors oui autant mourir ! Ca en vaut la peine, du moins pour moi. Je n'aurais pas pu vivre heureux sachant que ma soeur n'est plus près de moi. »

    Lev était sincère. D'ailleurs il l'a toujours été avec elle. Pour lui, Lyra était sa seule famille avec Agata. Ces deux filles étaient tout simplement les deux femmes de sa vie, les deux perles pour qui il donnerait tout. Lev sentit son coeur battre légèrement plus vite : les émotions prenaient de plus en plus de places, les souvenirs heureux revenaient, donnant un sourire aux lèvres du jeune garçon.
Invité
avatar
Invité
Re: Le Retour de l'Aube [Terminé] - Jeu 21 Fév 2013 - 16:46
La lune observait la scène avec curiosité. Deux âmes s’étreignant. L’une en larmes et l’autre avec le sourire aux lèvres. Pourquoi les humains refusaient-ils d’être heureux lorsque l’occasion leur était offerte ? Toujours à se chercher à des excuses, à se créer des problèmes. Juste pour s’interdire le bonheur. Cela semblait être similaire à beaucoup d’humains. Pas tous, fort heureusement. Mais une grande majorité. Il aurait suffi de peu pour que ces larmes disparaissent à tout jamais, pour que la lumière devienne quotidienne. Mais non, l’ombre était préférable. Car les ténèbres étaient là toute la vie de la demoiselle. Le reste ? Elle ne connaissait pas. Elle craignait tout ce qui était synonyme de joie. L’inconnu l’effrayait. Voilà sa malédiction.
La nuit les enveloppait tous deux. Plus rien n’existait à leurs yeux si ce n’est leurs deux consciences. Ils étaient là. Ils s’étaient retrouvés. Enfin. C’est cela, un happy end ? Cela en a tout l’air. Du moins, cela y ressemble étrangement. Mais le mot « fin » ne convient pas. Ils viennent de se retrouver, alors ne serait-ce pas plutôt un commencement ? Un nouveau départ ? Oui, cela correspond bien mieux à la situation.

Lev seul ? Elle ne comprenait pas. Ne lui avait-il pas toujours raconté qu’il avait une amie à l’extérieur ? Plus d’une, même. Mais le nom qui revenait fréquemment était celui d’Agata. Agata. Il lui en avait tant de fois parlé. Elle s’était surprise à imaginer à quoi pouvait bien ressembler cette demoiselle ayant toute l’attention de Lev.

- Mais… Et cette autre fille ? Celle dont tu me contais les histoires ? À chaque fois, tu évoquais son nom. Agata. N’y as-tu pas réfléchi ? Ce qui t’unissait à elle était différent de nous deux… Sans doute ne te manquera-t-elle pas au début mais… Mais son absence se fera un peu plus criante chaque jour ! Crois-moi. J’en sais quelque chose, d’être loin d’un être aimé.

Elle et Kôta. Elle avait cru qu’elle pourrait l’oublier au fil des jours. Mais c’était faux. Au moins pouvait-elle se consoler en se disant qu’elle avait retrouvé Lev. Un ami. Un frère. Une part d’elle-même. Mais ce n’était pas la même chose. Elle le savait mieux que quiconque. Il se fourvoyait en pensant que la seule présence de Lyra éloignerait le souvenir d’Agata. Il s’en rendrait compte tôt ou tard. Et il s’en mordrait les doigts. Il n’avait pas conscience qu’il était en train de mentir, tout simplement parce que pour lui, rien de tout cela n’était un mensonge. Mais avec le temps, il comprendrait. Il comprendrait son erreur. Mais il sera trop tard.

- Toi et moi ensemble contre le monde entier, murmura-t-elle dans le creux de l’oreille de Lev.

Elle était toujours logée dans les bras de Lev. Rien ni personne ne pourrait la forcer à le quitter maintenant qu’elle l’avait retrouvé. Ses doutes se dissipaient peu à peu. Il ne la haïssait pas. Ou alors si c’était le cas, il savait très bien mentir. Mais il n’était pas ainsi. La repentie se mordit la lèvre inférieure, honteuse d’avoir pu croire qu’il aurait pu la détester. Lev n’était pas ainsi. C’était un ange. Un vrai. L’un de ceux qui préfèrent risquer sa peau pour vous plutôt que de penser à leur gueule en priorité. Tout le contraire de Lyra, en somme.

Malheureusement, ils n’allaient pas pouvoir rester ainsi pendant toute la nuit. Le garçon semblait attendre des réponses à ses questions silencieuses. Lyra les devinait sans peine. Elle lui avait déjà expliqué pourquoi elle était partie précipitamment, l’abandonnant un triste sort mais là n’était pas la fin de son histoire. Elle avait su vivre durant deux années de plus. Alors que Lev était mort, elle avait pu profiter d’un peu de liberté. Peu mais suffisant pour elle.

- Depuis mes six ans, depuis que Nikolaï et son frère m’ont trouvée, j’étais destinée à mourir. Au fond, tout ce que j’aurais su faire jusqu’à mes dix-huit ans c’est tromper la mort. La fuir aussi. Mais vient un moment où c’est elle qui a le dernier mot. On ne peut rien y faire. C’est ainsi.

Cette nuit de décembre, elle s’en rappelait encore. Une nuit comme une autre. Sitôt le sale boulot effectué, elle allait rentrer. Elle avait emporté dans son trépas un sourire de Kôta. Au moins avait-elle eu la chance de voir son visage en dernier avant de mourir. Tout avait été si rapide. Un peu comme si elle avait été lasse de vivre. La partie était déjà perdue d’avance alors à quoi bon lutter ? Il suffisait de constater qu’elle n’était plus aussi sur le qui-vive qu’autrefois. C’était déjà un signe de fatigue. Certaines personnes vivent plus en une vingtaine d’années que des vieillards ayant vécu centenaires. C’était le cas de Lyra. Elle avait trop vu, trop souffert durant cette première vie. Elle n’aspirait plus qu’à la mort. Mais trop lâche pour la provoquer par elle-même, elle l’avait attendu. Cette dernière ne s’était pas faite attendre. Voilà trop de temps que cette misérable humaine lui échappait.

- Contrairement à toi, j’ai pas souffert. J’ai même vécu ça comme une délivrance. Un coup d’feu et tout était fini. Voilà tout. C’est tout c’qu’il y a à dire sur ma misérable mort. Aussi misérable que mon existence, tu ne crois pas ?

Elle savait déjà qu’il allait s’offusquer à cette dernière phrase. Il était ainsi. Toujours à l’ouvrir dès qu’elle se mettait plus bas que terre. Mais elle avait raison. Sa vie n’avait rien eu d’exceptionnel. Elle avait vécu. C’est tout.
Mais au moins aurait-elle répondu à l’une de ses questions muettes. Elle se doutait qu’il n’aurait jamais eu le courage de le poser. Pour le reste cependant, il allait bine falloir qu’il ouvre la bouche s’il souhaitait de nouvelles réponses. Elle n’était pas télépathe et pouvait encore moins anticiper ses interrogatives. Allez, c’était pas si compliqué que ça que de dire ce que l’on pense au moins une fois dans sa vie ! Il en va de même avec les questions que l’on sep ose, celles qui nous hantent jusqu’à crachées enfin.
Invité
avatar
Invité
Re: Le Retour de l'Aube [Terminé] - Ven 22 Fév 2013 - 20:45
« En fuyant la pluie, on rencontre la grêle. »


    Agata était la première personne à oser adresser la parole amicalement au garçon aux yeux d'or. C'était la première personne à ne pas croire à cette prémonition. Elle était l'unique, du moins jusqu'à l'arrivé de Lyra. Il ne lui répondit pas. C'était comme lui demander de faire un choix et ça il ne pouvait pas. C'était comme choisir entre son père et sa mère : choix difficile n'est-ce pas ? Et bien, même si ça ne concernait pas ses parents, la difficulté était la même. Il est vraiment difficile de choisir entre deux personnes que l'on aime tant que l'autre. Si vous n'en avait pas encore fait l'expérience vous avez bien de la chance. Notre choix dans ce genre de situation a forcément un impacte dans le futur, comme la perte de la personne que l'on a pas choisi. Dans le cas présent, Lev n'avait pas besoin de faire de choix puisqu'il était déjà fait, Deus l'avait fait pour lui. Après on ne peut pas nier le fait qu'Agata va lui manquer, après tout ils avaient partagés tellement de choses ensemble, ils avaient réalisés tellement choses que Lev pensait impossible pour lui. Pour l'instant il était juste avec Lyra alors il ne comptait pas la lâcher, il ne pouvait pas prendre le risque de la perdre une seconde fois. Cette fois il pouvait rester avec elle.

    - Toi et moi ensemble contre le monde entier murmura-t-elle.

    Oui, maintenant ils étaient deux. Elle lui suffisait amplement. La seule présence de cette fille près de lui le rassurait. Maintenant ils pouvaient construire quelque chose de meilleure à deux. Lev et Lyra avaient une relation très fusionnelle, il la connaissait par coeur, il pouvait facilement terminer ses phrases et vis versa. Maintenant tout va être différent. Dans le sens où il seront encore plus proche qu'avant, du moins c'est ce qu'espérait le garçon. Lev s'écarta légèrement de la jeune fille et observa son visage. Ce doux visage qu'il lui avait manqué, il était vraiment heureux de la retrouver.

    - Depuis mes six ans, depuis que Nikolaï et son frère m’ont trouvée, j’étais destinée à mourir. Au fond, tout ce que j’aurais su faire jusqu’à mes dix-huit ans c’est tromper la mort. La fuir aussi. Mais vient un moment où c’est elle qui a le dernier mot. On ne peut rien y faire. C’est ainsi.

    Triste vie, c'est ce que pensa Lev à ce moment. Mais le garçon savait déjà tout cela, il connaissait les règles dans la secte, ce que devenait les femmes, les enfants et les hommes, ce qu'il fallait faire pour rester en vie. Mais Lyra n'avait pas de chance comme les autres : elle était destinée à mourir. Même Lev avait essayé de négocier pour sa mort, mais son père était strict et ne revenait jamais sur sa parole.

    - Contrairement à toi, j’ai pas souffert. J’ai même vécu ça comme une délivrance. Un coup d’feu et tout était fini. Voilà tout. C’est tout c’qu’il y a à dire sur ma misérable mort. Aussi misérable que mon existence, tu ne crois pas ?

    Lev retira son écharpe et lui mit autour du cou.

    - Ce qui importe c'est que tu as essayé, le contraire serait plus effrayant.

    À quoi bon la blâmer pour lui dire le contraire ? Lyra sait que Lev pense le contraire. Lev n'avait pas envie de la contre-dire, après tout Lev le lui répétait suffisamment. Et puis il ne pouvait pas, après tout sa vie n'avait pas été si belle que ça : grandir en voyant des horreurs et en sachant que l'on est destiné à mourir. Voilà la vie de Lyra. Le garçon recula encore, s'approchant d'un arbre. Il y vit des abricots, mais il tourna son regard et plongea ses yeux dans ceux de la jeune fille.

    - Explique moi Lyra. Ta mort, ce que tu as fais après être partie, ce que tu as vu et surtout ce que tu as ressentis. Tu as disparu deux ans, deux longues années !

    Il ne lui disait pas cela comme un reproche, loin de là ! Au contraire, il était content qu'elle ait vécu deux années de plus. Mais à quoi faire ? Après tout il n'était pas là deux années. Il n'était plus dans sa vie. En pensant à ça, Lev eu un pincement au coeur. Pour lui ces deux dernières années avaient étés longues, très longues. Tous les jours des coups, tous les jours à entendre des cris, tous les jours il devait supporter son père. Il espérait qu'au moins Lyra avait été heureuse. Il voulait aussi savoir où, quand et comment elle était morte. Il était rassuré, au moins elle n'avait pas souffert, le contraire l'aurait énervé. Parler de son passé serait douloureux pour la jeune fille, mais Lev avait envie de savoir. Il ignorait bien des choses, maintenant il était temps qu'on lui explique. Le garçon prit un abricot qui était sur l'arbre près de lui, ça faisait bien longtemps qu'il n'en avait pas mangé. Même s'il n'avait pas vraiment très fin, manger un peu n'allait pas le faire grossir, surtout pas un fruit !
Invité
avatar
Invité
Re: Le Retour de l'Aube [Terminé] - Sam 23 Fév 2013 - 19:52
Lyra était davantage en confiance en la présence de Lev désormais. Au début, elle avait douté. Elle avait craint que le garçon qu’elle avait appris à découvrir au fil des jours dans sa vie passée est changé. Elle avait craint la colère de son ami, de son frère de cœur. Mais rien de tout cela. Elle aurait dû s’en douter. Ce gamin semblait incapable de faire le moindre mal à quiconque. Et si une telle chose arrivait, il s’en allait de suite s’excuser. Il était ainsi. Inutile de chercher à comprendre. La Russe avait toujours eu du mal à le cerner. Elle avait maintes fois essayé de l’énerver, de voir jusqu’où étaient ses limites. Mais rien. Si ce n’est un profond soupir de lassitude à force. Ce môme semblait être un mur à lui tout seul, une carapace dans laquelle il somnolait sur laquelle rebondissait les insultes ou les coups. La haine lui semblait inconnue. C’était bien là le problème.

Les êtres humains sont condamnés à vivre malgré eux. Ils osent lâchés au monde sans que leur avis ne leur soit demandé. Cette naissance leur plaira-t-elle ? Le lieu leur convenait-il ? Peu importait la réponse car de réponse il n’y en avait pas. Alors tout ce qui leur restait à faire, une fois le goût de l’oxygène en bouche, était de se battre jusqu’à leur dernier souffle. Survivre. Sans jamais abandonner. Voilà ce que Lyra avait fait pendant dix-huit ans. Elle s’était battue pour la vie. Elle voulait croire que vivre, ce n’était pas juste souffrir. Elle avait avancé avec l’idée en tête que les bons souvenirs pouvaient se créer. Il suffisait juste de disposer de temps.
Alors de nature fougue et combattive, il aurait été hors de question pour la demoiselle de se laisser mourir. Il aurait été surprenant de la voir abandonner tous ses efforts, juste pour connaître le réconfort de la mort. La mort, elle la connaîtrait bien assez tôt. Elle le savait depuis toujours. C’était dans ses gênes.

- Explique moi Lyra. Ta mort, ce que tu as fait après être partie, ce que tu as vu et surtout ce que tu as ressenti. Tu as disparu deux ans, deux longues années !

Lev avait enroulé le cou de la jeune fille de son écharpe. Il semblait vouloir la réconforter ou du moins la mettre en confiance pour parler. En confiance. Toujours ce même mot qui se répète. Il faut croire que la confiance est la base même d’une relation. Et cela, elle commençait tout juste à le comprendre. Cette même confiance qu’elle avait refusé à beaucoup mais qu’elle accordait peu à peu à Lev. Ce même sentiment qu’elle avait offert à Kôta. Si c’est ainsi que commence toutes relations amicales, elle allait devoir s’améliorer dans ce domaine. Elle pouvait compter sur les doigts d’une main les véritables personnes à qui elle fait encore confiance. Et les doigts d’une main, c’est peu. Mais suffisant pour elle.

- J’te l’ai dit, j’me suis enfuie, j’ai traversé la forêt qui bordait la secte et après, j’ai mené ma vie de mon côté. J’voulais pas rester en Russie, ce pays m’aurait rappelé trop de mauvais souvenirs alors j’ai fait comme toujours, j’me suis démerdée et dès que j’ai pu, j’suis partie vers la France.

Elle avait vite expédié la narration concernant son périple dans la forêt. Que dire dessus ? Elle avait eu peur chacune des nuits et craint de ne plus se réveiller le lendemain, alors qu’elle s’endormait en fixant les flammes dansaient. Elle s’était concentrée sur cette seule source de chaleur, sachant que c’était là sa seule chance de survivre. Elle n’avait pas eu trop de mal à chasser dans ces boisés, grâce à l’enseignement du monde de fous qu’elle venait de quitter. Les pièges, ça la connaissait. Le petit gibier avait été ses principaux repas, agrémentant cette viande de fruits ou herbes qu’elle pouvait trouver. Souvent, c’était infect. Mais elle ne faisait pas la fine bouche et avalait. Elle devait vivre, voilà quelle était sa seule conviction.

- Là en France, j’ai redécouvert le monde, s’exclama-t-elle, le sourire aux lèvres. Tout était si différent de ce que je connaissais. C’est là que j’ai compris à quoi devait ressembler ta vie. Tu n’avais pas la peur qui t’assombrissait quotidiennement, tu menais une vie… normale. C’était à ça qu’aurait dû ressembler ma vie. Et non pas à ce calvaire.

Au début, elle en avait souvent voulu à Lev de mener une telle vie. Alors qu’elle était dans l’ignorance, sa présence l’apaisait. Elle savait qu’il n’était pas de la secte. Lui avait une vie en dehors de ces cauchemars. Mais après, une fois les joies de l’occident entraperçues, elle avait compris que la vie de Lev avait été formidable. Alors pourquoi venait-il les voir aussi souvent ? Elle avait d’abord pensé que pour lui, eux tous n’étaient que des cobayes, des animaux qu’il se faisait un plaisir à observer. Un zoo humain qu’il pouvait traverser sans devoir débourser le moindre sou. Puis elle s’était aperçue qu’elle était dans l’erreur. Lev n’aurait pas fait ça. Il n’aurait jamais agi ainsi avec de telles pensées. Elle l’aurait déjà remarqué si tel était le cas. IL aurait pu tromper tout le monde sur ses intentions sauf elle.

- Et après, murmura-t-elle, songeuse, et après j’ai découvert que moi aussi je pouvais aimer… Aimer de la même manière que toi avec Agata. C’était si nouveau pour moi… Disons que pendant ces deux années j’ai vécu. Et vraiment vécu. J’ai vieilli aussi. J’ai dû m’adapter à ce nouveau monde que je ne connaissais pas mais heureusement, je n’étais pas seule…

Elle avait encore du mal à s’exprimer là-dessus. Elle ne s’en sentait pas capable du tout, même. Lev lui en demandait trop. Elle préférait garder secrète encore l’idylle qu’elle avait eu avec un garçon. Non pas qu’elle ait craint la jalousie de Lev mais tut ceci relevait de son jardin secret. De plus, cela appartenait au passé. Alors à quoi bon en parler ?

Elle se tut et vit le garçon se diriger vers un abricotier. Elle ne le quitta pas du regard. Lorsqu’il en saisit un, elle se rappela soudainement les effets de ces fruits. Des hallucinations ! Elle ne souhaitait pas que Lev se mette à voir des éléphants roses jouer de la trompette ! Elle n’avait aucune envie de l’observer seul dans son délire pendant qu’elle aurait encore pieds avec la réalité, pauvre consciente qu’elle serait.
Elle arracha le fruit des mains de son ami avant qu’il ne l’enfourne dans sa bouche. Ce goinfre aurait eu tôt fait de l’avaler si elle n’était pas intervenue ! Mais quel idiot !

- Ces fruits ont peut-être l’air d’abricots inoffensifs mais c’est tout le contraire ! gronda-t-elle tout en portant le fruit sous les yeux de son ami abasourdi. Ces abricots en ont peut-être le goût mais si tu croques dans l’une de ces horreurs, tu auras en prime des hallucinations ! Et j’ai aucune envie de te voir délirer !

Elle croisa les bras, mécontente. Elle détestait lorsque Lev était aussi inconscient. Des fois, elle se demandait si ce garçon était contrôlé par son cerveau ou par son estomac. Sans doute le dernier en vue de ses exploits de goinfre. En voilà au moins un qu’il ne pourrait pas ajouter à son palmarès ! Si elle l’avait laissé commencer, sûr qu’il aurait dévoré tous les fruits de l’arbre à lui tout seul !

Long soupir. Lev et elle avaient peut-être les mêmes âges désormais mais il avait toujours été un enfant pour elle. Rien qu’à sa bouille, cela lui exprimait un gamin qui venait d’être réprimandé – ce qui était le cas actuellement. Mais si seulement il n’y avait que son visage qui donnait cette impression ! Tout chez lui donnait l’illusion d’avoir en face de soi un enfant enfermé dans un corps d’adulte ! Pourtant, il pouvait lui arriver d’être sérieux. Comme tout à l’heure. Mais après tout, la vie ici le changerait sans doute, le rendrait plus mature peut-être. N’avait-elle pas changé depuis sa mort ? Restait à savoir en bien ou en mal.
Invité
avatar
Invité
Re: Le Retour de l'Aube [Terminé] - Jeu 28 Fév 2013 - 16:01
« En fuyant la pluie, on rencontre la grêle. »


    Les deux années sans Lyra étaient juste un calvaire pour Lev. Durant deux années son père lui mettait la pression pour savoir l'emplacement de la fugitive, pendant deux longues années il avait souffert de cet abandon qui n'en était pas. Les seuls moments où il souriait c'était près d'Agata, pour lui montrer qu'il était fort. De plus la disparition de Lyra dans la vie du garçon faisait plaisir à la jeune blonde qui passait de plus en plus de temps avec lui, elle disait devoir rattraper le temps perdu avec lui, mais elle continuait à lui mettre la pression pour qu'elle arrête d'aller voir les personnes de cette secte. D'ailleurs il souriait aussi là-bas afin de les aider moralement, pour qu'ils puissent oublier leurs soucis quelques instants. Ce genre de visite déplaisait à Agata, mais aussi au père du garçon, celui-ci lui avait même interdit de venir. Mais le garçon y allait quand même pour les voir sourire un peu. Même avec le sourire des autres personnes de la secte, Lev avait trouvé ces deux années très longues. Il ne se voyait pas retourner à sa vie passée, à cette vie sans elle, sans secte, à cette vie si simple. C'est comme si le garçon aimait souffrir, pourtant ce n'est pas le cas. Il n'avait aucun besoin d'être aidé, il voulait aider les autres. Faire ce que seule Agata avait pu lui faire : leur donné des sourires, des mal de ventre à force de rire, leur faire connaître de nouveaux sentiments autres que la peur ou la souffrance comme le bonheur ou même ressentir des papillons dans le ventre lorsqu'on voit une personne que l'on aime. Même les solitaires ont des amis, alors pourquoi pas eux ? Il voulait que ces personnes soient aimés comme lui l'avait été. Il ne pensait pas mal faire, il avait eu la belle vie et voulait qu'eux aussi soient heureux, tout simplement.

    - J’te l’ai dit, j’me suis enfuie, j’ai traversé la forêt qui bordait la secte et après, j’ai mené ma vie de mon côté. J’voulais pas rester en Russie, ce pays m’aurait rappelé trop de mauvais souvenirs alors j’ai fait comme toujours, j’me suis démerdée et dès que j’ai pu, j’suis partie vers la France. Là en France, j’ai redécouvert le monde, s’exclama-t-elle, le sourire aux lèvres. Tout était si différent de ce que je connaissais. C’est là que j’ai compris à quoi devait ressembler ta vie. Tu n’avais pas la peur qui t’assombrissait quotidiennement, tu menais une vie… normale. C’était à ça qu’aurait dû ressembler ma vie. Et non pas à ce calvaire. Et après, et après j’ai découvert que moi aussi je pouvais aimer… Aimer de la même manière que toi avec Agata. C’était si nouveau pour moi… Disons que pendant ces deux années j’ai vécu. Et vraiment vécu. J’ai vieilli aussi. J’ai dû m’adapter à ce nouveau monde que je ne connaissais pas mais heureusement, je n’étais pas seule…

    Lev sourit. Au moins elle avait été heureuse. Il l'écoutait parler silencieusement. Il avait bien envie de savoir avec qui elle avait été heureuse, mais elle n'avait pas l'air d'avoir l'envie d'en parler alors ne dit rien. Un simple sourire pour lui dire qu'il était heureux qu'elle ait vécu de beaux moments, en France et avec un inconnu - pour Lev, non pour elle. Elle s'approcha de lui, lui prenant cet abricot que le garçon avait dans les mains, avec ce regard qui lui faisait froid dans le dos.

    - Ces fruits ont peut-être l’air d’abricots inoffensifs mais c’est tout le contraire ! Ces abricots en ont peut-être le goût mais si tu croques dans l’une de ces horreurs, tu auras en prime des hallucinations ! Et j’ai aucune envie de te voir délirer !

    Des abricots hallucinogènes ? Lev avait bien d'essayer. Le garçon prit Lyra dans ses bras, avec ce regard insistant montrant qu'il voulait essayer. Oui, Lev voulait voir des hallucinations, il voulait voir un autre monde, peut-être son passé ? En tout cas, si cela pouvait faire passer le temps le garçon n'était pas contre. Il prit l'abricot que la fille lui avait prit. Il la lâcha et partit plus loin pour en prendre un autre puis marcha en direction de Lyra. Il colla son front au sien, le sourire aux lèvres avec son idée.

    - Alors essayons à deux !

    Il n'attendait aucune réponse de sa part. Il croqua dans l'abricot et lui mit l'autre dans la paume de sa main. Puis il s'éloigna de nouveau, pour qu'elle ne l'empêche pas de finir son abricot. Lev a une très grande influence sur Lyra, il savait qu'elle le ferait. Ca devenait un peu leur première bêtise dans ce monde, dans un parc à une heure que le garçon ignorait. Lev passait son temps à faire des bêtises, pour attirer l'attention. Ici il voulait passer du temps avec elle pour gagner sa confiance et les abricots n'étaient pas une bonne idée, mais quand est-ce que Lev peut avoir une bonne idée ? Toutes les relations se basent sur la confiance, sans ça même un "Bonjour" est de trop. En tout cas Lev ne comptait pas lâcher Lyra, pas cette nuit. Il avait tourner la page maintenant. Le passé ça reste derrière, maintenant on avance et il voulait avancer avec elle. Quand il eut finit de manger son abricot, il s'approcha d'elle et lui prit la main.

    - Je sais que c'est dur ce que je te demande, mais fais pour nous.

    Il ne parlait pas des abricots : il parlait d'écrire une nouvelle histoire avec elle.
Invité
avatar
Invité
Re: Le Retour de l'Aube [Terminé] - Sam 9 Mar 2013 - 17:04
Nouvelle étreinte de Lev. Lyra ne quitta pas ses bras. Ils lui avaient tant manqué. Près de lui, elle se sentait en sécurité. Elle savait que rien ne pourrait jamais lui arriver. IL avait suffi qu’elle s’éloigne de son doux ami pour mourir alors que la mort l’avait frôlée pendant près de dix ans. Quelle ironie du sort. Maintenant, ils s’étaient retrouvés. Enfin. Mais pour combien de temps encore ? Même si l’éternité les attendait et que la logique souhaitait qu’ils passent le reste de leurs jours l’un près de l’autre, la russe ne pouvait oublier que son cher ami pouvait lui être arraché subitement. Comment ? Elle l’ignorait. Mais mieux valait ne pas faire confiance à un avenir qui semblerait écrit au premier abord. Ce futur risquait de leur réserver nombre de surprises. Et peut-être, qui sait, les décevoir ? Mais qu’importe l’avenir. Seul le présent était important.
Il lui reprit l’abricot des mains sans qu’elle n’oppose la moindre résistance, souriant tout juste, front collé contre le sien. La repentie lui rendit son sourire. Cette éclipse lui avait tant manqué, elle aussi.

Il avait à peine proposé de croquer dedans que déjà ses dents avaient rencontré la chair du fruit. Mais quel idiot ! Lyra ne put pas l’en empêcher, l’imbécile s’en alla de son côté mâcher son abricot, finir en paix son repas du soir. Il revint avec un autre abricot qu’il tendit à Lyra. Elle l’observa. Elle hésitait. Lev l’avait bien fait, lui. Elle ne pouvait pas le laisser seul dans son délire. Après tout, que pourrait-elle bien avoir à craindre de ces hallucinations ? Cela portait bien son nom, tut ce qu’elle verrait ne serait pas la réalité. Alors nulles craintes à avoir.
Elle croqua dans le fruit sacré. Rien ne semblait avoir changé. La nuit était toujours sombre qu’il y a cinq minutes, la lune éclairait ces deux âmes s’étant retrouvées et le parc toujours aussi désert. Non vraiment, tout était comme avant. Ces abricots, c’était de la connerie.

Elle garda sa main serrée contre celle de Lev. Alors, au loin, elle vit se dessiner des bâtiments familiers. Trop peut-être à son goût. Ces blocs de béton lui rappelaient tant de mauvais souvenirs. Elle serra un peu plus fort la main de Lev au point de lui en faire blanchir les phalanges. Son cœur manqua un battement. Non, c’était impossible. Pourquoi ça ? Elle tourna la tête et vit la terre retournée sur laquelle ils étaient. Adieu beau chemin, au revoir civilisation. Les voilà de retour en Enfer.

- Tu vois ça, toi aussi ? Dis-moi que je ne suis pas la seule à revivre ce cauchemar ! Je… Je… J’savais que c’était une erreur de manger ces fruits ! T’as vu où ta connerie nous a menés ! Au pire endroit du monde ! gémit-elle. J’veux pas… J’veux pas revoir ça ! J’suis pas morte pour vivre parmi mes souvenirs ! Et tout ça, c’est ta faute !

Partout la mort les encerclait. Elle était là, toute proche. Elle ne pouvait rien contre eux car tous deux étaient des victimes de son passage. Mais cela n’empêchait pas les cadavres de s’amonceler, les mouches de bourdonner autour de cette chair en décomposition, de ces pauvres hères de hurler. La souffrance prenait un malin plaisir à narguer les deux apprentis. Les cris venaient leur strier les oreilles. L’odeur était insupportable. Tout n’était que décomposition par ici. Elle ignorait sur quelle partie de la secte elle avait vue mais sans doute devait est-ce l’équivalent d’un cimetière. Ou à défaut de pierres tombales, d’un spectacle de cadavres. Ou peut-être d’un mouroir aussi.

Elle tambourina contre le poitrail de Lev. Il n’y était pour rien, il n’avait pas décidé de l’endroit qu’il verrait. Il ignorait même tout de la propriété magique de ces fruits avant que Lyra ne l’interpelle. Pourtant, c’était lui qui avait eu cette idée saugrenue. Alors c’était sa faute. Indirectement, c’était sa faute.

- C’est horrible… Tu sens cette odeur ? Tu entends ces cris d’agonie ? Voilà quel a été mon quotidien pendant dix ans ! Et toi, toi tu me fais y replonger ! (Elle marqua un temps.) Tu sais pas… Tu sais pas c’que ça fait de vivre avec la mort autour de soi. Toi, tu venais juste de temps en temps sur la fin. T’as jamais connu tout ça. C’est pas ton monde. C’est le mien.

Un univers de pourriture dans lequel elle avait grandi. Elle aurait dû crever à peine sa mère tuée. Malheureusement, le sort en avait décidé autrement. Il avait fallu que des dieux malins veulent s’amuser à ses dépends et rire de son malheur. Cette vie n’était en rien semblable à celle qu’Agata avait dû avoir. Ou même celle de Lev. Ces deux-là ne connaissaient pas la souffrance. Le garçon l’avait entraperçue. Mais cela n’avait été qu’un avant-goût du quotidien de Lyra.

Nouvelle larme coulant le long de sa joue. Elle enfouit sa tête dans le creux du cou de Lev. Pour ne plus revoir ces cadavres. La puanteur, elle, était toujours présente. Cela, elle n’y pouvait rien. Les hurlements lui vrillaient les tympans. Assez, assez, assez !
Elle releva la tête, croisant le regard de Lev. Peut-être avait-elle été trop blessante avec ses paroles. Pourtant, elle ne regrettait pas. Rien ne serait plus jamais comme avant. Elle le savait. Leur complicité d’antan était perdue, remplacée par autre chose. Elle le savait pas quoi. Mais les longues journées en sa compagnie, où elle souriait en sa seule présence étaient derrière elle. Voilà la seule chose dont elle était certaine.

- Pardon… Pardon de t’avoir frappé.

Et les mots ? Non, elle n’avait pas envie de s’excuser pour ça. Pourtant, c’était sans doute les phrases qu’elle avait proférées qui avaient davantage blessé Lev que ses coups avec sa misérable force de libellule.
Elle garda sa main serrée contre celle de Lev et eut le courage de regarder au loin. Elle pouvait apercevoir des flammes et un rassemblement. Qu’était-ce donc qui brûler au loin ? Elle ne se souvenait pas de cette scène. Le décor était semblable à celui de ses souvenirs mais ce soudain éclat de lumière ne lui rappelait rien. Alors peut-être tout cela n’avait-il jamais eu lieu. Sans doute un effet des abricots. Ou alors, cela avait bien eu lieu mais après son départ. Elle interrogea Lev du regard. Si c’était le cas, alors lui seul saurait.
Invité
avatar
Invité
Re: Le Retour de l'Aube [Terminé] - Dim 10 Mar 2013 - 15:03
« En fuyant la pluie, on rencontre la grêle. »


    Cette fille lui avait tant manqué. Il profitait de chaque instant, de chaque minute, de chaque seconde avec elle. Il pouvait enfin sentir la chaleur du corps de cette fille qu'il voyait comme sa soeur. Il ne voulait plus lâcher celle-ci, mais il ne fit. La jeune fille croqua à son tour dans l'abricot que le garçon lui tendait. Et elle qui disait que c'était hallucinogène, Lev ne voyait encore rien de choquant. Il gardait la main chaude de Lyra dans la sienne. Sauf que celle-ci serra la main du garçon de plus en plus fort, comme si elle avait ... Peur ? En tout cas elle n'avait pas l'air être heureuse, normal quand le passé refait surface n'est-ce pas ? Le garçon ne pensait pas que cet abricot faisait ressortir les pires souvenirs des personnes qui les mangeaient. S'il aurait su il n'aurait pas penser manger voir même en faire manger à Lyra. Il regretta sur le coup, mais on le fait pas le monde avec des regrets. D'ailleurs, quand on regrette c'est qu'il reste un peu de bien en soi. La jeune fille s'énerva contre Lev, le garçon resta silencieux.

    - Tu vois ça, toi aussi ? Dis-moi que je ne suis pas la seule à revivre ce cauchemar ! Je… Je… J’savais que c’était une erreur de manger ces fruits ! T’as vu où ta connerie nous a menés ! Au pire endroit du monde ! J’veux pas… J’veux pas revoir ça ! J’suis pas morte pour vivre parmi mes souvenirs ! Et tout ça, c’est ta faute !

    Elle était tellement énervée qu'elle tapait contre le torse de Lev. Sauf qu'elle ne lui faisait pas mal, mais il la laissait faire après tout elle avait raison. C'était l'idée de Lev, c'est lui qui la forcé à manger ce fruit. Le garçon observa autour de lui, le paysage changeait de plus en plus. Apparemment ils voyaient les mêmes choses. Les arbres devenaient des colonnes de ces immenses bâtiments, les buissons devenaient des murs grisâtres sales, les piaillements des oiseaux devenaient des cris humains. Ces mêmes cris que Lyra avait entendu durant de longues années, ces mêmes cris de personnes qui mourraient sans cesse sous les yeux admiratifs du chef de la secte avec ses bras-droits. Lev avait honte d'avoir eu un tel père, il ne le comprenait pas. Quel plaisir pouvait trouvé à faire du mal aux autres ? Le paysage changeait de plus en plus. Les bonnes odeurs d'abricots devenaient la puanteur des corps qui pourrissaient dans le coin. Lev devina qu'ils étaient dans la pire salle qu'il y avait : le mouroir. Cet endroit préféré de son père, celui-ci trouvait un immense plaisir dans cette salle.

    - C’est horrible… Tu sens cette odeur ? Tu entends ces cris d’agonie ? Voilà quel a été mon quotidien pendant dix ans ! Et toi, toi tu me fais y replonger ! Tu sais pas… Tu sais pas c’que ça fait de vivre avec la mort autour de soi. Toi, tu venais juste de temps en temps sur la fin. T’as jamais connu tout ça. C’est pas ton monde. C’est le mien.

    Et elle avait raison. Lev lâcha les mains de Lyra et lui caressa les cheveux. Il la gardait contre elle, c'était sans doute sa façon de la protéger de cette illusion. Il ne savait pas comment arrêter tout cela, il ne pouvait sans doute pas. Il fallait donc laisser faire le temps ? Ils étaient dans ce passé sanglant, même s'il était de passage, Lev essayait toujours de venir le plus possible pour Lyra, en oubliant presque Agata pour elle. Il n'osa pas la contre-dire, il resta encore muet. Le silence était sa façon de s'excuser, il aurait du l'écouter. C'était sa faute et il en était conscient. Pourtant elle restait avec lui, il essuya la larme qu'il coulait le long de la joue de Lyra et la serra contre lui. D'un coup le paysage changea à nouveau. Ils étaient maintenant à l'extérieur, il prit la main droite à Lyra et garda l'autre dans les cheveux de celle-ci, la garçon observa au loin, dans la même direction que sa soeur. Celle-ci parut troublée, ça ne ressemblait pas aux souvenirs de la jeune fille.

    - Pardon… Pardon de t’avoir frappé.

    Pas le temps de faire de l'humour. Le garçon fit un bisou au front de la jeune fille. Même si les coups ne lui avaient pas fait mal, les mots eux étaient comme des sabres tranchants. Pourtant elle avait dit vrai, alors pourquoi elle s'excuserait ? Lev plissa les yeux pour essayer de mieux voir au loin. Même si Lyra ne connaissait pas ce souvenir, c'était celui de Lev. Il serra la main de Lyra, il ne maîtrisait pas sa force et il s'approcha. Ce rassemblement, ce feu qui illuminait le corps en sang du garçon : c'était les derniers instants du garçon.

    - OÙ EST LYRA ?! C'est la dernière fois que je te le demande Lev, RÉPOND !

    Cette voix ... C'était celle de son père. Le garçon observa la scène et tout était comme dans ses souvenirs : son père lui fouettait, les personnes de la secte observaient la scène en silence en cachant les yeux de leur enfant, les hommes qui travaillaient avec le chef souriaient, content de voir un enfant en sang. Lev était troublé, on pouvait le voir à son regard même si son visage ne contrait rien. Il souffla, il tira Lyra contre elle et lui cacha les yeux. C'était douloureux pour lui, mais pour elle aussi. Après tout il était mort à cause de la fugue de la jeune fille. Lev crachait du sang, le père fouettait. Lev voyait toute la haine que son père avait accumulé contre lui, le garçon avait envie de tuer son père. Voir cette scène l'énervait de plus en plus et il ne voulait pas que Lyra voit cela, mais il la connaissait bien pour savoir qu'elle voudrait regarder.

    - Ça, c'est ma fin.

    La jeune fille avait grandit dans la secte, Lev lui était mort dedans. Les cris continuaient, le père criait et le fils aussi. Les coups étaient de plus en plus violents, le sang coulait de plus en plus. On pouvait voir cette flaque de sang par terre, elle coulait et allait même près des personnes de la secte. Le père aussi avait du sang sur le visage, les hommes de son père aussi. Lev supportait de moins en moins ce paysage ensanglanté, il espérait vraiment que les hallucinations ne durent pas longtemps.
Invité
avatar
Invité
Re: Le Retour de l'Aube [Terminé] - Dim 10 Mar 2013 - 16:00
Ce n’étaient que des hallucinations. Rien d’autre. Lyra ne cessait de se remémorer cette phrase en tête. Rien de tout cela n’était réel. Cela n’avait aucune consistance. Ce n’étaient que les effets des abricots. Même si tout était faux, dans le passé, ces évènements avaient eu leur part de vérité. Ce chaos prenait sa source dans l’esprit des deux jeunes gens. Un jour ou l’autre, ces morts avaient perdu la vie, ces cris avaient déchiré le ciel et ces miasmes avaient su enchanter les corbeaux. Un jour ou l’autre, dans une autre vie. Dans leur vie.
Partout, la mort se traçait un chemin. Lyra tournait la tête pour observer son passé. Les ruines se perdaient par delà l’horizon. Cela embaumait la mort dans les moindres recoins. La mort. Cette fidèle amie de la secte. Celle que tous appelaient et chérissaient. Tout plutôt que devoir continuer à vivre un cauchemar.

D’autres cris. Les yeux de la demoiselle ne quittaient pas ce point lumineux, cherchant à comprendre ce que c’était. Elle avait beau épluché les méandres de sa mémoire, rien ne lui venait à l’esprit. Elle ne cessait de tenir la main de Lev, lui posant silencieusement la question qu’elle redoutait tant. Elle le sentait moins sûr de lui qu’il y a cinq minutes. Si elle était toujours dans l’incertitude et dans le flou, il n’en était rien pour lui. Il savait. Il avait reconnu cette scène.
La voix du vieux retentit. Lyra sursauta. Il était question d’elle. Alors elle comprit. Avant même que Lev ne prenne la parole, elle comprit. Malgré les tentations vaines du garçon pour l’empêcher de regarder, la demoiselle se dégagea de son étreinte et observa la scène. C’était sa faute. Il était mort pour avoir refusé de coopérer. Il était mort pour elle.

- Ce que je vais te demander va être difficile Lev mais… viens avec moi. Je veux… Je veux voir de mes propres yeux tout le mal que je t’ai fait. J’en ai besoin. Je veux voir ta mort. Je veux pouvoir mesurer enfin tout le mal que je t’ai fait par ma fuite. S’il te plait, l’implora-t-elle, c’est beaucoup ce que je te demande mais fais-le pour moi.

Elle attendit un peu. Long silence. Le crépitement des flammes berçait les deux amis. Les deux s’observaient dans le blanc des yeux. Lyra savait qu’elle demandait beaucoup à Lev. Il avait vécu d’atroces souffrances avant la mort et l’implorait d’aller assister à son exécution. Avec lui.
Elle sentait au plus profond d’elle-même que cette étape était nécessaire. Assister à la mort de son ami ne l’enchantait pas. Elle n’appartenait pas à tous ces Hommes jouissant du malheur d’autrui. Elle avait mal tourné à cause de ces imbéciles trop apeurés pour faire quoi que ce soit. La peur l’avait pétrifiée durant dix ans et c’est cette même peur qui l’avait réveillée. Comateuse. Maintenant, elle voyait tout sous un angle différent. Elle le sentait, le purin de cette Terre étaient les hommes. Elle en faisait partie. Deus lui avait offert une nouvelle vie pour qu’elle se repentisse. Vie dont elle ne voulait pas, seule la première lui importait. Maintenant qu’elle avait retrouvé Lev, elle voulait lire la haine dans toutes ces prunelles fixées sur le brasier. Pour se rappeler.

- C’est bizarre c’que j’vais dire mais… Si j’veux avancer, si j’veux tirer un trait sur cette ancienne vie, sur ces souffrances, sur tout ça… J’dois le faire. Si tu ne peux pas le faire pour moi, alors fais-le juste pour toi. Pour pouvoir te rappeler à quel point les Hommes sont mauvais et que c’est à cause d’eux que tu es mort. Pour que jamais tu n’arrêtes de les haïr aussi fort que je les hais. (Un temps.) J’ai toujours cru que tu étais incapable de détester qui que ce soit. Mais c’est faux. Ton père, lui, tu le détestes. Je le lis dans tes yeux.

Elle attrapa la main de Lev et plongea son regard de noisette dans celui d’ambre du garçon. C’était la même flamme qui brûlait dans ses yeux. La même étincelle qu’elle avait arborée durant de longues années et qu’elle possédait toujours. C’était cette rancœur qui l’avait vue pourrir de l’intérieur et pousser à commettre nombre de folies.
Elle relâcha le visage de Lev et parut se détendre. Elle expira profondément et braqua une dernière fois ses yeux sur le garçon.

- Je vais y aller. Avec ou sans toi.

Sans attendre de réponse, elle s’élança en direction de la mise à mort. Elle avait assisté à tant de scènes semblables qu’elle y était habituée. Du moins, c’est ce qu’elle croyait. Beaucoup avaient été tués, au nom d’un sacrifice quelconque pour une divinité aberrante. Au début, la Russe les comptait. Elle s’imaginait qu’un jour ou l’autre, cet horrible jeu prendrait fin. Mais les morts s’étaient accumulés, les chiffres avec. Vint un moment où elle cessa de se souvenir du chiffre exact. Vient un moment où l’habitude remplace tout. Elle qui croyait ne jamais pouvoir s’habituer à voir ses amis souffrir, elle avait fini par y voir une certaine lassitude. Encore un. Un de plus. Qui sera le prochain ?
Mais là, elle voyait Lev mourir devant elle. Son ami. Son frère. Son confident. Là, tout était différent. Elle entendait le moindre de ses hurlements. Le fouet claquait encore et encore. Le sang ne cessait de couler. La plus terrifiante des œuvres qu’elle ait vue. Elle hurla. Inutile. Tout n’était qu’illusion. Rien n’était réel.

Elle s’approcha des flammes. Sa main passa au travers. Si seulement elle n’était pas partie, rien de tout cela ne serait arrivé. Là, elle tomba à genoux. Et pleura. Encore et encore. Un flot discontinu barbouillait ses larmes. Personne ne se rendait compte de son existence. Mains contre son visage, elle pleura tout ce qu’elle avait contenu en elle depuis des années. Toute cette tristesse lâchée, laissée en proie aux flammes. Les larmes ne cessaient de rouler. Encore et encore. Les sillons marquaient sur sa peau luisaient à la lumière des flammes. Le feu mettait en valeur ses pommettes mouillées. La tristesse s’évacuait peut-être, elle. Mais la haine resterait. À jamais.
Invité
avatar
Invité
Re: Le Retour de l'Aube [Terminé] - Dim 10 Mar 2013 - 16:47
« En fuyant la pluie, on rencontre la grêle. »


    À ce moment Lev se rendit compte que les hallucinations peuvent faire aussi mal que des mots. Il pensait devoir vivre cet instant qu'une fois, mais il se trompait. Comment avait-il pu être aussi naïf ? Les cris continuaient, devenaient toujours de plus en plus fort, le sang coulait de plus en plus, la mort approchait. Le garçon n'imaginait pas sa vie ainsi, que ça soit pour sa mort ou pour son avenir. Certes, il n'avait pas les mêmes rêves que les autres enfants de son âge, mais était-ce une raison pour avoir une mort aussi différente ? Combien d'enfants meurent sous les coups ? Oui il y en a, mais on ne peut pas nier que le chiffre est plutôt petit -heureusement d'ailleurs. Ce chiffre avait beau être petit, Lev avait le malheur d'être dedans. Pourquoi avait-il eu une vie si minable ? Enfin, il était plutôt aisé par rapport à Lyra, mais le moral n'était pas là. Il avait une autre souffrance, il avait souffert moins qu'elle mais il était mort en vivant les pires souffrances qu'un enfant puise vivre dans sa vie.

    Lev était sûr de ne jamais pardonné à son père. Il le détestait tellement qu'il était sûr de le massacrer s'il venait à l'académie. D'ailleurs il priait pour ne plus jamais le voir. Cet homme était le seul qu'il haïssait avec ses bras-droit. Comment peut-on prendre du plaisir à faire souffrir ses semblables ? On peut dire que Lev ne comprenait pas. Il aimerait être dans l'esprit de cet homme pour comprendre. Le garçon se voyait comme un orphelin, il n'avait plus de père à ses yeux. Un père chérit ce qu'il a mit au monde, un père protège et ne tue pas.

    - Ce que je vais te demander va être difficile Lev mais… viens avec moi. Je veux… Je veux voir de mes propres yeux tout le mal que je t’ai fait. J’en ai besoin. Je veux voir ta mort. Je veux pouvoir mesurer enfin tout le mal que je t’ai fait par ma fuite. S’il te plait, c’est beaucoup ce que je te demande mais fais-le pour moi.

    Lev hésitait. Il recula même d'un pas. Comment osait-elle lui demander une telle atrocité ? Le garçon tourna la tête sur le côté, cette demande était plus blessante que les mots d'avant. Il ne voulait pas. Il ne pouvait pas. Voir ce regard remplit de haine à son égard lui faisait mal, après tout cet homme était le seul parent que Lev avait et celui-ci le détestait. Il fit non avec la tête. Quand on aime on peut faire beaucoup de chose pour la personne aimée, mais Lev ne pouvait pas lui faire ça. Il ne pouvait pas se voir mourir une nouvelle fois. C'était bien trop douloureux, il n'avait pas encore accepté d'être mort à cause de son père alors observer cette scène une nouvelle fois était trop difficile pour le garçon. Il restait silencieux : c'était un silence pensant qui voulait tout dire. Elle comprenait, mais forçait.

    - C’est bizarre c’que j’vais dire mais… Si j’veux avancer, si j’veux tirer un trait sur cette ancienne vie, sur ces souffrances, sur tout ça… J’dois le faire. Si tu ne peux pas le faire pour moi, alors fais-le juste pour toi. Pour pouvoir te rappeler à quel point les Hommes sont mauvais et que c’est à cause d’eux que tu es mort. Pour que jamais tu n’arrêtes de les haïr aussi fort que je les hais. J’ai toujours cru que tu étais incapable de détester qui que ce soit. Mais c’est faux. Ton père, lui, tu le détestes. Je le lis dans tes yeux.

    Il baissa la tête. Lui qui voulait aimer les gens autour de lui, il haïssait cet homme qui s'était longtemps occupé de lui. Lev jeta un coup d'oeil à Lyra qui lui tenait la main. Elle insistait avec son regard. C'était un moment difficile pour lui. Partir avec elle voir ou reste là ? Il ne voulait pas la laisser seule mais il ne voulait pas voir ce désastre. Ce moment qui a tant changé la vie du garçon. Ce moment qui apprit le sentiment de haine à Lev, à ce petit garçon qui s'était promit d'aimer tout le monde : ce garçon haïssait.

    - Je vais y aller. Avec ou sans toi.

    Elle partit. Lev resta immobile. Mais il la suivait, il resta derrière elle. Il le ferait pour elle, juste pour elle. Lev essaya de toucher un enfant, mais sa main passa à travers. Idiot ! C'est une illusion. Lev se répétait que tout allait s'arrêter, que ce n'était pas vrai, il devait se rassurer. L'illusion avait l'air tellement vrai, le garçon laissa tomber une larme, il devait retenir les autres. Il devait consoler Lyra, elle était à terre en train de pleurer. Elle pleurait cette peine qu'elle avait tant contenu en elle, cette peine qui lui faisait si mal. Lev s'assit par terre et prit la jeune fille dans ses bras. Il mit la tête de celle-ci à son cou et la serra contre lui, il serra comme s'il venait de la retrouver. Cette scène allait tout changer dans leur relation. Lev observait son père, était-ce ça l'amour ? Un bon père de famille qui tue son fils à coup de fouet ? Lev commençait à croire que était un sentiment faux, il ne pouvait pas croire que l'amour faisait si mal.

    Puis le sang disparu, les cris devenaient silence et la colonne devenait un arbre. Les effets s'estompait petit à petit. Mais cette odeur de brûlé restait encore, Lev gardait Lyra contre elle, il la rassurait. En vérité, elle pleurait à sa place, elle versait les larmes à la place du garçon et celui-ci se rassurait en même.

    - C'est finit Lyra, ouvre les yeux. Et ... Désolé ...

    Il ne pouvait rien faire pour arranger la situation. Lev avait les yeux rouge, rempli de tristesse mais il pensait plus à Lyra. Comment avait-il pu être aussi bête pour lui faire aussi mal ? Il s'en voulait, pourquoi tout était partit de travers ? Il ne savait pas quoi faire, alors il serra son étreinte et colla son front au sien, il s'en voulait vraiment de lui avait aussi mal. Avec sa main droite, il essuya les larmes de sa soeur et ferma les yeux. L'odeur de brûlé était enfin partit.
Invité
avatar
Invité
Re: Le Retour de l'Aube [Terminé] - Dim 10 Mar 2013 - 17:47
Prostrée sur elle-même, Lyra pleurait. Elle lâchait toute cette tristesse qu’elle avait su accumuler depuis des années. Elle s’était tant retenue avant, elle avait tant dû garder à l’esprit cette idée de force, de pilier. Pour les autres. Elle n’avait jamais vacillé, toujours l’épaule pour pleurer. Voilà que tout avait changé. Elle s’était libérée. L’ombre qui maquillait ses yeux était toujours présente. Mais le voile de tristesse qui avait assombri son cœur disparaissait peu à peu. Libérée. Enfin. La tristesse avait cédé sa place à la haine. Et à la vengeance. Les Hommes ne méritaient pas de vivre. Voilà quelle idée son verdict. Ils devaient tous périr. Un par un. Ils étaient la cause de sa souffrance et la raison de la mort de Lev. Si l’Homme n’était pas si mauvais, jamais Lev ne serait mort. Tout n’était pas entièrement sa mort. Elle n’avait pas tenu le fouet qui lui avait cinglé le corps. Elle n’avait pas allumé le feu auquel il était attaché. Elle n’avait été que l’étincelle qui avait allumé la mèche. Rien d’autre. C’était déjà beaucoup. Mais suffisant pour que sa culpabilité se fasse moins criante.

Elle ne sentait rien d’autre que l’étreinte de Lev. Juste eux deux. Les sanglots la secouaient toujours. Pour la première fois depuis longtemps, les rôles s’étaient inversés. Les larmes coulaient toujours. Cesseraient-elles un jour ? Pour le moment, rien d’autre ne comptait que Lev. Il était là, auprès d’elle. N’était-ce pas l’essentiel ? Il était mort. Dans son ancienne vie. Mais avait ressuscité d’entre les cendres. Elle aurait dû bénir Deus d’une telle chance pourtant, elle n’en faisait rien. Elle l’haïssait toujours autant. Même s’il avait rendu la vie à son ami, c’était à cause de lui aussi qu’elle connaissait la vérité désormais. Un bien pour un mal.

Elle n’entendait pas la voix de Lev. Seule l’atmosphère changeante lui indiqua que le cauchemar avait pris fin. La nuit reprenait ses droits. L’académie reprenait forme peu à peu. Elle ouvrit un œil puis un autre. Les arbres lui faisaient face. La lune les surplombait. Les hiboux hululaient entre les branches. Des battements d’ailes les frôlaient. La nature réapparaissait peu à peu. Au fond, elle avait toujours été la même. Seuls les abricots avaient déformé leur vision du monde. Leur perception s’en était retrouvée changée. Leurs sens reprenaient peu à peu leurs droits. Plus rien n’était altéré.
La repentie leva la tête à l’endroit où le brasier se tenait devant elle. Elle se retrouva nez à nez avec un chêne. Ce n’était que ça.

- Je suis fatiguée Lev. Je vais rentrer.

Un doigt essuya une dernière larme. Là, elle se leva et le laissa là. Trop d’émotions pour ce soir. Elle l’avait revu, avait vu sa mort. C’était trop pour une seule et même personne. Trop pour une seule journée
Sa gorge la serrait, nouée. Les larmes s’étaient tues. Les Hommes étaient vraiment capables des pires horreurs. Elle n’avait été qu’un pion dans cet échiquier géant. Elle le savait désormais. Quel homme sain d’esprit pouvait infliger un tel traitement à son enfant ? La chaire de sa chaire.

Elle avisa un banc et se posa dessus. Loin de ce parc aux abricots. Il était tard, elle allait devoir regagner le quartier des repentis. Dormir ne l’enchantait pas. Elle pressentait que cette nuit serait loin d’être idéale. Avec tout ce qu’elle venait de vivre et de voir, elle ignorait encore comment elle pourrait trouver le sommeil. Elle avait tout simplement menti à Lev quand elle lui avait annoncé être fatiguée. Il n’en était rien en vérité. Elle avait juste besoin de réfléchir. Prendre ses distances aussi.
Elle jeta un dernier coup d’œil à la voûte céleste et se dirigea enfin vers sa chambre. Dormir. Pour oublier. Rêver à un monde meilleur que celui qu’elle venait de voir. Oublier l’espace d’un instant ce cauchemar.
Le Retour de l'Aube [Terminé]
Page 1 sur 2Aller à la page : 1, 2  Suivant
Sujets similaires
-
» Le retour d'une Duchesse [Terminé]
» Akané, Le retour d'un mort (terminé)
» Un retour brusque à la réalité (suite à D'ombre et de lueur) [PV Daaf et Archie] [Terminé]
» Enfin tu es de retour ... [ Terminé ]
» Retour aux bercailles [Qui veut]

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Deus Academia :: L'Académie de Deus :: Place de l'Horloge :: Parc aux abricots-
Sauter vers:

Attention :
Ce RP contient des passages violents ou/et particulièrement gores. Il est déconseillé à la lecture aux moins de 18 ans.
Continuer à lireQuitter cette page